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Ce qui traverse le cœur d’un prêtre

Je voudrais maintenant pouvoir exprimer un aspect de ce qui fait le mystère du sacerdoce catholique et plus spécifiquement, parler de ce qui traverse le cœur du prêtre.

Certes, si ce qui traverse le cœur de tout homme -comme le dit la Sainte Écriture- est un abîme, bien plus est ce qui traverse le cœur du prêtre, de telle sorte qu’il est pratiquement impossible de synthétiser la quantité de sentiments, d’émotions, d’actes.

Mais je pense que cela pourrait se résumer en deux points : ce qui se passe dans le cœur du prêtre par rapport à l’infini, et ce qui se passe dans le cœur du prêtre par rapport au fini. Ou, ce qui revient au même, ce qui se passe par rapport au Créateur ; et ce qui se passe par rapport à la créature, surtout à la créature rationnelle. Ou même dit plus simplement : entre Dieu et l’homme. Et je pense qu’on peut y voir ce que le psalmiste exprime d’une manière très claire quoique mystérieuse : un abîme appelle un autre abîme (Ps 42, 7). Dans notre cas, c’est l’abîme du cœur du prêtre qui appelle cet autre abîme infini, pour ainsi dire, qui est le cœur de Dieu, et aussi cet autre abîme qu’est le cœur de ses frères et sœurs. En utilisant les mots du psalmiste on pourrait dire qu’il s’agit de ce « cor ad cor loquitur », le cœur qui parle au cœur.

1. Le cœur du prêtre et de Dieu

Sans doute, dans le cœur du prêtre, la chose la plus importante est Dieu. Mais puisque Dieu est infini en toute perfection, il n’est pas suffisamment compréhensible par l’intelligence du prêtre, ni par son cœur, ni par sa volonté. Dieu est toujours plus grand, Dieu est toujours au-delà, Dieu est toujours insaisissable, comme le disait saint Augustin, « Dieu ne serait pas ce qu’Il est s’Il était Dieu compris », et comme le disait aussi le Pseudo-Denys – et les grands théologiens le répètent – : sur Dieu nous connaissons plus ce que Dieu n’est pas, que ce qu’Il est [1]. De telle sorte que notre cœur joue toujours, comme dans le cœur des théologiens, l’analogie de la foi et l’analogie entre la créature et le Créateur. Dans le langage des mystiques c’est la nuit obscure ; ce qui sera dans le langage de S. Lewis comme la réalité, comme Dieu lui-même ; dans un certain sens, Il est iconoclaste, c’est-à-dire qu’Il détruit les images que nous nous faisons de Lui, car Il est toujours plus grand.

C’est pourquoi chez le prêtre -et au fil des années sacerdotales, de plus en plus-, l’idée de la majesté de Dieu grandit, personne n’est aussi grand que Dieu; l’idée de la sainteté de Dieu, pour qui même les cieux eux-mêmes ne sont pas purs comme le dit Job (15, 15); l’idée de la puissance de Dieu, d’une manière particulière qui traverse le cœur du prêtre à chaque messe au moment de la transsubstantiation, l’œuvre de la toute-puissance divine, par laquelle la substance du pain et du vin devient le Corps et le Sang du Seigneur.

C’est pourquoi, comme quelque chose de spontané, l’adoration de Dieu jaillit du cœur du prêtre : seul Dieu est adorable. Rien d’autre n’est adorable comparé à Dieu. Dire adorable, c’est Lui rendre l’amour le plus grand, l’amour le plus pur, l’amour le plus illimité de toute la force de l’âme, de toute la force de l’esprit, de toute la force du cœur.

Et cette adoration de Dieu n’est pas une chose passagère d’un instant, le moment de la prière, le moment de la messe, le moment de la récitation du chapelet, ou de la récitation de la liturgie des heures, mais elle surgit de plusieurs fois pendant la journée, plusieurs fois, parce que c’est quelque chose qui découle précisément de cette conscience de la grandeur de Dieu. Pour cette raison, avec l’adoration, le prêtre loue Dieu, il le loue avec ses lèvres, mais surtout il le loue avec son cœur, il le loue dans ces moments de prière « pleine » , mais il loue aussi celui qui doit être loué en tout temps, avec ses œuvres, avec sa vie, avec son exemple. Et en voyant qui est Dieu, -et seul Dieu est Dieu-, la conscience que nous sommes pécheurs surgit aussi spontanément et alors l’acte de demander pardon à Dieu surgit du cœur sacerdotal. Demander le pardon de ses propres péchés et demander à Dieu le pardon des péchés de tous les hommes, des péchés de toute l’humanité. De telle sorte que lorsque les fidèles voient le curé ou son vicaire dans le temple dire le bréviaire, il prie pour les fidèles, il prie pour toutes les personnes que l’évêque lui a confiées, qui constitue les fidèles de la paroisse. Mais pas seulement pour les paroissiens, il prie pour tous les hommes de tous les pays de toutes les parties du monde.

2. Le cœur du prêtre et des hommes

Deuxièmement, chaque homme et chaque femme passe par le cœur du prêtre. Des enfants passent, avec leur candeur, avec leur innocence. Des jeunes avec leur enthousiasme, leur dynamisme. Les personnes âgées avec leur responsabilité. Les anciens avec leur sagesse. Les malades avec leur douleur. Les pauvres avec leurs besoins. Les pécheurs avec leur manque de Dieu. Et les saints avec leur plénitude de grâce. Les bons et les mauvais. Le juste et l’injuste. Ceux qui ont besoin et ceux qui ont beaucoup de choses.

Tous sans distinction, sans exclusion et cela pour une simple raison : parce que le Christ est mort pour tous (2 Cor. 5, 15). Et tout comme le Christ est mort pour tous, le prêtre est prêt à donner sa vie pour tous, sans exclusions, sans exclusivisme, même pour ceux qui pourraient le haïr, car le Christ lui en a donné un exemple lorsqu’il a dit suspendu à la croix: Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23, 34). Et c’est pourquoi le prêtre, comme dit saint Paul, rit avec celui qui rit et pleure avec celui qui pleure (Cf. 1 Cor. 9, 22) . Saint Vincent de Paul disait, « je peine de vos peines », “Je souffre avec vos peines, avec vos souffrances”. C’est le cœur d’un vrai prêtre. C’est un cœur universel qui englobe et embrasse chaque être humain ; et de même qu’il englobe et embrasse tout être humain, il englobe et embrasse tout ce qui est authentiquement humain : problèmes sociaux, politiques, économiques -comme le manque de travail, le chômage, la nécessité de défendre ses droits- ; le progrès de la science, de la technique, de l’art, de la culture ; il englobe et embrasse tout ce qui concerne les familles, le pays, le monde. De telle sorte qu’aucune de ces choses authentiquement humaines ne lui est étrangère, car de même que le Christ est mort pour tous, le Christ est mort pour qu’avec sa grâce l’homme puisse résoudre tous les problèmes qu’il peut avoir.

Cela dit ainsi, avec mes pauvres mots, je le renforce d’un texte magnifique de ce grand prêtre qu’était saint Louis Orione, apôtre de la charité, celui qui fut le fondateur des « Cottolengo »[2], de la majorité des « Cottolengos » qui sont en notre patrie (l’auteur parle de l’Argentine, son pays d’origine), accueillant ceux qui sont les pauvres plus pauvres, les pauvres plus nécessiteux.

Don Orione disait dans une page admirable: «Ne sachant voir et aimer dans le monde que les âmes de nos frères, les âmes des petits; les âmes des pauvres; les âmes des pécheurs; les âmes des justes ; les âmes des perdus; les âmes des pénitents ; les âmes des rebelles à la sainte Église du Christ ; âmes d’enfants dégénérés; âmes de prêtres infortunés et perfides ; âmes soumises à la douleur; des âmes blanches comme des colombes ; âmes simples pures et angéliques de vierges; les âmes tombées dans les ténèbres des sens et la vaste bestialité de la chair ; âmes fières du mal; âmes avides de pouvoir et d’or; des âmes pleines d’elles-mêmes qui ne pensent qu’à elles-mêmes ; âmes égarées à la recherche d’un chemin; les âmes souffrantes cherchant un refuge ou une parole de miséricorde ; âmes hurlantes dans le désespoir de la condamnation ou ravies dans l’extase de la vérité divine. Toutes sont aimées du Christ, pour toutes le Christ est mort, le Christ veut sauver toutes dans Ses bras et dans son Cœur transpercé. Notre vie, poursuit Don Orione, et toute notre congrégation doivent être un chant et en même temps un holocauste de fraternité universelle dans le Christ. En voyant et en sentant le Christ dans l’homme, nous devons avoir la musique de charité la plus profonde et la plus élevée. Pour nous, le point central de l’univers est l’Église du Christ et le point du drame chrétien, l’âme. Je ne ressens qu’une infinie et divine symphonie d’esprits palpitants autour de la croix, et la croix distille pour nous goutte à goutte, à travers les siècles, le Sang divin versé pour chacune des âmes humaines. De la croix le Christ crie, j’ai soif (Jn 19, 28), un terrible cri de soif ardente qui n’est pas de la chair, mais qui est le cri de la soif des âmes et c’est pour cette soif de nos âmes que le Christ meurt» [3].

C’est pourquoi jaillit de ce grand cœur sacerdotal, de ce saint de l’Église catholique, Don Orione, la demande suivante à Dieu : ” Place-moi, Seigneur, sur la bouche de l’enfer pour que, grâce à ta miséricorde, j’en obstrue, moi, l’entrée “[4].  Le prêtre l’apprend au contact, à chaque messe, avec le Cœur eucharistique du Christ.

Nous devons toujours demander, d’une manière spéciale, à la Sainte Vierge, afin que dans le cœur de tous les prêtres il y ait place pour Dieu et pour nos frères dans l’amour du Seigneur. Il n’y a pas eu sur la terre de créature qui ait aimé Dieu autant que la Vierge, et il n’y a pas eu de créature sur la terre qui ait aimé les hommes autant qu’Elle.

C’est pourquoi nous lui demandons, à la Mère et Reine des prêtres, la grâce d’aimer toujours beaucoup Dieu et d’aimer toujours beaucoup nos frères.

P. Carlos Miguel Buela, IVE. (+ 23/04/2023)

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné.


[1] Le Pseudo-Denys affirme que, parlant de Dieu, “les négations sont plus vraies que les affirmations”. À Coël. Hiérarchie, chap. 2 : PG 3, 141 A. Cit. par P. Cornelio Fabro, Drame de l’homme et mystère de Dieu (Madrid 1977) 170.

[2] Le terme cottolengo (ou cotolengo) désigne couramment une institution qui accueille des handicapés mentaux et/ou physiques ; le terme provient du centre fondé au XIXe siècle à Turin par Saint Giuseppe Benedetto Cottolengo, appelé Petite Maison de la Divine Providence.

[3] Dans “In Cammino con Don Orione”, (Rome 1972) 328ss. Cit. Don Orione, Nel nome della Divina Providenza, le piú  belle pagine (Rome 1995) 134-135.

[4] Dans “In Cammino con Don Orione”, (Rome 1972) 328ss. Cit. Don Orione, Nel nome della Divina Providenza, le piú  belle pagine (Rome 1995) 136.

Quelles difficultés voit l’Église dans l’ordination sacerdotale des femmes?

Pourquoi l’Église catholique n’accepte-t-elle pas l’ordination sacerdotale des femmes ?

N’est-ce pas une discrimination que certaines confessions comme l’anglicanisme ont déjà surmontée ? L’attitude du Christ ne devrait-elle pas être comprise, peut-être, comme typique de son temps et déjà révolue ?

Réponse:

Le problème de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel est l’un des problèmes les plus brûlants dans les pays de tradition anglicane et où les auteurs du progressisme catholique ont eu ou ont une force particulière. Ainsi, par exemple, E. Schillebeeckx O.P. dit : ‘…Les femmes… n’ont aucune autorité, aucune juridiction. C’est de la discrimination… L’exclusion des femmes du ministère est une question purement culturelle qui n’a plus de sens aujourd’hui. Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas présider l’Eucharistie ? Pourquoi ne peuvent-elles pas être ordonnées ? Il n’y a pas d’arguments pour s’opposer au sacerdoce des femmes… En ce sens, je suis heureux de la décision [de l’Église anglicane] de conférer le sacerdoce aussi aux femmes, et, à mon avis, c’est une grande ouverture pour l’œcuménisme, plutôt qu’un obstacle, car beaucoup de catholiques vont dans le même sens »[1].

Au contraire, le magistère catholique a fermement et invariablement maintenu le déni de la possibilité d’ordination féminine, et ce dans des documents définitifs[2]. Quelle est la raison ultime pour laquelle les femmes ne peuvent pas accéder au sacerdoce ministériel ?

1. De la tradition

Le Magistère fait appel à la Tradition, entendue non pas comme ‘ancienne coutume’ mais comme garantie de la volonté du Christ quant à l’essentiel de la constitution de son Église (et des sacrements). Cette Tradition se reflète en trois choses : l’attitude du Christ, de ses disciples et de la tradition. Voyons chacune de ses choses, en soulignant également les principales objections qui sont généralement soulevées à cet égard.

1) L’attitude de Jésus-Christ.

Historiquement, Jésus-Christ n’a appelé aucune femme à faire partie des douze. Il faut y voir une volonté explicite, puisqu’Il pouvait le faire et manifester ainsi sa volonté. Jésus-Christ devait prévoir qu’en prenant l’attitude qu’il adoptait, ses disciples l’interpréteraient comme telle, sa volonté.

Objection : L’objection la plus courante est que Jésus-Christ a agi ainsi pour se conformer aux coutumes de son temps et de son milieu (le judaïsme) dans lequel les femmes n’exerçaient pas d’activités sacerdotales.

Réponse : Précisément à l’égard de la femme, Jésus-Christ n’a pas respecté les coutumes du milieu juif. Parmi les juifs rigides, les femmes subissaient certainement une grave discrimination dès leur naissance, qui s’est ensuite étendue à la vie politique et religieuse de la nation. « Malheur à celui dont les descendants sont des femelles !», dit le Talmud. La naissance d’une fille provoquait tristesse et agacement ; une fois grandie, elle n’avait pas accès à l’apprentissage de la Loi. La Mishna dit : “Que les paroles de la Torah (Loi) soient détruites par le feu plutôt que de l’enseigner aux femmes… Celui qui enseigne la Torah à sa fille est comme lui enseigner les calamités ». Les femmes juives manquaient souvent de droits, étant considérées comme des objets en possession des hommes. Un Juif récitait quotidiennement cette prière : « Béni soit Dieu qui ne m’a pas fait païen ; béni soit Dieu qui n’a pas fait de moi femme ; béni soit Dieu qui ne m’a pas fait esclave’.

Pour cette raison, l’attitude de Jésus envers les femmes contraste fortement avec celle des juifs contemporains, au point que ses apôtres s’émerveillaient et s’étonnaient de son traitement à leur égard (cf. Jn 4, 27). Ainsi :

-Il s’entretient publiquement avec la Samaritaine (cf. Jn 4,27)

-Il ne tient pas compte de l’impureté légale de l’hémorroïsse (cf. Mt 9,20-22)

– Il permet à une pècheresse de s’approcher de lui dans la maison de Simon le pharisien et même de le toucher pour lui laver les pieds (cf. Lc 7,37)

– Il pardonne à la femme adultère, montrant ainsi qu’on ne peut pas être plus sévère avec le péché d’une femme qu’avec celui d’un homme (cf. Jn 8,11)

– Il s’éloigne de la Loi mosaïque pour affirmer l’égalité des droits et des devoirs de l’homme et de la femme par rapport au lien conjugal (cf. Mt 19,3-9 ; Mc 10,2-11).

– Il est accompagné et soutenu dans son ministère itinérant par des femmes (cf. Lc 8,2-3)

– Il leur confie le premier message pascal, Il annonce même sa Résurrection aux Onze à travers elles (cf. Mt 28,7-10 et parallèles).

Cette liberté d’esprit et cette distance sont évidentes pour montrer que si Jésus-Christ voulait l’ordination ministérielle des femmes, les coutumes de son peuple ne représentaient pas pour lui un obstacle.

2) Attitude des Apôtres.

Les apôtres ont suivi la pratique de Jésus concernant le ministère sacerdotal, n’y appelant que des hommes. Et cela malgré le fait que Marie la Très Sainte occupait une place centrale dans la communauté des premiers disciples (cf. Act 1,14). Quand ils doivent remplacer Judas, ils choisissent entre deux hommes.

Objection 1 : On peut donner la même objection faite : les apôtres suivaient aussi les coutumes de leur temps.

Réponse :  L’objection a moins de valeur que dans le cas précédent, car dès que les Apôtres et saint Paul ont quitté le monde juif, ils ont été contraints de rompre avec les pratiques mosaïques, comme on le voit dans les discussions pauliniennes avec les Juifs. Or, à moins qu’elles n’aient été claires sur la volonté du Christ, le nouvel environnement dans lequel ils ont commencé à vivre les aurait conduites au sacerdoce féminin, puisque dans le monde hellénistique de nombreux cultes païens étaient confiés à des prêtresses.

Leur attitude ne saurait non plus être due à la méfiance ou au mépris des femmes, puisque les Actes apostoliques montrent avec quelle confiance saint Paul demande, accepte et apprécie la collaboration des femmes notables :

-Il les salue avec gratitude et loue leur courage et leur miséricorde (cf. Rm 16,3-12; Ph 4,3)

-Priscille achève la formation d’Apollon (cf. Ac 18,26)

-Phèbe est au service de l’église de Cencre (cf. Rm 16,1)

-D’autres sont citées avec admiration comme Lydie, etc.

Mais saint Paul fait une distinction dans le même langage :

-Quand il parle indistinctement d’hommes et de femmes, il les appelle ‘mes collaborateurs’ (cf. Rm 16,3; Ph 4,2-3)

-Quand il parle d’Apollon, de Timothée et de lui-même, il parle de ‘coopérateurs de Dieu’ (cf. 1 Co 3,9; 1 Th 3,2).

Objection 2 : Les dispositions apostoliques et surtout pauliniennes sont claires, mais ce sont des dispositions déjà caduques, comme d’autres, par exemple : l’obligation pour les femmes de porter le voile sur la tête (cf. 1 Co 11,2 -6) , ne pas parler en assemblée (cf. 1 Co 14,34-35; 1 Tm 2,12), etc.

Réponse : Comme on le voit, le premier cas (le voile féminin) concerne des pratiques disciplinaires de peu d’importance, tandis que l’admission au sacerdoce ministériel ne peut être rangée dans la même catégorie. Dans le deuxième exemple, il ne s’agit nullement de « parler », car saint Paul lui-même reconnaît aux femmes le don de prophétiser dans l’assemblée (cf. 1 Co 11,5) ; l’interdiction se réfère à la « fonction officielle d’enseigner dans l’assemblée chrétienne », qui n’a pas changé, car en tant que telle, elle ne concerne que l’évêque.

3) Attitude des Pères, la Liturgie et le Magistère.

Lorsque certaines sectes gnostiques hérétiques des premiers siècles ont voulu confier le ministère sacerdotal à des femmes, les Pères ont jugé une telle attitude inacceptable dans l’Église. Surtout dans les documents canoniques de la tradition antiochienne et égyptienne, cette attitude est indiquée comme une obligation de rester fidèle au ministère ordonné par le Christ et scrupuleusement conservé par les apôtres [3].

2. A la lumière de la théologie sacramentelle

L’argumentation centrale est celle développée précédemment ; nous pouvons cependant accéder à une autre voie argumentative qui rend plus évident que la tradition qui remonte au Christ n’est pas une simple disposition disciplinaire mais qu’elle a une base ontologique, c’est-à-dire qu’elle est basée sur la structure même de l’Église et le sacrement de l’Ordre. Les deux arguments que nous donnons ci-dessous font appel au symbolisme sacramentel.

1) Le sacerdoce ministériel est un signe sacramentel du Christ Prêtre.

Le prêtre ministériel, surtout dans son acte central qu’est le Sacrifice eucharistique, est un signe du Christ Prêtre et Victime. Or, la femme n’est pas un signe adéquat du Christ Prêtre et Victime, c’est pourquoi elle ne peut pas être prêtre ministériel.

En effet, les signes sacramentels ne sont pas purement conventionnels. L’économie sacramentelle est fondée sur des signes naturels qui représentent ou signifient par une ressemblance naturelle : ainsi le pain et le vin pour l’Eucharistie sont des signes adéquats parce qu’ils représentent la nourriture fondamentale des hommes, l’eau pour le baptême parce qu’elle est le moyen naturel de purification et de lavage. etc. Ceci est valable non seulement pour les choses mais aussi pour les personnes. Donc, si dans l’Eucharistie il est nécessaire d’exprimer sacramentellement le rôle du Christ, il ne peut y avoir de « ressemblance naturelle » entre le Christ et son ministre que si ce rôle est joué par un homme [4].

En effet, l’Incarnation du Verbe s’est faite selon le sexe masculin. C’est une question, en effet, qui fait rapport avec toute la théologie de la création dans la Genèse (la relation entre Adam et Eve ; Christ comme le nouvel Adam, etc.) et que si quelqu’un n’est pas d’accord avec elle ou avec son interprétation, en tout cas, il est confronté au fait indéniable de la masculinité du Verbe Incarné. Si l’on veut, on doit donc discuter pourquoi Dieu s’est incarné dans un homme et non dans une femme ; mais du fait que c’était le cas, on ne peut que soutenir que seul un homme représente adéquatement l’homme-Christ.

Objection 1 : L’objection des anglicans enclins à l’ordination féminine est que, selon eux, l’essentiel de l’incarnation n’est pas que le Christ soit devenu homme mais qu’il soit devenu « être humain ». Ce n’est donc pas tant l’homme qui représente adéquatement le Christ, mais « l’être humain » en tant que tel.

Réponse : Le problème de l’objection consiste en une conception insuffisante de ce qu’on appelle, en théologie sacramentelle, « représentation adéquate ». Les signes sacramentels doivent garder une représentation adéquate, c’est-à-dire la plus spécifique possible. De ce point de vue, « l’être humain » (homme-femme) est une représentation adéquate du Christ mais dans son sacerdoce commun (le sacerdoce commun des fidèles), non du Christ dans son sacerdoce ministériel de la Nouvelle Alliance. L’« être humain » représente adéquatement le Verbe fait chair, mais ne représente que génériquement et vaguement le Christ prêtre. En fait, le caractère sacerdotal (ministériel) est une sous-spécification du caractère chrétien général qui est donné à chaque homme (homme et femme) par le baptême.

Objection 2 : Le Christ est maintenant dans la condition céleste, c’est pourquoi il est indifférent qu’il soit représenté par un homme ou une femme, car ” À la résurrection, on ne prend ni femme ni mari” (Mt 22,30).

Réponse : Ce texte (Mt 22,30) ne signifie pas que la glorification des corps supprime la distinction sexuelle, car celle-ci fait partie de l’identité propre de la personne. La distinction des sexes et, par conséquent, la sexualité propre à chacun est la volonté primordiale de Dieu : « homme et femme il les créa » (Gn 1,27).

2) Le symbolisme nuptial.

Le Christ est présenté dans la Sainte Écriture comme l’Époux de l’Église. En effet, en Lui se réalisent toutes les images nuptiales de l’Ancien Testament qui se réfèrent à Dieu comme Époux de son peuple Israël (cf. Os 1-3 ; Jr 2, etc.). Cette caractérisation est constante dans le Nouveau Testament :

-chez Saint Paul : 2 Co 11,2 ; Ep 5,22-33

– chez Saint Jean : Jn 3,29 ; Rév 19,7.9

-dans les Synoptiques : Mc 2,19 ; Mt 22,1-14

Or, cela met en lumière le rôle masculin du Christ par rapport au rôle féminin de l’Église en général. Donc, de sorte que pour que dans le symbolisme sacramentel le sujet qui agit comme matière du sacrement de l’Ordre (représentant le Christ), puis le sujet qui agit comme ministre de l’Eucharistie (agissant « in persona Christi ») soit un signe adéquat doit être un mâle.

Objection : Le prêtre représente aussi l’Église, qui a un rôle passif par rapport au Christ. Alors, la femme peut représenter adéquatement l’Église ; alors elle peut aussi être prêtre.

Réponse : Il est vrai que le prêtre représente aussi l’Église et que cela pourrait être assuré par une femme. Mais le problème est qu’il ne représente pas seulement l’Église mais aussi le Christ et que, pour tout ce que nous avons dit, une femme ne peut pas le représenter. Donc, l’homme peut représenter les deux aspects, mais la femme un seul, qui n’est pas proprement sacerdotal.

3.Conclusion

Les principaux bogues tournent autour de deux problèmes. Le premier est de ne pas concevoir adéquatement le sacerdoce sacramentel, en le confondant avec le sacerdoce commun des fidèles. Le second est de se laisser emporter par les préjugés qui voient dans le sacerdoce ministériel une discrimination à l’égard des femmes et, en même temps, une exaltation des hommes au détriment des femmes ; c’est un manque d’optique : dans l’Église catholique, le sacerdoce ministériel est un service au Peuple de Dieu et non une affaire aristocratique ; de plus, ce dernier est précisément un abus du sacerdoce ministériel, semblable à celui qui a contaminé le pharisaïsme et le saducéisme des temps évangéliques. Enfin, les plus grands dans le Royaume des Cieux ne sont pas les ministres mais les saints ; et – à l’exclusion de l’humanité du Christ – la plus haute des créatures en honneur et en sainteté, la Vierge Marie, n’a été investie par Dieu d’aucun caractère sacerdotal.

Père Miguel A. Fuentes, IVE

Traduction de l’article en espagnol


[1] E. Schillebeeckx O.P., « Je suis un théologien heureux ». Entretien avec F. Strazzati, Société d’éducation d’Athènes, Madrid 1994, pp. 117-118.

[2] Deux documents ont explicitement abordé le sujet : Instruction de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Inter insigniores, la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel, 15 octobre 1976. Enchiridion Vaticanum, Volume 5 ( 1974-1976), n° 2110-2147 ; Lettre apostolique de Jean-Paul II, 22 mai 1994. A laquelle il faut ajouter : Card. Ratzinger « Ordinatio Sacerdotalis , Réponse au doute sur la doctrine de la Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis », 28 octobre 1995.

[3] Cf. Inter insigniores, nº 2115.

[4] Inter insigniores, n° 2134.