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“M’aimes-tu ?” ÉCOUTERONS-nous cette question ?

L’évangile de ce troisième dimanche de Pâques (Jn. 21,1-22) nous décrit une nouvelle manifestation de Notre Seigneur après sa Résurrection. Pour nous situer temporellement, cette scène évangélique se passe entre le deuxième dimanche de Pâques et l’Ascension, car à la fin de la première semaine de Pâques, les disciples se trouvaient encore à Jérusalem et ils y reviendront pour être présents lorsque le Seigneur montera au Ciel.  

Les apôtres laissent Jérusalem et retournent en Galilée, où Jésus leur avait annoncé qu’il serait : « une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée » (Mt. 26,32) et l’ange avait dit cela aussi aux femmes dans le saint Sépulcre (Mt. 28,7). 

La Galilée était leur patrie, et en rentrant chez eux, ils font ce qu’ils faisaient auparavant, c’est-à-dire, la pêche dans le lac de Génésareth (appelé aussi lac de Tibériade, nous le connaissons encore avec le nom de mer de Galilée).

Cet épisode de la vie du Christ ressuscité est décrit par saint Jean évangéliste. Et comme nous savons l’évangile de saint Jean garde une grande valeur « symboliste » dans la narration des faits de la vie du Seigneur. Le symbolisme est bien présent encore dans cette manifestation du Ressuscité et les pères de l’Eglise ont su les découvrir en méditant et expliquant cet évangile aux fidèles.

Pierre, chef de l’Eglise propose d’aller faire la pèche, dans sa barque (l’Eglise), le groupe est composé de 7 personnes, symbole de l’universalité ; ils travaillent au milieu de la mer, image toujours du monde. Par leurs propres efforts ils n’obtiennent rien après une nuit de travail.

Mais le Seigneur depuis un lieu tranquille et sûr (depuis le Ciel), veille sur eux, sur la barque de l’Eglise et sur leur travail. C’est aussi lui qui leur dit comment réaliser le travail, jeter les filets à droite fait penser aux élus (Mat. 25:33). Pierre et ceux qui sont dans sa barque de Pierre suivent maintenant les indications du Christ et se laissent guider par Lui. Et grâce à cette obéissance la pêche devient très abondante. Le filet avait été déjà présenté aux apôtres comme symbole du Royaume de Dieu (Mat. 4, 19 par.) et la pêche avait était un signe leur prédication (Luc 5,10).

Une fois les tâches finies, tous viennent vers le Seigneur pour montrer le fruit de leur travail, mais c’est le Seigneur qui prépare pour eux une récompense au Ciel : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » (Mat. 11,28).

Un autre signe vu par les pères de l’Eglise : les apôtres travaillent avec peine toute la nuit sans rien obtenir, c’est au grand matin, à la lumière du Christ Ressuscité qu’ils obtiendront des fruits en abondance.

Au centre de ce miracle se trouve, le moment où Saint Jean, le disciple que Jésus aimait annonce à Pierre : « C’est le Seigneur ! », en effet c’est l’amour qui découvre la présence de l’Aimé, Jean est image de l’amour ; mais Pierre, image de la foi, va se jeter à l’eau, parce que la foi nous pousse à aller à la rencontre de Dieu, en dépassant tous les obstacles. Il faut encore dire que Pierre n’était pas tout dépourvu de vêtements, il avait juste un vêtement léger ; mais par respect envers le Seigneur il se met une tunique, même dans la tradition juive, le fait de saluer quelqu’un important constituait aussi un acte religieux et en quelque sorte solennel.

Lieu où le Seigneur a préparé le repas pour les apôtres

Alors, l’évangile de ce dimanche a une deuxième partie, c’est après le repas. Jésus établi un dialogue avec saint Pierre, un dialogue qui commence avec trois questions, sur l’amour de Pierre envers son Seigneur.

Une fois, Pierre avait trop présumé de son amour pour son Maître, la nuit de la dernière Cène : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt. 26,33). Maintenant Jésus interpelle l’apôtre avec son nom d’origine : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ». De cette manière, Notre Seigneur lui rappelle son passé, lorsque Simon était un homme de ce monde avant la grâce de la vocation divine, mais Il lui rappelle les trois fois que Pierre avait nié son Seigneur (et pour cela la question se répète trois fois). Pierre avait vécu plus avec la nature qu’avec la grâce. Mais le fait de l’appeler par ce nom gardait aussi une autre intention : il voulait rappeler sa profession de foi, lorsque Pierre l’avait confessé comme le Christ, le Messie et la réponse du Seigneur était : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas » pour lui confirmer après qu’il était le roc, la pierre sur laquelle le Christ allait bâtir son Église.

La réponse de Pierre à la différence de la dernière cène, ne provient pas de la confiance en lui-même, dans ses capacités, ses forces et ses mérites. Aujourd’hui, après l’expérience de la croix et de la Résurrection, Saint Pierre sait et donne sa réponse fondée sur la confiance mise seulement en Jésus-Christ : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Evidemment, la mission que Jésus lui confère, comme n’importe quelle mission donnée par Dieu à quelqu’un dans son Église, demande un amour particulier envers le Christ. Mais, c’est Lui, c’est Dieu qui donne tout, même la capacité de répondre à la vocation, d’accomplir sa propre mission dans l’Église. Oui, il est précis de dire que « tout est grâce », comme disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, spécialement lorsqu’il s’agit d’un appel divin. Lorsque Dieu choisi quelqu’un, Dieu ne regarde pas s’il a les capacités, les compétences et une haute perfection spirituelle ou humaine, Dieu choisit en liberté, ce qu’Il attend c’est un cœur prompt à répondre généreusement, se laissant pousser par la grâce.

Il faut dire encore que le fait de répéter trois fois la même question était la formule habituelle et solennelle dans la législation juive pour confirmer l’acceptation d’une mission.

Nous allons citer maintenant quelques paragraphes d’une très belle homélie sur cet évangile prononcée par saint Jean Paul II, il y a presque 40 ans (Homélie, 30 mai 1980) ; à Paris, précisément à la Cathédrale de Notre Dame, dont nous gardons le triste souvenir très récent de son incendie.

A ce moment le Saint Pape commentait :

« M’aimes-tu? » Cette question est posée à l’homme par Dieu. Cette question, l’homme doit continuellement se la poser à lui-même.

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ― Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Et Pierre s’engageait déjà, avec cette question et avec cette réponse, sur le chemin qui devait être le sien jusqu’à la fin de sa vie. Partout devait le suivre cet admirable dialogue.

Dans cette cité (et nous pouvons élargir et dire dans le monde entier), il y a eu, et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd’hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : Aimes-tu? M’aimes-tu? Ils ont donné, et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite ― une réponse héroïque ― ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : Aimes-tu? C’est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d’être vécue. 

La réponse qu’ils ont donnée à cette question : « Aimes-tu? » a une signification universelle, une valeur qui ne passe pas. Elle construit dans l’histoire de l’humanité le monde du bien. L’amour seul construit un tel monde. Il le construit avec peine. Il doit lutter pour lui donner forme : il doit lutter contre les forces du mal, du péché, de la haine, contre la convoitise de la chair, contre la convoitise des yeux et contre l’orgueil de la vie. »

A ces paroles du pape, nous ajoutons encore un autre détail, parce que ce dialogue se conclura lorsque Seigneur révèle à Pierre une prophétie sur la fin de sa vie et de sa mort :  Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi ». Voilà l’appel définitif.  

C’est ce même apôtre, désormais totalement libre et convaincu pour suivre Jésus, qui dira après (Actes 5,29) « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

Et nous laissons encore la parole au pape Saint Jean Paul II :

Seul l’amour ne connaît pas de déclin. Seul l’amour dure toujours. Seul, il construit la forme de l’éternité dans les dimensions terrestres et fugaces de l’histoire de l’homme sur la terre.

Je souhaite à tous et à chacun d’entendre dans toute son éloquence la question que le Christ a adressée autrefois à Pierre : Aimes-tu? M’aimes-tu ? Que cette question résonne et trouve un écho profond en chacun de nous !

L’avenir de l’homme et du monde en dépend : écouterons-nous cette question ? Comprendrons-nous son importance ? Comment y répondrons-nous ?

Que Marie, elle qui a donné une unique et définitive réponse dans sa vie, disant « oui » à la volonté du Père, nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

Ubi ecclesia, ibi nulla mors sed vita aeterna!

Lire l’évangile du dimanche XXI du temps ordinaire (Mt 16, 13-20)

« Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir » c’était l’antienne avant l’évangile, elle serait une sorte de conclusion de la grande vérité que le Seigneur nous apprend dans cet évangile. Il parle en fait, de chacun de nous et de nous tous, de tous ceux qui appartiennent à l’Eglise, car c’est notre foi qui est fondée, bâtie, assurée sur la foi de Pierre et de ses successeurs.

Avant tout nous allons « situer » ce passage de l’évangile, il se passe environs deux ans après le baptême du Seigneur, le Seigneur était près de Césarée-de-Philippe, une ville au nord de la Galilée proche de la naissance du fleuve Jourdain.

Avant d’arriver à cette ville on pouvait voir un grand temple construit en l’honneur d’Auguste, en marbre blanc et bâti sur le roc. Des commentateurs disent que c’est peut être l’image que le Seigneur utilise pour expliquer ce que va être son Eglise.

La première question à comme sujet l’opinion des gens. Il est évident que le Seigneur connaissait déjà ce que les hommes disaient à son sujet, mais la question a plutôt comme finalité que ses disciples forment des pensées plus élevées que celles des gens, qu’ils ne restent pas avec la simple opinion populaire. Et pour cela il y a la deuxième question, celle dirigée vers eux-mêmes.

C’est là que saint Pierre prend la parole, il parle au nom de tous ; et si bien il avait déjà dans le cœur beaucoup d’indices pour dire que Jésus était le Messie et un homme qui avait des pouvoirs extraordinaires (souvenons nous qu’il l’avait vu marcher sur l’eaux, multiplier le pain et faire d’autres miracles), Pierre fait pourtant une profession de foi, il parle assuré proclamant que Jésus est le Messie, le Christ, et le Fils de Dieu ;  et la foi est un don de Dieu, comme nous l’avons vu il y a deux semaine, mais saint Pierre est « heureux » parce qu’il l’a reçue et n’a pas mis d’obstacle à cette grâce.

Et quelle est la récompense qui reçoit Simon bar Yonas? Expliquant le passage, le pape saint Léon met ces paroles aux lèvres du Seigneur dirigées à Pierre : « Ainsi comme mon Père t’a manifesté ma divinité, ainsi je te manifeste ta dignité ».

Mais voyons un peu quelle signification contient cette promesse : « Je te le déclare : Tu es Pierre »

Dans la langue araméenne, celle qui était parlée par Jésus et ses disciples, on utilise le mot Képhas, pour dire Pierre ou Roc, mais Képhas est toujours un nom masculin : Tu es Képhas, et sur ce Képhas je bâtirai mon Église. Le nom Képhas n’existait pas auparavant pour une personne, non plus le nom « Petros » dans le grec, c’est le Seigneur qui l’a créé dans l’histoire.

Alors, il faut savoir aussi qu’en suite le Seigneur a changé le nom de Simon pour celui de Pierre, le premier des deux n’est presque plus utilisé, comme nous pouvons voir dans les actes de Apôtres, aussi saint Paul qui préfère utiliser dans ses lettres le nom en araméen, Képhas.

Le Seigneur dit après : je bâtirai mon Église ; alors nous sommes habitués à dire « Église », mais ce n’était pas le cas des apôtres. D’abord, qu’est ce que cela veut dire le nom « Église » ? il dérive du latin Ecclésia, et celui-là dérive du grec Ekklesia, dont la traduction veut dire « Assemblée ». C’est le mot pour traduire l’expression « Qahal », la communauté du peuple élu, dans l’ancien testament c’est le peuple d’Israël. Le Seigneur dit qu’il y aura une communauté « Ekklesia », et que cette communauté lui appartient, « Mon Eglise » dit le Seigneur.  

Alors, pour quoi le Notre Seigneur ne dit pas : « sur toi, Pierre, je bâtirai mon Eglise » ? C’est parce que le Seigneur ne fait pas référence à la personne concrète de saint Pierre, mais plutôt à la confession, profession de foi qu’il vient de faire, c’est comme s’Il disait : « sur cette pierre inamovible et incorruptible de ta confession de foi je vais bâtir mon Eglise ». Mais le Seigneur parle aussi à tous les hommes, comme pour qu’ils comprennent où se trouve son Eglise, elle est fondée sur Pierre et ses successeurs. Comme dit le Catéchisme de l’Eglise : « Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32). »

Une autre question qui appelle une réponse c’est : sur quels aspects agissent ces privilèges que Jésus donne à saint Pierre ?

Pour les révéler, le Seigneur donne quelques images :

La première c’est l’image des clés, nous avons une référence dans la première lecture de ce dimanche : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David ». Dans le langage biblique, qui est passé à notre langage aussi, « avoir les clés » signifie avoir un certain pouvoir. Pour l’Eglise, les clés sont devenues le symbole de Pierre, tandis que pour les autres apôtres, chacun d’eux a eu comme symbole l’instrument de son martyre. Le ” pouvoir des clefs ” désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église (CEgC).

Alors, le pouvoir de ” lier et délier ” était utilisé dans un sens juridique. Ici, cette phrase signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église.

Mais, il y a encore une promesse « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle », dans d’autres versions plus proches du texte grec que celle de la liturgique, la phrase vient traduite comme : « les portes de l’Enfer ne prévaudront sur elle ». Les portes, c’est la façon d’exprimer le pouvoir, ou la puissance, la puissance donc de l’Enfer, du mal, ne pourront pas la détruire. Bâtie sur le roc, c’est la façon où une maison résiste aux forces qui veulent la faire écrouler (le Seigneur l’avait déjà dit dans une parabole), le Seigneur donne à l’Eglise bâtie sur Pierre la condition de l’indéfectibilité, elle ne peut pas échouer (faillir) dans sa mission.

Comme conclusion, l’Eglise nous commende de croire que « le Pape, évêque de Rome et successeur de S. Pierre, »  est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles ” (LG 23) »

Parfois, les membres de l’Eglise pensent que l’amour pour le pape vient à cause de ses qualité humaines (la spontanéité, la gaieté, la joie), mais il faut savoir qu’il réside surtout dans cette promesse du Seigneur et c’est sur elle où nous devons affermir notre foi et notre amour pour le pape. Et nous devons prier pour Lui, comme notre pape le demande souvent, et tous les autres papes l’ont fait aussi afin qu’il soit fidèle à la mission que Jésus leur a confiée.

Saint Ambroise nous a donné une très belle phrase dans son commentaire au Psaume 40 :
“Ubi Petrus ibi ecclesia; ubi ecclesia ibi nulla mors sed vita aeterna”, là où est Pierre, là est aussi l’Eglise ; et là où est l’Eglise il n’existe pas la mort, sinon la vie éternelle. Que la très sainte Vierge Marie protège le pape et notre Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné