Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

23 décembre : L’amour miséricordieux de Jésus

La septième des « vertus de l’anéantissement du Christ » que nous allons traiter dans nos méditations de préparation pour Noël, c’est son amour miséricordieux.

Dans l’une des premières méditations, on a dit dit que l’Incarnation de Jésus est un acte de stricte justice, car à travers elle, la dette envers Dieu qui a été générée par le péché de nos premiers parents, et tous les autres péchés de l’histoire humaine, est payée. Le Christ, en ce sens, corrige le désordre que le péché avait introduit dans la création. Aujourd’hui, je veux que nous nous penchions sur une autre vertu, apparemment contradictoire à la justice, mais qui en réalité non seulement la complète, mais l’amène à ses ultimes effets ; c’est l’amour miséricordieux de Jésus dans son Incarnation. En fait, comme saint Thomas enseigne, le Christ aurait pu nous sauver de bien des façons, mais il a choisi l’Incarnation pour notre plus grand bien, et dans l’Incarnation il a choisi la mort, parce que c’est la façon la plus claire de nous montrer son amour, et parce que c’est le meilleur exemple qu’il pouvait nous laisser, celui de la fidélité sur la croix. La miséricorde se révèle alors comme l’âme de l’anéantissement du Christ, et le centre le plus profond de tout son mystère.

Saint Jean-Paul II explique très clairement pourquoi cette vertu de l’amour miséricordieux de Jésus est une vertu née de son humiliation et de son anéantissement, qui atteint son point culminant sur la croix : « Dans la passion et la mort du Christ –dans le fait que le Père n’a pas épargné son Fils, mais l’a fait péché pour nous (2 Cor 5,21)–, s’exprime la justice absolue, car le Christ subit la passion et la croix à cause des péchés de l’humanité. Il y a vraiment là une surabondance de justice, puisque les péchés de l’homme se trouvent compensés par le sacrifice de l’Homme-Dieu. Toutefois cette justice, qui est au sens propre justice à la mesure de Dieu, naît tout entière de l’amour, de l’amour du Père et du Fils, et elle s’épanouit tout entière dans l’amour. C’est précisément pour cela que la justice divine révélée dans la croix du Christ est à la mesure de Dieu, parce qu’elle naît de l’amour et s’accomplit dans l’amour, en portant des fruits de salut. La dimension divine de la rédemption ne se réalise pas seulement dans le fait de faire justice du péché, mais dans celui de rendre à l’amour la force créatrice grâce à laquelle l’homme a de nouveau accès à la plénitude de vie et de sainteté qui vient de Dieu. De la sorte, la rédemption porte en soi la révélation de la miséricorde en sa plénitude » (Dives in misericordia, 7).

Saint Thomas d’Aquin, pour sa part, nous montre que, d’une certaine manière, l’Incarnation était nécessaire au Verbe pour manifester cette miséricorde (pas absolument nécessaire, mais comme le moyen pour la manifester de la meilleure façon possible) : « Le Verbe n’est-il donc pas miséricordieux de toute éternité ? Evidemment car : Ses miséricordes s’étendent sur toutes ses œuvres (Ps 144,9). Dès le commencement la miséricorde fut en lui : La compassion a grandi avec moi dès mon enfance (Job 31,18). Il faut donc répondre que la miséricorde suppose en quelque sorte un cœur compatissant sur la misère d’autrui ; or ceci peut se faire de deux manières : d’abord par la seule compréhension et, dans ce sens, Dieu, sans avoir souffert, a connu notre misère, car il connaît lui-même la fragilité de notre origine (Ps 102,14). Ensuite par l’expérience, c’est de cette manière, que le Christ, principalement dans ses souffrances, a senti notre misère. Ainsi l’on dit que celui qui était miséricordieux par la connaissance de notre misère, est devenu miséricordieux par l’expérience qu’il en a faite » (Commentaire à la lettre aux Hébreux, ch. 2, l. 4).

Lors de sa dernière Cène, Jésus nous a dit : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13,15). N’ayons donc pas peur de faire comme lui, d’aimer tous les hommes avec une miséricorde sincère, même si cela implique souvent de la souffrance, car le service des autres pour l’amour de Dieu est un signe clair de notre appartenance au Christ, le seul Roi qui mérite d’être servi.

Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

22 décembre : L’obéissance de Jésus

Aujourd’hui nous parlons de la sixième des « vertus de l’anéantissement du Christ », c’est son obéissance.

Pour parler de l’obéissance du Christ, je ne trouve pas de meilleure autorité que celle de saint Paul, qui montre le maximum de l’obéissance de Jésus, lorsque dans sa Lettre aux Philippiens, il dit que Jésus « s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2,8). Pour comprendre toute la portée de ces mots, nous pouvons utiliser le commentaire très profond que saint Thomas d’Aquin fait à leur sujet : « Le mode de l’humiliation et le signe de l’humilité, c’est l’obéissance, car le propre des orgueilleux est de suivre leur propre volonté. L’orgueilleux cherche, en effet, l’élévation ; or il appartient à ce qui est élevé, de n’être pas régi par un autre, et de le régir au contraire lui-même. Voilà pourquoi l’obéissance est opposée à l’orgueil. L’Apôtre voulant donc montrer la perfection de l’humilité et de la passion de Jésus-Christ, dit : Il s’est rendu obéissant, car, s’il eût souffert autrement que par obéissance, il n’eût pas été également digne d’être montré en exemple ; c’est, en effet, l’obéissance qui donne le mérite à nos souffrances ». Et après, se demande St. Thomas : « Comment le Christ a-t-il pu se rendre obéissant ? » ; et il va dire : « Ce n’est point dans sa volonté divine, car elle est elle-même sa règle, mais dans sa volonté humaine, qui s’est réglée en tout sur la volonté de son Père : Néanmoins qu’il en soit, non comme je veux, mais comme vous le voulez (Mt 26,39). Et c’est avec raison que saint Paul introduit dans la passion du Christ l’obéissance, car la première « prévarication » est venue par la désobéissance : Car comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d’un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l’obéissance d’un seul (Rm 5,19) ; Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles (Proverbes 21,28). Que l’obéissance, en Jésus-Christ, ait été grande et digne de louanges, la chose est évidente. Car l’obéissance est grande, quand, contre son propre mouvement, elle se soumet au commandement d’un autre ; or le mouvement de la volonté humaine la porte à deux choses : à la vie et à l’honneur. Mais le Christ n’a pas refusé la mort : Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés (1 P 3,18) ; il n’a pas non plus refusé l’ignominie, ce qui fait dire à saint Paul : Il s’est rendu obéissant, jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix, qui est le comble de l’ignominie : Condamnons-le à la mort la plus infâme (Sagesse 2,20). Ainsi donc il n’a repoussé ni la mort, ni le genre de mort le plus ignominieux » (Commentaire aux Philippiens, ch. 2, l. 2).

Et pour que nous ne pensions pas que Jésus n’a fait cela que pour lui-même, mais que nous comprenions qu’il est juste que nous l’imitions en obéissant de la même manière à Dieu et aux hommes pour amour de Dieu, ajoute saint Paul : « Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et profond respect » (Ph 2,12) ; sur quoi, saint Thomas lui-même commente : « Puisque le Christ s’est humilié à ce point, et que pour s’être humilié il a été ainsi élevé, vous devez savoir que si vous vous humiliez, vous aussi vous serez élevés. Et vous devez le faire, parce que toujours vous avez été obéissants. Saint Paul fait mention ici de leur obéissance, en relevant le bien qu’ils ont fait, car par l’obéissance on entend toutes les vertus. En effet, ce qui rend l’homme juste, c’est qu’il garde les commandements de Dieu : Vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice (Rm 6,16). De plus ce qui est bien, quel qu’il soit et quelque bon qu’il soit par lui-même, devient meilleur par l’obéissance : Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles (Proverbes 22,28). Enfin, parmi les vertus, l’obéissance est la plus grande. En effet, offrir des biens extérieurs, est grand ; il est plus grand, d’offrir ce qui appartient au corps ; mais il est très grand d’offrir ce qui tient à l’âme, et à la volonté; or ceci se fait par l’obéissance : L’obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux obéir au Seigneur que de lui offrir la graisse des béliers ; (1 R 15,22). Si donc vous avez toujours agi ainsi, je vous engage à ce qu’il en soit de même à l’avenir » (Com. aux Phil., 2, 3).

Certes, cette obéissance n’est pas facile, car elle implique tous les actes de notre vie, tant extérieurs qu’intérieurs, mais l’exemple du Christ doit nous encourager à nous efforcer de la pratiquer, sachant que les sacrifices portent du fruit, comme le dit saint Paul lui-même aux Hébreux : « Pendant les jours de sa vie dans la chair, le Christ offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (5,7-9).

Que le Christ lui-même nous enseigne à nous efforcer pour toujours accomplir la Volonté du Père.