Archives par mot-clé : saint Augustin

« L’Église ne faiblira jamais jusqu’à la fin des temps »

Lire l’évangile du dimanche XI (Mc 4, 26-34)

Les textes de la liturgie de ce dimanche, dans la première lecture et dans l’évangile, qui est composé des deux paraboles, sont des prophéties de ce que sera l’Eglise dans le monde.

« Je prendrai une tige ; sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit » nous parle le Seigneur par le prophète Ezéquiel.

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : la semence germe et grandit, il ne sait comment ». « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite mais elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères… », nous dit le Seigneur lui-même dans l’évangile.

Nous allons méditer sur l’Eglise et son mystère, en mettant en avant la sainteté de l’ l’Eglise . On suivra en grandes lignes, les enseignements du Catéchisme de l’Eglise Catholique (nn. 751-776 . 823-829) .

D’abord, le mot  » Église » provient de la langue grecque ἐκκλησία : « ekklèsia », et ce mot a comme racine ek-kalein,  » appeler hors » et signifie « convocation « , « assemblée ». Dans l’Eglise, Dieu  » convoque  » son Peuple de tous les confins de la terre. Cette parole « ἐκκλησία » est passée de façon presque identique en phonétique au latin et de là, à nos langues latines : église, chiesa, iglesia, etc.

Il existait aussi dans l’antiquité le terme Kyriakè pour designer la communauté ecclésiale dont sont dérivés church en anglais, Kirche en allemand, Kyriakè signifie  » celle qui appartient au Seigneur « .

L’Esprit Saint a utilisé dans l’Écriture Sainte, une foule d’images et de figures liées entre elles, par lesquelles Il nous révèle le mystère inépuisable de l’Église. Ainsi, par exemple :

  • L’Église est le bercail dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire (cf. Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé lui-même à l’avance qu’il serait le pasteur (cf. Is 40, 11 ; Ez 34, 11-31)
  • L’Église est le terrain de culture, le champ de Dieu (1 Co 3, 9). Elle fut plantée par le Vigneron céleste comme une vigne choisie (cf. Mt 21, 33-43)
  • Bien souvent aussi, l’Église est dite la constructionde Dieu (cf. 1 Co 3, 9). Le Seigneur lui-même s’est comparé à la pierre rejetée par les bâtisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21, 42 par. ; cf. Ac 4, 11 ; 1 P 2, 7 ; Ps 118, 22).  Cette construction est décorée d’appellations diverses : la maison de Dieu (cf. 1 Tm 3, 15), dans laquelle habite sa famille, l’habitation de Dieu dans l’Esprit (cf. Ep 2, 19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (cf. Ap 21, 3), et surtout le temple
  • L’Église s’appelle encore « la Jérusalem d’en haut  » et  » notre mère «  (Ga 4, 26 ; cf. Ap 12, 17)

Par rapport à son origine et sa nature nous devons dire que l’Eglise a été fondée par le Seigneur, c’est de Lui qu’elle prend sa vie et sa force et elle ne fait qu’accomplir sa volonté de sauver les hommes. Le Catéchisme dit : « L’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ ; elle est, selon une image chère aux Pères de l’Église, comparable à la lune dont toute la lumière est reflet du soleil. »

Son âme est l’Esprit Saint qui est continuellement en train de la guider de la sanctifier : L’Église est, selon l’expression des Pères, le lieu  » où fleurit l’Esprit  » (S. Hippolyte, trad. ap. 35).

Son histoire

Dieu avait pensé et préparé l’Eglise depuis l’éternité ; les chrétiens des premiers temps (Hermas, vis. 2, 4, 1 ; cf. Aristide, apol. 16, 6 ; Justin, apol. 2, 7) disaient que  » le monde fut créé en vue de l’Église « . En effet, Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine (s’unir à Lui), communion qui se réalise par la  » convocation  » des hommes dans le Christ, et cette  » convocation « , c’est l’Église.

La préparation lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham ; le peuple d’Israël de l’Ancien Testament est image de l’Eglise.

Dans le Nouveau Testament, le Christ commence déjà à constituer l’Eglise en assemblée dans sa vie publique. Elle  » est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent dans le monde « . Ce germe et le commencement de l’Eglise sont le  » petit troupeau  » (Lc 12, 32), ceux qu’Il a ainsi rassemblés autour de lui, Il leur a enseigné une  » manière d’agir, de vivre  » nouvelle, mais aussi une prière propre (cf. Mt 5-6).

Mais l’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix.  » Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié  » (LG 3), pour cela on dit qu’elle est née du côté ouvert du Christ. Le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l’Église en permanence  » (LG 4). C’est alors que  » l’Église se manifesta publiquement devant la multitude ».

 » L’Église (…) n’aura sa consommation que dans la gloire céleste  » (LG 48), lors du retour glorieux du Christ. Jusqu’à ce jour,  » l’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu  » (S. Augustin, civ. 18, 51 ; cf. LG 8).

L’Église est inséparablement humaine et divine. Par son origine, l’Église est donc une société divine : par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surnaturelle ; par les membres dont elle se compose et qui sont des hommes, elle est une société humaine. Elle vit et agit dans le monde. Toutefois sa fin et sa force ne se trouvent pas sur la terre, mais au Ciel.

 « Humilité ! Sublimité !, Saint Bernard parle de l’Eglise, Tente de Cédar (tente humaine) et sanctuaire de Dieu ; habitation terrestre et céleste palais ; maison d’argile et cour royale ; corps mortel et temple de lumière ; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ ! Elle qui est pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste » (S. Bernard, Cant. 27, 7, 14 : PL 183, 920D).

L’Eglise Sainte

L’Eglise est Sainte, nous le disons dans la liturgie de l’Eglise (Une, Sainte, Catholique et Apostolique). 

D’abord, parce qu’Elle réalise l’union intime des hommes avec Dieu : c’est là le premier but de l’Église. Elle  » est le projet visible de l’amour de Dieu pour l’humanité  » (Paul VI, discours 22 juin 1973).

L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui ; par Lui et en Lui elle devient aussi sanctifiante (à travers les sept sacrements et la prédication de l’Evangile).  » Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu  » (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée  » la plénitude des moyens de salut  » (UR 3). C’est en elle que  » nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu  » (LG 48).

Sainte ou pécheresse ?

Dans ces derniers temps, on entend souvent que l’Eglise est pécheresse, qu’elle doit se repentir et demander pardon des péchés commis dans l’histoire.

Pouvons-nous concilier cela avec notre profession de foi qui nous enseigne que l’Eglise est Sainte ? On devrait accepter la sainteté de l’Eglise au même titre que sa condition de pécheresse?

Dire que l’Eglise est pécheresse est contredire sa nature, elle est sainte pour être unie à Christ, sa Tête et constamment sanctifiée par l’Esprit Saint. Elle n’est pas pécheresse, les pécheurs ce sont les hommes qui composent la partie humaine de l’Eglise. Qu’un homme soit voleur ne me donne pas la certitude de dire que sa mère l’est aussi, ou bien que toute sa famille partage cette condition.

Tous les membres de l’Église, nous dit le Catéchisme, y compris ses ministres, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30).

Nous devons aussi dire que l’Église  » glorieuse, sans tache ni ride « , est la fin ultime à laquelle nous sommes conduits par la passion du Christ. Elle ne se réalisera donc que dans la patrie céleste, et non en cette vie où  » nous nous trompons nous-mêmes si nous prétendons être sans péché «  (1 Jn. 1, 8), c’est-à-dire que dans ce monde nous avons toujours comme membres de l’Eglise la faiblesse du péché.

Mais, l’Eglise Sainte est composée seulement de ceux qui vivent la grâce de Dieu, qui ne sont pas esclaves du péché mortel. Ces derniers, par contre ne sont pas membres du Christ en acte, mais en puissance, c’est-à-dire d’une manière imparfaite par la foi informe (sans la charité). Les pécheurs qui ne vivent pas la grâce mais qui ont pourtant la foi par le baptême,  sont semblables à un membre qui est  uni au corps d’un homme (un bras, un œil, un pied) mais qui est mort et que l’homme ne parvient qu’à remuer faiblement.

Disons donc que ce ne sont pas les chrétiens qui font que l’Eglise soit sainte, au contraire, c’est l’Eglise qui sanctifie les hommes.

Nous devons énoncer en définitive les raisons pour lesquelles l’Eglise est sainte. C’est-à-dire,  en quoi  voyons nous et constatons nous la sainteté de l’Eglise ?

  • Tout d’abord, Elle est objectivement sainte parce qu’elle est le Corps dont la Tête est le Christ, homme et Dieu, elle participe de la grâce du Christ.
  • En deuxième lieu, parce qu’Eglise possède l’Eucharistie, le Corps et le Sang du Christ qui est le plus Saint et qui sanctifie, tous les sacrements sont comme une dérivation de l’Eucharistie.
  • Et finalement nous disons que l’Eglise est Sainte parce qu’elle possède la vérité de mode infaillible et indéfectible. Elle a toujours, sans cesse prêché la vérité : L’Église vacillera si son fondement vacille, mais le Christ pourra-t-il vaciller ? Tant que le Christ ne vacille pas, l’Église ne faiblira jamais jusqu’à la fin des temps(Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 103, 2, 5 ; PL 37, 1353).

L’Eglise aussi se révèle sainte dans la sainteté de ses membres, de tous ceux qui vivent la grâce comme membres vivants dans son Corps Mystique. Parmi eux de façon éminente, nous trouvons les chrétiens déjà proclamés comme saints, ces fidèles qui ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu et dont l’Église reconnaît la puissance de l’Esprit de sainteté qui les habite et soutient ainsi l’espérance des fidèles en les leur donnant comme modèles et intercesseurs.

Les fidèles du Christ sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché, tandis qu’un membre de l’Eglise a atteint la sainteté en plénitude, c’est la Vierge Marie : c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie  » (LG 65) : en elle, l’Église est déjà la toute sainte. Qu’Elle nous donne la grâce de croire dans l’Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Le péché contre l’Esprit Saint

Lire l’évangile du Dimanche X (Marc 3,20-35)

Après avoir parcouru les grands temps liturgiques de Carême et Pâques, et en y ajoutant les deux solennités après la Pentecôte, celles de la Sainte Trinité et du Corpus Christi, nous reprenons aujourd’hui les dimanches du temps appelés « ordinaires » et pour cela nous utilisons la couleur verte. Nous continuons aussi avec la méditation de l’évangile de saint Marc.

Le texte de ce dimanche est issu du chapitre 3, et nous pouvons y entrevoir trois parties bien définies : d’abord, un rejet de Jésus de la part de gens de son clan (la grande famille selon la mentalité de son époque), avec l’accusation faite par les scribes et les pharisiens le disant possédé. Il y a, ensuite,  en un deuxième temps, la réponse du Seigneur. Et finalement un troisième avec l’arrivée de sa Mère et d’autres parents de Jésus pour Le chercher et les paroles que Jésus adresse à ses disciples : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ?

On fait d’abord une petite réflexion sur le premier moment de l’évangile, Jésus est méprisé par les gens de sa connaissance, de son village, Nazareth et de sa grande famille ; il est considéré comme un fou ; tandis que les pharisiens et les scribes, ceux qui vont toujours persécuter Notre Seigneur jusqu’à le faire mourir sur la croix, l’accusent d’être « possédé » par le chef de démons, Béelzéboul (le père des mouches).

C’est une caractéristique de saint Marc, évangéliste, que de montrer l’hostilité et le rejet du Seigneur et du message.  En effet, lorsque nous lisons cet évangile dès le début et au fur et à mesure qu’on avance dans les chapitres nous pouvons constater que Jésus est progressivement refusé et persécuté par tous et qu’au même moment, Il annonce à ses disciples que le fait d’accepter de venir à sa suite entraine pour eux le même sort.

Dans un deuxième temps, le Seigneur répondra à l’accusation d’être possédé par Béelzéboul, avec une parabole et cette conclusion : « ‘Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.  Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours.’ Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : ‘Il est possédé par un esprit impur’. »

Il peut être un peu choquant pour nous que le Seigneur dise que le blasphème contre l’Esprit Saint ne sera pas pardonné, ou comme l’énonce l’évangile de saint Mathieu (12,32) « si quelqu’un parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir ». C’est-à-dire, qu’il y a un type de péché, le péché contre l’Esprit Saint qui ne peut pas recevoir le pardon.

Par rapport à cela, Il faut voir d’abord que Notre Seigneur prononce ces paroles juste après que les pharisiens aient essayé de discréditer (dévaloriser ou déshonorer) ses faits prodigieux, les miracles de Jésus. Et pour cela certains pères de l’Eglise, comme saint Athanase, Ambroise, Saint Jean Chrysostome, ont affirmé que ce péché contre l’Esprit Saint c’est tout blasphème qui attribuerait les œuvres de l’Esprit Saint à une action des démons, comme c’est le cas de l’évangile d’aujourd’hui.

Saint Augustin dit que faire un péché contre l’Esprit Saint signifie tout blasphème prononcé contre l’Esprit, parce c’est par Lui qui se fait la rémission de nos péchés. D’autres écrivains de l’Eglise après saint Augustin ont identifié ce péché à tout péché commis en pleine conscience et malice, c’est pour cela qu’il s’appelle « contre l’Esprit Saint » parce qu’il contrarie la bonté et l’amour (L’Esprit Saint étant l’Amour dans la Trinité).

Saint Thomas d’Aquin va compléter finalement ces trois interprétations en signalant que le péché contre l’Esprit Saint est tout péché qui met un obstacle, c’est-à-dire qui empêche l’œuvre de la Rédemption dans l’âme ; cela fait que soit la conversion au bien (avancer vers lui), soit l’action échapper et de s’éloigner du péché deviennent très difficile. Ainsi nous pouvons dire que ce péché n’est pas seulement réservé aux pharisiens, chaque personne peut malheureusement tomber aussi dans un péché contre l’Esprit Saint. Voilà donc trois actes qui selon saint Thomas, conduisent au péché contre l’Esprit Saint, et qui en conséquence empêchent l’action du pardon et de la grâce.

  • Premièrement tout ce qui nous fait perdre confiance dans la Miséricorde de Dieu, le désespoir que Dieu peut pardonner tout péché. Comme lorsque Caïn échappe à Dieu après avoir tué son propre frère, Abel, et ferme même la porte au pardon de Dieu : « Mon péché est trop grand pour être pardonné » (Gén. 4,13). Dans ce premier aspect on inclut aussi toute présomption qui enlève la crainte de la justice divine et qui nous pousse à commettre des péchés (on ne se soucie pas que Dieu soit juste).
  • Deuxièmement les péchés contre l’Esprit Saint sont aussi les actes qui nous rendent ennemis des dons de Dieu, ces dons qui nous amènent à la conversion de cœur. Entre autres, le fait de refuser la vérité (autrement dit « agir dans le mensonge »), c’est le cas de gens qui arrivent à nier la vérité des choses pour pouvoir pécher avec tranquillité. Nous pouvons inclure ici aussi tout péché de haine ou jalousie lorsque nous voyons l’œuvre de la grâce chez les autres et bien la croissance de la grâce de Dieu dans le monde : si nous ne sommes pas joyeux du fait que les gens entrent dans le sein de l’Eglise Catholique ou qu’ils avancent sur la voie de la sainteté. Cela peut commencer par exemple lorsqu’avec un amour égoïste on empêche les autres de faire du bien ou d’accomplir une œuvre sainte envers Dieu, en étant conscient de cette mauvaise action.
  • Et finalement dit saint Thomas on peut dire que toute action qui empêche l’âme de sortir de l’état du péché est un péché contre l’Esprit Saint. Comme dit le dicton : « il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir », il n’y a pas donc pire pécheur que celui qui ne veut pas sortir du péché. Cela implique l’impénitence, ce qui veut dire la négation volontaire à se repentir et à abandonner nos propres péchés ; et aussi l’obstination dans le mal, c’est-à-dire l’intention de continuer à pécher.

Alors, Notre Seigneur dit par rapport à ce péché qu’il ne sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir. Il ne veut pas dire que Dieu ne puisse pas pardonner (Il est Tout-Puissant), mais qu’en vérité c’est le pécheur qui ne laisse pas de place au pardon dans son cœur, il coupe les voies du repentir et le retour à Dieu. Rien ne peut pourtant fermer la Toute Puissance de Dieu et la Miséricorde Divine qui peut produire la conversion du cœur le plus endurci, de la même manière qu’Il peut par miracle, guérir une maladie mortelle.

Il est évident qu’à ce grand péché, on n’arrive pas d’un seul coup, il se prépare malheureusement avec l’habitude de commettre certains péchés, ou par les mauvaises tendances de la nature et de notre égoïsme. La malice de ce péché en implique beaucoup d’autres qui commencent à entrainer l’âme à refuser la conversion, à refuser le bien. Comme on l’a déjà dit, le fait par exemple de s’opposer à l’action divine dans notre âme ou dans les âmes des autres, ne pas se soucier des péchés (même dans le cas des péchés véniels), le fait de ne pas couper avec ce qui nous entraîne vers le mal…

Parlons maintenant du dernier passage de l’évangile, on dirait que Jésus préfère la compagnie de ses disciples à celle de sa Mère, la Vierge Marie. Comment expliquer cela ? Laissons Saint Augustin nous éclairer sur ce passage :

« Comment le Christ Seigneur pouvait-il avec piété repousser sa mère, et pas une mère quelconque, mais une mère d’autant plus grande qu’elle était une mère vierge… Il a repoussé cette mère, pour que l’affection maternelle ne se mêle pas à l’œuvre qu’il accomplissait, et ne l’empêche pas.
Que les mères (et les pères) entendent ce qu’il a répondu, pour que leur affection charnelle n’empêche pas les œuvres bonnes de leurs enfant…

Le Christ Seigneur n’a donc pas condamné l’affection maternelle, mais il a montré en lui-même, par un grand exemple, qu’il fallait repousser sa mère pour l’œuvre de Dieu(donner une nouvelle place, ordonner l’amour). Il était notre maître ; s’il a daigné repousser sa mère, c’est pour t’apprendre à repousser aussi ton père pour l’œuvre de Dieu. »

Et commentant après la phrase du Seigneur : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?  Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Saint Augustin dit encore :
« Est-ce qu’elle n’a pas fait la volonté du Père, la Vierge Marie, qui a cru par la foi, qui a conçu par la foi, qui a été choisie pour que d’elle naisse pour nous le salut parmi les hommes, qui a été  créée par le Christ, avant que le Christ ne fût créé en elle? Elle a fait, elle a fait absolument la volonté du Père, sainte Marie; et c’est plus pour Marie d’avoir été la disciple du Christ, que d’avoir été la mère du Christ.

Marie est bienheureuse d’avoir écouté la parole de Dieu et de l’avoir gardée : elle a gardé la vérité en son cœur plus que la chair en son sein. Le Christ est vérité, le Christ est chair. Le Christ vérité est dans le cœur de Marie, le Christ chair dans le sein de Marie ; ce qui est dans le cœur est plus que ce qui est dans le ventre. Sainte est Marie, bienheureuse est Marie »

Que Marie nous donne la grâce d’être des bons disciples du Christ et d’accomplir sa volonté dans nos vies.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné