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« Je suis né pour toi! »

Noël: Messe de l’Aurore

L’Eglise nous invite à revivre encore une fois le mystère de Noël au travers des lectures choisies pour le jour de cette solennité.

L’évangile nous dit qu’il y avait le jour de la Naissance de Jésus, proche du lieu où est né le Christ des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. C’est précisément parce qu’ils trouvaient dans ce petit coin de Judée des bons pâturages ; l’évangile nous dit aussi qu’ils vivaient dehors, hors du village de Bethlehem. Il s’agissait de bergers nomades, qui attendaient là-bas le temps des pluies, le printemps pour se déplacer vers d’autres endroits. Ils habitaient dans des tentes ou se réfugiaient dans les grottes naturelles des collines comme nous le montre la piété chrétienne appuyée sur la tradition. Le texte en grec dit en effet « qu’ils campaient », tout en gardant les troupeaux des voleurs et des bêtes sauvages, pendant la nuit très probablement.

L’histoire nous révèle que les bergers n’étaient pas trop estimés par les autres habitants de la Terre Sainte, on les considérait eux-mêmes comme des voleurs, les pharisiens avaient interdit de leur acheter de la laine et du lait, craignant qu’ils ne fussent le fruit de leurs vols. En général, eu égard à cette renommée, peut-être gratuite, ils étaient devenus des gens méprisés.

Mais, ces bergers de l’évangile ne sont pas loin de Dieu dans leurs cœurs ; nous le savons, Dieu établit son amitié et se révèle seulement aux cœurs qui sont ouverts à l’amour et au bien. Ils faisaient partie de ces pauvres dont l’âme est simple ; Jésus bénira au moment de sa prédication les âmes semblables, parce que pour eux est réservé le mystère de Dieu : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » Lc. 10,21. Ces bergers représentent les pauvres en général, auxquels Dieu garde sa prédilection. Posons-nous cette question : notre cœur est-il vraiment pauvre, est-il vraiment humble pour contempler l’enfant Jésus dans sa crèche ?

Comme de nos jours, beaucoup d’hommes et femmes ignoraient ce qui se passait dans cette nuit de Bethlehem. Après Marie et Joseph, la nouvelle de la Naissance de Jésus est communiquée tout d’abord à ce groupe de bergers.

Alors, ces bergers ne prennent pas beaucoup de temps pour aller voir ce que l’Ange leur annonce : « Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire » dit la suite de l’évangile de cette nuit. Quels sont les chrétiens d’aujourd’hui qui se hâtent vraiment pour les choses de Dieu ?

S’il y a quelque chose qui vaut vraiment la peine de se presser à sa recherche, semble-nous dire l’évangéliste de façon tacite, ce sont les choses de Dieu.

Le signe est en définitif une reconnaissance, une description qu’ils pouvaient constater au simple regard. Mais, le signe n’est pas une vision extraordinaire, il se produit dans l’humilité. Ils découvrirent la pauvreté d’un Dieu qui veut que les hommes et les femmes de tous les temps regardent au cœur. Les bergers découvrent que ce que l’Ange leur avait annoncé était vrai. Ils rendent gloire à Dieu et retournent à leur vie pleins de joie, d’une joie spirituelle de ce qu’ils avaient vu et entendu.

Mais, dans ce mystère de Noël, on retrouve cette analogie entre Noël et l’Eucharistie dans le même texte de l’Évangile avec les paroles de l’ange aux bergers : « C’est le signe pour vous : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Le signe de la reconnaissance de Dieu fait homme est composé de réalités absolument simples et pauvres. De la même manière, l’Eucharistie, présence vraie, réelle et substantielle de Dieu fait homme, se produit dans la pauvreté des accidents eucharistiques du pain et du vin. Ainsi, « pour les bergers, le grand « signe » n’était qu’un pauvre enfant couché dans une crèche, bien qu’en sa mémoire ils aient glorifié et loué Dieu pour ce qu’ils avaient vu. Avec le regard de la foi, nous devons percevoir le Christ lui-même, né aujourd’hui, sous les signes du pain et du vin.

Saint Augustin a interprété le sens de la crèche avec un raisonnement qui au premier abord semble presque impertinent, mais qui, lorsqu’on y regarde de plus près, contient au contraire une vérité profonde. « La mangeoire est l’endroit où les animaux trouvent leur nourriture ». Cependant, Celui que l’on voit maintenant dans la crèche s’est indiqué comme le vrai pain descendu du ciel, comme la vraie nourriture dont l’homme a besoin pour être une personne humaine. C’est la nourriture qui donne à l’homme la vraie vie, la vie éternelle. La crèche devient ainsi une référence à la table de Dieu, à laquelle l’homme est invité à recevoir le Pain de Dieu. Dans la pauvreté de la naissance de Jésus se dessine la grande réalité dans laquelle la rédemption des hommes s’accomplit d’une manière mystérieuse : l’Eucharistie. Cette image est encore plus forte lorsqu’on comprend que Bethlehem veut dire en hébreux « Maison de Pain ».

Ce que Jésus fera après dans sa Passion, s’offrir pour le salut du monde, ce qu’Il fait chaque jour lorsqu’Il s’offre dans l’Eucharistie pour nous faire devenir lui, pour nous transformer en Lui, Il le fait maintenant dans sa crèche, il s’offre.

C’est encore Saint Jean Chrysostome, qui nous exhorte à recevoir le Christ:

« Il s’offre à nous pour tout. Et alors il nous dit: « Si tu veux t’embellir, prends ma beauté. Si tu veux combattre, mes armes. Si tu veux t’habiller, mes vêtements. Si tu veux te nourrir, ma table. Si tu as besoin de marcher, prend mon chemin. Si tu veux hériter, mon héritage. Si tu veux entrer dans la patrie éternelle, je suis l’architecte de cette ville …

Et je ne te demande aucun paiement pour ce que je te donne, mais je veux moi-même être ton débiteur, du seul fait que tu veux recevoir tout ce qui est à moi. Je suis pour toi père, frère, époux ; Je suis la maison, la nourriture, les vêtements, racine, fondation, tout ce que tu veux, c’est moi; ne sois pas dans le besoin et qu’il te manque de quelque chose, je te servirai même, car je suis venu « pour servir et non pour être servi » (Mt 20, 28). Je suis ami, frère, sœur, mère; Je suis tout pour toi et je ne veux que l’intimité avec toi. Je suis pauvre pour toi, mendiant pour toi, crucifié pour toi, enseveli pour toi. Au ciel, je suis pour toi devant Dieu le Père; et sur terre je suis l’envoyé pour toi. Tu es tout pour moi, frère et cohéritier, ami et membre. Que veux-tu de plus? Pourquoi rejettes-tu celui qui t’aime et travailles-tu plutôt pour le monde, jetant tout dans l’oreille d’un sourd? » (Homélie 76 sur Evangile).

P. Luis Martinez IVE.

Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

24 décembre : Prendre la croix

Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction à toutes ces méditations, les Constitutions de notre Institut du Verbe Incarné affirment : « Nous voulons vivre intensément les vertus de l’anéantissement : humilité, justice, sacrifice, pauvreté, douleur, obéissance, amour miséricordieux… en un mot, porter la croix » (n. 11).

Tout au long de ces journées, nous avons pu montrer, brièvement, comment toutes ces vertus sont présentées dans l’acte de s’abaisser du Christ, et qu’elles brillent pour la première fois sur le monde depuis la crèche de Bethléem. Le Christ enfant est déjà pour nous un exemple de toutes ces vertus que nous devons pratiquer avec effort pour imiter notre Seigneur, qui pour nous s’est fait homme et est né de la Vierge Marie. Dans cette méditation de conclusion, nous allons dire quelque chose sur la vertu qui les unit toutes, et qui s’exprime en disant « prendre la croix ».

L’expression vient de l’Évangile et est formulée de diverses manières : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16,24 ; cf. Mc 8,34 ; Lc 9,23) ; « celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi » (Mt 10,38 ; cf. Lc 14,27 : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple »). Dès les premiers temps du christianisme, on y voit l’essentiel de la suite de Jésus, car on y voit l’essentiel de la mission du Christ lui-même, qui dès la crèche de Bethléem projette l’ombre de sa croix sur le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,49-50).

Une des meilleures explications de ces passages de l’Evangile est donnée par Saint Louis Marie Grignion de Montfort, dans sa Lettre circulaire aux Amis de la Croix. De là, nous prenons quelques passages qui peuvent servir de source de méditation : « Toute la perfection chrétienne, en effet, consiste: (1) à vouloir devenir un saint: Si quelqu’un veut venir après moi ; (2) à s’abstenir: qu’il renonce à soi-même ; (3) à souffrir: qu’il porte sa croix ; (4) à agir: et qu’il me suive !

(1) SI QUELQU’UN VEUT VENIR APRES MOI

Si quis vult post me venire, si quelqu’un veut venir après moi, qui me suis si humilié et si anéanti, que je suis devenu plutôt un vermisseau qu’un homme… après moi qui ne suis venu au monde que pour embrasser la Croix… que pour la placer au milieu de mon cœur… que pour l’aimer dès ma jeunesse… que pour soupirer après elle pendant ma vie… que pour la porter avec joie en la préférant à toutes les joies et les délices du ciel et de la terre… et enfin qui n’ai été content que lorsque je suis mort dans ses divins embrassements.

(2) QU’IL RENONCE A SOI-MEME

Si quelqu’un donc veut venir après moi ainsi anéanti et crucifié, qu’il ne se glorifie comme moi que dans la pauvreté, les humiliations et les douleurs de ma Croix : qu’il renonce à soi-même !

(3) QU’IL PORTE SA CROIX

Qu’il porte sa croix ; la sienne ! Que celui-là, que cet homme, que cette femme rare, que toute la terre d’un bout à l’autre ne saurait payer, prenne avec joie, embrasse avec ardeur, et porte sur ses épaules avec courage sa croix, et non pas celle d’un autre: – sa croix que par ma sagesse, je lui ai faite avec nombre, poids et mesure ; – sa croix, à laquelle j’ai, de ma propre main, mis ses quatre dimensions, dans une grande justesse, savoir : son épaisseur, sa longueur, sa largeur et sa profondeur ; – sa croix que je lui ai taillée d’une partie de celle que j’ai portée sur le Calvaire, par un effet de la bonté infinie que je lui porte ; – sa croix, composée en épaisseur, des pertes de biens, des douleurs, des maladies et des peines spirituelles qui doivent, par ma providence, lui arriver chaque jour jusqu’à sa mort ; – sa croix, composée en sa longueur d’une certaine durée de mois ou de jours qu’il doit être accablé de la calomnie, être étendu sur un lit, être réduit à l’aumône, et être en proie aux tentations, aux sécheresses, abandons et autres peines d’esprit ; – sa croix, composée en sa largeur de toutes les circonstances les plus dures et les plus amères, soit de la part de ses amis, de ses domestiques, de ses parents ; – sa croix, enfin, composée en sa profondeur des peines les plus cachées dont je l’affligerai, sans qu’il puisse trouver de consolation dans les créatures qui même, par mon ordre, lui tourneront le dos et s’uniront avec moi pour le faire souffrir.

La croix; qu’il la porte, puisqu’il n’y a rien de si nécessaire, de si utile et de si doux, ni de si glorieux que de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ. Il faut souffrir comme les saints… sinon comme les réprouvés.

Choisis bien sagement; car il nécessaire de souffrir comme un saint, ou comme un pénitent, ou comme un réprouvé qui n’est jamais content. C’est-à-dire, que si vous ne voulez pas souffrir avec joie comme Jésus-Christ, ou avec patience comme le bon larron, il faudra que vous souffriez malgré vous comme le mauvais larron ; il faudra que vous buviez jusqu’à la lie du calice le plus amer, sans aucune consolation de la grâce, et que vous portiez le poids tout entier de votre croix, sans aucune aide puissante de Jésus-Christ. Il faudra même que vous portiez le poids fatal que le démon ajoutera à votre croix, par l’impatience où elle vous jettera, et qu’après avoir été malheureux avec le mauvais larron sur la terre, vous alliez le trouver dans les flammes.

Mais si, au contraire, vous souffrez comme il faut, la croix deviendra un joug très doux, que Jésus-Christ portera avec vous. Elle deviendra les deux ailes de l’âme qui s’élève au ciel ; elle deviendra un mât de navire qui vous fera heureusement et facilement arriver au port du salut. Portez votre croix patiemment, et par cette croix bien portée, vous serez éclairés en vos ténèbres spirituelles ; car qui ne souffre rien par la tentation, ne sait rien. Portez votre croix joyeusement, et vous serez embrasés du divin amour; car Personne ne vit sans douleur Dans le pur amour du Seigneur. On ne cueille de roses que parmi les épines. La croix seule est la pâture de l’amour de Dieu, comme le bois est celle du feu.

Réjouissez-vous donc et tressaillez d’allégresse, lorsque Dieu vous fera part de quelque bonne croix ; car ce qu’il y a de plus grand dans le ciel et en Dieu même tombe en vous, sans vous en apercevoir. Le grand présent de Dieu que la croix !

(4) ET QU’IL ME SUIVE !

Mais il ne suffit pas de souffrir: le démon et le monde ont leurs martyrs ; mais il faut souffrir et porter sa croix sur les traces de Jésus-Christ, c’est-à-dire de la manière qu’il l’a portée ».

Le Christ est, en fait, dans la crèche, pour nous apprendre à porter la croix. Mère Teresa a dit que la souffrance est dans le monde afin que l’amour puisse être montré. Et il n’y a pas de souffrance plus grande que celle du Christ, car il n’y a pas de plus grand amour que le sien. Demandons à la Vierge, qui a accompagné son Fils à Bethléem et au Calvaire, la grâce de lui être toujours fidèles.