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Dieu, peut-il ignorer nos PRIÈRES?

Homélie du Dimanche XX, année A (Mt 15, 21-28)

La liturgie nous propose à la méditation cette belle histoire, d’une femme d’un pays étranger au peuple d’Israël, un pays qui n’adorait pas le Dieu Unique, qui vient demander au Seigneur la grâce de la guérison pour sa fille, tourmentée par un démon.

Quelle est l’attitude du Seigneur face à ce cri de douleur d’une femme païenne ? Le silence de Jésus peut paraître déconcertant, si bien qu’il suscite l’intervention des disciples, mais il ne s’agit pas d’insensibilité à la douleur de cette femme. Saint Augustin commente justement : « Le Seigneur simulait de ne pas l’entendre, mais ce n’était point pour lui refuser sa miséricorde, c’était pour enflammer encore son désir » (Sermo 77, 1: PL 38, 483)…

Le Seigneur a écouté la supplication de cette femme, le Seigneur a écouté sa prière et lui a donné ce qu’elle demandait.

C’est le Seigneur dans les évangiles qui nous a dit : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira » (Mt. 7,7) et parfois nous sommes tentés de dire que cela ne s’est pas accompli dans nos vies. Car nous avons demandé certaines grâces mais elles n’ont pas été exaucées.

Tout d’abord, nous devons dire avec saint Augustin que Dieu est sage, et s’Il ne nous accorde pas ce que nous lui demandons, c’est parce qu’Il voit que cela ne nous est pas utile et que ce n’est pas bon pour notre vie éternelle, et même si nous croyons que c’est un bien pour nous, que c’est la meilleure chose pour notre vie, en définitive notre vie dans ce monde passe et nous devons nous préparer pour la vie éternelle. Le saint disait : « demande toujours avec foi, ou bien Dieu te donnera ce que tu demandes ou bien ce qui est le meilleur pour toi ». Dieu, serait-il méchant au point de nous accorder quelque chose qui à la fin deviendrait mauvais pour nous, qui nous éloignerait de Lui et qui serait peut-être cause de condamnation ?

Il faut aussi savoir que Dieu cherche le temps opportun pour nous accorder certaines grâces. Qu’Il nous fait attendre parfois pour enflammer notre cœur par le désir, selon la pensée de saint Augustin. La bible nous déclare qu’Abraham, notre père dans la foi, a dû attendre 40 ans pour recevoir la promesse que Dieu lui avait faite. Dans le livre de l’Ecclésiaste (8,6), il est écrit : « il y a un temps et un jugement pour tout ».

Une autre objection courante c’est : « pourquoi Dieu ne m’écoute pas si j’ai pourtant la foi »

A cela nous répondons tout simplement que Dieu demande la foi, mais non seulement pour croire ce que j’attends, mais une foi qui remplisse toute la vie, une foi traduite en œuvres : « voyez bien : l’homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi » (Jacques 2,24).

Voyons encore quelques occasions dans lesquelles dans nos prières sont consécutives à nos mauvaises attitudes et pour cette raison ne peuvent pas être exaucées.

  1. Si dans notre prière nous demandons mal ou nous avons des motifs personnels et égoïstes.

Saint Jacques 4,3 écrit : « Vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs ».

2. Si nous prions tout en gardant le mal dans nos cœurs.

Nous ne pouvons pas garder le mal ou la rancune dans nos cœurs et en même temps vouloir être entendus par Dieu.

« Si mon cœur avait regardé vers le mal, le Seigneur n’aurait pas écouté » Ps 65,18.

3. Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui n’obéissent pas ou qui nient la loi de Dieu.

Comment aurons-nous l’intention de nous adresser à Dieu si nous ne nous conformons pas à ses commandements et si nous voulons vivre selon notre propre loi ? Dieu n’entend pas notre prière pour cette autre raison.

« Qui fait la sourde oreille à la loi, sa prière n’inspirera que dégoût » (Proverbes 28,9).

4. Ni La prière de ceux qui ferment l’oreille au cri des pauvres ou des souffrants.

Parfois, on commet un péché d’indifférence, nous tournons nos regards vers l’autre côté indiquant que nous ne nous soucions pas de la souffrance des autres. L’indifférence envers les autres est l’une des raisons pour lesquelles Dieu n’écoute pas notre prière. « Celui qui ferme ses oreilles au cri des affligés, lorsqu’il appellera, on ne lui répondra pas. » (Proverbes 21,13)

5 . Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui sont violents, meurtriers, menteurs et calomniateurs.

6. Non plus la prière de ceux qui adorent en même temps les idoles ou Satan.

7. Ni la prière faite avec hypocrisie ou juste pour accomplir.

8. Dieu n’entend pas les prières de l’arrogant.

Dieu a de meilleures choses à donner aux humbles. Mais aux orgueilleux, il détourne son visage. Dieu n’écoute pas notre prière si notre cœur est rempli d’orgueil et d’arrogance.

« Dieu résiste aux orgueilleux, mais fait des faveurs aux humbles. » (Jacques 4.6)

9. La prière où manque le pardon n’est pas exaucée.

«Et quand vous vous levez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui, afin que votre Père céleste vous pardonne aussi vos fautes» (Marc 11: 25-26)

10. Les prières de ceux qui maudissent leurs parents Dieu ne les écoute pas.

« Avez-vous maudit votre père et votre mère? Votre lampe s’éteindra dans l’endroit le plus sombre » (Proverbes 20:20).

11. La prière serait sans résultat si le mari n’honore pas la femme ou la femme son mari.

12. La prière de ceux qui prient pour se justifier devant Dieu est vaine , comme celle du pharisien dans la parabole :
« Oh mon Dieu, je te remercie parce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont des voleurs, des injustes, des adultères, ou comme ce publicain » Lc. 18, 11.

Comment doit être donc notre prière pour qu’elle soit agréable à Dieu ?

Selon saint Thomas d’Aquin lorsqu’il parle de la prière, notre prière doit compter avec cinq qualités « excellentes » dit-il : elle doit être confiante, droite, ordonnée, dévote et humble.

Confiante: avec une foi sans défaillance, sans aucune hésitation.

Droite: avec une bonne finalité.

Ordonnée: cherchant avant tout un bien spirituel plutôt qu’un bien matériel. Il faut dire que parfois je peux demander une chose plutôt matérielle, mais elle doit être toujours ordonnée à me faire grandir dans ma vie spirituelle.

Dévote: alors, la dévotion vient de la charité, l’amour authentique.

Et finalement l’humilité comme le fondement de toute prière.

Demandons la grâce de que notre prière soit aussi authentique et pleine de foi devant Dieu.

Que la Vierge nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

Trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Homélie pour le Dimanche XXIX, année C (Lc 18, 1-8)

« Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? »  C’est la phrase avec laquelle se clôt la parabole dans le texte de l’évangile de ce dimanche.

Comme le Seigneur nous le montre, cette parabole a comme but de nous donner confiance et persévérance dans la prière : la nécessité de toujours prier sans se décourager.

Malgré ce que Notre Seigneur nous enseigne dans l’évangile aujourd’hui, on peut avoir la tentation de dire que Dieu semble ne pas nous écouter. C’est le même sentiment qu’avait le prophète : « Jusques à quand, Yahvé, appellerai-je au secours sans que tu écoutes, crierai-je vers toi: « A la violence! » sans que tu sauves? » (Ha 1, 2). Il n’y a qu’une seule réponse à cette invocation angoissée, disait le pape Benoît XVI :  « Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre véritable conversion commence avec le « cri » de l’âme, qui implore le pardon et le salut. »    La prière chrétienne n’est donc pas l’expression du fatalisme et de l’inertie (comme lorsqu’on dit : « on ne peut rien faire »), elle est même le contraire d’une fuite de la réalité, d’un intimisme consolateurelle est une force d’espérance, la plus haute expression de la foi dans la puissance de Dieu qui est Amour et qui ne nous abandonne pas. »  

« La force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, c’est la foi et l’expression de la foi, c’est la prière. Lorsque la foi se remplit d’amour pour Dieu, reconnu comme Père juste et bon, la prière se fait persévérante, insistante, elle devient un gémissement de l’esprit, un cri de l’âme qui pénètre le cœur de Dieu.  »

Cette prière persévérante est bien représentée par l’attitude de la veuve dans la parabole, c’est un courage qui insiste, une insistance qui peut devenir un peu forte et pour cette raison le juge accédera à sa demande parce qu’il peur de qu’elle finisse par lui « faire un œil au beurre noir » comme serait une traduction plus proche, car l’évangéliste utilise un terme pugilistique.

Mais, la veuve n’est pas l’unique image de notre prière persévérante. La première lecture nous présente la force de la prière de Moïse. Alors que Josué et ses hommes affrontaient les adversaires sur le champ de bataille, Moïse était sur la cime de la colline avec les mains levées, dans la position de la personne en prière. Dieu était avec son peuple, il en voulait la victoire, mais son intervention était conditionnée par les mains levées de Moïse. «Cela semble incroyable, mais c’est ainsi :  Dieu a besoin des mains levées de son serviteur ! Les bras levés de Moïse font penser à ceux de Jésus sur la croix :  les bras ouverts et cloués avec lesquels le Rédempteur a vaincu la bataille décisive contre l’ennemi infernal. Sa lutte, ses mains levées vers le Père et ouvertes sur le monde demandent d’autres bras, d’autres cœurs qui continuent à s’offrir avec son même amour, jusqu’à la fin du monde. »

Nous devons être conscients du pouvoir de la prière, comme l’étaient les saints. Notre force vient de ce dialogue et de cette amitié que nous établissons avec le Père qui nous aime. Car finalement la prière doit être un dialogue, un entretien en confiance avec Celui dont nous nous savons aimés et qui veut toujours nous faire du bien.

« Qu’elle est donc grande la puissance de la Prière ! disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de façon très belle. On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu’elle demande.

Il n’est point nécessaire pour être exaucé de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s’il en était ainsi… hélas ! que je serais à plaindre !… En dehors de l’office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n’ai pas le courage de m’astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !… et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres… Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend… 

Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin, c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. » (Ms C, 25rv).

Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » cette question posée par le Seigneur à la fin de son évangile nous fait trembler un peu, car son retour s’approche chaque jour qui passe et en effet, on se rend compte que la foi se perd dans ce monde. Mais au lieu de considérer cette question du Seigneur comme une prophétie en train de s’accomplir, nous devons penser qu’Il nous a demandé d’aller annoncer l’évangile à toute créature et que cette mission de l’Eglise n’est pas encore achevée.

Nous sommes dans le mois extraordinaire pour les missions, commençant tout d’abord pour la mission de prier pour que le Christ soit annoncé et connu, à la manière de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une sœur carmélite de clôture, elle avait un cœur qui dépassait les murs de son monastère ayant le désir que le Christ soit prêché et connu dans le monde entier, comme elle a écrit une fois, elle avait « le désir de L’aimer et de Le faire aimer ».

On peut se poser la question : A quoi sert de prêcher encore l’évangile ? Quelle obligation en avons-nous ?

D’abord, c’est parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité (1 Timothée 2,4). En envoyant son Fils, Jésus-Christ, le Père nous révèle sa Parole Définitive.

Et à travers son sacrifice sur la croix, le Christ nous a ouvert le chemin vers la vie éternelle et Il nous donne déjà la grâce de vivre comme enfants de Dieu dans ce monde, sa mission était de nous libérer et de nous donner la vie : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10,10). 

Jésus-Christ n’enlève rien à l’homme, au contraire, seulement lui peut amener à l’accomplissement tout ce qu’il y a de vrai, de bon et beau dans chaque être humain une fois purifié du mal et du péché. Jésus ne diminue pas la liberté de l’homme, Il lui donne la vraie liberté, il nous libère de l’esclavage du mal.

Son message est transmis avec fidélité par son Eglise. Elle est envoyée à tous les peuples de tous les temps et de tous les lieux et n’est liée d’une manière exclusive et indissoluble à aucune race ou nation, à aucun genre de vie particulier, à aucune coutume ancienne ou récente.

 La Bonne Nouvelle du Christ (son Évangile) rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu ; elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ.

Pour cela, il est nécessaire de faire connaître le Christ, l’évangile et l’Eglise, comme disait saint Paul dans la lettre aux romains (10,13-15) : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment l’invoquer, si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? »

Et pour cela, dans la première lettre aux Corinthiens, l’apôtre concluait : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »

Ayons en nous cœurs le désir de faire connaître le Christ à tous les hommes, comme l’avaient les grands saints et saintes de l’Eglise.

« Comme nous voudrions gagner tous les hommes à Jésus-Christ, sa charité ne nous permet pas de nous taire »  (Saint Augustin)

Que la Sainte Vierge Marie nous donne aussi la grâce d’une pleine confiance en son Fils.

P. Luis Martinez IVE.