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« Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage! »

Aujourd’hui, 6 août, l’Eglise célèbre la fête de la Transfiguration du Seigneur, et pour cela on ne porte pas d’ornements de couleur verte, mais blanche, couleur propre de la fête.

La transfiguration est un grand mystère, parce qu’on peut dire d’abord qu’elle est un miracle que Jésus a fait, mais ce miracle n’a pas rapporté de bénéfice à quelqu’un, ici Jésus ne guérit pas de la lèpre, ne ressuscite pas un mort, ne rend pas la vue à un aveugle. Quelle est donc la finalité de ce fait prodigieux qu’Il accomplit devant ses trois apôtres ?

Lisant les pères de l’Eglise, nous pouvons dire quele Seigneur l’a fait pour ces trois apôtres qui étaient avec Lui. Il les préparait pour la Croix ; car Pierre, Jacques et Jean serontaprès avec Lui au Gethsémani, Le voyant souffrir déjà en son Ame et en son Corps la Passion. Regardant la chronologie de la vie du Seigneur, la Transfiguration se passe quelques mois avant la Passion. Jésus et ses disciples marchent vers Jérusalem pour sa Pâque, Il venait d’annoncer sa Passion précisément et les invitait à Le suivre mais le Seigneur donne la possibilité de contempler un peu de sa gloire et la gloire qui nous attend après.Il est très beau le commentaire que fait saint Thomas d’Aquin : « pour que quelqu’un marche avec assurance sur une route, il faut qu’il connaisse plus ou moins par avance le but du voyage, de même que l’archer ne lance pas bien la flèche s’il n’a pas vu la cible qu’il faut viser. Et cela est particulièrement nécessaire quand la voie est difficile et escarpée, le trajet pénible, mais la fin joyeuse ».

Le grand enseignement que nous laisse ce mystère c’est que regardant la transfiguration de notre Seigneur, nous devons penser à notre transformation. Transformation en quoi ? Ou plutôt en qui ? La réponse est plus qu’évidente pour un chrétien, en Jésus-Christ. L’important c’est le moyen pour le faire : c’est à travers la vie de la grâce et le chemin sérieux vers la sainteté.

Saint Paul nous rappelle dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » ( 1 Th. 4,3)

Notre chemin vers la sainteté est comparable à ce que les apôtres ont fait avec le Seigneur au moment de la transfiguration:Ils se séparent du monde et de son bruit (pour nous c’est la purification de tout ce qui dans le monde fait un obstacle pour l’union à Dieu, les péchés et ce qui peut m’entrainer au péché. Ce serait la partie négative de la sanctification). Mais après les apôtres gravissent cette montagne(pour nous cela se fait à travers la prière). Finalement, tout cela se fait avec Jésus, c’est-à-dire d’une façon surnaturelle avec son aide et son intercession.

Sans la purification, la méditation, la prière et l’oraison, avec la grâce de Notre Seigneur, il nous serait impossible de nous transformer, il nous serait impossible de voir Dieu.

Mont Tabor

Alors, lorsque nous lissons le même moment de la vie de Notre Seigneur mais raconté par Saint Luc, cet évangéliste ajoute un détail qui est très révélateur, il dit que Jésus monte avec Pierre, Jean et Jaques pour prier, et c’est au moment où le Seigneur est en prière que commence sa Transfiguration.

Les trois disciples sont émerveillés de la lumière merveilleuse, qui fait briller le visage du Seigneur comme le Soleil et qui fait que les vêtements deviennent blancs comme la neige. La nature divine de Jésus dépasse les fils de ses habillements humains, la Gloire qu’Il cachait pendant sa vie terrestre se montre comme une petite étincelle, la Gloire du Ciel à laquelle s’unissent Moise et Elie, le patriarche et le prophète qui ont vu aussi un peu de la Gloire de Dieu, comme les apôtres la contemplent maintenant. On comprend pourquoi saint Pierre veut demeurer, ne veut pas finir cette vision. D’un autre côté, ils sont effrayés d’un tel prodige et pour cela c’est la crainte. La vision durera quelques instants, et comme dit l’évangéliste, après cela ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul, sans pourtant les habits de gloire, que les apôtres pourront contempler une fois qu’ils ne seront plus dans ce monde. Maintenant il faut continuer la marche vers Jérusalem, vers la Passion.

Alors, ce n’est pas difficile de nous mettre à la place des apôtres, pour nous aussi notre vie de prière peut avoir ce moment des grandes consolations, où il semble que nous sommes immergés dans la gloire de Dieu, mais la plus part du temps, notre prière se passe dans la simplicité de la vie, sur le chemin, chemin qui marque comme but aussi la Passion, un chemin à parcourir portant une croix, comme le Seigneur avait dit quelques jours avant de se transfigurer.

Il faut donc bien préciser quel est le point essentiel dans notre prière, parce que parfois nous avons des fausses idées sur cela. Notre union avec Dieu est possible tout d’abord par la foi, l’espérance et la charité, ces vertus nous unissent à Dieu. Pour nous unir donc à Dieu la troisième vertu, la charité donne un double lien, l’amour de Dieu et l’amour au prochain. Et voilà ce que nous devons demander tout d’abord dans notre prière c’est l’union à Dieu, selon le Psaume (27, 4) : « J’ai demandé une chose à Dieu, celle-là que je cherche, c’est d’habiter dans la maison de Dieu tous les jours de ma vie. », au même temps que la prière nous place spirituellement devant Dieu, en communication avec Dieu, comme dit un écrivant de l’Eglise,  Denys : « Quand nos prières invoquent Dieu, nous sommes face à lui par notre esprit. » Et c’est aussi ce que dit S. Jean Damascène lorsqu’il définit la prière « comme une élévation de l’âme vers Dieu ».

Mais, il faut dire que la prière produit trois sortes de biens, d’avantages dans notre vie et pour cela nous ne devons jamais abandonner la prière :

Premièrement, elle constitue un remède utile et efficace contre les maux. Parce qu’elle nous délivre en effet des péchés commis (tous les péchés les véniels, les mortels si je suis en danger de vie et ne peux pas accéder à la confession sacramentelle). Nous avons l’exemple dans le bon larron sur la croix il obtient son pardon, car Jésus lui dit : En vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis (Luc 23, 43). De la même manière le publicain de la parabole pria, et il revint à sa demeure justifié (cf. Luc 18, 14).

La prière nous affranchit en plus de la crainte des péchés à venir, des tribulations et de la tristesse.

Quelqu’un d’entre vous est-il dans la tristesse dit saint Jacques (5, 13), qu’il prie avec une âme tranquille.La prière nous délivre aussi des persécutions et de nos ennemis.

Deuxièmement, la prière est un moyen utile et efficace pour la réalisation de tous nos désirsTout ce que vous demanderez dans la prière, dit Jésus (Marc, 11, 24), croyez que vous le recevrez.

Et si nous ne sommes pas exaucés ?C’est ou bien parce que nous ne demandons pas avec insistance ; il faut en effet toujours prier et ne pas se lasser,dit le Christ Jésus (Luc 18, 1) ou bien parce que nous ne demandons pas ce qui est le plus utile à notre salut. « Le Seigneur est bon, dit en effet saint Augustin, souvent il ne nous accorde pas ce que nous voulons, pour nous donner les biens que nous préférerions posséder, si notre volonté était davantage accordée avec la sienne. », ou bien, comme dit aussi dans un autre commentaire : « Dieu te donnera ce que tu lui demandes ou bien ce qui est le meilleur pour toi ».

Troisièmement, la prière est utile, parce qu’elle nous rend familiers de Dieu, c’est-à-dire vivre en sa présence. « Que ma prière (Ps. 140, 2), demeure devant Toi, comme un encens à l’odeur pénétrante et persistante ».

Et nous pouvons poser encore une autre question : « comment Dieu Tout-Puissant qui guide tout l’univers peut changer si je lui demande quelque chose, si nous savons qu’Il a tout ordonné depuis l’éternité et qu’Il ne change pas ? »

La réponse nous la donne encore une fois saint Thomas d’Aquin, il écrit : « En effet, nous ne prions pas pour changer l’ordre établi par Dieu, mais pour obtenir ce que Dieu a décidé d’accomplir par le moyen des prières des saints. Si bien que « par leurs demandes, les hommes méritent de recevoir ce que le Dieu tout-puissant, dès avant les siècles, a résolu de leur donner », dit S. Grégoire.

Dieu, dans sa libéralité, nous accorde bien des choses sans même que nous les lui demandions. Mais s’il exige en certains cas notre prière, c’est parce que cela nous est utile. Cela nous vaut l’assurance de pouvoir recourir à lui, et nous fait reconnaître en lui l’auteur de nos biens.

C’est la belle recommandation que faisait Saint Jean Chrysostome à chaque chrétien : « Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage : voilà que tu peux converser avec Dieu par tes prières, dialoguer avec le Christ, souhaiter ce que tu veux, demander ce que tu désires. »

Demandons aujourd’hui cette grâce, la grâce d’une vie profondément intime avec Dieu, qui transfigure notre vie, et la grâce de Le suivre jusqu’à la vie éternelle où nous le verrons tel qu’Il est.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère »

Le pape Benoît XVI, dans son message pour le Carême nous disait : « Le Carême nous offre une fois encore l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale. »[1]

Ce petit texte du Pape Benoît nous fait remarquer la finalité du carême, c’est-à-dire « Réfléchir sur la charité et renouveler notre foi dans l’attente de vivre la joie pascale » et ce texte nous fait aussi voir les moyens pour y arriver : « Le silence, la prière et la Parole de Dieu. »  « Les Sacrements »« Le partage et le jeûne. »« Pour dire un seul mot : la conversion. »

  1. «Silence et Prière»

Tout d’abord, le silence et la prière, l’écoute de la Parole de Dieu.  en ayant toujours présent le désir de grandir en la charité et en la foi en attendant la joie de Pâque.

Le carême est un temps liturgique pour améliorer notre façon de prier, la lecture de la bible, en particulier le livre de l’exode : Le livre de l’Exode est le livre pascal par excellence[2] :

La première partie de ce livre nous rappelle, la situation misérable du peuple esclave, image de la captivité du péché, qui nous rend vraiment esclave. Dieu se révèle, Dieu se fait connaître, et dans la même scène du buisson ardent, inaugure l’œuvre du salut, la rédemption. Il en est l’image de notre rencontre personnelle avec Dieu, qui nous révèle toujours son désir de nous sauver.

  1. « Les Sacrements »

En premier lieu, le baptême : Par le sacrement du baptême nous nous sommes unis à la passion, à la mort et à la résurrection du Christ. Le carême nous prépare à renouveler les engagements du baptême au cours de la nuit pascale.

Dans la célébration de notre baptême le prêtre nous a demandé : Renoncez-vous à Satan, à ses œuvres et à ses séductions ? Et nous avons renoncé. Le prêtre nous a ensuite demandé : Croyez-vous en Dieu le Père, Son Fils, mort et ressuscité pour nous, en l’Esprit Saint ? Et nous avons répondu : Nous croyons. Ce temps nous appelle à renouveler ces engagements.

L’Eucharistie : Le peuple d’Israël pendant son cheminement au désert mangeait de la Manne. Nous avons l’eucharistie pour refaire nos forces.

On considère l’effet de ce sacrement à partir de la façon dans laquelle ce sacrement nous est donné ; il nous est donné à la manière de nourriture et de boisson. Pour cela comme tout l’effet que la nourriture et la boisson matérielle produisent à l’égard de la vie matérielle  à savoir- sustenter, accroître, réparer et délecter – tout cela, ce sacrement le fait à l’égard de la vie spirituelle.[3]

La Confession ou le sacrement de la Pénitence :Au désert, le peuple de Dieu a été plusieurs fois faible. Nous aussi, nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Le sacrement de la réconciliation n’est pas un sacrement réservé pour le temps de carême ou pour l’avent, mais l’Eglise nous conseille de nous y approcher avec plus de ferveur et plus de dévotion. En effet le carême est en temps de pénitence, et justement le sacrement de la confession est appelé aussi, sacrement de la pénitence.

  1. « Le partage et le jeûne. »

Le partage et le jeûne sont deux éléments de la vie spirituelle qui nous aident à soumettre notre orgueil et notre chair. Ces derniers sont deux ennemis qui se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes.

Par les privations volontaires nous maîtriserons notre chair. Mais Jésus nous conseille aussi comment nous devons faire le jeûne : Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites…  Mais toi, quand tu jeûnes, parfumes-toi la tête et laves-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » (D’âpres l’évangile du Jour.)

Par le partage et par la charité, nous soumettrons notre orgueil. L’office de lecture d’aujourd’hui nous rappelle : « Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère. Et quand le Fils de l’homme viendra, il te dira : J’avais faim et tu m’as donné à manger. »

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Message du Pape Benoit XVI pour le carême 2012.

[2] Liturgie des heures. Introduction au texte de l’Exode.

[3]Cf. Summe théologique III 79 art 1.