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Peut-on avoir une foi “petite”?

Homélie pour le Dimanche XXVII, année C (Lc 17, 5-10)

Nous pouvons dire que le sujet central des lectures de ce dimanche c’est la vertu de la foi, la foi vivante.

Revenons d’abord à la première lecture, le prophète Habacuc se trouve dans une situation semblable parfois à la nôtre, devant les difficultés et les problèmes personnels ou bien, les problèmes de notre monde en général : « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? » Tout semble difficile pour ce prophète qui voit son pays tomber dans les mains des ennemis, mais Dieu lui donne une vision, un espoir solide, une promesse qui arrivera car Dieu ne manque pas à sa Parole : « Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité », ou plutôt dans une autre traduction, le juste vivra par sa « foi » en Dieu.

Notre réflexion se dirige maintenant vers l’évangile, les apôtres font une demande à Notre Seigneur : « Augmente en nous la foi ! ». 

Cette demande implique deux choses : la première, qu’ils étaient conscients qu’ils avaient déjà la foi, ils demandent de la faire grandir et non pas de la leur donner. Mais c’est une pétition humble, ils ont toujours besoin de grandir dans la foi, et cela est une grâce de Dieu, un don, sauf que Dieu peut accroitre en nous ce don, si – de notre côté nous n’y mettons pas d’obstacle. Ce doit être aussi notre demande, ne jamais croire que nous avons une foi suffisante, que nous avons une foi forte et ferme, au contraire, humblement demander au Seigneur de nous faire grandir et qu’elle nous soutienne.  

A cette demande des apôtres, le Seigneur répond : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi ».

Il est nécessaire que nous comprenions bien ces paroles du Seigneur, car les interprétations sont très variées et cela peut nous conduire à une mauvaise compréhension et surtout à une mauvaise application dans notre vie concrète. Pour cela, nous allons suivre le chemin sûr des pères de l’Eglise, et l’enseignement de Saint Thomas d’Aquin, dont l’Eglise a toujours recommandé le magistère.

D’abord, certains pères de l’Eglise se demandaient : « pourquoi, si Notre Seigneur avait donné cette foi à ses disciples, n’ont-ils jamais fait ce type de prodige ? » et comme réponse ils disaient qu’en vérité, les miracles que les apôtres et les saints ont accomplis avaient toujours un but spirituel, qui était la confirmation de la vérité du message du salut qu’ils prêchaient (que les peuples se convertissent et viennent à la foi chrétienne) ou bien la conversion de ceux qui ne croyaient pas encore ou qui devaient revenir à la vraie foi par un miracle. Ainsi, les miracles sont accomplis parfois par nécessité et parfois par utilité. Ainsi, les gens désiraient des prodiges (dans le passé) et parce que cela n’était pas nécessaire, les apôtres et les disciples du Seigneur ne les accomplirent pas. Cela nous fait penser à notre temps, qui voit tant de faux prophètes inventant des miracles sans aucune nécessité spirituelle, avec le seul but d’attirer des âmes et de les arracher du sein de l’Eglise et du véritable chemin de salut.   

Le deuxième aspect à méditer ce dimanche c’est l’expression de notre Seigneur : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde », on pourrait penser que le Seigneur nous recommande « d’avoir au moins un peu de foi, à peine et qu’avec juste un peu cela suffirait ».

Certains, disent, écrit saint Thomas d’Aquin que la foi comparée au grain de moutarde est une faible foi, comme si [Jésus] disait : «Si vous aviez une certaine foi….» Mais Saint Jérôme refuse cela, car l’Apôtre saint Paul dit : « Si j’avais une « grande » foi comme pour déplacer les montagnes » (cf. 1 Co 13,2). Une foi parfaite est donc nécessaire pour déplacer les montagnes (et non pas une foi petite…).

Lorsque [Jésus] dit : comme un grain de moutarde, Il est en train d’indiquer une triple perfection de la foi. En effet, que trouve-t-on dans ce grain ? On trouve en lui la chaleur, la fécondité et la petitesse. Et notre foi doit donc compter avec ces trois caractéristiques.

Le grain, avant d’être semé et écrasé, semble n’avoir aucune chaleur, mais, lorsqu’il est écrasé sous la terre, il commence à brûler, c’est-à-dire qu’il commence à germer. De même, le croyant, avant d’être mis à l’épreuve, semble n’avoir aucune valeur, mais, lorsqu’il est « écrasé », c’est-à-dire, éprouvé, alors apparaît sa sainteté. Comme dit saint Pierre (1 P 1, 7) : « il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or ».

On trouve aussi dans [ce] grain la « fécondité », dans l’évangile de saint Matthieu (13) où le Seigneur dit que « bien que la graine de moutarde soit la plus petite de toutes les semences, lorsqu’elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre de sorte que les oiseaux du ciel y habitent. Cela nous parle des fruits abondants que donnent ceux qui ont une vraie foi, comme les saints, que l’on voit donner des fruits abondants pour la sainteté de l’Eglise dans l’humilité de leur vie.

De même, dit encore saint Thomas, on trouve dans le grain une petitesse, et, par-là, peut être indiquée l’humilité de la foi. En effet, est reconnu « humble dans la foi » celui qui accepte la parole de Dieu. Selon saint Paul (1 Tm 6, 3) : Si quelqu’un n’accepte pas la parole de Dieu, c’est un orgueilleux. Ainsi, en sens contraire, celui qui accepte [cette] parole, est humble. Et nous sommes conscients que la Parole de Dieu est aussi interprétée par le magistère de l’Eglise et de ses saints et par la tradition de deux mille ans d’histoire de l’Eglise. C’est à la lumière donc, du magistère de l’Eglise que nous devons lire et interpréter la Parole de Dieu. Voilà l’humilité de la foi.

Le Seigneur veut donc dire, conclut saint Thomas : «Si vous aviez eu la foi, et une foi fervente, indéfectible, féconde par ses œuvres, si [vous aviez eu une foi] humble et docile, vous auriez dit à cette montagne : “Déplace-toi !”, et elle se serait déplacée.»

Cette humilité requise pour avoir la foi est aussi indiquée dans la dernière parabole, dans ce monde nous sommes des serviteurs de la Parole de Dieu : « quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »

Demandons la grâce de protéger toujours notre foi en Dieu et dans l’Eglise, demandons la grâce qu’elle grandisse toujours. Comme saint Paul indiquait à son disciple saint Timothée : « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ». Que la très Sainte Vierge Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

Quelle est la mission des anges gardiens? Ils accompagnent les âmes jusqu’au purgatoire?

L’existence des anges « est une vérité de notre foi ; le témoignage de l’Écriture est aussi clair que l’unanimité de la Tradition »[1]. Comme on sait, le terme “ange” désigne, comme le dit saint Augustin, « non la nature de ces êtres, mais leur office. Si vous m’interrogez sur sa nature, je vous dirai que c’est un esprit ; si vous demandez ce qu’il fait, je vous dirai que c’est un ange »[2]. « Ange » vient du latin angelus, et celui-ci du grec aggeloi, qui signifie « messager ». Dans les textes inspirés, il est insinué ou supposé à plusieurs reprises que cette “mission” des anges protecteurs est liée à des personnes particulières, avec un caractère permanent et personnel ; ce qui équivaut à insinuer la “protection angélique” sur les hommes. Certains théologiens ont même défendu que l’existence des « anges gardiens » est une « vérité de foi » (par exemple, Catharinus) ; mais l’opinion la plus courante en théologie est que l’existence des anges en général relève de la foi, et que celle des anges gardiens est plutôt un enseignement «catholique», bien qu’elle soit clairement suggérée dans l’Apocalypse.

C’est ainsi que certains textes de l’Ancien Testament peuvent être compris, comme Genèse 48:16; Exode 23,23 (« j’enverrai un ange devant toi pour te défendre en chemin et te conduire au lieu que je t’ai préparé. Obéis-lui et écoute sa voix, ne lui résiste pas… ») ; Baruch 2,2 ; Ps. 98.11 etc. On la retrouve aussi dans le Nouveau Testament, notamment dans l’affirmation de Notre-Seigneur se référant aux enfants : « leurs anges voient continuellement le visage de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10). Il existe même des textes qui semblent indiquer qu’il y a des « anges gardiens » de collectivités ou de personnes morales, telles que des royaumes, des armées, des communautés, des églises et des nations ; ainsi, par exemple, les chapitres 1 et 2 de l’Apocalypse parlent des sept anges qui gardent les sept églises, comme si chacun était destiné à garder l’une d’entre elles.

Voici les principaux effets de la tutelle de nos anges gardiens :

1º Les anges gardiens libèrent sans cesse leurs protégés d’innombrables maux et dangers, tant de l’âme que du corps : « Que l’ange qui m’a délivré de tout mal – dit Israël à son fils Joseph – bénisse ces enfants » (Genèse 48,16).

2º Ils soumettent les démons pour qu’ils ne nous fassent pas tout le mal qu’ils voudraient nous faire : rappelons-nous l’histoire de Tobias. Ils suscitent continuellement dans nos âmes des pensées saintes et des conseils propices à notre salut (par exemple, Gn. 16 et 18 ; Ac. 5.8.10).

3º Ils portent nos prières devant Dieu, non pas parce que Dieu, Omniscient (qui sait tout), en a besoin pour les connaître, mais pour qu’Il les entende avec bienveillance, et implorent pour eux-mêmes l’aide divine dont ils nous voient avoir besoin, alors que peut-être nous ne percevons même pas ce dont nous avons besoin (cf. Tob. 3 et 12 ; Ac 10).

4º Ils éclairent nos compréhensions, nous fournissant des vérités d’une manière plus facile à comprendre grâce à l’influence qu’ils peuvent exercer directement sur nos sens internes et externes.

5º Ils nous assistent particulièrement à l’heure de la mort, quand nous en avons le plus besoin.

6º C’est une opinion pieuse de nombreux théologiens que les anges gardiens respectifs accompagnent les âmes de leurs protégés ou gardés au purgatoire ou au ciel après leur mort, comme ils accompagnaient celles des anciens patriarches au sein d’Abraham ; en effet, dans la recommandation de l’âme après la mort du fidèle, l’Église chantait : « Sortez à sa rencontre, anges du Seigneur, recevant son âme, la mettant en présence du Très-Haut… ; Que les anges vous emmènent dans le sein d’Abraham. »

7º On croit aussi pieusement que les anges gardiens assistent aux prières de supplication adressées par les fidèles aux âmes de leurs protégés lorsqu’ils sont encore au purgatoire « en état non d’aider, mais d’être aidés »[3] ; en effet, les supplications faites aux âmes du purgatoire seraient parmi les plus efficaces.

8º Enfin, ils accompagneront éternellement les âmes de leur gardés qui obtiennent le salut au ciel , « non pour les protéger, mais pour régner avec eux »[4] et « pour exercer sur eux des ministères d’illumination »[5].

P. Miguel Angel Fuentes IVE.

Article traduit du site: “El Teólogo responde”


[1] Catéchisme de l’Église catholique, n. 328.

[2] Saint Augustin, Enarratio in Psalmos, 103, 1, 15 ; voir Catéchisme de l’Église catholique, n. 329.

[3] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, 2-2 q.83, a.11 ad.3.

[4] Saint Thomas, Somme Théologique, 1 q.113 a.

[5] Saint Thomas, Somme Théologique, 1 q.108 a.7 ad.3.