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Seules la vertu et la miséricorde acquièrent les tabernacles éternels

Homélie pour le dimanche XVIII du Temps Ordinaire, année C (Lc 12, 13-21)

Saint Ignace de Loyola ouvre le livre des exercices spirituels par un texte très classique appelé « principe et fondement ». Et c’est un très bref résumé de la fin de l’homme dans ce monde :

« L’homme est créé pour louer, vénérer et servir Dieu notre Seigneur, et ainsi sauver son âme ; et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la finalité  pour laquelle il est créé.

D’où il s’ensuit que l’homme doit utiliser ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui un obstacle à cette fin. Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées; de telle manière que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. » (Livre des Exercices Spirituels, 23)

Cette vérité, que saint Ignace écrit avec ces mots qui sont très forts, le Seigneur l’enseigne d’une manière aussi sublime dans l’Évangile de ce dimanche.

Le moment évangélique commence quand l’un des fidèles demande à Jésus d’intervenir dans une dispute entre lui et son frère sur des questions d’héritage. Comme souvent, lorsqu’on présente un cas particulier à Jésus, il ne répond pas directement, mais revient directement à la cause ; il se situe sur un plan supérieur et transcendant, face à la vie éternelle. Les deux frères ont certainement tort car leur conflit ne relève pas de la recherche de la justice et de l’équité, mais de la cupidité : ” « Gardez-vous bien de toute avidité”. Chez eux, il n’y a plus que l’héritage à distribuer, il n’y a pas de lien familial, encore moins la charité… une triste image qui se répète à travers l’histoire !!

Pour montrer à quel point cette attitude est erronée, Jésus ajoute, selon son habitude, une parabole, celle du riche insensé. Ecoutons donc l’enseignement de saint Ambroise sur cet évangile :

« Le Christ écarte les choses terrestres, étant descendu pour les choses divines ; et Il ne daigne pas être juge des litiges et arbitre des richesses, ayant à juger les vivants et les morts et à décider de leur mérites. Il faut donc considérer non ce que vous demandez, mais qui vous sollicitez. Ce n’est donc pas sans raison qu’est repoussé ce frère, qui prétendait occuper de biens périssables le Dispensateur des biens célestes, alors qu’entre frères ce n’est pas à l’intermédiaire d’un juge, mais à la charité fraternelle d’intervenir et de distribuer le patrimoine.

D’ailleurs c’est le patrimoine de l’immortalité, non de l’argent, que l’on doit rechercher : car il est vain d’amasser des richesses sans savoir si on en aura l’usage : tel celui dont les greniers remplis craquaient sous les moissons nouvelles et qui préparait des magasins pour cette abondance de récoltes, sans savoir pour qui il amassait (Ps. 38, 7). Car nous laissons dans le monde tout ce qui est du monde, et nous voyons nous échapper tout ce que nous amassons pour nos héritiers ; nous n’avons pas à nous ce que nous ne pouvons emporter avec nous.

Seule la vertu accompagne les défunts, seule nous suit la miséricorde, qui, (nous conduisant et précédant aux demeures du ciel), acquiert aux défunts les tabernacles éternels. » (Traité sur l’Evangile de Saint Luc livre VII, 122).

Ce grand enseignement se répète en quelque sorte dans la deuxième lecture, qui fait écho à la fête de Pâques, puisque c’est un texte que l’Église utilise surtout en ce moment. Le fait de mourir aux choses de ce monde signifie vivre comme ressuscité, une nouvelle vie en Christ.

Écoutons un petit commentaire, cette fois de saint Augustin, qui nous explique le sens de ces belles paroles de saint Paul :

« Comment ressusciter, puisque nous ne sommes pas encore morts? Qu’a-t-il donc voulu dire par ces mots ‘Si vous êtes ressuscités avec le Christ’ … Comment parler ainsi de résurrection à des hommes encore vivants, à des hommes qui ne sont pas encore morts? Que prétend-il ? Le voici : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez les choses d’en haut et non les choses de la terre.

Ainsi donc, quand nous nous conduisons bien, nous sommes à la fois morts et ressuscités; et celui qui n’est ni mort ni ressuscité se conduit encore mal. En se conduisant mal, il ne vit pas. Qu’il meure donc pour ne pas mourir. Qu’il meure pour ne pas mourir? Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il change pour n’être pas condamné.

« Si vous êtes ressuscités avec le Christ, dirai-je de nouveau avec l’Apôtre, recherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez les choses d’en haut et non pas celles de la terre; car vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ.

Meure donc celui qui n’est pas encore mort, et que celui qui se conduit encore mal, change; car il est mort s’il a renoncé à ses désordres, et s’il se conduit bien, il est ressuscité.

Maintenant donc, pendant que nous vivons dans ce corps de corruption, mourons avec le Christ en changeant de mœurs, et vivons avec lui en nous attachant à la justice ; sûrs de ne trouver la vie bienheureuse qu’après être montés vers Celui qui est descendu jusqu’à nous, et qu’après avoir commencé à vivre avec Celui qui est mort pour nous. » (Sermon 231,3ss)

Commençons donc à vivre avec Celui qui est mort pour chacun de nous, désirons et choisissons la vertu et la Miséricorde et tout ce qui nous conduit le plus à la fin pour laquelle nous sommes créés, c’est-à-dire la Gloire de Dieu et le salut de nos âmes. Nous demandons cette grâce à la Très Sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez IVE.

Craignons de perdre la foi

Un signe de santé mentale est la crainte de perdre la vie. Il y en a qui s’y risquent sans crainte; c’est ce qu’on appelle l’insouciance et c’est un vice ou une maladie. Parce qu’on peut perdre le sens de la valeur de la vie à cause de vices ou parce que quelque chose ne fonctionne pas bien au sommet de notre tête. Mais je ne dis pas cela parce que je veux parler de l’imprudence naturelle qui a pour but de risquer la vie naturelle, mais parce que cela m’aide à parler d’un problème qui touche la majorité des catholiques : la même chose leur arrive avec la foi. Et si le sujet ne vous dit rien, c’est que le problème vous concerne aussi.

L’amour et la crainte vont de pair. Celle-ci naît du premier. Celui qui ne craint pas n’aime pas et on ne peut pas aimer sans crainte. Craindre de perdre ce qu’on aime. L’absence de crainte de perdre la vie montre précisément que l’on aime peu, bien qu’une crainte exagérée puisse aussi être le signe d’un autre problème dont on ne s’occupe pas maintenant.

De même, si la foi est estimée, c’est-à-dire si elle est aimée, nous devons avoir une (saine) crainte de la perdre. Plus encore à notre époque où la foi n’est pas menacée mais très menacée. Les ennemis de la foi passent le temps à nous attaquer avec des vrais coups de canon. Nous ferions bien de prendre soin d’elle et d’avoir crainte pour elle. La crainte, si elle est saine, établit l’âme dans une solide humilité et la fait marcher prudemment, sans s’exposer au danger. Car la foi est un don, et l’âme ferait bien de craindre que Dieu lui retire ses dons si elle n’en fait pas un bon usage.

Saint Jean d’Ávila a dit qu’il est très convenable de regarder comment nous vivons et comment nous profitons de la foi que nous avons, afin que Dieu ne nous punisse pas en nous permettant de tomber dans une erreur “parce que la même mauvaise conscience aveugle peu à peu l’intelligence pour qu’elle cherche une doctrine qu’il ne contredit pas sa méchanceté » (Audi filia, c. 49).

La perte de la foi est d’une telle importance et gravité pour l’âme qu’elle serait pire que la dureté de la volonté. Parce que dans cette dernière il lui reste un remède, si la foi demeure ; mais si la foi fait défaut, alors le remède n’est plus recherché (Audi filia, c. 47).

Et combien jouent avec leur foi ! Même des prêtres, des religieux et des évêques ! Ils jouent avec quand ils ne la vivent pas, quand ils ne prient pas, quand ils courtisent avec les modes contraires à la vérité chrétienne, quand ils tombent amoureux de la supercherie par la curiosité morbide, et surtout, quand ils avalent et avalent toutes les erreurs contre la vérité catholique que jour après jour, heure après heure, minute après minute, on nous fait passer par les cinq sens.

Ce qui se passe maintenant dans tant de parties de l’Église est un problème de foi. Un problème de perte de foi. Parce que beaucoup de ceux qui se considèrent comme catholiques ne sont même pas chrétiens ; ce sont des païens. Ils n’ont aucune foi. Ceux qui enseignent contrairement à l’Evangile n’ont pas la foi ; ceux qui nient ou se moquent d’un dogme de l’Église n’ont pas la foi ; ceux qui enseignent des hérésies depuis les chaires ou depuis les ambons n’ont pas la foi. Ceux qui croient que l’Église peut changer sa doctrine sur des questions essentielles n’ont aucune foi. Ils n’ont pas la foi… ou ils l’ont laissée oubliée sur la place lors de la dernière promenade.

Ils ne prennent pas soin de leur foi ceux qui vivent dans un état constant de péché mortel, car Saint Paul l’a déjà dit : « pour avoir abandonné la conscience droite, certains ont connu le naufrage de leur foi.» (1Tim 1, 18-19) . Tu vis comme si tu n’avais pas la foi et tu veux  que Jésus-Christ te garde dans la foi !

C’est pourquoi la crainte de perdre la foi est très saine ; de peur qu’après avoir prêché aux autres, nous ne soyons condamnés (cf. 1Co 9,27).

R. P. Miguel Angel Fuentes IVE.

miguelfuentes.teologoresponde.org

(Article traduit par notre site)