Archives par mot-clé : Saint Ignace de Loyola

Douleur avec le Christ douloureux

L’apôtre saint Thomas a approfondi la Passion de Notre Seigneur en plaçant son doigt et sa main dans les plaies des mains et du côté. Nous aussi, nous devons approfondir sa Passion.

Il y a quelques années, avec le P. José Hayes, IVE, nous étions en route pour rendre visite aux Pères qui étaient en Guyane, et pendant notre séjour à Bogotá, nous avons décidé d’aller à Carthagène des Indes. Carthagène des Indes est une ville colombienne située sur la côte Pacifique, à la hauteur des Caraïbes, très chaude, très humide et très pittoresque car c’est une ancienne ville coloniale, très colorée et typique, avec un centre historique fortifié, qui appartenait à la ville coloniale. Nous y sommes allés parce qu’un grand saint, saint Pierre Claver, est enterré dans l’église des Jésuites. Saint Pierre Claver était un disciple de saint Alonso Rodríguez, ce jésuite qui était portier, un homme d’une vie spirituelle sérieuse et profondément surnaturelle. Pierre Claver fut envoyé là-bas, en Colombie, pour être missionnaire. Il a voyagé dans différents endroits et s’est finalement retrouvé à Carthagène des Indes, où il a passé une grande partie de sa vie. Et là, il a réalisé un apostolat merveilleux, extraordinaire, auprès des hommes noirs qui étaient amenés comme esclaves d’Afrique et qui arrivaient à Carthagène des Indes pour, être envoyésdans toute l’Amérique. Ils venaient de différents pays d’Afrique, ils parlaient des dialectes différents, donc l’une des grandes préoccupations de saint Pierre Claver était d’avoir des traducteurs pour pouvoir communiquer avec ceux qui venaient. On estime qu’il y avait plus de vingt-quatre langues différentes, que saint Pierre Claver ne pouvait évidemment pas parler, il avait donc ses catéchistes pour chaque langue. Il a fait un travail si splendide, au cours de sa vie il a baptisé plus de 300 000 Africains, agissant ainsi comme « tampon » dans le nord de l’Amérique du Sud pour que ceux qui arrivaient comme esclaves deviennent chrétiens et ensuite, parce qu’ils étaient chrétiens, ils vivraient la vie chrétienne et témoigneraient de Jésus-Christ et ne seraient pas tombés dans les sectes ou devenus d’autre religion.

Je voudrais surtout rappeler son amour pour la Passion de Jésus. C’est lui qui dit : « Le seul livre à lire, c’est la Passion »[1]. Et le Livre de la Passion pour lui était ce qui est raconté par rapport à la Passion de notre Seigneur dans les quatre Évangiles. La nuit venue, avant d’aller se coucher il s’assit sur le lit, il avait une chaise à ses côtés, avec le livre de la Passion ouvert. Parfois, il s’agenouillait pour le lire, lisait un verset et commençait à pleurer. Et puis, non content de cela, il devait imiter Notre-Seigneur dans la Passion, il avait donc caché une couronne d’épines ; il mettait cette couronne sur sa tête ; il s’est flagellé, comme Notre-Seigneur qui avait reçu tant de coups de fouet. Et parfois, emporté par sa dévotion à la Passion, une dévotion vraie, réelle, ferme, forte ; Il portait une croix sur ses épaules et, pieds nus – il faisait déjà nuit, le couvent avait les lumières éteintes– il marchait dans le couloir jusqu’à l’église en chantant (des chants de deuil, des chants tristes, des chants pour participer à la Passion de Notre Seigneur). Arrivé à l’église, il s’arrêtait devant le Tabernacle pour prier et pleurer. Pour lui, la Passion n’était pas quelque chose de lointain, du passé, mais quelque chose de présent, de vivant, de vital, d’actuel, de maintenant, de cet instant ; comme c’est le cas, mystérieusement et sacramentellement, dans la Messe. Et la seule phrase que l’on connaît de ses pensées c’est : « Le seul livre qu’il faut lire est la Passion. »

Ce qui arrive malheureusement aujourd’hui dans la vie religieuse c’est parce que, ce que Notre Seigneur a souffert dans sa Passion n’est plus présent dans la pensée des âmes consacrées. Les stations du chemin de croix sont accrochées aux murs, mais quelle âme consacrée est unie avec ce qui est représenté sur les murs ? On dit, et je ne sais pas s’il peut encore le faire, que le Pape (Saint Jean Paul II) prie le chemin de croix tous les jours[2].

Comment comprenons-nous cela dans la vie de Saint Pierre Claver ? Il était jésuite, il avait fait les Exercices spirituels de saint Ignace, il saisissait parfaitement la demande que saint Ignace nous fait faire dans la Troisième Semaine, la semaine de la Passion, quand il nous dit dans les préambules de « demander ce que je veux » [3]. « Demander ce que je veux » signifie le but propre de la méditation ou de la contemplation à faire et qui sont liées à la Passion. Et c’est la pétition de grâce : demander, c’est-à-dire implorer, prier, crier à Dieu pour qu’il me donne ce dont j’ai besoin à ce moment-là. Et cela est exprimé par saint Ignace de Loyola, avec peu de mots, mais avec des paroles belles et profondes.

 Que nous apprend-il à demander ?

« La douleur avec le Christ douloureux, l’accablement avec le Christ accablé, les larmes, la peine intérieure pour la peine si grande que le Christ a endurée pour [lui] » (Ex. sp., 203).

« Douleur avec le Christ douloureux »

S’il existe une épouse du Christ qui n’a jamais éprouvé la douleur avec le Christ souffrant, quelle sorte d’épouse est-elle ? Comment se réalise en elle « qu’ils ne soient plus deux mais une seule chair » (Mt 19, 6) ? Comment cela se fait-il ? cela ne se donne pas. Qu’est-ce qu’elle a comme épouse ? Que le nom !… mais la réalité ? Saint Bernard disait : « Il n’est pas juste que la tête soit couronnée d’épines et que les membres choisissent une vie facile »[4]. C’est pourquoi les vraies épouses veulent s’unir à l’Époux dans le plus grand mystère de Sa vie, qui est le mystère de la Passion, et c’est pourquoi elles demandent encore et encore de « souffrir avec le Christ dans la douleur », et pour cela quand arrive la douleur, qui est toujours à nos portes, elles ne deviennent pas comme des petites fillettes stupides, qui gémissent et demandent du réconfort et de l’aide, mais elles sont heureuses de pouvoir souffrir quelque chose avec le Christ, qui a tant souffert. Elles profitent de la douleur pour être de véritables épouses de Celui qui a tant souffert.

« L’accablement avec le Christ accablé»

Il ne s’agit pas simplement d’une simple douleur sensible, qui reste en fin de compte une chose superficielle, une chose des sens, mais c’est quelque chose de beaucoup plus profond. C’est une douleur qui brise, c’est une douleur qui est capable – pour ainsi dire – de briser l’âme, de briser le cœur, de le bouleverser. Eh bien, si le Christ a souffert une telle douleur dans la Passion, et si nous voulons vraiment être ses disciples, suivre ses voies ; si nous voulons vraiment ce que nous disons chaque fois que nous faisons les Exercices : « Je désire l’opprobre et le mépris… »[5], nous devons faire l’expérience de l’accablement.

Et si tu n’arrives jamais à le vivre, eh bien, ma fille, ce sera parce que tu n’es pas une véritable épouse de Jésus-Christ, tu es un petit masque, tu as l’habit extérieur d’une épouse, mais ton cœur est dans autre chose. C’est pourquoi la véritable épouse du Christ n’a jamais peur de ce qu’elle doit souffrir. Elle ne croit pas que sa souffrance soit quelque chose d’extraordinairement grand, elle ne tombe pas dans ce que dit Saint Louis Marie Grignion de Montfort : « la croyance luciférienne de croire que nous sommes quelque chose de grand »[6] croyant qu’elle souffre beaucoup. Ce qu’elle souffre n’est jamais suffisant, car le Christ a souffert bien davantage. Dans ce monde faux et mensonger dans lequel nous vivons où les gens déchirent leurs vêtements devant le film de Mel Gibson « La Passion », par exemple : « Ah ! « Que de violence ! » Mais il s’avère que des milliers de personnes sont tuées à la télévision. J’ai lu une fois une statistique : 75 000 homicides par an sont constatés par une personne qui regarde trois heures de télévision par jour, ce qui est une moyenne très basse, et puis : « Oh, quelle violence! » Dans certains endroits, le film a même été interdit aux enfants de moins de 12 ans, si je me souviens bien en France, dans la fille aînée de l’Eglise. Scandalisés, “Oh !”… Tous les médias sont corrompus, sales, putrides, dégénérés, quelque chose d’inhabituel qui se voit, ce qui se passe ; et ils sont maintenant scandalisés parce que pour la première fois on considère ce que signifie la mort du Christ, la Passion ! Monde menteur et monde faux. Hier, je n’ai vu que quelques secondes, parce que c’est ce qu’ils ont montré aux informations, à Pampelune : un groupe de femmes nues, manifestant contre la tauromachie. Nous sommes tous fous. Heureusement qu’il y avait de vieilles femmes espagnoles sur les balcons qui leur criaient des choses ; c’est incroyable, honnêtement, incroyable ! Quand tout ce que le film représente en termes de douleur, de souffrance et de violence n’est qu’un pâle reflet de ce qu’était la réalité, car on ne peut pas voir dans la stricte réalité ce que signifient les douleurs morales de notre Seigneur, portant les péchés du monde entier ! Ce n’est pas du savon parfumé, ce n’est pas du jus d’orgeat. Monde faux et menteur ! Et fausses et menteuses sont les religieuses qui ne se rendent pas compte de cela, elles vivent des années dans la vie religieuse et sont si stupides qu’elles n’ont jamais pénétré le cœur de Jésus. C’est plus scandaleux que les femmes hystériques qui défendaient nues les taureaux !

«Larmes»… avec le Christ qui a pleuré dans la Passion

Larmes, combien de fois avez-vous pleuré la Passion du Christ ? Les femmes ne pleurent que pour rien, elles se piquent avec une aiguille et pleurent, elles saisissent la marmite aux poignées brûlantes et aïe ! Ellespleurent, elles voient un chiot qui pleure et ellespleurent… pauvre chiot…! Mais il faut considérer sérieusement ceci : si je ne pleure pas pour la Passion du Christ, alors je n’ai pas le droit de pleurer pour quoi que ce soit, pour quoi que ce soit d’autre. Je ne pleure pas pour mes péchés, qui ont conduit le Christ à prendre la Croix, à se crucifier sur elle et à mourir, et je vais me mettre à pleurer parce que j’ai une difficulté, parce que j’ai une incompréhension… ! Il n’y a aucun droit, surtout pas étant l’épouse de Jésus-Christ. Pleurez d’abord la Passion, non pas des larmes de crocodile mais de vraies larmes. Ce n’est pas pour rien que Martin Fierro dit : « Je ne crois pas aux larmes des femmes, ni à la boiterie d’un chien »[7].

Il faut pleurer la Passion de Notre Seigneur, il faut demander des larmes, des larmes ! Saint Pierre Claver pleurait et restait éveillé tard dans la nuit, même jusqu’au petit matin, parfois sans même aller se coucher. Il habitait une pièce qui existe encore aujourd’hui, avec une petite fenêtre carrée, de sorte que lorsque l’on rentre, on s’approche de la fenêtre pour respirer. Il se trouvait à cet endroit parce que de là, il pouvait voir la mer et les bateaux qui arrivaient et il se préparait ensuite à leur arrivée sur terre pour accueillir les esclaves qui venaient. Il pleurait. Pleurons-nous la Passion de notre Seigneur ? Est-ce que nous faisons nôtres, partageons-nous les sentiments de son cœur ? Saint Paul dit : Ayez les sentiments du Christ Jésus (Phil 2, 5). Avons-nous le sentiment d’une douleur profonde, d’un brisement du Christ qui le pousse à pleurer ?

« Peine intérieure pour la peine si grande que le Christ a endurée pour moi » 

Douleur intérieure, « peine intérieure due à toute la peine qu’Il traversée pour moi». Cette douleur intérieure qui n’est pas forcément quelque chose de sensible. Cette douleur intérieure qui est une considération spirituelle, interne, par laquelle je me sens moralement responsable de la mort du Christ, puisqu’Il va à la Croix pour mes péchés, parce que j’y participe, parce que je L’aime pour la douleur intérieure qu’Il a traversée dans la Passion pour moi. Afin que s’accomplisse ce que nous demandons dans les Exercices, ce qu’il nous enseigne dans la méditation sur le Christ-Roi : afin que celui qui « me suit dans la douleur me suive aussi dans la gloire »[8].

Notez donc : une partie intégrante et essentielle de notre charisme est la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Et si quelqu’un n’est pas décidé à vivre de tout son cœur la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il se décide le plus tôt possible, car il n’ira pas très loin de cette façon, car il n’apprendra pas à aimer Dieu. « Le feu de l’amour de Dieu, dit saint Alphonse-Marie de Liguori, ne s’allume que par le bois de la Croix»[9]. Cela veut dire que quand on aime beaucoup Dieu, on aime beaucoup Dieu parce que ce feu a été allumé par la méditation, la contemplation et l’expérience de la Passion de notre Seigneur.

La Vierge se tenait au pied de la Croix, elle a participé d’abord, d’une certaine manière comme « associée » à Jésus et à la Passion comme personne d’autre, demandons-lui de nous apprendre à y participer.

+ P. Carlos Miguel Buela. IVE

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné.


[1] ANGEL VALTIERRA – RAFAEL M. DE HORNEDO, saint Pierre Claver, Esclave des esclaves, BAC, Madrid 1985, 89 et passim.

[2] Cette homélie a été prêchée le 6 juillet 2004, pendant le pontificat de Jean-Paul II. La veille de sa mort, le 1er avril 2005, il avait prié le chemin de croix.

[3] SAINT IGNACE DE LOYOLA, Exercices spirituels [203].

[4] SAINT-BERNARD, In festo omnium Sanctorum, s. 5, n. 9 (PL, CLXXXIII, 480 C).

[5] SAINT IGNACE DE LOYOLA, Exercices spirituels [146].

[6] SAINT LOUIS MARIE GRIGNION DE MONTFORT, Lettre circulaire aux Amis de la Croix, n° 1. 48.

[7] Cf. JOSE HERNANDEZ, Martín Fierro. Le retour de Martín Fierro, Editorial EDAF, Madrid 200613, Chant XV, est. 8, vers. 47-48, 160.

[8] SAINT IGNACE DE LOYOLA, Exercices spirituels [95].

[9] SAINT ALPHONSE-MAIRE DE LIGORIO, Pratique de l’amour pour Jésus-Christ, PS D.L., Madrid 1989, 69.

“Mon royaume n’est pas de ce monde”

En 1925, accédant à une demande signée par plus de huit cents évêques, le pape Pie XI institua pour toute l’Église la fête du Christ-Roi.

Ce nouveau titre du Christ, nouveau et pourtant aussi ancien que l’Église, eut très vite ses martyrs, dans la persécution déclenchée au Mexique: prêtres, soldats, jeunes de l’Action catholique et même des femmes mortes au cri de “Vive le Christ-Roi !”.

Cette proclamation du pouvoir du Christ sur les nations a été faite contre le soi-disant libéralisme. Le libéralisme est une dangereuse hérésie moderne qui proclame la liberté et en tire son nom.

La liberté est un grand bien que, comme tous les grands biens, seul Dieu peut donner ; et le libéralisme le cherche en dehors de Dieu; et n’en vient ainsi qu’aux contrefaçons de la liberté.

Les libéraux furent ceux qui, au siècle dernier, ont rompu avec l’Église, maltraité le pape et voulu construire des nations sans compter sur le Christ. Ce sont des hommes qui ignorent la profonde perversité du cœur humain, le besoin de rédemption, et au fond, la domination universelle de Dieu sur toutes choses, comme le Commencement et comme la Fin de tout, y compris des sociétés humaines.

Ce sont eux qui disent : “Il faut laisser tout le monde en liberté”, sans voir que celui qui laisse un criminel en liberté est complice du malfaiteur ; “Il faut respecter toutes les opinions”, sans voir que celui qui respecte les fausses opinions est un faussaire ; “La religion est une affaire privée”, sans le voir, l’homme étant naturellement social, si la religion n’a rien à voir avec le social, alors elle est inutile, même pas pour le privé.

Contre cette erreur pernicieuse, l’Église soutient aujourd’hui la vérité de foi suivante : le Christ est Roi à trois titres, chacun d’eux est plus que suffisant pour lui donner un pouvoir réel sur les hommes.

Il est Roi par titre de naissance, car il est le Vrai Fils de Dieu Tout-Puissant, Créateur de toutes choses; Il est Roi par titre de mérite, pour être l’Homme le plus excellent qui ait existé ou existera, et il est Roi à titre de conquête, pour avoir sauvé par sa doctrine et son sang, l’Humanité de l’esclavage du péché et de l’enfer.

Vous me direz : c‘est très bien, mais c’est un idéal et non une réalité. Ce sera dans l’autre vie ou dans un temps très éloigné du nôtre; mais aujourd’hui... Ceux qui gouvernent aujourd’hui ne sont pas doux, comme Christ, mais violents; ils ne sont pas les pauvres, mais ceux qui ont de l’argent ; ce ne sont pas les catholiques, mais les anticatholiques. Personne ne fait attention au Pape, ce vieil homme vêtu de blanc qui ne fait qu’envoyer des proclamations pleines de sagesse, mais auxquelles personne n’obéit. Et la mer de sang dans laquelle s’agite l’Europe, s’accorde-t-elle avec un quelconque règne du Christ ?

La réponse à cette question se trouve dans la réponse du Christ à Pilate, lorsqu’il lui demanda par deux fois s’il s’est vraiment considéré comme roi. “Mon Royaume ne vient pas de ce monde.” Ce n’est pas comme des royaumes temporaires, qui sont conquis et se soutiennent par le mensonge et la violence ; et en tout cas, même lorsqu’ils sont légitimes et corrects, ils ont des fins temporaires et sont entachés et limités par l’inévitable imperfection humaine.

Roi de vérité, de paix et d’amour, son Royaume de Grâce règne invisiblement dans les cœurs, et cela dure plus longtemps que les empires. Son Royaume ne vient pas d’en bas, mais descend d’en haut ; mais cela ne veut pas dire que ce soit une simple allégorie ou un royaume invisible d’esprits.

Il dit que son Royaume n’est pas d’ici, mais Jésus ne dit pas que ce Royaume n’est pas là. Il dit que ce n’est pas charnel, mais il ne dit pas que ce n’est pas réel.

Jésus dit encore que c’est le royaume des âmes, mais il ne veut pas dire le royaume des fantômes, mais plutôt le royaume des hommes. Ce n’est pas indifférent de l’accepter ou non, et il est extrêmement dangereux de se rebeller contre lui.

Parce que l’Europe s’est rebellée contre Lui ces derniers temps, l’Europe et avec elle le monde, tout est aujourd’hui dans un désordre qui semble n’avoir aucun calme, et qui sans Lui n’a aucun calme…

Mes frères : parce que l’Europe a rejeté la royauté de Jésus-Christ, ne peut demeurer en elle ni roi rien d’autre (régime de gouvernement). Lorsque Napoléon Ier, qui fut l’un des hommes qui voulut pour « régler » l’Europe sans compter sur Jésus-Christ, lorsqu’il prit la couronne de fer de Charlemagne à Milan, a dit ces mots : « Dieu me l’a donnée, personne ne me l’enlèvera ».

Des mots qui ne s’appliquent qu’au Christ. La couronne du Christ est plus forte, c’est une couronne d’épines. La pourpre royale du Christ ne se fane pas, elle est baignée de sang vivant. Et la canne qu’ils ont mise comme entre ses mains pour l’humilier, tourne de temps en temps, quand le monde pense qu’il peut encore se moquer du Christ, en barre de fer. « Et reges eos in virga ferrea » (Il les gouvernera avec une verge de fer).

Voyons la démonstration de cette vérité de foi, que la Sainte Mère l’Église nous propose de croire et de vénérer en cette fête, appelant à notre aide la Sainte Ecriture, la Théologie et la Philosophie, et surtout la Bienheureuse Vierge Marie.

Les quatre évangélistes ont mis dans leurs évangiles la question de Pilate et la réponse affirmative du Christ :

« – Es-tu le roi des Juifs ?

“- Je le suis”.

Quel genre de roi sera-ce, sans armées, sans palais, les mains liées, impuissant et humilié ? pensa Pilate.

Saint Jean, dans le dix-huitième chapitre de son évangile, met le dialogue complet avec Pilate, et cela répond à cette question : Il entra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ?

Jésus répondit : « C’est toi qui le demandes, ou d’autres te l’ont-ils dit ? Pilate répondit : « Suis-je juif ? Ton peuple et les grands prêtres t’ont livré. Qu’est-ce que tu as fait?”.

Jésus répondit, déjà satisfait du sens de la question du gouverneur romain, à qui les juifs avaient malicieusement fait craindre que Jésus soit l’un des nombreux intrigants, ambitieux pour le pouvoir politique : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, j’aurais des armées, mon peuple se battrait pour moi afin que je ne tombe pas entre les mains de mes ennemis. Mais mon Royaume n’est pas d’ici ».

C’est-à-dire que son Royaume a son commencement dans les cieux, c’est un Royaume spirituel qui ne vient pas renverser César, comme le craint Pilate ; ni combattre par les armes les royaumes voisins, comme le souhaitent les Juifs.

Il ne dit pas que son Royaume, que les prophètes ont prédit, n’est pas dans ce monde ; il ne dit pas que c’est un pur royaume invisible d’esprits, c’est un royaume d’hommes ; Jésus dit que son royaume ne vient pas de ce monde, que son commencement et sa fin sont au-dessus et au-dessous des choses inventées par l’homme.

Le prophète Daniel, résumant les paroles de toute une série de prophètes, a dit qu’après les quatre grands royaumes qui apparaîtraient dans le Midi, le royaume de la Lionne, de l’Ours, du Léopard et de la Bête Puissante, apparaîtrait le Royaume des Saints, cela durerait pour toujours. C’est le Royaume de Dieu…

Pilate ne comprenait pas ce genre de royaumes spirituels, et ils s’en moquaient. Cependant, il a demandé à nouveau, peut-être ironiquement : « – Alors, tu confirmes que tu es roi ? »

Jésus répondit calmement : « Oui, je le suis », puis il ajouta en le regardant face à face :  « Je suis né pour cela et pour cela je suis venu au monde, pour témoigner de la Vérité. Tous ceux qui sont de la Vérité entendent ma voix. »

Pilate dit : « – Qu’est-ce que la Vérité ? »

Et sans attendre de réponse, il sortit vers les Juifs et dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation ».

Mais ils criaient : « … Quiconque se fait roi est ennemi de César. Si tu relâche celui-ci, tu vas contre César.»

Voici sa royauté solennellement affirmée par le Christ, à la fin de sa vie, devant un tribunal, au risque et au coût de sa vie ; et il appelle cela témoigner de la Vérité, et affirme que sa Vie n’a pas d’autre objet que cela.

Et cela lui a coûté la vie, ceux qui disaient : « Nous ne voulons pas celui-ci pour Roi, nous n’avons pas d’autre Roi que César » s’en sont tirés ; mais au sommet de la Croix où mourut ce Roi rejeté, il y avait un écriteau en trois langues, en hébreu, en grec et en latin, qui disait : “Jésus Nazaréen Roi des Juifs” ; et aujourd’hui, dans toutes les églises du monde et dans toutes les langues connues, à 2 000 ans de cette formidable affirmation : « Je suis Roi », des milliers et des milliers d’êtres humains proclament avec nous leur foi dans le Royaume du Christ et l’obéissance de leur cœur à son Divin Cœur.

Au-dessus de la clameur de la bataille dans laquelle les humains se déchirent, au milieu de la confusion et des nuages ​​de mensonges et de tromperies dans lesquels nous vivons, les cœurs opprimés par les tribulations du monde et leurs propres tribulations, l’Église catholique, Royaume impérissable du Christ, se tient débout pour donner comme le Divin Maître son témoignage de la Vérité et pour défendre cette Vérité par-dessus tout.

Au-dessus du tumulte et de la poussière, les yeux fixés sur la Croix, ferme dans son expérience de vingt siècles, sûre de son avenir prophétisé, prête à endurer l’épreuve et la lutte dans l’espoir certain du triomphe, l’Église, par sa seule présence et par son silence même, dit à tous les Caïphe, Hérode et Pilate du monde que cette parole de son divin Fondateur n’a pas été vaine.

Et l’Église, depuis vingt siècles, avec de grands soubresauts et secousses, en passant, comme la barque du pêcheur Pierre, mais irréfutablement infaillible, s’est multipliée et s’est répandue dans le monde; et tout ce qu’il y a de beau et de grand dans le monde d’aujourd’hui lui est dû ; et toutes les personnes les plus honnêtes, les plus utiles et les plus distinguées que la terre ait connues ont été ses enfants ; et quand l’Eglise perdait un peuple, conquérait une Nation; et quand elle avait perdu une Nation, Dieu lui donnait un Empire ; et quand la moitié de l’Europe lui était arrachée, Dieu lui découvrait un Nouveau Monde…

Préparons sa deuxième Venue et hâtons sa Venue. Nous pouvons être les soldats d’un grand Roi ; nos vies éphémères et pauvres peuvent rejoindre quelque chose de grand, quelque chose de triomphant, quelque chose d’absolu.

Arrachons-nous l’égoïsme, la paresse, la mesquinerie de nos petits caprices, ambitions et fins privées.

Quiconque peut faire la charité, se sacrifier pour son prochain, ou seul, ou dans sa paroisse.

Quiconque peut faire de l’apostolat, aider Notre Christ Roi dans l’extension de son Royaume.

Quiconque peut enseigner, qu’il enseigne…

Et quiconque peut briser l’iniquité, qu’il la frappe et la persécute, même si c’est au péril de sa vie.

Et pour cela, purifions chacune de nos vies des fautes et des erreurs. Allons à la Mère Immaculée de Dieu, Reine des anges et des hommes, afin qu’elle daigne nous choisir pour faire la guerre avec le Christ, non offrant seulement tous nos corps au travail, comme l’a dit le capitaine Ignace de Loyola, mais nous engageant dans cette même campagne du Royaume de Dieu contre les forces du mal, campagne qui est l’axe de l’histoire du monde, sachant que notre Roi est invincible, que son Royaume n’aura pas de fin, que son triomphe et sa venue ne sont pas loin et que sa récompense surpasse toutes les vanités de ce monde, et plus encore, tout ce que l’œil a vu, l’oreille a entendu et l’esprit humain a pu rêver en beauté et en gloire.

P. Leonardo Castellani, S. I. (1899-1981)