« Dieu recherche son image en ton âme! »

Homélie pour le XXIX dimanche du temps ordinaire (Mt 22, 15-21)

L’évangile de ce dimanche nous décrit une situation où le Seigneur est mis à l’épreuve pour le faire tomber dans un piège. Rappelons encore une fois que selon la chronologie de l’évangile de saint Matthieu, nous sommes déjà dans les derniers jours de la vie de Jésus dans ce monde, c’est-à-dire la semaine de sa Passion. Ses adversaires cherchent par tous les moyens à trouver une excuse pour le condamner, chose qu’ils vont finalement faire mais à travers des mensonges comme nous connaissons d’après les évangiles.

A partir de la réponse que le Seigneur va donner à ceux qui le questionnent, L’Eglise nous invite à réfléchir sur les principes que tout chrétien doit garder par rapport à l’autorité de ce monde.

En effet, la première lecture, tirée du Livre d’Isaïe, nous dit que Dieu est un, unique ; il n’y a pas d’autre dieu en dehors du Seigneur, et même le puissant Cyrus, empereur de Perse, fait partie d’un dessein plus grand, que Dieu seul connaît et réalise. Cette lecture nous explique le sens théologique de l’histoire: les tournants historiques, la succession des grandes puissances sont sous la domination suprême de Dieu; aucun pouvoir terrestre ne peut prendre sa place (Benoit XVI. Homélie 16/10/11).  Nous devons souligner que ce roi n’appartenait pas au peuple d’Israël, pourtant Dieu montre qu’il a reçu l’onction pour sa mission, il est un messie (l’oint) que Dieu a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois :  « À cause de mon serviteur Jacob, d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, alors que tu ne me connaissais pas ».

Rien n’échappe à la volonté de Dieu qui fait tout concourir, toutes les choses et tous les évènements de ce monde pour son véritable peuple, c’est-à-dire pour le bien de ceux qui l’aiment.

Dans le même sens, parlant du sens mystique de l’évangile de ce dimanche, saint Thomas nous dit : « nous avons une âme qui est à l’image de Dieu ; nous devons donc la rendre à Dieu. Pour ce qui est des choses que nous tenons du monde, nous devons être en paix avec le monde. Même les saints hommes qui sont maintenant au-dessus du monde, parce qu’ils vivent dans le monde avec les autres, doivent cependant chercher la paix avec Babylone », et avec ce nom saint Thomas fait référence à l’ordre politique et social de ce monde.

Le vrai chrétien, qui est dans le monde mais qui n’appartient pas à l’esprit du monde (cf. Jn 17,11,14,16), doit donc chercher, dans la mesure du possible, la paix avec les dirigeants de ce monde pour que l’Église ait la paix. Le simple fait que l’État n’empêche pas son œuvre d’évangélisation est un bien énorme pour l’Église. C’est pourquoi saint Luc, dans les Actes des Apôtres, l’indique comme un don singulier : « Les Églises à cette époque jouissaient de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie; elles grandissaient et progressaient dans la crainte du Seigneur, remplies de la consolation du Saint-Esprit »(Actes 9:31). Saint Paul dit la même chose avec d’autres mots: «Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur.» (Rm 13,1,7). «Autant que possible, et autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes» (Rm 12,8).

Il est bien de nous rappeler aujourd’hui, les exigences que nous avons devant Dieu dans notre rôle de citoyens d’une société civile, d’un pays. Suivons l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise (nn. 2238-2242).  

Ceux qui sont soumis à l’autorité regarderont leurs supérieurs comme représentants de Dieu qui les a institués ministres de ses dons (cf. Rm 13, 1-2) :  » Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine… Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu  » (1 P 2, 13. 16). Leur collaboration loyale comporte le droit, parfois le devoir d’exercer une juste remontrance (admonestation) sur ce qui leur paraîtrait nuisible à la dignité des personnes et au bien de la communauté.

Le devoir des citoyens est de contribuer avec les pouvoirs civils au bien de la société dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté. L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité. La soumission aux autorités légitimes et le service du bien commun exigent des citoyens qu’ils accomplissent leur rôle dans la vie de la communauté politique. La soumission à l’autorité et la co-responsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l’exercice du droit de vote, la défense du pays.

L’Apôtre nous exhorte à faire des prières et des actions de grâce pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité,  » afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité  » (1 Tm 2, 2).

Mais, Dieu nous demande de respecter les lois humaines seulement lorsque celles-ci ne vont contre la loi de Dieu, la loi naturelle que Dieu même a inscrite dans notre cœur.

Le citoyen est obligé en conscience à ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique.  » Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu  » (Mt 22, 21).  » Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes  » (Ac 5, 29) :

Si l’autorité publique, débordant sa compétence, opprime les citoyens, que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement demandé par le bien commun. Il leur est cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique (GS 74, § 5).

Nous allons finir cette méditation avec les paroles du grand père de l’Eglise, saint Augustin (sermon 24).

Il remarque bien la distinction et la sublimité de Dieu par rapport à tout ordre de ce monde.

« L’ouvrier (celui qui a réalisé la monnaie) n’a pu faire l’image de Dieu, mais Dieu a pu se faire une image. Or, adorer l’image de l’homme qu’a faite l’ouvrier, c’est mutiler l’image de Dieu, gravée en toi par Dieu même. Et quand il t’appelle pour te ramener à lui, c’est pour te rendre cette image que tu as perdue, effacée, en l’usant au contact des convoitises terrestres.

De même que César cherche son image sur une pièce de monnaie, Dieu recherche son image en ton âme. Rends à César, dit le Sauveur, ce qui appartient à César. Que réclame de toi César? Son image. Que réclame de toi le Seigneur? Son image. Mais l’image de César est sur une pièce de monnaie, l’image de Dieu est en toi. Si la perte d’une pièce de monnaie te fait pleurer, parce que tu as perdu l’image de César; adorer les idoles, ne sera-ce point pour toi un sujet de larmes, puisque c’est faire injure en toi à l’image de Dieu? »

Que Marie nous donne la grâce de garder l’image de Dieu qui est dans notre âme.

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