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Le Patron de la famille

Lorsque nous nous représentons saint Joseph, nous le voyons toujours en compagnie de Jésus et de Marie, nous le voyons fondant la Sainte Famille, la dirigeant, veillant sur elle ; nous le voyons travaillant et mourant au sein de la Sainte Famille. C’est, d’ailleurs, la loi générale : l’homme est appelé à vivre et à agir dans la société domestique. La vie humaine a son couronnement dans la vie sociale. Dieu, qui a créé l’homme à son image, a voulu aussi que la société humaine fût une image de cette société divine qui est l’adorable Trinité. Dans l’unité de nature et la pluralité des Personnes, dans la parfaite égalité de puissance et la distinction des processions divines, la Sainte Trinité est le modèle sublime des multiples sociétés qui, naissant l’une de l’autre, représentent, à des degrés différents, la diversité dans une souveraine unité. L’humanité tout entière forme un ensemble de groupements sociaux, soit dans l’ordre naturel soit dans l’ordre surnaturel. Dès que des inférieurs se réunissent sous un supérieur, il y a société. La famille donne naissance à la commune, la commune donne naissance à l’État ; de même, dans l’ordre surnaturel, nous trouvons les diverses sociétés religieuses et l’Eglise. Tous les degrés de cette double hiérarchie ont en saint Joseph un Patron et un protecteur céleste.

En premier lieu c’est la famille. Pour l’ordre et la prospérité de la famille, il faut d’abord l’autorité qui fonde et gouverne la société domestique : il faut la piété, qui maintient la famille dans les rapports voulus avec Dieu et lui assure les bénédictions célestes ; il faut le travail, qui procure la subsistance et crée les ressources matérielles ; il faut l’amour, qui apporte avec lui la paix et la joie. Nous avons déjà étudié saint Joseph à tous ces points de vue. Sa vocation fut essentiellement d’être le chef de la Sainte Famille. Cette Famille, il l’a fondée par son alliance avec Marie. Quelle dignité et quelle grâce dans son autorité, puisqu’il représente le Père céleste dont il est l’image par sa pureté, par sa sagesse, par sa fidélité ! Il nous est un admirable modèle dans sa piété, dans son travail qu’il accomplit pour se conformer au bon plaisir de Dieu, avec zèle, en se confiant à la Providence. Nous savons enfin ce que fut son amour. Aussi de quelle joie et de quelle sécurité la Sainte Famille jouissait-elle sous ce gouvernement paternel, même au milieu des épreuves et des contradictions qui sont ici-bas le partage de toute famille et qui n’ont point manqué à la Famille de Nazareth ! En toute circonstance, Joseph a été le protecteur, le conseiller, le consolateur des siens. Il est donc à bon droit le Patron de la famille, et c’est avec justice qu’on l’honore dans tout foyer chrétien, qu’on l’invoque après avoir prié le Père céleste. Est-il une famille qui, mieux que la Sainte Famille, soit l’image de l’auguste Trinité ? Jésus, Marie, Joseph – c’est la Trinité terrestre.

La commune d’abord, puis l’Etat sont l’extension de la société domestique par le groupement de plusieurs familles sous un chef commun, en vue – c’est, du moins, la fin prochaine, – d’assurer le bien-être temporel. En lui-même l’Etat chrétien fait partie du plan divin pour le salut de l’homme, pour la protection de la famille, pour l’économie de la Providence dans le gouvernement du monde. L’Egypte nous offre un exemple de ces vues miséricordieuses : sous la conduite de Joseph, fils de Jacob et figure de notre saint, elle fut un moyen de salut pour le peuple choisi et, par lui, un moyen de salut pour le monde. Saint Joseph, il est vrai, n’a point été un chef d’Etat ; mais, bien mieux encore que le ministre du Pharaon, il a été « le père du roi » (Gen. XLV, 8), du souverain Roi, du Roi des rois. Et, pour être le chef de la Sainte Famille, il fallait une vertu plus haute et une sainteté plus excellente que n’en demandait le gouvernement de l’Egypte. Par ses vertus qui sont bien les vertus d’un chef d’Etat – par sa sagesse, par sa bonté prévenante, par sa politique toute céleste – saint Joseph est un merveilleux modèle pour tous ceux qui exercent le pouvoir, comme il est un modèle pour les sujets, par son obéissance, par son respect à l’égard de l’autorité. Celui-là seul sait bien commander, qui sait bien obéir – Voilà pourquoi, jadis, des monarques et des chefs de maisons puissantes donnaient saint Joseph pour protecteur à leurs Etats ou à leurs familles ; et Joseph n’a point trahi leur confiance. Mais, d’autres temps sont venus, d’autres maximes président au gouvernement des Etats : « On ne songe plus à Joseph » (Exod. I, 8). Les choses en vont-elles mieux pour les princes et pour les peuples ? Qui oserait l’affirmer ?

En troisième lieu, nous avons l’Eglise, la grande société surnaturelle, la famille de Dieu ici-bas. Comme en toute société, il faut, dans l’Eglise, un gouvernement. C’est la hiérarchie du sacerdoce avec ses degrés. Or le pouvoir sacerdotal s’étend tout d’abord au véritable corps de Jésus-Christ, réellement et substantiellement présent dans l’Eucharistie et continuant à vivre parmi nous. De ce pouvoir découle l’autorité du sacerdoce ecclésiastique sur le corps mystique du Sauveur, c’est-à-dire sur les fidèles, pour les instruire, les guider, les réconcilier avec Dieu, leur obtenir et leur dispenser les grâces et prier pour eux.

L’Eglise a son modèle dans la Sainte Famille. Or à Nazareth, saint Joseph était le chef, le père, le protecteur, le guide. A tous ces titres, il appartient d’une manière spéciale à l’Eglise qui était le but de la Sainte Famille, et qui est, pour ainsi dire, l’extension, et la continuation de la Sainte Famille. D’autre part, les prêtres sont, dans l’Eglise, les membres principaux et, dès lors, entre saint Joseph et le sacerdoce, il y a un rapport tout particulier, à un double point de vue. Premièrement, au point de vue de la fonction. Nous l’avons vu : Joseph eut un très grand pouvoir sur la Personne du Sauveur : c’est en quelque sorte à l’abri de son autorité que Jésus est entré en ce monde ; c’est Joseph qui a élevé le Sauveur, qui l’a nourri, qui a veillé sur lui. Sa mission le consacrait tout spécialement à la Personne de Jésus-Christ. Sa vie, ses actes ont donc été la vie et les actes d’un prêtre, puisque le sacerdoce est dirigé tout d’abord au sacrement de l’autel. Si nous ne lui devons pas le Sauveur d’une manière immédiate comme nous le devons au prêtre qui prononce les paroles de la consécration, les fonctions qui l’attachaient à Jésus, les soins dont il l’entourait avaient cependant une importance plus grande, et le mettaient avec le Seigneur dans un rapport plus immédiat que tous les ministres de l’autel. – Deuxièmement, au point de vue des vertus. Les vertus de saint Joseph forent des vertus toutes sacerdotales : esprit de foi, pureté, humilité, zèle des âmes. Nous ne reviendrons point sur ce sujet dont nous avons déjà parlé. On le voit : saint Joseph est le plus beau modèle du prêtre.

Mais il y a, dans l’Eglise de Dieu, une autre famille qui peut se réclamer de saint Joseph d’une façon particulière : nous voulons parler de la famille religieuse, des âmes dont la vocation est l’état religieux. La vie religieuse est excellemment l’école de la perfection, puisque, par devoir d’état, un religieux est tenu de tendre à la perfection. Pour cette vocation, comme pour toute autre d’ailleurs, la perfection consiste essentiellement dans l’amour de Dieu. Mais ce qui distingue l’état religieux, ce sont les moyens employés pour atteindre le but. Dans le monde, pour arriver à l’amour de Dieu et pour le pratiquer, on se contente du moyen essentiellement nécessaire – l’observance des préceptes – tandis que, dans la vocation religieuse on recourt aux moyens de surérogation – conseils évangéliques, vœux, qui, sans être en eux-mêmes obligatoires pour personne, constituent les meilleurs moyens de perfection, parce qu’ils contribuent très énergiquement à écarter les obstacles à l’amour de Dieu : à l’attachement aux biens extérieurs ils opposent la pauvreté; à l’attrait des plaisirs sensibles, la chasteté ; aux dangers de la volonté propre et de l’indépendance, l’obéissance. A ces moyens généraux, communs à tous ceux qui vivent en religion, chaque Ordre ajoute certains moyens particuliers en vue d’atteindre la perfection de l’amour divin, par la pratique de la vie contemplative ou de la vie active, selon qu’il s’agit de travailler uniquement à sa sanctification personnelle ou de se consacrer en même temps au salut des âmes. C’est ainsi qu’on distingue les Ordres contemplatifs et les Ordres actifs.

Mais, de part et d’autre, il existe des rapports étroits entre saint Joseph et la vocation religieuse, de puissants motifs d’invoquer la protection du saint patriarche. S’est-il, ici-bas, proposé un autre but que la perfection dans l’amour de Dieu ? N’a-t-il pas, en toute vérité, pratiqué l’obéissance, la pauvreté, la chasteté ? Jusqu’où n’a-t-il point porté la perfection de la charité ? N’a-t-il pas admirablement uni la vie contemplative à la vie active, la vie intérieure à la vie extérieure ? N’offre-t-il pas le plus beau modèle des diverses formes de perfection que les différents Ordres religieux peuvent se proposer ? Qui donc, plus que lui, se rapproche du souverain modèle, Jésus-Christ Notre-Seigneur, dans l’union de ces deux genres de vie ? Voilà pourquoi tous les Ordres religieux – qu’ils s’adonnent à la vie contemplative ou à la vie active, ou qu’ils professent la vie mixte – voient en saint Joseph un Patron de leur vocation ; voilà pourquoi ils se plaisent à trouver en lui leur protecteur spécial, pourquoi ils lui ont consacré particulièrement leurs missions chez les infidèles. N’est-ce pas auprès de lui que les Mages, prémices des Gentils, ont trouvé le Sauveur ? N’a-t-il pas, le premier, porté Jésus en une contrée idolâtre, en Egypte ?

Il n’est donc pas, dans l’Église, un seul groupe important, une seule société d’âmes où saint Joseph ne se trouve pour ainsi dire de la famille, où il ne doive – qu’on nous permette l’expression – se regarder comme étant chez lui. Chacune des diverses formes que revêt la vie de famille est pour nous comme pour lui un cher souvenir et une douce image de la vie, des joies et des souffrances qui ont été les siennes auprès du divin Sauveur et de Marie. Il s’est sanctifié dans la famille : il a, pour nous, sanctifié la vie de famille par son admirable exemple. C’est pourquoi, en cet ordre de choses, Dieu lui a donné d’être un puissant protecteur. La famille, la société familiale, quelle que soit la forme qu’elle revêt, – famille proprement dite, État, Église, Ordre religieux – est une magnifique création de Dieu ; et parce qu’elle est une création de Dieu, parce qu’elle est d’une extrême importance pour la gloire de Dieu et pour le salut du monde, elle est chère à saint Joseph, d’autant plus chère que le démon, aujourd’hui surtout, cherche à profaner la famille, à la ruiner, à en faire un instrument de malédiction, un enfer sur la terre. Il faut donc que saint Joseph intervienne, que le chef de la Sainte Famille s’oppose à l’ennemi, qu’une fois encore il sauve « l’Enfant et sa Mère ».

Terminons par une réflexion qui nous expliquera la raison d’un titre souvent donné à saint Joseph. Puisque notre saint est le protecteur naturel de toutes les associations ou familles qui se groupent dans l’Église, Pie IX l’a donné pour Patron à l’Église universelle. Saint Joseph revendique dès lors, à bon droit, le nom glorieux de Patriarche. Les patriarches étaient les pères des tribus d’Israël, du peuple de Dieu ; ils avaient l’honneur et le privilège de préparer la naissance de Jésus-Christ selon la chair. Joseph prend place parmi eux parce qu’il est le dernier représentant de la race de David et l’un des plus prochains précurseurs de Jésus-Christ selon la chair ; bien plus, Epoux de Marie, Mère de Dieu, il a été le père légal du Sauveur. Il marque donc l’apogée du Testament Ancien et le point de départ du Testament Nouveau qui a commencé – suivant la parole de Léon XIII dans une de ses Encycliques – quand la Sainte Famille fut fondée. Saint Joseph, en sa qualité de Patriarche, appartient ainsi et à l’Ancienne Loi et à la Loi nouvelle. Il est donc le Patriarche des patriarches ; il est le Patriarche au sens le plus élevé du mot, parce que l’Alliance nouvelle l’emporte infiniment sur le Testament ancien à tous les points de vue ; d’une main il bénit l’Ancien Testament, de l’autre il bénit le Testament Nouveau. Qui peut lui être comparé ?

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.

L’homme de la vie extérieure

La vie de l’homme n’est ni exclusivement intérieure, ni exclusivement extérieure. Composé d’un corps et d’une âme, l’homme est appelé à exercer son activité dans une double sphère. En outre, il ne vit point isolé : il vit en société, il entre forcément en rapport avec ses semblables. Sa vie est donc mixte, c’est-à-dire tout à la fois extérieure et intérieure.

Saint Joseph a connu cette loi de notre nature : aussi, en même temps que la vie intérieure, trouvons-nous en lui la vie extérieure. Il ne fut point un ermite ; il ne fut pas un de ces Esséniens, si nombreux alors en Judée. Il vécut dans la société de ses semblables, et, tout d’abord, de la Sainte Famille dont il était le chef, le soutien et le protecteur ; puis il fut en relations, même fréquentes, avec ses concitoyens, et il exerça une profession qui, nécessairement, le mettait en contact avec les personnes du dehors. Il dut voyager à plusieurs reprises : chaque année, tout au moins, il se rendait à Jérusalem pour les grandes solennités. Quand il dut fuir, sur l’ordre de Dieu, il alla jusqu’en Egypte et y séjourna un certain temps. Si l’art chrétien le représente un bâton à la main, c’est, entre autres significations, pour rappeler ses voyages. Enfin, saint Joseph exerça une profession, une profession toute commune et matérielle, un métier, parce qu’il devait, par son travail, assurer à la Sainte Famille le pain quotidien. Voilà pourquoi, dans les peintures ou mosaïques des premiers siècles, nous voyons une scie ou une hache même auprès de la crèche : ce sont les outils du charpentier.

Mais cette vie extérieure de notre saint fut une vie admirablement ordonnée et parfaite. En voici les raisons :

Premièrement, les motifs dont Joseph s’inspirait ; c’est-à-dire ses devoirs d’état, la volonté ou la permission de Dieu, l’amour de Jésus et de Marie qui formaient sa famille, bien souvent aussi la charité pour le prochain et le noble désir de lui venir en aide. S’il se mêlait à ses concitoyens, ce ne fut jamais par un sentiment d’ennui ou de lassitude dans son labeur, par désœuvrement, par caprice, uniquement pour son plaisir, en quête de nouveautés ou de consolations. Il est bien certain que ses voyages à Nazareth et en Egypte ne furent point des voyages de plaisir. D’après les principes de la perfection et les maximes des saints, la vie extérieure doit découler en quelque sorte de la plénitude de l’esprit intérieur, elle doit être une effusion de notre amour pour Dieu et pour le prochain.

Deuxièmement la vie extérieure de saint Joseph fut une vie admirablement ordonnée et parfaite, par la manière dont il s’y comportait. Il s’y livrait sans que le soin de sa vie intérieure, la vigilance sur son âme et son union à Dieu eussent rien à en souffrir. Sa vie extérieure était comme l’épanouissement de son âme : la pensée de Dieu, l’amour de Dieu inspiraient, accompagnaient et ennoblissaient chacun de ses actes, et les transformaient en autant d’actes de vertu. La vie intérieure, loin d’être compromise par la vie extérieure, s’enrichissait continuellement de toutes les difficultés et contrariétés, de tous les sacrifices qui se présentaient : la charité divine allait aussi grandissant sans cesse, et notre saint goûtait en outre la consolation d’avoir été utile à ses semblables.

Saint Joseph nous donne ainsi une grande leçon. Tous nous devons vivre d’une vie extérieure : il faut ordonner cette vie ; tous nous devons travailler : il faut travailler de la bonne manière. Et ici, nous avons deux écueils à éviter : le défaut et l’excès.

Le défaut

Souvent l’on travaille trop peu : c’est l’oisiveté, la perte du temps, le manque de sérieux, la négligence à consacrer notre vie, nos forces et nos talents à la gloire de Dieu et au bien du prochain. Souvent, aussi, le mal ne consiste point à ne rien faire, à ne se donner aucune occupation, mais à se dépenser en une foule d’affaires inutiles, à s’occuper de choses qui ne rentrent ni dans notre vocation ni dans nos devoirs d’état, qui n’ont aucune utilité réelle ni pour nous-mêmes ni pour nos semblables. Agir et travailler ainsi, ce n’est point agir ni travailler : c’est se remuer, s’agiter, suivre son caprice ; c’est ainsi que travaillent certains oiseaux qui passent leur temps à lisser leur plumage, à sautiller d’un barreau à l’autre de leur cage, à chanter une roulade, à manger et à boire. Est-ce travailler que d’aller de visite en visite, d’un cercle à un autre cercle, d’un passe-temps à un autre passe-temps, sans s’accorder un instant de repos ? Le travail, au véritable sens du mot, c’est le travail demandé par nos devoirs d’état, le travail utile, le travail en rapport avec notre vocation. Tout le reste n’est qu’un moyen de fuir l’ennui, d’échapper à une solitude mortelle. Examinons sérieusement devant Dieu et devant notre conscience de quelle manière nous employons notre vie, nos forces et nos talents. Un jour, Dieu nous demandera compte non seulement du mauvais emploi, mais encore de la perte du temps. Un homme de cœur devrait avoir honte de manger sans avoir mérité sa nourriture, et de rester tranquillement les bras croisés, alors qu’un si grand nombre de ses semblables doivent se soumettre à un dur labeur, alors que le Sauveur et sa sainte Mère et saint Joseph ont dû péniblement gagner le pain quotidien. Le pain qu’on n’a point gagné est un pain volé, du moins devant Dieu, car il est dit : « Celui qui ne veut point travailler ne doit pas manger » (II Thess. III, 10). Et voyons en outre si, nos devoirs d’état accomplis, il ne nous reste rien à faire pour venir en aide au prochain, pour remplir notre mission sociale, pour répondre aux nécessités de notre époque en prenant une part active aux œuvres de charité. La pratique du grand précepte de l’amour de Dieu et du prochain n’est-elle pas de tous les instants ? Que chacun se mette à travailler pour le bien de tous, et les questions sociales seront bientôt résolues. Tous nous pouvons beaucoup, si nous le voulons : faisons du moins ce que nous pouvons ; cela suffit.

Deuxièmement, l’excès

Nous pouvons travailler trop. On travaille trop, lorsque le travail extérieur se fait au détriment de l’intérieur, au détriment de notre conscience et de Dieu ; lorsque, absorbés par l’extérieur, nous négligeons de nous proposer une intention plus haute et surnaturelle ; lorsque nous nous adonnons à ces occupations sans mettre notre confiance au Dieu ; lorsque nous nous y attachons servilement, sans songer à l’éternité. Le travail, pris au sens véritable du mot et avec sa signification chrétienne, le travail exercé pour Dieu et pour le salut de notre âme, est une obligation et un honneur pour l’homme ; il est la condition de son progrès, et de son bonheur dans le temps et dans l’éternité. Au ciel, notre part sera en réalité celle que nous nous serons préparée par notre travail. Compris autrement, le travail perd toute sa signification ; il devient une divinité cruelle, un Moloch qui dévore le corps et l’âme de l’homme. Après tout – et c’est là qu’il faut en venir toujours – le travail est pour l’homme et l’homme est pour Dieu : il n’est donc pas un but, mais un moyen. Dès lors, afin de ne point faire fausse route dans notre travail, ménageons-nous, chaque jour, quelques instants pour nous recueillir et pour prier.

On le voit : saint Joseph est notre modèle tout indiqué en notre siècle où l’on fait du travail une idole. Par la juste mesure qu’il a su garder, par la sagesse avec laquelle il a uni la vie intérieure à la vie extérieure, il est le Patron des travailleurs et des ouvriers apostoliques ; disons mieux : il est le modèle de tous les hommes. Demandons-lui la grâce de l’imiter sur ce point : cette grâce est l’une de celles qui rentrent dans ses attributions.

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.