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“L’humilité est une torche qui éclaire nos imperfections”

Homélie pour le dimanche XIV du Temps Ordinaire (Mt 11, 25-30)

Le texte évangélique de ce dimanche commence avec une prière que Jésus adresse à son Père, Il rend grâce pour avoir révélé des grandes choses aux plus petits. Si nous lisons tout ce chapître 11 de saint Matthieu, juste quelques versets auparavant, Jésus fait des reproches aux trois villes, Capharnaüm, Corazine, Bethsaïde, où Il avait accompli beaucoup de miracles, mais qui avaient fermé leur cœur à l’évangile.

Maintenant, devant ceux qui l’ont suivi, qui ont cru en Lui, Jésus glorifie le Père, parce que par Lui, ils vont connaître le Père.

Ensuite dans deuxième partie de l’évangile de ce dimanche où le Seigneur s’adresse à ses disciples et les invite à Le suivre : Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau.

Notre Seigneur sait mieux que nous quelles sont nos difficultés, nos soucis, nos douleurs, ce que nous appelons les croix dans nos vies, aujourd’hui Il utilise l’image du fardeau, le poids du fardeau.

Jésus nous dit que son joug est facile à porter et son fardeau, léger, mais qu’il ne faut pas le refuser, au contraire, nous devons le prendre et le porter. Même si par nature nous avons une tendance à éviter la souffrance et à nous éloigner d’elle, le Christ dit que sa vie implique la croix et que ses disciples doivent porter la croix comme Lui l’a fait ; mais Il est là pour nous aider. Nous en trouvons un grand exemple chez le même saint Paul, il y a eu dans son ministère quelque chose qui le faisait souffrir, il avait même demandé au Seigneur de le libérer de ce fardeau : J’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (ou bien dans d’autres traductions, car ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse). » (2 Co. 12,9)

Il est curieux de voir que Jésus dit que « mon joug est facile à porter », le mot que l’évangéliste utilise signifie plutôt le joug des bêtes qui s’adapte à l’animal car dans l’antiquité, les jougs étaient fabriqués à la mesure du bœuf, pour éviter qu’il soit blessé. Il y a une histoire qui appartient à la tradition, elle dit que saint Joseph était connu à Nazareth entre autres choses, par le fait de fabriquer de bons jougs pour les animaux, on dit aussi qu’à l’entrée de l’atelier de saint Joseph il y avait cet écriteau mis à l’entrée : « Mes jougs sont faciles à porter » (ils s’ajustent bien !)

Prendre donc le joug du Seigneur veut dire devenir ses disciples, appartenir à son école.

« Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». On pourrait dire : quel commandement étrange que celui du Seigneur ? Il ne nous recommande pas d’apprendre de Lui à faire des miracles, ni à ressusciter les morts, ni à guérir les malades. Jésus veut que nous apprenions de Lui à être doux et humble de cœur, on dirait que c’est le principal pour Lui. Et si c’est Notre Seigneur que nous donne cette recommandation, cela veut dire qu’en cela nous devenons pleinement ses disciples. 

Voyons d’abord ce que veut dire « douceur ». Cette vertu ne signifie pas faiblesse, lassitude, ou pire encore, lâcheté ; au contraire, c’est une douceur exigeante, comme lorsqu’il y a quelques dimanches on écoutait le Seigneur : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi, et peu après : qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Jésus est exigeant. Il n’est pas dur ni inexorablement sévère, mais fort et sans ambigüités lorsqu’Il appelle quelqu’un à vivre la vérité. 

Le Seigneur nous enseigne aussi qu’il nous faut l’humilité, c’est la vertu qui est la base de la sainteté. Alors, l’humilité est une vertu de grande ampleur ; elle nous donne, si nous la vivons de façon authentique, une vision réaliste de la vie, ce que faisait dire à sainte Thérèse d’Avila : l’humilité c’est marcher dans la vérité. Mais il existe le risque de ne pas vivre une vraie humilité, mais extérieure et fausse, et pour cela nous devons vraiment nous examiner sur la façon dont nous vivons cette vertu.

Un prêtre a écrit, il n’y a pas longtemps, une série de conseils pratiques pour mieux vivre cette vertu. Nous en avons un bon examen de conscience sur la manière dont nous vivons l’humilité.

Ce sont sept manières d’être humble (selon le P. Juan Antonio Ruiz J., L.C.):

  • Savoir découvrir le meilleur des autres : « Efforçons-nous, dit aussi sainte Thérèse d’Avila, d’avoir toujours les yeux ouverts sur les qualités et les vertus des autres ; et, pour ne pas voir leurs défauts, considérons la grandeur de nos péchés. Une telle pratique nous conduit à l’acquisition d’une belle vertu, celle qui nous incline à croire tous les autres meilleurs que nous.
  • Le deuxième est étroitement lié au premier : Savoir dire du bien des autres.
  • Ne pas prendre trop de temps à reconnaître ses propres fautes et ses erreurs, comme enseignait le Curé d’Ars: « L’humilité est une torche qui éclaire nos imperfections ; elle ne consiste pas dans des paroles ou des œuvres, mais dans une connaissance de nous-mêmes, grâce à laquelle, nous découvrons un tas de défauts que notre orgueil nous cachait jusqu’à présent » (Sermon sur l’orgueil)
  • Etre le premier à demander pardon après une dispute. Le livre de l’imitation du Christ dit : « Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui ; car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien. Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n’est plus fragile que vous ».
  • Admettre ses limites et ses besoins : « Si un homme ne se fie pas à son propre jugement, il le doit à son humilité, car les Proverbes (11, 2) enseignent que là où se trouve l’humilité, se trouve aussi la sagesse. Les orgueilleux, au contraire, ont en eux une confiance exagérée » c’est un sermon de saint Thomas d’Aquin (Commentaire au Notre Père).
  • Servir les autres.
  • Reconnaître toujours que tout ce que l’on a de bon vient de Dieu, « tout est don, toute est grâce » disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Et pour cela saint Augustin enseignait: « Personne ne se fie de soi-même dans les paroles, personne ne se fie de ses propres forces au moment de souffrir l’épreuve, car, si nous parlons avec rectitude et prudence, notre sagesse provient de Dieu et si nous souffrons les maux avec force, notre patience est un don à Lui ».

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, d’imiter son Fils, de l’imiter elle aussi qui a vécu de façon magnifique ces deux belles vertus, la douceur de cœur et l’humilité. 

P. Luis Martinez IVE.

L’habit de l’humilité

Homélie pour l’évangile du dimanche XXII, année C (Lc 14, 1.7-14)

Dans l’histoire des moines d’Egypte on raconte qu’une fois, un grand saint appelé Macaire, retournant chez lui, à sa cellule, il trouva à la porte un démon avec une faucille à la main, prêt pour l’attaquer.

S’approchant de Macaire, le démon perd ses forces, et il n’arrive même pas à tourner sa faucille pour couper et blesser le corps du moine. Vaincu, il lui dit :

– « Je souffre trop de violence pour toi, Macaire, car je veux te faire du mal, mais je n’y arrive pas. Et cela m’étonne énormément, en fait je fais tout ce que tu fais, et même plus… Tu jeûnes parfois, moi toujours ; tu dors peu, tandis que mes yeux, je ne les ferme jamais… Mais dans une seule chose tu gagnes…

– C’est laquelle ? lui demande Macaire.

– Ton humilité… dit le démon.

La liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir sur l’humilité, et pas seulement ce dimanche ; plusieurs fois dans l’année nous trouvons l’humilité comme thème de méditation, n’oublions pas que si nous voulons imiter le Seigneur, la première chose à faire c’est pratiquer cette vertu : « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur », mais pour pouvoir aimer, et pouvoir ainsi vivre cette vertu, il faut la connaître, savoir qu’est–ce que l’humilité 

Nous l’avons entendu dans la première lecture : Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.

Selon la définition théologique que donne saint Thomas d’Aquin, l’humilité est une vertu qui tempère et refrène l’esprit, pour qu’il ne tende pas de façon immodérée aux choses élevées.

La vertu de l’humilité comporte dans sa raison d’être, un certain abaissement louable vers le bas. Mais, il faut bien distinguer parce que si cet abaissement se fait seulement selon les signes extérieurs, selon les apparences, ou seulement avec les paroles, ce sera” une fausse humilité “, dont S. Augustin dit qu’elle est par contre ” un grand orgueil “.

La véritable humilité c’est un mouvement intérieur de l’âme. C’est en ce sens que l’humilité est appelée proprement une vertu, parce que la vertu ne consiste pas dans des choses extérieures, mais principalement dans le choix intérieur de l’esprit.

Parlant de l’humilité nous devons aussi tenir compte de l’autre vertu qui est très liée à l’humilité, dont nous allons parler la semaine prochaine, avec la grâce de Dieu. C’est la vertu de la magnanimité (avoir une âme grande, la grandeur d’âme), elle pousse l’esprit vers ce qui est grand en se conformant à la droite raison, nous sommes impulsés par cette vertu à faire des grandes choses pour Dieu et pour sa Gloire, mais sachant que sans Dieu nous ne pouvons rien faire, donc c’est Lui qui vient à notre aide avec sa grâce ; l’humilité n’empêche donc pas de faire des grandes œuvres.

L’humilité tient une place importante dans la vie spirituelle, en tant qu’elle chasse un grand obstacle, « l’orgueil » auquel Dieu résiste, et pour cela, l’humilité rend l’homme docile et ouvert à la grâce divine, en tant qu’elle vide l’enflure de la superbe, de l’orgueil. ” Dieu résiste aux orgueilleux, écrit S. Jacques (4, 6), mais il donne sa grâce aux humbles. “

C’est de cette façon que l’humilité est appelée le fondement de l’édifice spirituel, et plus profondes sont les fondations d’un bâtiment, plus haut il pourra monter et plus fort il sera pour résister auxdangers de dehors.

Nous savons que pour qu’une vertu soit fixée dans notre âme, il nous faut la faire suivre d’actes ; en d’autres mots, pour que l’humilité devienne « habitus », comme un habit en nous, il nous faut faire plusieurs actes d’humilités, soit rechercher les situations où je puisse pratiquer ( faisant les travaux les plus humbles, pour la seule Gloire de Dieu) ; soit aussi pratiquant la vertu lorsque l’orgueil veut dominer notre âme ( par exemple, vouloir répondre sévèrement et avec l’envie de me venger à l’offense que quelqu’un m’a faite)

Dans la ” Règle ” de S. Benoît, il donne  à ses moines les 12 degrés de l’humilité, « mutatis mutandis »  cela nous serve à nous aussi : le 1° ” se montrer toujours humble de cœur et de corps, en tenant les yeux fixés à terre ” ; 2° ” parler peu, de choses sérieuses, et sans élever la voix ” ; 3° ” ne pas rigoler avec facilité et promptitude ” ; 4° ” garder le silence jusqu’à ce que l’on soit interrogé ” ; 5° ” observer la règle commune du monastère ” ; 6° ” se croire et se dire le plus méprisable de tous ” ; 7° ” s’avouer et se croire indigne et inutile en tout ” ; 8° ” confesser ses péchés ” ; 9° ” embrasser patiemment par obéissance les choses dures et pénibles ” ; 10° ” se soumettre avec obéissance au supérieur ” ; 11° ” ne pas prendre plaisir à faire sa volonté propre ” ; 12° ” craindre Dieu et se rappeler tous ses commandements ( saint Thomas d’Aquin dit que celle-là appartient à la racine de l’humilité ). 

L’humilité est une vertu qui demande beaucoup de travail, toujours implorant, évidemment, la grâce de Dieu. Père, mère de famille, jeunes, adultes, moines, prêtres, nous devons tous savoir que saint Macaire et beaucoup d’autres saints ne sont pas arrivés d’un jour à l’autre à vivre l’humilité, sinon qu’ils ont travaillé et dur pour l’atteindre.

Nous allons finir avec un quelques normes d’humilité, elles ont été écrites par un laïc, le général Manuel A. Rodriguez, décédé le 23 février 1936. Après sa mort, on a retrouvé parmi ses documents ces maximes écrites de sa main :

  • En silence, faire des bonnes ouvres.
  • En silence, aimer Dieu et les hommes.
  • En silence, accomplir mon devoir.
  • En silence, accepter la volonté de Dieu.
  • En silence, me réjouir avec les autres.
  • En silence, garder les défauts des autres.
  • En silence, embrasser la croix de Jésus.
  • En silence, me sacrifier et renoncer à moi-même.
  • En silence, regarder vers la patrie céleste.
  • En silence, atteindre la vertu.
  • En silence, jusqu’à la mort.

Que la Vierge Marie nous donne toutes ces grâces.

P. Luis Martinez