Lire l’évangile de ce dimanche (Lc. 3,1-6)
Ce deuxième dimanche de l’Avent, l’Evangile nous parle comme chaque année de l’image de saint Jean Baptiste. Cette année nous rencontrerons aussi le prophète et sa prédication dimanche prochain.
Mais la liturgie de la Parole nous propose comme première lecture la prophétie de Baruch ; à laquelle fait aussi écho le psaume. C’est une très belle prophétie, pleine d’espérance ; le Seigneur fait revenir les déportés de son peuple, Israël, qui avaient été amenés comme esclaves en Babylone (597 a.C).
Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal.
Alors dans cet élan poétique du prophète, il imagine que Dieu prépare matériellement le chemin pour que ses enfants reviennent : Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire.
Cette image est celle que va utiliser saint Luc pour illustrer la prédication de saint Jean Baptiste, non pas bien sûr dans un sens matériel mais dans un sens tout à fait spirituel. Saint Grégoire le Grand commentant ce passage dit : (hom. 7 et 20). « Jean-Baptiste crie dans le désert, parce qu’il vient annoncer les consolations de la rédemption aux Juifs abandonnés et plongés dans la détresse. Et quel était le sens de ses prédications? «Préparez le chemin du Seigneur». Alors, tout homme qui prêche la véritable foi et la nécessité des bonnes œuvres, il ne fait que préparer la voie du Seigneur dans les cœurs de ceux qui l’écoutent, et de rendre droits ses sentiers en faisant naître dans les âmes des pensées pures par ses saintes prédications ».
Il faut noter également que l’Evangile de ce dimanche ne commence pas directement par la prédication de saint Jean. Saint Luc prend avant cela le soin de nous donner des repères historiques, et ce n’est pas seulement dans le but de nous situer dans le temps, cela a aussi un sens spirituel : l’appel à la conversion de l’humanité surgit dans l’histoire de l’humanité, Dieu interrompt l’histoire de l’humanité pour qu’elle revienne vers Lui, et c’est à travers ce cri, cette voix qui est le Baptiste, qui précède la Parole de Dieu, le Verbe Eternel fait homme.
C’est alors qu’on comprend le véritable sens de la parole d’Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ! » parce que ce monde avait besoin de Dieu.
La conversion, notre conversion, est toujours nécessaire, une nouvelle conversion, une conversion de chaque jour, un retour de là où le péché nous emmène comme ses esclaves (même si ce mot est dur à nos oreilles, mais c’est la cruelle réalité de l’homme pécheur). Et pour revenir c’est le Seigneur qui aplanit le chemin, abaisse les montagnes qu’a dressées notre orgueil, et remplit les ravins de nos défauts avec sa grâce.
Mais nous pouvons nous demander : si je suis un bon chrétien, pourquoi me rappeler le besoin de me convertir ? Précisément parce que notre chemin vers la sanctification finira le jour de notre entrée au Ciel. Il nous suffit de nous rappeler ce que Saint Paul nous dit dans la deuxième lecture : dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.
L’Eglise nous invite bientôt à renouveler notre foi dans l’Enfant-Jésus, le Fils de Dieu incarné et apparu dans le monde. Mais notre dévotion nous amène déjà près des crèches qui nous aident à contempler ce moment et à le revivre avec l’imagination. Les crèches nous obligent parfois à nous pencher physiquement pour pouvoir les apprécier. C’est une Belle image de l’esprit de conversion de tout le temps de l’Avent, qui est en relation avec le mystère de Noël bien sûr. Dieu nous demande de laisser notre orgueil de côté, de devenir plus humbles. Avec une sainte ironie divine, Il nous rappelle que dans le Paradis, l’homme a voulu être Dieu, tandis que Dieu s’abaisse pour nous et nous invite à le suivre. L’humilité est donc le chemin vers Lui, cela commence par le mystère de l’Incarnation et continue à Noël. Dieu ne ferme pas l’accès à la participation dans la vie divine, mais l’homme a besoin de sa grâce, condition nécessaire, voilà pourquoi la Conversion est une urgence constante.
Nous allons finir avec un commentaire d’un grand écrivain de l’Eglise sur l’Evangile de ce dimanche, il s’appelle Origène, et dit : « c’est nous-mêmes qui devons préparer la voie au Seigneur dans notre cœur. Car le cœur de l’homme est grand et spacieux, si toutefois il est pur, car sa grandeur ne consiste pas dans les dimensions extérieures, mais dans la force de son intelligence qui le rend capable de contenir la vérité. Préparez donc par une vie sainte la voie au Seigneur dans votre cœur, redressez le sentier de votre vie par l’excellence et la perfection de vos œuvres, afin que la parole de Dieu puisse pénétrer en vous sans obstacle. » Que la Vierge Marie nous donne cette grâce.
P. Luis Martinez V.E.
Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »