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Charles de Foucauld : le désir d’aller jusqu’au bout dans l’amour et dans le don

Homélie pour la fête du Bx. Charles de Foucauld

Le siècle dernier nous a laissé des grandes images parmi les saints de l’Eglise, ceux dont la renommée a dépassé les frontières de l’Eglise, saint Jean Paul II, la mère Térésa, et d’autres saints plutôt très connus au sein de l’Eglise, comme le padre Pio par exemple.

C’est  peut-être à cause leur proximité avec nous temporellement ; mais il est tout à fait vrai que ces saints et tant d’autres dans ce dernier siècle dont nous ne pouvons oublier l’immense foule des martyrs, nous ont enrichi avec leur témoignage de vie dans un monde hostile et contraire à Dieu et à la foi, contraire à l’évangile.

Alors, nous devons dire que Dieu, de qui dépend finalement l’histoire du monde et l’histoire de chacun de nous, dans son dessein providentiel a voulu faire de la vie du bienheureux Charles de Foucauld une sorte de parabole vivante, une image de ce que Dieu veut de ce monde d’aujourd’hui, ou bien peut-on dire, de ce que Dieu peut faire.  Lorsque nous sommes éprouvés dans notre foi, contemplant une réalité difficile dans le monde et dans l’Eglise même, Dieu nous présente aujourd’hui la vie de Charles de Foucauld, qui est comme un écho aussi de cette phrase du Seigneur vainqueur de l’Apocalypse : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » 

D’une enfance pleine de foi, il est passé à l’incrédulité et à la vie loin de Dieu, mais c’est ce même Dieu (auquel Charles ne croyait plus) qui l’a fait revenir à Lui et l’a transformé non seulement dans un bon et fervent chrétien, mais aussi dans un grand missionnaire et apôtre, avec le désir qu’il a eu jusqu’à sa mort d’aller annoncer le Christ à ceux qui sont les plus éloignés, les plus délaissés.

Dans son Election de la retraite d’ordination sacerdotale, il répète plusieurs fois : «porter le feu sur la terre » et «sauver ce qui était perdu»; à la fin de ces deux parties qui conforment son choix « Quelle est la preuve que ces deux élections expriment la volonté de Dieu? Ces deux paroles de Jésus: “Suis moi” et “Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes parents, ni tes riches voisins, quand tu offres un festin, invite au contraire des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Toutes ses paroles que le bx. Charles entend de la bouche de Jésus deviennent des mots d’action, c’est le Maître qui convoque le disciple qui veut l’aimer, l’imiter et l’obéir. Mais toute cette indigence que Charles est appelé à guérir est tout d’abord spirituelle, il s’agit de ceux qui souffrent la méconnaissance du Christ, de la Vérité tout Entière et de l’évangile.

Son but apostolique n’exclut personne, et il fixe dès le début, depuis son ordination sacerdotale et la décision d’aller vers le Sahara, ce qui est l’essentiel dans sa mission comme prêtre ; comme Charles le décrivait dans ses écrits et ses lettres :   

« Le but est de donner les secours spirituels à nos soldats, d’empêcher que leurs âmes ne se perdent faute des derniers sacrements, et surtout, de sanctifier les populations infidèles en portant au milieu d’elles Jésus présent dans le Très Saint Sacrement, comme Marie sanctifia la maison de Jean Baptiste en y portant Jésus ».  

«Il faut entrer en rapport avec eux (les peuples autochtones) et préparer les voies, se faire connaître et aimer d’eux à force de charité, de douceur et de patience, et surtout obtenir les grâces de l’Esprit-Saint pour ces frères infortunés, par la Sainte Eucharistie et la vertu.»

Mais comment était Charles avant de commencer sa mission ? On peut dire que son portrait de saint était déjà défini au moment de devenir prêtre, un esprit bien formé par la docilité à l’Esprit Saint et le travail dur de la vertu.

Mgr Bonnet qui résidait quelques jours à Notre-Dame des Neiges rédige le 5 septembre 1901 sur papier à en-tête de l’abbaye une lettre pour Mgr Livinhac, il s’agit d’une lettre de présentation du Bienheureux : «Je recommande à votre bienveillance d’accepter  cet humble et saint prêtre ; l’Abbe de Foucauld est un ancien et brillant officier qui a brisé sa carrière pour se donner plus complétement à Dieu dans le sacerdoce. Je l’ai fait ordonner prêtre… Si une vocation trop vieille et trop pressante ne l’appelait pas à se dévouer à la conversion des musulmans, je suis heureux de lui donner un emploi dans mon ministère. Il a acquis la réputation d’un saint. Tout cela vous dira Monseigneur, en quelle profonde estime je tiens ce prêtre qui vient à vous et combien je vous serais obligé de l’accueillir avec une grande bonté ».

D’autre part, son aspect physique nous parle aussi de son humilité et simplicité, car son apparence de religieux cachait beaucoup sa forte personnalité. Le général de Susbielle qui l’a vu arriver à Taghit fera de lui ce portrait : « Son costume monacal, avec sa soutane blanche, un cœur surmonté d’une croix en laine rouge sur la poitrine, serrée à la taille par une ceinture de cuir à laquelle pendait un rosaire, ses pieds nus dans des sandales et un capuchon de laine blanche rabattu sur la tête, n’avait certes rien de la tenue habituelle d’un cavalier; mais son aisance, sa position à cheval dénotaient du premier coup l’ancien officier de cavalerie. Il était petit, brun, portant un petit collier de barbe (peut-être n’était-il pas rasé de frais) et avait des yeux noirs extrêmement brillants et intelligents, respirant une grande bonté, quelquefois un peu de malice. »

Son évolution depuis la grâce de la conversion se devine dans cet autre portrait tracé par l’abbé Huvelin, témoin principal et, pour une part, artisan de cette histoire humaine et spirituelle, recommandant ainsi son dirigé le 25 août 1901 à Mgr Bazin: « Il se recommande de lui-même. Vous verrez en lui le dévouement héroïque, l’endurance sans limite, la vocation d’agir sur le monde musulman, le zèle humble et patient, l’obéissance dans le zèle et l’enthousiasme qu’il possède, l’esprit de pénitence sans aucune pensée de blâme et de sévérité contre qui ce soit. Au milieu même de son enthousiasme et de ses élans, prudent et sachant attendre, se réfugiant dans la prière quand l’action lui était interdite.[…] C’est ici un simple portrait que je vous envoie, non flatté, mais ressemblant. » Et le 1er septembre 1901, à Mgr Guérin, l’abbé Huvelin écrivait encore au sujet du Bienheureux Charles : «Ce que je puis dire à Votre Grandeur est bon en tous points: beaucoup d’enthousiasme, mais de la sagesse; beaucoup de zèle, mais beaucoup d’obéissance: l’amour de la vie dure avec un minimum de soulagement, mais de la discrétion; l’amour de la mortification lui est un besoin que lui fait l’amour de Dieu.[…] Sa vocation l’a toujours attiré vers le monde musulman. J’ai vu venir cette vocation. En mon âme et conscience, je crois qu’elle vient de Dieu… Amour du silence, de l’action obscure, vous trouverez cela chez lui. Rien de bizarre ni d’extraordinaire, mais force irrésistible qui pousse, mais instrument dur pour un rude labeur, voilà ce que Votre Grandeur trouvera chez M. de Foucauld… Fermeté, désir d’aller jusqu’au bout dans l’amour et dans le don, d’en tirer toutes les conséquences, jamais de découragement, jamais, un peu d’âpreté, autrefois, mais qui s’est tant adoucie ».

Comme on peut découvrir, ces vertus apparemment antinomiques, en notre Seigneur ont su devenir complémentaires ; si cela s’est réalisé de manière admirable en Jésus-Christ, c’est aussi tout à fait possible chez les saints qui ne cherchent qu’imiter leur maître.

Que le bienheureux Charles de Foucauld nous donne la grâce de rechercher la sainteté avec ardeur comme lui, suivant son exemple. Comme disait son directeur spirituel : Rien de bizarre ni d’extraordinaire, mais force irrésistible qui pousse, instrument dur pour un rude labeur… Fermeté, désir d’aller jusqu’au bout dans l’amour et dans le don.

Que la Sainte Vierge Marie, Mère de saints et que le bx. Charles invoquait avec tendresse, nous obtienne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

Trois signes de l’Avent et une pensée

Homélie pour le Premier Dimanche du temps de l’Avent, année C (Lc 21, 25-28.34-36)

Nous commençons ce dimanche le temps de l’Avent, ce temps qui prépare notre âme pour la Nativité de notre Seigneur.

Et tout d’abord, nous allons parler de quelques signes de ce temps, les plus importants.

La crèche

D’abord, il y a la représentation imaginaire de la naissance du Seigneur qui se fait dans tout le monde catholique, dans toutes les églises et aussi chez les fidèles, il s’agit de la crèche.

C’est le grand saint, saint François d’Assise, le saint de l’humilité et de la pauvreté qui a été le premier à réaliser une crèche dans l’histoire ; c’était pour la fête de Noël de l’année 1223 dans un petit village de Greccio, en Italie.

François était faible et malade, et pensant que ce serait peut-être son dernier Noël sur terre, il voulait le célébrer d’une manière différente et très spéciale.

Il y avait une petite forêt dans les montagnes de Greccio, et dans la forêt, une grotte qui ressemblait beaucoup à la petite grotte où Jésus est né, dans les champs de Bethléem, et que le saint avait rencontré lors de son voyage en Terre Sainte quelques années auparavant.

Parmi les gens du village, François avait choisi quelques personnes pour représenter Marie, Joseph et les bergers ; les acteurs ont promis de ne rien dire à personne avant Noël et, suivant le récit de l’Évangile de saint Luc, tous préparèrent la scène de la naissance. Ils ont même trouvé parmi les habitants un beau bébé pour représenter Jésus !

Tard dans la soirée de Noël, alors que toutes les familles étaient réunies dans leurs maisons, les cloches de l’église se sont mises à sonner toutes seules… Elles sonnaient comme s’il y avait une fête spéciale !… Mais personne ne savait ce qui se passait…

Surpris et effrayés à la fois, tous les habitants de Greccio sortirent de chez eux pour voir ce qui se passait… Alors ils virent François les appeler de la montagne, et leur dire de monter là où il était.

Quand ils arrivèrent, les gens furent tellement étonnés qu’ils tombèrent à genoux, parce qu’ils voyaient quelque chose qu’ils n’avaient jamais pensé pouvoir voir. C’était comme si le temps avait reculé de très nombreuses années, et ils étaient tous à Bethléem, comme célébrant le premier Noël de l’histoire.

A partir de cette belle histoire, tout à fait vraie, les chrétiens catholiques, nous  représentons le moment de Noël chaque année pour nous aider à méditer et contempler ce grand mystère, la naissance dans l’humilité du Fils de Dieu.

La couronne de l’Avent

Le deuxième élément intégré dans la décoration liturgique dans les églises est la couronne de l’Avent.

Elle tire son origine d’une tradition païenne de racines celtes et aussi germaniques qui consistait à allumer des feux pendant l’hiver pour demander au dieu solaire de revenir avec sa lumière et sa chaleur, le feu était mis au milieu des branches vertes pour rappeler le retour de la vie avec le printemps.

Les premiers missionnaires ont profité de cette tradition pour évangéliser le peuple et leur ont enseigné qu’ils devaient faire de cette couronne, un symbole de l’attente du Christ, afin de se préparer pour la célébration de sa nativité et une manière aussi de demander la grâce qu’à la travers sa naissance, le Christ repende sa lumière dans leurs âmes.

Nous pouvons voir de quelle manière l’Eglise a évangélisé la culture, elle a donné à une ancienne tradition, qui gardait en elle rayons de vérité, un nouveau sens, tout orienté vers le Christ.

Après la première chute de l’homme, Dieu a progressivement donné un espoir de salut qui a illuminé l’univers entier, comme les bougies de la Couronne.

Tout comme les ténèbres se dissipent avec la bougie que nous allumons chaque semaine, les siècles deviennent de plus en plus brillants avec l’arrivée prochaine du Christ dans le monde.

Le violet comme couleur liturgique

Et parlons d’un troisième élément, les couleurs liturgiques, le violet et le rose. Le violet représente l’esprit de veille, de pénitence et de sacrifice que nous devons avoir pour bien nous préparer à la venue du Christ. Tandis que le rose représente la joie que nous ressentons déjà à l’approche de la naissance du Seigneur, et nous portons cette couleur le troisième dimanche.

Evangile de ce dimanche

Une petite méditation de l’évangile pour conclure. « Restez éveillés et priez en tout temps » nous dit le Seigneur. Le Christ nous montre le chemin : veiller, prier.

Veiller : ne pas laisser envahir notre cœur par le péché et le mal, non plus par les soucis des choses de ce monde. En fait, celui qui veille, regarde pendant le nuit et ne dort pas. Celui qui regarde ne vit pas reclus en lui-même et séparé de la réalité, mais vit “à fond”, sans “fuites”, il met devant Dieu et dans une perspective surnaturelle, tous les évènements de la vie.

Le Christ nous indique aussi la manière dont nous devons veiller : en priant, c’est-à-dire regardant au cœur la réalité, regardant le fondement de tout, le Mystère d’où tout procède, y compris nous-mêmes, et vers lequel tout est orienté. Nous regardons, priant, regardant avec foi la réalité et priant pour qu’Il vienne, que le Mystère montre Son visage et que notre rédemption soit accomplie.

Il y a plus de mille ans, saint Bernard blâmait les gens de vivre cette célébration de Noël sans un esprit vraiment chrétien, ses paroles sont plus actuelles que jamais:

« Voilà comment il se fait que ceux dont l’esprit et la vie sont tout de ce monde, n’exhalent jamais la bonne odeur de ces douceurs ineffables, lors même qu’ils en célèbrent la mémoire, ils passent ces jours de fête sans dévotion, sans piété et dans une sorte d’aridité pareille à celle des autres jours. Mais ce qu’il y a de plus condamnable, c’est que le souvenir de cette grâce inestimable est une occasion de fêtes charnelles, en sorte qu’on voit les hommes, dans ces jours de solennité, rechercher les parures et les délices de la table avec tant d’ardeur qu’on pourrait croire que le Christ n’a pas eu autre chose en vue, en naissant, et qu’on est d’autant plus assuré de lui plaire qu’on déploie plus de luxe en ce genre.

Mais ne l’entendez-vous point dire lui-même: ” Je ne mangeais point avec ceux dont l’œil est superbe et le cœur insatiable (Psaume 100,5) ! ” Pourquoi cette ambition à vous procurer des vêtements pour le jour de ma naissance? Je déteste l’orgueil, bien loin de l’aimer. Pourquoi cette ardeur et ce soin à préparer une foule de mets pour cette époque ? Je blâme les délices de la table, bien loin de les avoir pour agréables.

Lors donc que vous célébrez ma venue, vous ne m’honorez que du bout des lèvres, votre cœur est loin de moi; ce n’est même pas moi que vous honorez, car votre Dieu, c’est votre ventre, et vous placez votre gloire dans ce qui fait votre honte » (Troisième Sermon de l’Avent). 

Que la Vierge Marie, la Mère de Dieu nous aide à préparer notre cœur d’une façon sainte, pour la célébration de la Nativité de son Fils.

P. Luis Martinez IVE.