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“Aie au fond de ton cœur la racine de l’amour”

Lire l’évangile du dimanche XXX (Mt 22, 34-40)

Le Seigneur subit une nouvelle tentative pour le faire tomber dans un piège, en revanche Il donne cette sublime et simple réponse qui fera taire ses ennemis, Il répète avec solennité le grand commandement.

Impossible de ne pas parler ce dimanche de ce grand commandement.

Nous avons appris et nous connaissons les 10 commandements, ce qu’on appelle le Décalogue (dix paroles), alors les dix commandements et tous les préceptes de la vie chrétienne doivent être interprétés et vécus à la lumière de ce double et unique commandement de la charité, plénitude de la Loi : De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes.

Comme dit saint Paul : Le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort (de mal) au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude (Rm 13, 9-10), aimer c’est accomplir la loi tout entière.

Parmi les premiers livres de la bible, nous trouvons le livre de l’Exode, où Dieu révèle à Moïse sur le mont Sinaï, les dix commandements : Il les a écrits ” de son Doigt ” (Ex 31, 18 ; Dt 5, 22), Il les a écrits sur deux tables de pierre qu’Il donna à Moïse” (Dt 5, 22). C’est pourquoi ces deux tables sont appelées ” le Témoignage ” (Ex 25, 16). Ces ” tables du Témoignage ” (Ex 31, 18 ; 32, 15 ; 34, 29) doivent être déposées dans ” l’arche de l’Alliance” (Ex 25, 16 ; 40, 1-2). Elles étaient le symbole de l’Alliance de Dieu avec son Peuple.

En effet, avant d’être proclamés par Dieu sur le mont Sinaï, les 10 commandements étaient déjà écrits dans le cœur de l’homme ; c’est-à-dire qu’ils sont l’expression de cette loi qu’on appelle « naturelle ».

Les 10 commandements mettent en lumière les devoirs essentiels, et donc indirectement, les droits fondamentaux de la personne humaine.

Mont Sinaï

Irénée enseignait « Dès le commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le Décalogue (S. Irénée, hær. 4, 15, 1). » Aussi Saint Paul disait que les païens avaient la loi écrite dans leurs cœurs (Ro. 2,15).

Alors, on peut dire : S’ils étaient déjà écrits dans notre cœur, il n’y avait pas besoin de les révéler.

L’humanité touchée par le péché avait besoin de cette révélation. « Une explication plénière des commandements du Décalogue était nécessaire dans l’état de péché à cause de l’obscurcissement de la lumière de la raison et de la déviation de la volonté (S. Bonaventure, sent. 4, 37, 1, 3) ».

Mais, certains ne comprennent pas pourquoi Dieu veut nous commander l’amour, « Il ne peut pas obliger l’amour ! »

La réponse adéquate c’est que Dieu ne nous enlève pas la liberté pour l’aimer ou ne pas l’aimer, plutôt ce qu’Il nous indique, dans sa Miséricorde, c’est le chemin, le bon chemin pour découvrir l’amour authentique et trouver la vraie liberté. Ecoutons ces profondes paroles du pape Saint Jean Paul II : « Les Dix Commandements nous ouvrent l’unique avenir véritablement humain et cela parce qu’ils ne sont pas imposés de façon arbitraire par un Dieu tyrannique. Le Seigneur les a écrits sur la pierre, mais il les a gravés avant tout dans chaque cœur humain comme loi morale universelle valable et actuelle en tout lieu et en tout temps. Cette loi empêche que l’égoïsme et que la haine, le mensonge et le mépris ne détruisent la personne humaine. Les Dix Commandements, avec leur rappel constant à la divine Alliance, mettent en lumière le fait que le Seigneur est notre Dieu unique et que tout autre divinité est fausse et finit par réduire en esclavage l’être humain, le conduisant à la perte de sa dignité humaine » finissait le saint pape.

La loi du Sinaï est une loi qui cherche la liberté de la personne, mais pour qu’elle soit libre il faut d’abord lui indiquer le bon chemin, lui donner une protection contre le mal, la loi poursuit aussi l’objectif de faire que chacun de nous sache utiliser sa propre liberté pour ne pas faire du mal aux autres. Saint Jean de la Croix disait : « pour le juste, il n’y a pas de loi, parce que l’amour est sa loi ». Celui qui sait aimer, celui qui aime véritablement, cherche habituellement à faire la volonté de Dieu, il sait aussi  chercher où se trouve la vraie joie.

Aussi Saint Augustin avait cette phrase audacieuse : « Aime et fais ce que tu veux ».

Si nous revenons au texte de l’évangile, nous devons comprendre l’unité qui existe dans les deux commandements, c’est le Seigneur qui nous montre cela, Il n’attend pas une autre question, Il continue sa réponse pour montrer que cette union est très intime.

Les dix commandements sont un tout indissociable, nous ne pouvons pas le diviser : et cela est très important, parce que parfois, l’on voudrait rester tranquille en disant « j’accomplis bien tel ou tel commandement » ou bien une bonne partie des dix, mais le Seigneur n’accepte pas la moitié ou la grande partie, l’amour doit être total : Les deux Tables s’éclairent mutuellement ; elles forment une unité organique. Transgresser un commandement, c’est transgresser aussi tous les autres (cf. Jc 2, 10-11). On ne peut honorer autrui sans bénir Dieu son Créateur (c’est la philanthropie sans Dieu). Ou bien, on ne saurait adorer Dieu sans aimer tous les hommes ses créatures. Le Décalogue unifie la vie théologale et la vie sociale de l’homme, on ne peut pas séparer ce qui est un chez l’être l’humain.

Une autre question : comment aimer mon prochain qui est parfois difficile à aimer ? Je peux aimer celui vers qui je sens un profond rejet parce qu’il m’a fait du mal ?

Il faut bien distinguer les deux sphères de l’âme, la sphère spirituelle et celle du sensible (sentimentale). Et l’on recourt encore une fois au saint Pape Jean Paul II : « L’amour authentique ce n’est pas un vague sentiment ni même une passion aveugle, non plus. C’est une attitude intérieure (de l’âme) qui compromet tout l’être humain. Il s’agit de regarder l’autre non pour s’en servir , mais pour le servir. C’est la capacité de se réjouir avec celui qui est dans la joie et de souffrir avec celui qui souffre. C’est partager ce que je possède pour que personne ne soit privé du nécessaire. Dans un mot, l’amour est le don de soi-même. Cet amour qui constitue le grand message du christianisme, se trouve toujours au pied de la croix, devant l’image émouvante du Fils de Dieu incarné qui s’offre en sacrifice pour l’homme (Angélus, 13/02/94).

Pour finir, l’unique amour, l’amour authentique, provient de Dieu, il est imprégné de charité et bienveillance et il est loin de tout égoïsme, et l’amour trouve son but et son accomplissement en Dieu. Nous allons finir avec cette citation Saint Augustin, dont nous avons déjà cité la première partie, mais ensuite le saint explicite comment doit se concrétiser cet amour en nous : «Aime et fais ce que tu veux : Si tu te tais, tais-toi par amour, si tu parles, parle par amour, si tu corriges, corrige par amour, si tu pardonnes, pardonne par amour. Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. »

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

A Dieu ce qui est à Dieu…

Lire l’évangile du dimanche XXIX (Mt 22, 15-21)

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »Nous trouvons cette phrase célèbre dans le texte évangélique de ce dimanche.

Nous pouvons dire que le Seigneur a fait une parabole vivante, Il s’est fait montrer la monnaie de César.  Devant cette admirable façon de répondre en posant Lui-même une question, les pharisiens ne savent que dire ; mais ce que le Seigneur fait aussi c’est nous donner un grand enseignement sur les pouvoirs légitimes de ce monde, et surtout sur les devoirs envers le Seigneur.

Parce que, s’il est nécessaire de rendre à César ce qui est à César, il est aussi nécessaire de rendre à Dieu ce qui lui appartient, et cette deuxième obligation inclut et donne la force à la première.  « L’empereur est grand parce qu’il est plus petit que le Ciel, » disait Tertullien aux chrétiens de Carthage. Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, non seulement dans son ordre personnel, mais aussi dans l’ordre social et dans l’ordre de la patrie.

Loin de marquer pour ainsi dire une coupure entre les deux ordres, le chrétien doit reconnaître que dans le service de l’obéissance à une autorité il sert aussi Dieu, évidemment une obéissance à tout ce qui ne va pas contre la loi de Dieu.

C’est une pensée erronée qui a pénétré l’esprit de beaucoup de chrétiens, – qui soutient qu’un chrétien reste chrétien lorsqu’il est à l’Eglise, mais que dehors il doit s’adapter à toutes les lois de l’Etat, même si parmi elles, il y en a qui vont contre la loi de Dieu, les dix commandements. Ou bien, un autre exemple, se proclamer chrétien, et soutenir en même temps un parti politique athée, ou un parti qui émette des propositions contre ce que l’Eglise commande, cela c’est une grave erreur.

Alors, comment faire devant les autorités qui nous gouvernent ? (voire les personnes qui se partagent le pouvoir). Quelle est la bonne attitude d’un chrétien devant l’autorité ?

Nous pouvons le résumer en trois principes :

1 . Nous devons respecter le régime établi de fait, le pouvoir civile et séculier.

La Bible nous apprend que le pouvoir civil et séculier est légitime, comme dit le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche « Rendez à César ce qui est à César », que toute autorité finalement vient de Dieu, comme le Seigneur dira à Ponce Pilate : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut (Jn. 19,11) ou bien la première lecture de ce dimanche : Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré. La Bible nous dit que nous avons l’obligation de prier pour les autorités, comme  Saint Paul nous y exhortait dans ses lettres : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité » (1Tim 2, 1-2). Et que nous devons obéissance à l’autorité : « Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien. » (Tite 3,1).

Finalement sur ce point, il faut remarquer que « respecter » ne veut pas dire « collaborer activement » avec un régime de pouvoir lorsqu’il ne réunit pas toutes les conditions nécessaires pour le bien d’une nation, d’un pays. Respecter signifie « ne pas faire obstacle dans l’exercice du pouvoir à tout ce qu’il fait pour le bien de la société, le bien commun ».  

2 . Le deuxième principe nous dit qu’il est tout à fait légitime de souhaiter un autre mode de gouvernement plus juste et mieux adapté à notre pays, notre patrie. Et nous devons même contribuer à son installation par de justes moyens. Plus encore lorsque le régime en place ne respecte pas les droits principaux de la personne. «Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands?» a dit saint Augustin (De civitate Dei IV, 4, 1).

3 . Et troisièmement, comme on l’a déjà formulé: nous ne pouvons pas obéir à des lois intrinsèquement injustes.

Par rapport à ce dernier, le Catéchisme de L’Eglise nous apprend (2242) : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile.

Si l’autorité publique, dépassant sa compétence, opprime les citoyens, et que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement demandé par le bien commun , il leur est cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique (Gaudium et Spes  74, § 5).

Le Catéchisme fait citation du livre des Actes des Apôtres (5,29) : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Comme disait Saint Jean Paul II, dans l’encyclique « Evangelium Vitae »(73) : Dans le cas d’une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l’avortement ou l’euthanasie, il n’est donc jamais licite de s’y conformer, « ni … participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi, ni … donner à celle-ci son suffrage ».

Le pouvoir de l’Etat ne peut jamais aller contre la bonne conscience des habitants, la liberté de professer la religion et de chercher la vérité. Il est intéressant de relire un petit paragraphe d’un discours du pape Benoît XVI (22-12-2005) : « L’Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2) ; mais, tandis qu’elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d’Etat. Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer sa foi, une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. » Jusqu’ici ce sont les paroles du Pape Benoît.

L’histoire de l’Eglise nous donne un grand exemple parmi d’autres, sur ce que l’Eglise appelle « liberté de conscience ». Il s’agit de saint Thomas More, un saint anglais qui a été condamné à mort précisément pour ne pas donner l’accord au fait que le roi fasse annuler son premier mariage légitime ; avec cette décision le roi et tous ceux qui le suivaient se séparèrent de l’Eglise Catholique, ce qui perdure aujourd’hui, c’était l’origine de l’Eglise Anglicane.

Saint Thomas More s’est opposé à cette prétention du pouvoir de dominer sur les consciences. Il a donné sa vie pour défendre une Eglise libre de la domination d’un état.

Il est martyr de la liberté, parce qu’il fut le martyr de la primauté de la conscience, une primauté qui, solidement enracinée dans la recherche de la vérité, nous rend pleinement responsables de nos décisions et pour cela libres de tout dans ce monde mais unis étroitement à notre Créateur. Saint Jean Paul II disait aussi que la conscience lorsqu’elle est moralement droite (bien formée), c’est le témoignage de Dieu lui-même, dont la voix et le jugement pénètrent l’intime de l’homme jusqu’aux racines de son âme (Enc. Veritatis splendor, n. 58).

Demandons à la très sainte Vierge la grâce d’avoir toujours cette liberté de conscience et l’amour pour la Vérité.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné