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Accorde-moi de t’aimer

e toutes mes forces, celles que tu m’as données,
Je T’ai cherché,
Désirant voir ce que j’ai cru.
Et j’ai lutté, et j’ai souffert.

Mon Dieu,
Mon Seigneur,
Mon unique espoir,
Accorde-moi de n’être jamais las de te chercher,
Qu’avec passion sans cesse je cherche Ton visage.

Toi qui m’as donné de Te trouver,
Donne-moi le courage de te chercher
Et d’espérer Te trouver toujours davantage.

Devant Toi ma solidité : garde-la.
Devant Toi ma fragilité : guéris-la.
Devant Toi tout ce que je sais, tout ce que j’ignore.

Par là où Tu m’as ouvert, j’entre : accueille-moi.
De là où Tu m’as fermé, j’appelle : ouvre-moi.

Accorde-moi de ne pas T’oublier,
Accorde-moi de Te comprendre.
Mon Dieu,
Mon Seigneur,
Accorde-moi de T’aimer.

Saint Augustin d’Hippone

 Traité de la Trinité XV

Que la charité émeuve tes entrailles

Lire l’évangile du dimanche XXXI du temps ordinaire  (Mc 12, 28b-34)

Toute la loi divine est résumée dans ce commandement que le Seigneur vient de rappeler à ce scribe de l’évangile, ce grand commandement qui est double, comme les deux faces d’une même médaille.

Double et inséparable, il est impossible donc de vivre le premier et ne pas pratiquer le deuxième. Mais malheureusement, nous constatons et en nous-mêmes, hélas ! le peu que nous aimons Dieu, si nous regardons parfois la façon dont nous aimons nos prochains. Selon une expression de la sainte carmélite, Bénédicte de la Croix, connue aussi par son nom de laïque, Sainte Edit Stein : « L’amour au prochain est la mesure de notre amour pour Dieu ».

Quelqu’un a dit que « le chrétien entre dans l’église pour aimer Dieu et sort de l’église pour aimer le prochain », cette expression est vraie mais nous devons aussi dire que soit dans l’église comme dehors, nous devons pratiquer ces deux amours comme une seule réalité.

Par rapport à l’amour que nous devons avoir pour Dieu, rien de meilleur que l’école des Saints, chaque vie peut nous faire découvrir comment pratiquer l’amour de Dieu.

« Comment se peut-il, dit saint Philippe Néri, que celui qui croit en Dieu puisse aimer autre chose que Dieu ? »

C’est une vérité proclamée par Saint Jean, évangéliste dans sa première lettre, si nous pouvons aimer c’est parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. Et saint Bonaventure dit aussi que « cet amour de Dieu est comme le miel qui adoucit les choses les plus amères dans cette vie ».

L’amour de Dieu se traduit en nous en ses bienfaits que nous recevons de Lui, les choses qu’Il nous donne : « Dieu, écrit saint Augustin, désire plus de nous faire du bien que nous ne désirons, nous de le recevoir ».

L’amour de Dieu est accessible à tous, facile à obtenir : Un homme pauvre aimera les richesses, mais  pour la seule raison de les aimer, il ne possédera point les richesses. Un autre désirera être roi, mais le seul désir ne pourra jamais lui donner un royaume dans ce monde. Par contre, celui qui aime Dieu, possède Dieu, car Dieu aime ceux qui l’aiment et Il demeure en celui qui est uni à Lui par l’amour (cf. Jn.4,16). Un saint disait aussi que « c’est par l’amour que le pauvre devient riche ; mais sans l’amour le riche est pauvre ».

La deuxième partie de ce grand commandement c’est comme dit le Seigneur, l’amour pour notre prochain, pour chaque être humain.  Nous découvrons, suivant saint Thomas, 4 motifs ou raisons qui nous portent à aimer nos proches :

Le premier c’est l’amour divin. Car, saint Jean dit (1 Jean 4,20) : « Si quelqu’un aime Dieu et haït son frère est un menteur ». En effet, on ne peut pas aimer une personne et en même temps détester l’enfant ou un membre de cette personne. Alors nous sommes tous enfants de Dieu et membres du Christ, selon saint Paul (1 Cor. 12,27) : « vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps ».

La deuxième raison c’est un précepte divin, une loi de Dieu. Au moment de quitter ce monde, parmi  les autres préceptes, Il a prescrit comme le principal  celui-là à ses disciples (Jn. 15,12): « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Celui donc qui détesterait son frère, n’accomplira pas ce précepte de Jésus. C’est un plus, le signe de notre appartenance à Jésus, en cela nous nous montrons comme ses disciples (Jn.13,35) :  « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. ». Il ne dit pas que cela se montrera dans la résurrection des morts, ni dans le fait de faire d’autres miracles, le signe sera dans l’amour que nous avons les uns pour les autres.

Le troisième motif, c’est par participation de la même nature. Comme dit le livre de Ben Sira, le sage (13,19): « Tout animal aime son semblable et tout homme, son pareil ». Haïr le prochain ne va pas seulement contre la loi divine, mais aussi contre la loi de la nature.

Quatrième motif c’est la consécution d’une utilité. Nous nous servons entre nous en vue de la charité. C’est la charité qui fait l’union dans l’Eglise et fait toutes les choses communes.

Une deuxième réflexion sur l’amour au prochain.

Il est intéressant pour nous de voir comment nous devons aimer le prochain. La façon de l’aimer est aussi prescrite par Notre Seigneur ; Il ne dit pas d’aimer son prochain comme Dieu, Il dit comme toi-même. Cela mérite aussi une explication : de quelle manière cela se fait-il ? Qu’a a voulu dire par là le Seigneur ? Saint Thomas d’Aquin remarque qu’il y a 5 aspects à considérer.

Le premier, nous devons l’aimer vraiment (en vérité) comme nous-mêmes.  Il faut remarquer qu’il y a trois amours, dont deux ne sont pas vrais. Le premier c’est un amour par utilité, selon ce qui dit le livre de Ben Sira 6,10 : « Il y a celui qui est ton ami pour partager tes repas, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse ». Evidemment, cela n’est pas un véritable amour, car il s’en va lorsque le profit disparait. On n’aime pas le prochain, mais on aime plutôt un bien qui soit utile pour soi. Il y a un autre faux amour, qui procède du plaisir. Je n’aime pas la personne, j’aime le bonheur sensible qu’elle peut me donner avec sa présence, c’est le faux amour qui prend l’autre comme un objet. Et il y a le troisième amour, celui qui seul est vrai et procède de la vertu. Dans notre amour pour le prochain, nous ne cherchons rien pour notre bien, sensible ou matériellement, mais pour le sien.

Deuxième aspect, nous devons aimer le prochain de façon ordonnée. Nous ne pouvons pas l’aimer au dessus de Dieu, mais à notre niveau. C’est ce que nous a enseigné le Seigneur Mt. 10, 37: »Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ».

Le Troisième, nous devons l’aimer de façon efficace. Nous-mêmes, nous nous aimons et pour cela nous cherchons le bien pour nous et nous évitons les maux, il en sera de même pour nous frères I Jn 3, 18 : « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ». Rom 12, 9: « Que votre amour soit sans hypocrisie ».

Le Quatrième, nous devons aimer notre prochain avec persévérance. Prov.17, 17: « On a des amis en tout temps, mais un frère est là pour le temps de la détresse ». Il faut aussi savoir que deux vertus aident à l’amitié selon Dieu, la patience et l’humilité, elles sont liées car l’orgueilleux qui se magnifie lui-même et méprise l’autre, ne peut pas supporter ses défauts.

Le Cinquième, nous devons aimer nos amis, juste et saintement, de sorte que nous ne les aimions pas pour pécher, parce que nous non plus, nous ne devons pas nous aimer pour faire des péchés, car de cette manière nous perdrions Dieu.

Cherchons toujours à aimer le prochain d’un amour vrai et parfait, d’un amour pur et sincère.

Nous allons conclure avec ces belles paroles de saint Augustin : « Si tu n’es pas encore capable de mourir pour le prochain, sois déjà au moins disposé à partager ton bien avec lui. Que la charité émeuve tes entrailles ‘Que m’importe, me diras-tu ? Irai-je donner ma fortune pour le préserver d’embarras ?’ Si ton cœur te répond de la sorte, l’amour du Père ne se trouve pas en toi, et si l’amour du Père ne se trouve pas en toi, tu n’es pas né de Dieu. Comment alors te glorifier d’être  chrétien ? Tu en as le nom, mais tu n’en mènes pas la conduite ».

 Ayons donc toujours le nom et la conduite d’un bon chrétien ! Que Notre Dame nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné