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LA CONSCIENCE EST LE HÉRAUT DE DIEU

Sermon pour le II Dimanche du temps de l’Avent (Mt 3, 1-12)

L’évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent a comme sujet principal la prédication de saint Jean Baptiste dans le désert de Judée.

Bien que sa prédication se fît dans un milieu hostile comme le désert de Judée, les gens venaient l’écouter, préparant ainsi leurs cœurs pour la venue de notre Seigneur. C’est la même finalité que poursuit l’Eglise à travers la présentation de la figure emblématique de saint Jean ; elle nous prépare à la célébration de la première Venue du Seigneur.

Et nous constatons que les paroles adressées par Jean à ceux qui venaient à lui n’avaient rien de la politesse « mondaine », pour ainsi dire les mots étaient plutôt durs ; mais certains de ceux qui s’approchaient du Baptiste méritaient de les entendre pour revenir au bon chemin, pour se convertir finalement. Comme c’était le cas des pharisiens et saducéens que Jean Baptiste exhorte à produire un fruit digne de conversion. Selon les paroles du Baptiste, ils voulaient échapper à la colère de Dieu et il fait une bonne comparaison partant du milieu où il se trouve : les serpents s’échappaient du feu qui se produit parfois dans ces régions désertiques et qui, brûlant le peu de végétation sèche – les ronces et les chardons- faisait aussi sortir toutes les bêtes de leurs nids pour fuir le danger.

Nous savons qu’une grande partie de la préparation des cœurs que saint Jean devait accomplir pour la venue du Messie consistait précisément en la mission de « secouer les consciences », comme nous le voyons dans ce passage de l’évangile et comme nous les montrent aussi les autres évangiles.

On vient d’utiliser l’expression « secouer la conscience », et nous savons bien le sens de cette petite phrase pour nous. En effet, nous utilisons beaucoup le mot « conscience » ; nous disons par exemple « examen de conscience » mais aussi des expressions telles que : « agir avec pleine conscience », « sans en avoir conscience », « décharger sa conscience », « respecter la liberté de conscience », « peser sur sa conscience ». 

Alors, nous devrions nous poser tout d’abord la question : qu’est-ce que la conscience ?  

Le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, 16) a défini la conscience comme « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ».

Nous donnons le nom de « conscience », en effet, à certains actes accomplis par notre intelligence. C’est par notre intelligence que nous connaissons la réalité, la nature d’une chose (savoir ce qui est), l’utilité (à quoi elle sert), l’origine (d’où elle vient).

Alors, lorsque cette « chose » que notre intelligence connaît sont nos propres actions, nos actes ; autrement dit : lorsque notre raison nous dicte ce que nous sommes en train de faire, ce que nous avons fait ou ce que nous ferons (elle nous donne une signification), en même temps qu’elle montre aussi la bonté ou la méchanceté d’une action (la valeur), à ce jugement donc de l’intelligence nous lui donnons le nom de « conscience ».

Qu’elle est l’origine de la conscience ? Nous avons tous dans notre cœur une connaissance du bien et du mal, elle est comme imprimée, gravée dans notre âme. L’homme peut reconnaître de manière naturelle que certains actes sont bons et certains, mauvais. Ainsi, Saint Paul dit dans la lettre aux chrétiens de Rome que les païens « qui n’ont pas la Loi (juive) pratiquent spontanément ce que prescrit la Loi, eux qui n’ont pas la Loi sont à eux-mêmes leur propre loi. Ils montrent que la loi est inscrite dans leur cœur, et leur conscience en témoigne. » (cf. Rom 2,14).

La conscience, conclut le Concile Vatican II, est l’intelligence lorsqu’elle découvre cette loi que Dieu a inscrite dans le cœur de l’homme, c’est-à-dire une loi que l’homme n’a pas créée mais à laquelle il doit obéir (cf . Gaudium et Spes, 16)

La conscience accomplit trois fonctions dans notre âme :

Elle est d’abord un témoin de que ce que nous faisons, et de sa bonté ou de sa méchanceté. Comme saint Paul l’écrit aussi aux Romains : « C’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint. » (Rom 9,1)

Elle est un juge, elle approuve ce qui est bien et condamne lorsque nous faisons le mal (« poids de conscience »).

Elle est aussi pédagogue, éducatrice, notre conscience découvre et nous indique le chemin pour agir de façon honnête.

« La conscience — écrit saint Bonaventure — est comme le héraut et le messager de Dieu ; ce qu’elle dit, elle ne le prescrit pas d’elle-même, mais elle le prescrit comme venant de Dieu, à la manière d’un héraut lorsqu’il proclame l’édit du roi. Il en résulte que la conscience a le pouvoir d’obliger » (Veritatis Splendor, 58). Et de cela, Saint Jean Baptiste en est une très bonne image.

La conscience et la Vérité

Dans le passé on donnait aussi à la conscience le nom de « Regula Regulata » ( règle réglée), parce qu’elle a toujours une fonction de médiatrice, elle guide nos actes mais à condition qu’elle soit aussi guidée par quelque chose de plus haut, de supérieur, que nous appelons « Vérité ». Notre conscience doit donc se conformer (« former avec ») à la vérité. Et la vérité se contient en Dieu, parce que Lui est essentiellement (par essence, par nature) la Vérité et Il l’est par excellence. Et Dieu fait participer ses créatures à la Vérité.

Il arrive avec notre conscience ce qui arrive avec un arbitre sportif. Les joueurs doivent respecter ses décisions, mais l’arbitre décidera et dirigera bien un match lorsqu’il appliquera correctement le règlement et ne déformera pas la réalité. Notre conscience est ainsi l’arbitre de nos actes, mais il y a un règlement (une règle, une loi) qui lui est supérieur et notre conscience sera un bon guide lorsqu’elle est fidèle à ce règlement de la Vérité.

Et pour cette raison, l’Ecriture nous répète de rechercher toujours la Vérité et de juger en accord avec la Vérité pour avoir « une conscience pure » (1 Tim. 1,5). Saint Paul dit aussi que notre conscience doit être « illuminée par l’Esprit Saint » (Rom. 9,1), « pure » (2 Tim. 1 ,3), elle ne doit pas falsifier la parole de Dieu, au contraire, la conscience doit manifester la vérité. D’ailleurs, l’apôtre encourage les chrétiens en disant : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). (cf. Veritatis Splendor, 62)

Et ma conscience peut-elle se tromper ?

Il y a un deuxième aspect qu’il faut prendre en compte par rapport à la conscience, c’est la possibilité qu’elle puisse se tromper. Notre conscience n’est pas infaillible (Veritatis Splendor, 62), et la raison en est qu’elle est un acte de notre intelligence, qui est créée, faillible, blessée par le péché et influençable (comme il peut arriver au travers d’une éducation contraire aux principes de la foi chrétienne que les enfants peuvent recevoir à l’école).

Il est vrai que La conscience nous délivre toujours des jugements pratiques : « comment agir » et par exemple elle m’indique de changer de vie si j’ai tort, elle me dit parfois d’accomplir une obligation malgré les sacrifices que cela me coûterait.  Mais les jugements de la conscience sont toujours menacés d’être affectés par nos passions, nos inclinaisons personnelles, nos habitudes, nos goûts (nos plaisirs) et ils vont pousser à corrompre ma conscience en m’inclinant vers ce que ma sensibilité a envie de choisir ou d’éviter.

Il faut donc, qu’au-delà de tous ces penchants de ma nature affectée par le péché, je reconnaisse dans ma conscience la réalité des choses, que je m’ajuste au plan de Dieu pour qu’elle atteigne sa véritable dignité, car notre conscience est créée pour servir la vérité.

Lorsque quelqu’un falsifie la vérité ou l’ignore par sa propre négligence, lorsqu’il n’a pas suffisamment d’amour pour la vérité ou la vertu ; ou bien si une personne ne fait aucun effort pour éduquer la conscience ou l’éclairer sur certains aspects, cette personne ne pourra jamais s’excuser commettre un péché tout en disant « je suis ma conscience ».

Saint Jean Paul II disait : « Il ne suffit donc pas de dire à l’homme : Obéis toujours à ta conscience. Il est nécessaire d’ajouter immédiatement : Demande-toi si ta conscience dit le vrai ou le faux, et cherche, sans te lasser, à connaître la vérité » (Audience. 17/8/83)

Finalement, comment pouvons-nous éduquer notre conscience ?

Nous avons dit que nous avons l’obligation d’éduquer notre conscience, de la former afin que nos jugements soient toujours vrais. Essentiellement, il s’agit de deux aspects :

Premièrement, il est nécessaire de vivre de façon vertueuse, rechercher la vertu. Cela nous éloigne de tout péché.

Deuxièmement, illuminer notre conscience sur le bien et sur la vérité. Ce qui se réalise à travers la foi, la parole de Dieu et l’enseignement authentique de l’Eglise (le magistère deux fois millénaire). Le pape Jean Paul II disait aux évêques de France « les pasteurs doivent former les consciences, appelant bon ce qui est bon et mauvais ce qui est mauvais » (Discours, 15/3/87) et cela vaut pour tous les chrétiens.

Lorsqu’il s’agit surtout de nous former aux aspects concernant la doctrine de l’Eglise, sur des questions de foi et de morale, nous devons nous éclairer toujours pour éviter d’agir contre ce que l’Eglise nous commande.

Demandons la grâce à Saint Jean Baptiste et la très Sainte Vierge Marie, de toujours garder pure notre conscience, recherchant la Vérité, la grâce d’éveiller en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à accueillir Notre Seigneur Jésus-Christ.

P. Luis Martinez IVE.

Nous ajoutons à cette homélie les belles paroles adressées par saint Thomas More à sa fille; ce saint anglais, à qui nous pouvons donner le titre de martyr de la bonne conscience, écrivait depuis sa prison :

«Certains croient que, s’ils parlent d’une façon et pensent d’une autre, Dieu aura plus d’attention à leur cœur qu’à leurs lèvres, écrit-il à sa fille Marguerite. Pour moi, je ne puis agir comme eux en une matière aussi importante : je n’omettrais pas le serment si ma conscience me dictait de le faire, même si les autres le refusaient ; et tout autant, je ne le prêterais pas contre ma conscience, même si tout le monde y souscrivait»

Pour savoir plus sur la vie de saint Thomas More :

A Dieu ce qui est à Dieu…

Lire l’évangile du dimanche XXIX (Mt 22, 15-21)

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » Nous trouvons cette phrase célèbre dans le texte évangélique de ce dimanche.

Nous pouvons dire que le Seigneur a fait une parabole vivante, Il s’est fait montrer la monnaie de César.  Devant cette admirable façon de répondre en posant Lui-même une question, les pharisiens ne savent que dire ; mais ce que le Seigneur fait aussi c’est nous donner un grand enseignement sur les pouvoirs légitimes de ce monde, et surtout sur les devoirs envers le Seigneur.

Parce que, s’il est nécessaire de rendre à César ce qui est à César, il est aussi nécessaire de rendre à Dieu ce qui lui appartient, et cette deuxième obligation inclut et donne la force à la première.  « L’empereur est grand parce qu’il est plus petit que le Ciel, » disait Tertullien aux chrétiens de Carthage. Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, non seulement dans son ordre personnel, mais aussi dans l’ordre social et dans l’ordre de la patrie.

Loin de marquer pour ainsi dire une coupure entre les deux ordres, le chrétien doit reconnaître que dans le service de l’obéissance à une autorité il sert aussi Dieu, évidemment une obéissance à tout ce qui ne va pas contre la loi de Dieu.

C’est une pensée erronée qui a pénétré l’esprit de beaucoup de chrétiens, – qui soutient qu’un chrétien reste chrétien lorsqu’il est à l’Eglise, mais que dehors il doit s’adapter à toutes les lois de l’Etat, même si parmi elles, il y en a qui vont contre la loi de Dieu, les dix commandements. Ou bien, un autre exemple, se proclamer chrétien, et soutenir en même temps un parti politique athée, ou un parti qui émette des propositions contre ce que l’Eglise commande, cela c’est une grave erreur.

Alors, comment faire devant les autorités qui nous gouvernent ? (voire les personnes qui se partagent le pouvoir). Quelle est la bonne attitude d’un chrétien devant l’autorité ?

Nous pouvons le résumer en trois principes :

  1. Nous devons respecter le régime établi de fait, le pouvoir civile et séculier.

La Bible nous apprend que le pouvoir civil et séculier est légitime, comme dit le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche « Rendez à César ce qui est à César », que toute autorité finalement vient de Dieu, comme le Seigneur dira à Ponce Pilate : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut (Jn. 19,11) ou bien la première lecture de ce dimanche : Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré. La Bible nous dit que nous avons l’obligation de prier pour les autorités, comme  Saint Paul nous y exhortait dans ses lettres : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité » (1Tim 2, 1-2). Et que nous devons obéissance à l’autorité : « Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien. » (Tite 3,1).

Finalement sur ce point, il faut remarquer que « respecter » ne veut pas dire « collaborer activement » avec un régime de pouvoir lorsqu’il ne réunit pas toutes les conditions nécessaires pour le bien d’une nation, d’un pays. Respecter signifie « ne pas faire obstacle dans l’exercice du pouvoir à tout ce qu’il fait pour le bien de la société, le bien commun ».  

  1. Le deuxième principe nous dit qu’il est tout à fait légitime de souhaiter un autre mode de gouvernement plus juste et mieux adapté à notre pays, notre patrie. Et nous devons même contribuer à son installation par de justes moyens. Plus encore lorsque le régime en place ne respecte pas les droits principaux de la personne. «Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands?» a dit saint Augustin (De civitate Dei IV, 4, 1).
  2. Et troisièmement, comme on l’a déjà formulé: nous ne pouvons pas obéir à des lois intrinsèquement injustes.

Par rapport à ce dernier, le Catéchisme de L’Eglise nous apprend (2242) : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile.

Si l’autorité publique, dépassant sa compétence, opprime les citoyens, et que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement demandé par le bien commun , il leur est cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique (Gaudium et Spes  74, § 5).

Le Catéchisme fait citation du livre des Actes des Apôtres (5,29) : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Comme disait Saint Jean Paul II, dans l’encyclique « Evangelium Vitae »(73) : Dans le cas d’une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l’avortement ou l’euthanasie, il n’est donc jamais licite de s’y conformer, « ni … participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi, ni … donner à celle-ci son suffrage ».

Le pouvoir de l’Etat ne peut jamais aller contre la bonne conscience des habitants, la liberté de professer la religion et de chercher la vérité. Il est intéressant de relire un petit paragraphe d’un discours du pape Benoît XVI (22-12-2005) : « L’Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2) ; mais, tandis qu’elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d’Etat. Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer sa foi, – une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. » Jusqu’ici ce sont les paroles du Pape Benoît.

L’histoire de l’Eglise nous donne un grand exemple parmi d’autres, sur ce que l’Eglise appelle « liberté de conscience ». Il s’agit de saint Thomas More, un saint anglais qui a été condamné à mort précisément pour ne pas donner l’accord au fait que le roi fasse annuler son premier mariage légitime ; avec cette décision le roi et tous ceux qui le suivaient se séparèrent de l’Eglise Catholique, ce qui perdure aujourd’hui, c’était l’origine de l’Eglise Anglicane.

Saint Thomas More s’est opposé à cette prétention du pouvoir de dominer sur les consciences. Il a donné sa vie pour défendre une Eglise libre de la domination d’un état.

Il est martyr de la liberté, parce qu’il fut le martyr de la primauté de la conscience, une primauté qui, solidement enracinée dans la recherche de la vérité, nous rend pleinement responsables de nos décisions et pour cela libres de tout dans ce monde mais unis étroitement à notre Créateur. Saint Jean Paul II disait aussi que la conscience lorsqu’elle est moralement droite (bien formée), c’est le témoignage de Dieu lui-même, dont la voix et le jugement pénètrent l’intime de l’homme jusqu’aux racines de son âme (Enc. Veritatis splendor, n. 58).

Demandons à la très sainte Vierge la grâce d’avoir toujours cette liberté de conscience et l’amour pour la Vérité.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné