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Et je vous ferai pêcheurs d’hommes!

Lire l’évangile du troisème dimanche du temps ordinaire (Mt 4, 12-23)

Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. L’évangéliste saint Mathieu reprend la prophétie d’Isaïe, accomplie en Jésus.

Le Seigneur commence sa prédication au Nord de la Terre Sainte. Il s’agit du pays de Galilée, où se sont établies les tribus de Nephtali et celle de Zabulon, une fois le peuple d’Israël revenu d’Egypte après l’Exode dans le désert. La Galilée est une région très fertile dans la Terre Sainte ; en plus de l’agriculture, la pêche constituait l’autre grande ressource économique du pays grâce au lac de Tibériade (comme on le connaît par les évangiles, ou avec ses autres noms, lac de Génésareth, mer ou lac de Galilée).

Par le pays de Galilée passait aussi la route de la mer, de grande renommée dans ce temps. C’était une route de caravanes qui unissait Damas (Syrie) avec l’Egypte, en fait toute l’Asie avec l’Afrique, et pour cela les galiléens étaient des gens habitués à retrouver des étrangers, et même en quelque sorte, à imiter les habitudes des peuples non juifs, et pour cela et sa condition de carrefour des races et cultures, les juifs de Judée (le sud) l’appelaient non sans un sens péjoratif la Galilée des nations ! C’est dans la Galilée où le Seigneur commence donc son ministère, une lumière s’est levée, que l’évangile a retenti avec l’invitation à la conversion.

L’évangile de ce dimanche a encore une deuxième partie, celle de l’appel des premiers apôtres, le Seigneur les appelle dans les rives du lac de Galilée, la réponse des apôtres est immédiate, Pierre et André, Jacques et Jean, laissent à cet instant la vie qu’ils menaient jusqu’à ce moment (ils laissent l’affaire familiale), dans le cas de Jean et Jacques l’évangéliste nous dit aussi que le détachement est encore plus grand, ils laissent leur père avec qui ils travaillaient à ce moment-là.

Le mot « vocation » vient comme vous savez de « vocare », appeler, et dans cette vocation des apôtres nous pouvons recevoir un grand enseignement pour notre vie chrétienne.

Si bien Dieu appelle quelques chrétiens à Lui consacrer totalement leur vie à, comme c’est le cas des religieux, religieuses et des prêtres ; nous sommes tous appelés à la sainteté, à l’union avec Lui par la charité, à une vie plus parfaite, sans oublier que le sacrement du mariage est aussi une vocation, Dieu a appelé certains de ses enfants à fonder une famille et c’est précisément pour donner des enfants à l’Eglise, pour faire des nouveaux chrétiens.

La première chose à remarquer c’est que lorsqu’une vocation est authentique, c’est Dieu qui seulement peut l’appeler, c’est appel ne peut venir d’aucun être humain, ni le pape, ni l’évêque, ni les prêtres, non plus les parents, un oncle, un ami. A la limite, les hommes peuvent aider, à travers la prière, le conseil, l’accompagnement spirituel, on peut proposer mais c’est la personne qui se sent appelée qui doit répondre et cela en toute liberté.

Méditant l’évangile de ce dimanche on voit que le Seigneur choisit des hommes d’humble condition (analphabètes) et pauvres. Et pourtant Jésus les choisissait pour une mission de grande ampleur, ils allaient devenir les fondements de l’Eglise.

Dans sa Sagesse Infinie, quelles étaient les raisons qui ont poussé le Seigneur à faire ce choix ?

On peut dire, tout d’abord qu’Il est venu dans ce monde, pauvre et humble, maître d’humilité et que cela, le Seigneur voulait l’exercer en toutes choses, même parmi ceux qui allaient l’entourer dans sa vie terrestre : Il se moque des moqueurs, aux humbles il accorde sa grâce (Prov. 3,34).

Mais le Seigneur voulait que ses apôtres soient aussi humbles d’esprit dans la finalité qu’Il cherchait, car ces apôtres allait recevoir de sa part beaucoup de dons et de pouvoir, pour qu’ils réalisent dans ce monde la grande mission de l’Eglise, Il les voulait donc vraiment humbles afin d’éviter qu’ils ne rêvent d’attribuer tous ces dons à une capacité naturelle à eux, à un mérite personnel. De là, l’humilité que je dois avoir dans mon cœur si je veux que Dieu me choisisse pour des grandes choses à son service.

La troisième raison dépend de la précédente et dit que Dieu a choisi ses apôtres d’humble condition pour que la conversion du monde, tellement miraculeuse comme elle l’a été, ne soit pas attribuée à la force humaine, mais seulement à la vertu divine. C’est-à-dire, pour que des hommes si pauvres et méprisés persuadent un monde tellement orgueilleux d’une foi si nouvelle, d’une doctrine si élevée, d’une loi si pure et d’une vie si exigeante comme celle de l’évangile, il leur fallait la puissance divine pour pouvoir l’accomplir.

Alors, parlant de cet appel que fait le Seigneur dans l’humilité, il faut ici faire une remarque, précisément par rapport à la vocation sacerdotale, et à la bonne conception que nous devons avoir de cette vocation. Le prêtre est avant tout un serviteur, à qui Dieu a donné des grâces dont la plus grande est celle de perpétuer le sacerdoce de Jésus-Christ (essentiellement le sacrifice de la messe et le pardon des péchés). Il sera donc un père et un médecin, un chef avec une autorité non pour dominer de façon tyrannique et pour se faire servir (se considérant plus haut que le reste des hommes), son autorité lui ayant été donnée pour guider le peuple de Dieu vers la sainteté, pour servir les autres, et même pour mourir pour les âmes que Dieu lui a confiées. La responsabilité qu’il a entre ses mains est donc énorme, et il doit être conscient que le jugement de Dieu sera plus sévère pour lui que pour les autres. De là l’importance de la prière pour les prêtres.

Revenant à l’appel des apôtres, nous voyons que le Seigneur les appelle par des manières différentes. Comme nous le laissent voir les évangiles, Jésus a disposé par étapes le cœur de saint Pierre et saint André, il les rencontre trois fois, une première fois pour qu’ils le connaissent et passent un moment avec Lui, puis ils écoutent sa doctrine et ils deviennent des amis du Seigneur, mais la troisième fois, l’appel demande une réponse perpétuelle. De là, pour nous un fruit concret, c’est l’obéissance concrète aux inspirations de Dieu, et à l’appel du cœur qu’il fait même dans des petites choses, parce que de cette façon, Il les prépare pour des missions plus grandes, il s’agit de vivre donc la fidélité en des petites choses.

Dieu appelle aussi d’autres apôtres d’un coup, au premier appel, comme c’est le cas de saint Matthieu, collecteur d’impôts, pour montrer dans sa Volonté Toute Puissante de les vouloir près de Lui et de les faire renoncer et débarrasser des choses de ce monde.

Une dernière remarque par rapport aux apôtres, le Seigneur leur dit cette phrase : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » comme s’Il disait : je ne veux pas enlever l’inclination que vous avez pour ce travail honnête, mais je vais le faire plus sublime, plus parfait, ce seront des âmes que vous pêcherez, et non pour ce monde sinon pour le Ciel. C’est parce que le Seigneur aime ordonner sa grâce à la bonté qu’il trouve dans les choses de ce monde, lui donnant une nouvelle perfection. Comme dans toute vocation, Dieu nous demande aussi d’enlever le mal qu’il trouve dans notre vie, les mauvaises inclinations, et d’en perfectionner les bonnes pour sa plus grande Gloire.  Que la très Vierge Marie nous obtienne la grâce de devenir des vrais apôtres.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Que ta Volonté soit faite!

Lire l’évangile du deuxième dimanche du temps ordinaire (Jn 1, 29-34)

Me voici Seigneur, je viens faire ta Volonté“, nous avons chanté ce verset au moment du psaume, le psaume 39 ; dans le nouveau testament, l’auteur de la lettre aux hébreux nous dit que ce psaume est chanté par Notre Seigneur au moment de sa conception : en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté (Hébreux 10, 5-7).
Si nous considérons les lectures de ce dimanche, il se produit une sorte de dialogue établi entre la première lecture (c’est le Seigneur qui parle) et le psaume (la réponse donnée par le Messie) ; la prophétie d’Isaïe est une invitation mystique à accomplir une mission dans ce monde, le psaume devient la réponse : Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles.
Alors ces deux prophéties se concrétisent en Jésus-Christ, l’Agneau de Dieu annoncé par Jean Baptiste et qui vient pour enlever le péché des hommes. Et elles se prolongent aussi dans les disciples du Seigneur, chacun de nous est appelé à répondre à la Volonté de Dieu dans nos vies, comme nous le voyons dans la deuxième lecture : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus.
Nous sommes habitués à dire « c’est la Volonté de Dieu », nous prions pour que la Volonté de Dieu se fasse chaque fois à la prière du Notre Père.
Mais il est vrai que parfois il nous est difficile d’accepter la volonté de Dieu, et c’est encore plus difficile de se conformer à elle. La sagesse de Dieu nous dépasse largement, saint Paul dit que les décisions de Dieu sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! (Ro. 11,33)
Lorsque nous parlons de la conformité à la volonté divine nous devons savoir de quoi il s’agit. Alors, la conformité avec la volonté de Dieu est une soumission amoureuse, totale et profonde de notre volonté en accord avec celle de Dieu, en tout ce qu’Il dispose ou permet pour nous. La façon plus parfaite de se conformer à cette volonté c’est ce que les saints ont décrit comme le Saint Abandon, duquel on parlera un peu plus tard.
Mais avant de continuer, il est nécessaire de répondre à une question. Est-il possible de connaître quelle est la volonté de Dieu ? Ou bien, la volonté divine est-elle toujours inaccessible à nous ?
Pour répondre à cela, nous devons faire tout d’abord une distinction en ce qui concerne notre connaissance des desseins de Dieu. Parce qu’il a y une volonté divine qui est évidente pour nous, et qui selon la théologie s’appelle volonté signifiée ( de signe) ; car Dieu nous a donné des signes concrets, comme c’est le cas des actions concrètes qui se produisent dans notre monde, certaines sont voulues par Dieu même, d’autres sont permises par Lui, la volonté de signe se montre aussi en ce que Dieu veut que les hommes accomplissent : les commandements, les préceptes et les conseils évangéliques ; d’autre part, nous connaissons aussi ce que Dieu ne veut pas que l’on fasse, les actes condamnés par Dieu.
Il existe aussi une autre volonté appelée « beneplaciti » (en français est traduite comme bon plaisir, mais qu’il faut plutôt traduire « de celui qui se plait dans le bien »), c’est une volonté divine qui n’est pas manifestée aux hommes. Elle comprend entre autres choses, le futur toujours incertain pour nous : les évènements, les joies et tristesses, les épreuves, l’heure et les circonstances de notre mort.
Une fois que nous avons fait cette division logique dans la Volonté de Dieu, nous pouvons nous appliquer à donner des moyens pour mieux accomplir et nous conformer à ce que le Seigneur dispose dans notre vie.
Il faut savoir avant tout que nous devons accomplir et accueillir premièrement cette volonté qui nous est signifiée.
D’abord, de ce que Dieu fait dans nos vies, saint Catherine de Sienne disait dans ses Dialogues : « la volonté de Dieu ne veut rien d’autre que notre bien, et qui dans tout ce qu’elle permet, dans tout ce qu’elle nous donne, n’a d’autre dessein que de nous conduire à la fin pour laquelle Dieu nous a créés ». Et saint Augustin nous dit aussi que le Seigneur connaît mieux que l’homme ce qui lui convient à chaque moment, ce qu’Il doit lui donner, ajouter, augmenter, enlever et diminuer et Il connaît aussi le moment pour le faire (Epître 138).
Par fois ces évènements produisent la joie, mais d’autres nous amènent à la tristesse (la mort d’une personne aimée, une maladie, les accidents naturels), et nous savons que le Seigneur a disposé tout cela pour nous faire revenir à Lui, ou pour grandir dans son amour, ce sont les moments où l’on regarde vers le Ciel au milieu de larmes, vers la patrie sans souffrance vers laquelle nous marchons, tous.
Dieu ne veut pas le mal (Il est l’Amour essentiel), mais on dit qu’Il le permet parfois, parce que c’est à Lui aussi de transformer ce mal en bien. Dieu permet le péché de l’homme et ses conséquences, comme Il a permis le pire de tous les maux de l’histoire, c’est-à-dire la mort de son Fils par la haine et l’injustice des hommes. Et pourtant, Dieu a su l’ordonner pour le bien le plus grand de l’humanité, comme c’est celui de la Rédemption de l’homme. Devant l’injustice des hommes, devant le péché des autres qui nous fait mal, loin de tout esprit de vengeance ou rancune, nous devons demander la grâce de voir que Dieu permet toute cette souffrance accomplie par les autres sur moi pour punir mes propres péchés et les expier par sa Miséricorde.
Nous avons dit que la Volonté de Dieu est également évidente dans ce qu’Il veut que nous accomplissions, ses commandements et les différents préceptes. La volonté de Dieu est très claire en tout cela, et nous avons une triple obligation : de connaître ces lois, de les aimer et de les accomplir. De là vient aussi le fait de détester les choses que sa Volonté déteste, et c’est le péché et tout ce qui conduit au péché. Saint Hilaire disait que le chemin au ciel c’est l’obéissance à ses volontés et non pas le seul fait de répéter son nom.
Et finalement la Volonté de Dieu se manifeste dans ses conseils donnés, ceux qui émergent de sa Parole, le Seigneur donne ces grands conseils dans l’évangile, que certains sont appelés à vivre en radicalité mais que tous les chrétiens doivent vivre en esprit, les conseils de pauvreté, de chasteté (le cœur pur) et d’obéissance. Nous en ajoutons aussi, toutes les inspirations que le Seigneur nous donne pour vivre dans la sainteté, et qui demande de nous la docilité et la promptitude de cœur.
Et devant la Volonté de Dieu qui n’est pas encore révélée pour nous, celle que Lui seul connaît dans son éternité. Comment je dois agir, quelle doit être mon attitude ?
Evidement que ce n’est pas le désespoir ni l’angoisse qui guideront mes pensées ou ma conduite. Sans savoir ce qu’Il prévoit pour nous dans le futur ; nous savons, par contre et en toute certitude ces trois choses de Dieu :
1. Que rien n’arrive sans que depuis toute l’éternité, Il ne l’ait prévu et voulu, au moins permis.
2. Que tout ce qui arrive c’est une manifestation de sa bonté et amène à la Gloire de son Fils, Jésus-Christ.
3. Et troisièmement, laissant la parole à saint Paul (Romains 8,28) : Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Et y persévèrent aussi.
Conscients de tout cela nous devons faire don de notre volonté avec une soumission amoureuse, comme nous avons dit, et au même temps filial, et pleine de confiance. C’est le saint Abandon que notre patron, le Bx. Charles de Foucauld a très bien exprimé dans cette très belle prière, qui est devenu un chant, unissant aussi la prière de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Notre réponse donc à la volonté de Dieu sera donc un esprit de confiance et d’obéissance à tout ce qu’Il nous montrera dans nos vies, et le pour le reste, pour ce qui n’est pas encore révélé, la plus parfaite disponibilité pour l’accepter et l’accomplir dès qu’elle nous sera manifestée.
Le principe qui agit au plus profond de toute action humaine est celui que nous donne saint Paul, dans sa lettre à Timothée (2 Tim 2,4) : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité », et si nous cherchons vraiment à accomplir ce que le Seigneur veut pour nous dans ce monde, nous sommes convaincus que cela emporte notre salut et notre béatitude éternelle. »
Mais dans cette vie nous pouvons recevoir déjà quelques fruits de cette conformité aux desseins de Dieu , et parmi d’autres, l’intimité avec Dieu (comme un enfant entre les bras de sa mère, nous dit le psaume 131), la simplicité d’esprit et liberté, la constance et la sérénité, la paix et la joie et finalement, elle nous prépare à une sainte mort, avec un cœur qui a vécu cherchant à accomplir ce que Dieu lui a commandé.
Mais surtout, c’est la parfaite imitation de Jésus-Christ qui a dit que sa nourriture et sa boisson étaient le fait d’accomplir la Volonté de son Père.
Cette grâce nous la demandons à celle qui a suivi de plus près son Fils et qui désirait que la Volonté de Dieu se fasse en elle comme sa plus fidèle servante, la très sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné