Archives par mot-clé : Volonté de Dieu

Il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire

Fête du Baptême de Notre Seigneur

Avec la fête du Baptême de Notre Seigneur l’Eglise conclut le temps de Noël, et ouvre au même moment un temps liturgique, le temps durant l’année, temps ordinaire. Ce temps comprend quelques dimanches  jusqu’au Carême et les autres qui se trouvent après la Pentecôte jusqu’à la fête du Christ Roi, en novembre.

Ce mystère que nous contemplons est au début de ces trois années de vie publique du Christ, c’est-à-dire de la prédication de la Bonne Nouvelle.

Nous avons écouté le récit de Saint Marc, qui le raconte avec toute simplicité.

Nous pouvons nous demander pourquoi le Seigneur a voulu se faire baptiser, si en fait ce baptême était pour les pécheurs, c’était un signe de pénitence ; et notre Seigneur n’avait pas de péché ? On peut donner à cette question trois réponses.

La première réponse nous la trouvons dans un commentaire de Saint Ambroise,  » le Seigneur fut baptisé non pour être purifié mais pour purifier les eaux, afin que, purifiées par la chair du Christ, qui n’a pas connu le péché, elles aient le pouvoir de baptiser « .

Mais, il y a une deuxième raison et c’est que le Seigneur, vrai homme qu’il est, voulait purifier la nature humaine à travers ce baptême, selon Saint Jean Chrysostome,  » bien qu’il n’a pas été pécheur lui-même, il a pris une nature pécheresse et une chair semblable à la chair du péché. C’est pourquoi, bien qu’il n’ai pas eu besoin du baptême pour lui, la nature charnelle des autres en avait besoin « . Et, dit aussi S. Grégoire de Nazianze  » le Christ fut baptisé afin d’engloutir dans l’eau le vieil Adam tout entier « .

Et la troisième raison nous la recevons de Saint Augustin qui disait : Il a voulu être baptisé parce qu’il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire « . Comme déclare aussi Saint Ambroise la justice, c’est que l’on fasse le premier ce que l’on veut que les autres fassent, et qu’on les entraîne par son exemple.  » Jusque-là ce sont ce qu’on appelle les raisons de convenance théologique.

Mais dans le fait du baptême du Seigneur, il y a un aspect qui n’est pas souvent médite par les chrétiens ; il est vrai que cet épisode de l’évangile marque le début de sa vie publique, mais il indique aussi, il signale à travers quelques signes symboliques quelle est la mission du Rédempteur, évidement c’est le fait de racheter les hommes par son sacrifice sur la croix.

Prenant l’idée de Saint Jean Chrysostome énoncée plus haut, nous pouvons dire que le Seigneur s’avance avec la foule des pécheurs qui venaient se faire baptiser, parce qu’Il avait pris l’humanité, l’humanité affectée par le péché ; Il est devenu l’un de nous, semblable à nous en toute chose sauf dans le péché. Mais Il en avait pris toute la charge et Saint Paul dira pour cela que le Christ s’est fait péché, dans le sens d’assumer librement, tout en étant innocent, notre faute, notre condamnation.

Les évangélistes rapportent avec quelques variations les paroles prononcées par le Père, cette voix venue du Ciel « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve toute ma complaisance. ».

Elles sont pour ainsi dire une combinaison de deux prophéties de l’Ancien Testament (comme il arrive souvent dans les évangiles, et évidement ce n’est pas par hasard), la première partie c’est le Psaume 2, un psaume messianique : « L’Eternel m’a dit : Tu es mon fils! Je t’ai engendré aujourd’hui ». L’autre partie de cette phrase c’est le début d’un chant biblique du prophète Isaïe, c’est le chant au Serviteur qui vient libérer le peuple de l’oppression, « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. » Alors, quel est le distinctif de ce serviteur dont parle le Prophète ? Cela signifie qu’Il doit réaliser la volonté du Père, réaliser le dessein de Dieu, et pour cela la mission de ce serviteur sera une mission de souffrance.

Un deuxième signe c’est le fait voir les cieux se déchirer comme dit Saint Marc, c’est aussi une prophétie d’Isaïe, cela montre que le Seigneur Dieu vient en aide de son peuple. Et finalement, la descente sur Lui de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe ; la colombe était depuis les origines symbole de la présence divine, ce n’était pas un signe méconnu pour le peuple. Mais il y avait encore une autre signification, plus profonde et qui faisait relation au sacrifice qu’on devait offrir dans le temple pour racheter les enfants ainés, comme nous le voyons dans l’enfance du Seigneur : pour les grands riches le sacrifice était un taureau, pour ceux qui pouvaient un agneau, mais pour les pauvres on leur exigeait seulement le sacrifice d’une colombe (c’était le cas de Marie et Joseph). Chaque fois qu’un juif voyait soit un agneau soit une colombe, cela le faisait penser de façon immédiate au sacrifice du temple pour le rachat des enfants.

Alors, beaucoup ont dit, et dissent encore que Notre Seigneur ignorait quelle était sa mission au début de sa vie, qu’Il l’a compris après ; avec le temps et comme résultat de ce que les gens disaient de Lui, Il s’est rendu compte de sa vocation et de sa mission. Cette opinion est évidement fausse.

Le Seigneur connaissait comme homme quelle était sa mission depuis sa conception, comme dit la lettre aux Hébreux : en entrant dans le monde, le Christ dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre.

Quelqu’un a écrit une fois : « tout homme spirituellement sain porte en soi même une nécessité essentielle d’être ici dans ce monde pour quelque chose, pour quelqu’un. Dans ce monde il y a eu beaucoup de vies sans un véritable but, vide de tout esprit, Jésus-Christ sait que sa vie a un sens, une direction, en fin Il est conscient de sa « vocation », son « appel ». Sa mission est toujours devant ses yeux pour ainsi dire, c’est d’elle qu’Il prend des forces pour affronter les adversités, la fatigue, les souffrances, la persécution.

Il est sûr de sa vocation, n’a pas de doute ; déjà dans les premières années Il le proclame convaincu dans le temple, lorsqu’Il dit à la Vierge et à Saint Joseph : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » (Lc. 2,49). Cette idée va l’accompagner toute sa vie, Il dira après sa Résurrection : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. ». Et avant de remettre son Esprit au Père, Jésus prononce ces paroles définitives : « Tout est accomplis »  (Jn. 19,30).

Evidement qu’Il a toujours compris aussi en quoi consistait sa mission, Il vient dans ce monde pour le racheter, pour sauver, Il sait qu’il est le Messie venu pour servir : (Mt. 20,28) le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Mais ce royaume spirituel qu’il doit fonder ne se fera qu’avec le sacrifice de sa Vie.

Dans la prière collecte, la prière d’ouverture que nous avons prié tout à l’heure fait une étroite relation entre la mission du Seigneur et la nôtre, nous avons demandé comme fils adoptifs de Dieu que nous sommes par notre Baptême la grâce de nous garder dans la sainte Volonté du Père. A la très sainte Vierge Marie nous demandons cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne »

Le Christ dirige ces mots d’abord aux autorités du peuple juif, en effet le texte évangelique (Mt. 21, 28-32)  que nous avons entendu dit: Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :

Mais cette parabole parle de la façon dont nous devons faire la volonté de Dieu et pour cette raison elle nous est également adressée.

La volonté de Dieu est un sujet très complexe, nous évoquerons simplement trois distinctions que nous pouvons faire et qui sont très utiles pour la vie spirituelle.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

  1. La volonté que Dieu n’a nous pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Nous ouvrons ici une parenthèse avant de continuer pour préciser que la volonté de Dieu est simple, mais nous faisons des distinctions par notre façon de connaître. Par exemple, la distinction que nous venons de faire de la volonté de Dieu révélée ou non révélée ne modifie absolument rien en Dieu, mais elle change par rapport à nous par le simple fait que l’une (la volonté révélée) est connue et que l’autre (celle qui n’est pas encore révélée) nous est inconnue.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

Cette volonté est celle qu’il a lui-même révélée par certains signes, les préceptes, les interdictions, les conseils évangéliques. La volonté de Dieu a été manifestée « dans toute la vie et la prédication du Christ, et dans la catéchèse morale des Apôtres. Le Discours sur la Montagne en est la principale expression. »[1]

Aussi cette volonté est celle que Dieu manifeste par sa providence, tous les événements qui ne dépendent pas de la volonté de l’homme, par exemple celle qui se présente en des événements doux et joyeux, mais en d’autres qui sont amers et tristes.

La volonté signifiée permet aussi le mal causé par notre prochain : le ridicule, le mépris, les calomnies, les diffamations, les injustices … mais toujours ordonné à un bien surnaturel, notre sainteté

Les saints nous ont donné l’exemple de comment nous devons faire la volonté de Dieu, mais ils ont suivi l’exemple du Christ, Saint Paul nous dit ce que nous avons écouté dans la 2ème lecture (Ph 2, 1-5) : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu…   il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »

C’est la grâce que nous demandons dans la prière de Notre Père : « que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel »

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

La grâce actuelle est une action de Dieu surnaturelle et passagère sur les forces de l’âme humaine, dans le but de pousser l’homme à faire un acte de salut.[2]

La grâce actuelle illumine l’intelligence pour nous faire voir la volonté de Dieu et fortifie notre volonté pour nous faire agir surnaturellement.

Les Actes des Apôtres nous parlent de cette illumination en disant : « Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul » (Actes 16, 14)

Les grâces actuelles peuvent nous pousser, pour ainsi dire à prier, à nous confesser, à une vocation particulière, à être plus généreux, etc.…

Pour cela nous devons être attentifs :

  • Parce que parfois nous sommes trop charnels : L’homme(le texte latin dit charnel) par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu (1 cor 2, 14)
  • Parce que nous pouvons avoir des attachements : que c’est le sentiment qui unit une personne aux personnes ou aux choses auxquelles elle est liée.[3]
  • Il faut donc faire un bon discernement : parce que parfois, les lumières que nous recevons par les grâces actuelles ne sont pas des vérités de foi qui appartiennent aux vérités révélées. Plusieurs fois, nous devrions demander au confesseur ou au guide spirituel de nous conseiller, afin que nous puissions voir plus clairement ce que Dieu demande.
  • Et avoir de la docilité : Nous ne devons pas laisser que le Saint-Esprit nous attende, au moment où Il nous appelle, nous devons le suivre.

Un exemple qui peut nous illuminer : Lorsque nous nous attendons une personne que nous aimons beaucoup, au moment où il vient et frappe la porte, nous ouvrons immédiatement. Aimons- nous vraiment Dieu ?

 « Je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. « ( Ap 3,20 )

  1. La volonté que Dieu ne nous a pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Notre avenir, notre futur, notre santé, notre paix, notre consolation, notre désolation ou notre aridité, notre vie courte ou longue.

Il y a beaucoup de difficultés auxquelles nous devrons faire face pour arriver au paradis ; parmi elles, les difficultés liées à la famille, au travail, à la santé et à la vie de nos enfants, à ma persévérance, à la persévérance de mon épouse … Si nous sommes consacrés, les difficultés dans la communauté, les difficultés de la mission ; et pour tous la persécution. Toutes ces difficultés nous ne pouvons pas les connaître, mais nous savons que Dieu nous aime et que nous aimons Dieu et que nous voulons grandir dans la charité, ainsi Saint Paul nous rappelle : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » (Rm 8, 28)

Notre attitude doit être celle du saint abandon : si Dieu nous aime, nous devons être prêts à tout ce qu’il nous demande.

Le père Hurtado (Saint Alberto Hurtado) disait en relation au saint abandon : « il est comme si on signe un chèque en blanc et on le donne à Dieu, qu’il écrive ce que lui veut. Tout ce que Dieu va écrire, est et sera pour notre bien.

Le Bx. Charles de Foucauld priait ainsi :

Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi 
Fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses, je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Car tu es mon Père, je m’abandonne à toi. Car tu es mon Père.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1]Compendium 421.

[2]Ott. Théologie Dogmatique. Pag 320

[3]Grand Robert.