La grâce de recevoir le baptême

Fête du Baptême du Seigneur

Le temps de Noël se termine avec la fête du baptême du Seigneur. Ce mystère marque aussi la fin de sa vie cachée et le début de sa prédication.

Selon le récit de saint Matthieu, le Seigneur s’adresse avec une phrase mystérieuse à saint Jean lorsque celui-ci veut empêcher son baptême : « Laisse faire pour le moment car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ». 

Que voulait dire le Seigneur par ces paroles? Nous trouvons la réponse dans le sens que le mot « justice » avait pour le peuple juif. « Justice » désignait essentiellement la réponse de l’homme à la loi donnée sur le mont Sinaï, c’est-à-dire, l’acceptation plénière de la volonté de Dieu, l’acceptation du joug de la loi de Dieu.

Mais, il ne s’agit plus maintenant de l’Ancienne Alliance mais de la Nouvelle, où Jésus prend sur lui le poids du péché de l’humanité tout entière pour entrer dans le fleuve du Jourdain. Il commence donc sa vie publique en prenant la place des pécheurs. C’est dans son baptême, où il préfigure déjà la croix que le Seigneur accomplira finalement toute justice. Son baptême devient donc l’acceptation de la mort comme après, la voix du Ciel, la voix du Père fera une référence anticipée à la Résurrection. De cette manière, on comprend ensuite pourquoi le Seigneur parle de sa mort aussi comme d’un baptême : « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! »  (cf. Mc 10, 38; Lc 12, 50).

Le Seigneur n’avait pas besoin d’un baptême de conversion, évidement, mais s’il l’a accompli c’est parce qu’Il voulait nous donner aussi un exemple à suivre, comme nous l’expliquent les pères de l’Eglise.

« Il a voulu être baptisé, dit S. Augustin , parce qu’il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire ». Et S. Ambroise enseigne que « la justice, c’est que l’on fasse le premier ce que l’on veut que les autres fassent, et qu’on les entraîne par son exemple. »

Il veut donc recevoir un baptême dont manifestement il n’avait pas besoin, afin que les hommes s’approchent du baptême dont ils avaient besoin. Ce qui fait dire à S. Ambroise : « Que personne ne se dérobe au bain de la grâce, quand le Christ ne s’est pas dérobé au bain de la pénitence. »

Il faut aussi voir le sens théologique et mystique de cet acte accompli par le Seigneur : selon saint Grégoire de Nazianze, « le Christ fut baptisé afin d’engloutir dans l’eau le vieil Adam tout entier ». Le vieil Adam de péché devait mourir et laisser place au nouvel Adam de la grâce. Et saint Jean Chrysostome voit aussi l’effet du sacrement, car Jésus reçoit le baptême « afin qu’il les laisse sanctifiées pour ceux qui seraient baptisés dans la suite ».

Dans cette fête du Baptême, il est bien pour nous de faire mémoire de la grâce et des grâces que chacun de nous a reçu dans son baptême. Nous le ferons suivant le catéchisme de l’Eglise Catholique ( nn. 1262-1274):

Les deux effets principaux sont la purification des péchés et la nouvelle naissance dans l’Esprit Saint, car le baptême est un bain, une immersion comme on le pratiquait surtout dans le passé. Le fait d’entrer dans l’eau pour en ressortir indique une mort au passé et une vie nouvelle. Bien que dans l’Eglise d’Occident le rite ait été simplifié, la réalité reste toujours la même.

Par le Baptême, tous les péchés sont remis, le péché originel et tous les péchés personnels ainsi que toutes les peines du péché.

Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte (le nouveau baptisé)  » une création nouvelle  » (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4, 5-7) qui est devenu  » participant de la nature divine  » (2 P 1, 4), membre du Christ (cf. 1 Co 6, 15 ; 12, 27) et cohéritier avec Lui (Rm 8, 17), temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19).

Avec ce sacrement, la Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de la justification qui

– le rend capable de croire en Dieu, d’espérer en Lui et de L’aimer par les vertus théologales ;

– lui donne de pouvoir vivre et agir sous la motion de l’Esprit Saint par les dons du Saint-Esprit ;

– lui permet de croître dans le bien par les vertus morales.

Ainsi, tout l’organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême. Comme nous avons dans notre corps tout un organisme qui le fait fonctionner : le cœur, le sang, les nerfs, le système respiratoire, digestif, etc ; de la même manière, dans notre âme, la grâce du baptême nous donne l’organisme de la vie surnaturelle.

Le Baptême nous incorpore aussi à l’Église. Des fonts baptismaux naît l’unique peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance qui dépasse toutes les limites naturelles ou humaines des nations, des cultures, des races et des sexes. Et pour cela, de même que le Baptême est la source de responsabilités et de devoirs, le baptisé jouit aussi de droits au sein de l’Église : à recevoir les sacrements, à être nourri avec la parole de Dieu et à être soutenu par les autres aides spirituelles de l’Église.

Pourtant, nous enseigne le catéchisme, « dans le baptisé, certaines conséquences temporelles du péché demeurent après le baptême, telles que les souffrances, la maladie, la mort, ou les fragilités inhérentes à la vie comme les faiblesses de caractère, etc., ainsi qu’une inclination au péché (se sentir incliné au péché) que la Tradition appelle la concupiscence, ou, métaphoriquement,  » le foyer (ardeur) du péché  » (fomes peccati).

Pourquoi Dieu n’a-t-il pas ôté ces faiblesses avec la puissance du baptême ?

D’abord parce qu’il ne convenait pas de nous accorder plus de privilèges qu’à notre Chef lui-même. Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout en possédant dès le premier instant de sa conception, la plénitude de la Grâce et de la Vérité, n’a point déposé pour cela la fragilité de la nature humaine qu’il avait endossée, avant d’avoir enduré les tourments de sa Passion et de sa Mort

C’est aussi parce que Dieu veut nous faire grandir aussi en mérites, et par ce moyen, nous faire obtenir un jour des fruits plus abondants de gloire, et de plus magnifiques récompenses. Nous aurons donc, comme dit saint Paul, combattu, achevé notre course et conservé la Foi, le Seigneur nous réservera la couronne de justice, et que ce juste Juge nous la rendra au dernier jour. 

Joignons à cela que si le Baptême, tout en ornant l’âme des dons célestes, procurait en même temps les biens du corps, plusieurs probablement voudraient le recevoir plutôt à cause de ces avantages temporels et présents, que par l’espérance de la gloire future.

Pour conclure, le Baptême scelle le chrétien d’une marque spirituelle indélébile ( » character « ) de son appartenance au Christ. Cette marque n’est effacée par aucun péché, même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut (cf. DS 1609-1619). Donné une fois pour toutes, le Baptême ne peut pas être réitéré.

Le sceau baptismal rend capable et engage les chrétiens à servir Dieu dans une participation vivante à la sainte Liturgie de l’Église et à exercer leur sacerdoce baptismal par le témoignage d’une vie sainte et d’une charité efficace (cf. LG 10).  » Le Baptême, en effet, est le sceau de la vie éternelle  » nous dit saint Irénée ( Dem. 3).

Demandons à la très Sainte Vierge Marie de protéger le trésor spirituel que Dieu nous a donné en nous donnant la grâce de recevoir le baptême.

P. Luis Martinez IVE.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.