Que ton règne vienne! (Deuxième Partie)

Il nous faut désirer le royaume des cieux et qu’il arrive dans nos vies :

  • D’abord, parce que c’est la justice parfaite qui y règnera. Ici-bas les méchants sont mélangés aux bons, mais là-haut il n’y aura aucun méchant et aucun pécheur.
  •  Le deuxième motif qui rend ce royaume désirable, est la très parfaite liberté. Ici-bas tous désirent la liberté sans la posséder pleinement, La création elle-même, dit saint Paul (Rom 8, 21),sera (alors) affranchide l’esclavage de la corruption, pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Et non seulement tous les élus posséderont la liberté, mais ils seront rois, selon cette parole de l’Apocalypse (5, 10), adressée à Jésus : De ceux que tu as rachetés, tu as fait pour notre Dieu un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre. Ils seront tous rois, parce qu’ils auront, avec Dieu, une seule volonté.  Ils régneront donc tous, parce que la volonté de tous se fera, et Dieu sera leur couronne à tous.
  • En troisième lieu, le royaume des cieux est désirable pour tout ce que Dieu préparera pour nous. L’œil n’a pas vu, dit Isaïe au Seigneur (64, 4), hormis toi seul, ce que tu as préparé à ceux qui t’attendent. Dieu (Ps. 102, 5), vous comblera de biens selon votre désir.

Et il faut remarquer ceci : L’homme trouvera « en Dieu seul » tout, beaucoup plus excellemment et plus parfaitement que tout ce qu’il cherche « en ce monde ».

« L’âme, qui commet ce grand péché de s’éloigner de toi pour rechercher hors de vous des biens, ne trouve ces biens dans toute leur pureté et limpidité, que si elle revient à vous », reconnaissait saint Augustin dans ses Confessions.

3- Le troisième motif de demander à Dieu la venue de son règne, c’est parce que parfois le péché règne et triomphe en ce monde.

Contre cette calamité, saint Paul s’écriait : Que le péché, disait-il aux Romains (6, 12), ne règne pas dans votre cœur.

Dieu doit régner dans notre cœur et il y règne effectivement lorsque nous sommes prêts à lui obéir et à observer tous ses commandements.

Quand donc nous demandons la venue du règne de Dieu, nous demandons donc que ne règne plus en nous le péché, mais Dieu seul et pour toujours.

Par cette demande de la venue du règne de Dieu, nous parviendrons à la béatitude proclamée par le Seigneur (Mt. 5,4) : Bienheureux les doux.Ciel

En effet, d’après la première explication du « Que ton règne arrive »  l’homme, du fait qu’il désire voir Dieu reconnu Maître souverain de tout, ne se venge pas de l’injure subie, mais réserve ce soin à Dieu ; car, en se vengeant, il rechercherait son triomphe personnel et non la venue du règne de Dieu.

Une autre raison c’est que si nous attendons ce règne de Dieu, c’est-à-dire la gloire du paradis, nous ne devons pas, perdant les biens de ce monde, tomber dans l’inquiétude.

De même, si nos demandons que règnent en nous Dieu et son Christ, comme Jésus est plein de douceur et tendresse comme Il le dit lui-même (Mt 11, 29), nous devons, nous aussi, être doux et imiter ces chrétiens dont parle la lettre aux hébreux (He 10, 34) : vous avez accepté avec joie qu’on vous arrache vos biens, car vous étiez sûrs de posséder un bien encore meilleur, et permanent.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

« Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière »

Ascension
Voici quelques belles réflexions que nous apprend saint Thomas d’Aquin sur le mystère de l’Ascension du Seigneur:

L’ascension a retiré aux fidèles la présence corporelle du Christ ; cependant, par sa divinité, le Christ reste toujours présent parmi eux. Aussi dit-il lui-même en S. Matthieu (28, 20) : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.  » Celui  » qui est monté aux cieux, dit S. Léon n’abandonne pas ceux qu’il a adoptés.  » Mais l’ascension du Christ qui nous a privés de sa présence corporelle, nous a été plus utile que ne l’aurait été cette présence elle-même, pour les raisons suivantes :

1° Elle augmente notre foi, qui a pour objet ce qu’on ne voit pas. Le Seigneur lui-même dit en S. Jean (16, 8) que l’Esprit Saint, lorsqu’il sera venu,  » convaincra le monde au sujet de la justice « , la justice  » de ceux qui auront cru », remarque S. Augustin :  » car la comparaison des fidèles avec les infidèles est par elle-même la condamnation de ces derniers « . Aussi le Seigneur ajoute-t-il :  » je vais au Père, et vous ne me verrez plus.  » S. Augustin reprend :  » Bienheureux ceux qui ne voient pas et qui croient. Ce sera donc par notre justice que le monde sera condamné, car vous croirez en moi sans me voir.  »

2° Elle relève notre espérance. Le Seigneur déclare (Jn 14, 3) :  » Lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi.  » Et le Christ, en emmenant au ciel la nature humaine qu’il avait prise, nous a donné l’espoir d’y parvenir, car  » partout où sera le corps s’assembleront les aigles  » (Mt 24, 28). Et Michée (2, 13) avait prophétisé  » Il monte en frayant le chemin devant eux.  »

3° Elle dirige vers les réalités célestes l’affection de notre charité :  » Recherchez les choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu ; affectionnez-vous aux choses d’en haut, et non à celles de la terre  » (Col 3, 1). Car, d’après S. Matthieu,  » où est ton trésor, là aussi est ton cœur « . L’Esprit Saint étant l’amour qui nous ravit vers les réalités du ciel, le Seigneur dit aux disciples (Jn 16, 7) :  » Il vous est bon que je m’en aille car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai.  » Ce que S. Augustin commente ainsi : « Vous ne pouvez saisir l’Esprit Saint tant que vous persistez à connaître le Christ selon la chair. Lorsque le Christ se fut éloigné corporellement, non seulement l’Esprit Saint, mais encore le Père et le Fils leur furent présents spirituellement.  »

Somme Théologique  Q. 57, art. 1, ad 3.