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Non seulement le désir, mais la nécessité de faire connaître LE CHRIST à d’autres

CHARLES DE FOUCAULD ET SON ESPRIT MISSIONAIRE

Nous avons la grâce de célébrer dans ce jour le bx. Charles de Foucauld, patron de notre monastère.

Dans la vie du bienheureux Charles, comme dans la vie de tous les saints, la conversion ou le retour à l’amour de Dieu marque une grande nouvelle étape, il vivra désormais pour Jésus de Nazareth, cela sera son unique but, le chercher, le connaître, vivre en sa présence.

On peut dire que le moment de sa conversion se produit dans l’année 1886, entre le 27 et le 30 octobre, il n’en a jamais trop parlé dans ses lettres, on le connaît par les témoignages de sa famille. Il est intéressant aussi de savoir que la même année, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Lisieux reçoit elle aussi la grâce de Noël, une conversion « spéciale », la grâce de ne chercher que la sainteté.

Dieu préparait sa conversion beaucoup plus avant, depuis qu’il était explorateur dans le Maroc, où il a vu naître de désir de connaître Dieu, et cette étrange prière : « Mon Dieu, si tu existes, fais que te connaisse ». Quelques jours avant de revenir totalement à la vie chrétienne, il avait exprimé son angoisse à sa cousine : « vous êtes heureuse de croire ; je cherche la lumière et je ne la trouve pas »

Jusqu’à ce que le jour arrive où il s’est décidé « d’avoir la foi », mais sa façon de vouloir cela était très humaine, il pensait que la seule instruction pouvait lui donner la grâce de croire : « Monsieur l’abbé, je n’ai pas la foi, je viens vous demander de m’instruire » avait-il dit devant le confessionnal où il s’était juste penché, devant père Huvelin celui qui sera après son père spirituel. La réponse du prêtre l’étonne : « Mettez-vous à genoux confessez-vous et vous croirez ». « Mais je ne suis pas venu pour cela », « confessez-vous ».

Et ce qu’il pensait recevoir à travers une simple instruction, il l’a eu à travers un regard sincère de sa vie devant ce Dieu qu’il aimait mais qu’il ne connaissait pas encore. 

Combien de fois il est bon pour nous de nous rappeler que notre religion ne s’agit pas d’une connaissance intellectuelle, théorique, nous ne sommes pas la religion d’un livre, mais celle d’une Personne, Jésus-Christ, nous ne pouvons pas non plus faire de notre religion un simple système de lois et règles, une méthode à appliquer pour la réussite. Elle a évidemment tous ces moyens mais ils ne servent à rien s’il ne se produit pas cette rencontre authentique avec Jésus de Nazareth.

S’il faut chercher un sens à toute la vie de missionnaire de Charles de Foucauld, nous pouvons dire qu’il s’agit de cette rencontre avec le Christ, une connaissance fondée sur l’amour et l’imitation de l’aimé, connaître et faire connaître le Dieu qu’il aimait : « j’ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth crucifié il y a mille neuf cent ans et je passe ma vie à chercher à l’imiter autant que le peut ma faiblesse. ».

 Il y a quelques années, le pape Benoît XVI s’adressait à tous les catholiques avec ces paroles : « Évangéliser, c’est porter à d’autres la Bonne Nouvelle du salut et cette Bonne Nouvelle est une personne : Jésus-Christ. Quand je le rencontre, quand je découvre à quel point je suis aimé par Dieu et sauvé par lui, alors naît en moi non seulement le désir, mais la nécessité de le faire connaître à d’autres. » Ces paroles peuvent être très bien celles de notre patron, c’est ce qu’il disait avec d’autres mots, mais surtout il le disait avec sa vie.

Ce n’est pas un goût personnel, ou bien parce qu’il connaissait déjà le terrain qui l’amène à choisir le lieu de sa mission, c’est plutôt le désir de faire connaître le Christ à ceux qui sont encore dans l’ignorance.

Le Nord d’Afrique, Maroc avec dix mille habitants, pas un seul prêtre, le Sahara 7 fois grand que la France, juste une douzaine de missionnaire.

Alors, Comment affronter toute cette œuvre ? Il n’est pas fou, il est un homme de foi, il sait que ce n’est pas ses forces, ce n’est pas lui-même, sinon Dieu celui qui travaille, qui devance dans l’action missionnaire, qui prépare, qui fait grandir le désir de se faire connaître.

C’est pour cela que le Christ présent dans l’Eucharistie est le premier des missionnaires, le plus important, celui qui fait tout le travail. Comme lorsque Charles de Foucauld arrive en Algérie, dans les garnisons où n’est jamais passé un prêtre auparavant, il se réjouit de savoir que c’est pour la première fois que Jésus descend dans ce lieu, parce qu’il est fort probable qu’il n’y a jamais été corporellement.

On parlait tout à l’heure aussi de la cohérence de la vie avec la parole (l’exemple et la prédication), c’était un autre trait essentiel dans la vie de ce missionnaire. Pour les indigènes, desquels il avait gagné le respect depuis son arrivée, il n’était pas seulement le « marabout blanc », qui faisait le bien, qui les aidait, mais sa vie était quelque chose d’admirable grâce à sa sainteté et au détachement qu’il vivait des choses matérielles : pour eux, il était « celui qui avait vendu ce monde pour l’autre ».

Son ermitage exprimait tout seul son désir missionnaire, comme le montraient les écriteaux qu’il avait mis sur les murs, « Toi, suis-moi », « je suis venu porter le feu sur la terre », « Tout ce que vous faites à un de ces petits, vous me le faites » et aussi « j’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie, il faut aussi que je les amène ». Comme on peut voir, pas d’ambiguïté dans le but de sa mission, s’il fallait conquérir les âmes par l’amitié c’était pour qu’elles trouvent le Bien avec majuscule, le bien suprême, mais c’est Dieu qui dirait quand et comment.  

Il cherchait par tous les moyens de faire connaître Jésus, sa vie, son enseignement, sans imposer avec coaction sa foi à personne, parce qu’il était convaincu comme nous devons l’être aussi que la vérité n’impose pas, elle seule contient la force nécessaire pour conquérir, elle s’impose par elle-même ! Il n’avait aucune contrainte de présenter l’évangile à ceux qui venaient l’entendre ; il choisit de l’évangile d’abord ce qui pourrait mieux attendrir les âmes, la charité, l’humilité, la fraternité, le pardon des injures, le mépris de la richesse. En fait, il faut le dire, c’est le Sermon de la Montagne que le Père de Foucauld a répété toute sa vie aux musulmans.

Une autre note de sa vie comme missionnaire, il ne s’enfermait pas dans son petit Kiosque, il allait vraiment aux périphéries de ce monde. Il voulait que toute l’Afrique reçoive la bonne nouvelle et il s’en intéressait énormément, cela nous montrent ses écrits. Il se préoccupe de l’abandon de la foi des européens et le mal que cela causait aux différentes colonies, de la France, par exemple. Des chrétiens persécutés au moyen orient, de l’Eglise tout entière, mais non pas avec la critique sinon plutôt avec beaucoup de douleur et tout à fait conscient que le premier moyen pour aider le monde c’était la prière, l’adoration devant le Seigneur dans le silence et la solitude de son ermitage.

Lui, il était venu au Nord d’Afrique pour les indigènes, les plus abandonnés. Le père Charles s’occupait d’eux, mais il y avait une autre présence, celle des militaires français dispersés par tout le territoire. Comment les ignorer ? Comment ne pas faire quelque chose pour eux aussi ? Sans complexe, sans fausse dialectique il les reçoit dans son monastère, une lecture de l’évangile, un petit commentaire, une simple prière et la bénédiction. Combien de ces chrétiens s’étaient approchés des sacrements grâce à lui? Seulement Dieu le sait, mais il était là pour eux aussi.

Il offre aussi son cœur à ces soldat qui loin de leur famille, étaient touchés d’une amitié comme celle-ci. Voici une lettre écrite par le frère Charles à l’un d’eux :

« Cher ami, vous m’avez dit que vous êtes triste le soir… voulez-vous, si c’est permis de sortir du camp, venir passer habituellement les soirées avec moi… nous causerons fraternellement de l’avenir… de ce que vous désirez, espérez… A défaut du reste, vous trouverez ici un cœur fraternel… Le pauvre vous offre ce qu’il a. Ce qu’il vous offre surtout, c’est sa très tendre, très fraternelle affection, son profond dévouement dans le Cœur de Jésus. »

Demandons au bienheureux Charles de Foucauld la grâce de l’imiter dans cet amour grand et profond pour Jésus-Christ, de faire de notre vie, comme il fait de la sienne, un évangile vivant, de montrer en lui le visage miséricordieux et doux de Jésus de Nazareth. Que Marie nous obtienne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas…

Homélie du Dimanche XXVI, année A (Mt 21, 28-32)

Nous méditons ce dimanche la parabole des deux fils. Si nous situons ce moment dans la vie du Seigneur, cette parabole a été proclamée le Lundi Saint, le lendemain de l’entrée triomphante de Jésus en Jérusalem, ce que nous commémorons le Dimanche des Rameaux; peu de jours manquaient donc pour sa Passion. Cela indique que la controverse de Jésus et des pharisiens était arrivée à son point le plus haut et s’était déjà transformée en haine envers Jésus puis traduite en condamnation, l’injuste condamnation d’un innocent.

Le sens fondamental de la parabole d’aujourd’hui c’est de convaincre les pharisiens de leur malice. La malice de ne pas croire en Jésus. Le centre de la parabole se trouve dans la question :  « Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Car la volonté du Père est que tous les hommes croient en Jésus : « telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn. 6,40).

En définitive, le chrétien a besoin des œuvres et non seulement de paroles pour être un bon chrétien : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21)

Observons que Jésus ne parle pas dans cette histoire d’un roi ou d’un chef, il prend l’image d’un père avec ses fils, car il veut montrer le mal dans la désobéissance et surtout dans l’hypocrisie. C’est le père qu’on veut tromper, même dans la réponse que le deuxième fils adresse à son père : « Oui, seigneur » comme en voulant se moquer de lui car ce fils n’ira pas finalement . Il faut aussi dire que chez les deux fils de la parabole, il y a une rébellion. Le premier en écoutant le mandat du père. Le second au moment de l’exécution de l’ordre. Le premier fils est le pénitent, le second l’hypocrite. Le premier rejette la parole pour être immergé dans ce qui lui est banal, mais une fois qu’il se repent de sa mauvaise vie, il l’accomplit. Le second est apparemment religieux, manifeste sa “fidélité”, mais il ne l’a pas.

Il y a encore un troisième fils, dont la parabole ne parle pas directement, le fils exemplaire qui motive la parabole, celui qui a dit oui au Père et a accompli sa volonté. Mais il n’a existé qu’un seul de ces fils et c’est Jésus, notre modèle à imiter : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » nous a dit saint Paul dans la deuxième lecture.

Encore un point à remarquer : le Seigneur déclare que les publicains et les prostituées précèderont les autres dans le royaume de Dieu, mais pas évidement en tant que tels, mais grâce à leur foi, car ils ont cru à l’enseignement de saint Jean Baptiste qui prêchait précisément la conversion, le fait de renoncer au péché et de recommencer une vie nouvelle.

Revenant au centre de la même parabole, le Seigneur démontre que le deuxième des fils n’a pas tenu sa parole, qu’au contraire il a menti, car finalement il n’a pas accompli la promesse.

Le Christ dénonce le grand péché d’hypocrisie de son temps, par rapport aux pharisiens ce péché commençait dans la religion et c’était le plus grave de tous mais il se prolongeait évidement pour toute la vie: Ils vivaient dans un grand mensonge.

Attention ! Que ce ne soit pas notre grand péché aussi, le fait de vivre dans le mensonge et de mépriser la vérité ou de ne pas la chercher.

Comme nous l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise Catholique (2475-2487): Les disciples du Christ ont ” revêtu l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité ” (Ep 4, 24). ” Débarrassés du mensonge ” (Ep 4, 25), ils ont à ” rejeter toute méchanceté et toute ruse, toute forme d’hypocrisie, d’envie et de médisance ” (1 P 2, 1).

Un péché contre la vérité est donc beaucoup plus que de dire un mensonge, il y a malheureusement plusieurs péchés qui vont contre la vérité elle-même :

Quand il est émis publiquement, un propos contraire à la vérité revêt une particulière gravité. Devant un tribunal, il devient un faux témoignage (cf. Pr 19, 9). Quand il est tenu sous serment, il s’agit d’un parjure. Ces manières d’agir contribuent, soit à condamner un innocent, soit à disculper un coupable ou à augmenter la sanction encourue par l’accusé (cf. Pr 18, 5). Elles compromettent gravement l’exercice de la justice et l’équité de la sentence prononcée par les juges.

Le respect de la réputation des personnes interdit toute attitude et toute parole susceptibles de leur causer un injuste dommage. Se rend donc coupable :

– de jugement téméraire celui qui, même tacitement admet comme vrai, sans fondement suffisant, un défaut moral chez le prochain.

– de médisance celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile à des personnes qui l’ignorent les défauts et les fautes d’autrui (cf. Si 21, 28).

– de calomnie celui qui, par des propos contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de faux jugements à leur égard.

Pour éviter le jugement téméraire, chacun de nous veillera à interpréter autant que possible dans un sens favorable les pensées, paroles et actions de son prochain.

Médisance et calomnie détruisent la réputation et l’honneur du prochain. Or, l’honneur est le témoignage social rendu à la dignité humaine, et chacun jouit d’un droit naturel à l’honneur de son nom, à sa réputation et au respect. Ainsi, la médisance et la calomnie blessent-elles les vertus de justice et de charité.

Est à proscrire toute parole ou attitude qui, par flatterie, adulation ou complaisance, encourage et confirme autrui dans la malice de ses actes et la perversité de sa conduite. L’adulation est une faute grave si elle se fait complice de vices ou de péchés graves. Le désir de rendre service ou l’amitié, ne justifient pas une duplicité du langage.

La jactance ou vantardise constitue une faute contre la vérité. Il en est de même de l’ironie qui vise à déprécier quelqu’un en caricaturant, de manière malveillante, tel ou tel aspect de son comportement.

” Le mensonge consiste à dire le faux avec l’intention de tromper ” (S. Augustin, mend. 4, 5 : PL 40, 491). Le Seigneur dénonce dans le mensonge une œuvre diabolique : ” Vous avez pour père le diable … il n’y a pas de vérité en lui : quand il dit ses mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge ” (Jn 8, 44).

Le mensonge est l’offense la plus directe à la vérité. La gravité du mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il déforme, selon les circonstances, les intentions de celui qui le commet, les préjudices subis par ceux qui en sont victimes. Si le mensonge, en soi, ne constitue qu’un péché véniel, il devient mortel quand il lèse gravement les vertus de justice et de charité.

Le mensonge est condamnable dans sa nature car il est une profanation de la parole qui a pour tâche de communiquer à d’autres la vérité connue. La culpabilité est plus grande quand l’intention de tromper risque d’avoir des suites funestes pour ceux qui sont détournés du vrai.

Il faut encore dire que toute faute commise à l’égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de réparation. Ce devoir de réparation concerne aussi bien les fautes commises à l’égard de la réputation d’autrui. Cette réparation, morale et parfois matérielle, doit s’apprécier à la mesure du dommage qui a été causé. Elle oblige en conscience.

Nous devons dire que notre temps est malheureusement celui des grands mensonges, comme le constate un auteur contemporain. Des mensonges institutionnalisés, massivement révélés. Le temps des mensonges sur Dieu, sur le monde et sur l’homme. C’est le temps du «pouvoir» du mensonge. De la séduction du mensonge. Du «mensonge» et de la «capacité à mentir» compris comme synonymes de politique, de journalisme, de gestion de masse, de commerce ou de diplomatie (même ecclésiastique), correspondant très exactement à la description que Jérémie (9,1-5) a faite de son temps:

« Qui me donnera un gîte au désert ? Je veux abandonner mon peuple et m’en aller loin d’eux, car ils sont tous adultères, une bande de traîtres.

Avec le mensonge, ils arment leur langue comme un arc ; par la déloyauté, ils sont devenus forts dans le pays, car ils vont de méfait en méfait ; mais moi, ils ne me connaissent pas – oracle du Seigneur.

Gardez-vous chacun de votre compagnon, défiez-vous de tout frère, car tout frère ne pense qu’à supplanter, et tout compagnon sème la calomnie.

Ils se jouent chacun de son compagnon, ils ne disent pas la vérité ; ils exercent leur langue à mentir et à pécher, ils n’ont plus la force de revenir ; violence sur violence, tromperie sur tromperie, ils refusent de me connaître ».

Ne pas chercher la vérité dans notre vie et ne pas chercher vivre la vérité dans tous nos actes, nous assimile au fils de la parabole qui voulait tromper le père. Nous avons déjà vécu comme ce premier fils, rebelle mais qui revenait, imitons désormais le troisième fils, celui qui a promis d’accomplir la volonté du Père et l’a accomplie en toute vérité.

Que la Sainte Vierge nous aide à imiter son Fils.

P. Luis Martinez IVE