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LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XXVI

Le Père de Foucauld prend le 26 décembre 1904, avec deux Pères Blancs, le chemin d’El-Goléa, à pied près de son méhari ; il y arrive le 1er janvier 1905 ; il y retrouve Laperrine, nommé lieutenant-colonel, et repart avec lui deux jours plus tard pour Adrar, « où il y avait une occasion pour Beni-Abbès ». Le 24 janvier, le missionnaire retrouve son ermitage, la cabane de terre flambée par le soleil dont il avait fait son domaine et son cloître.

Quelques jours plus tard arrive à Beni-Abbès le général Lyautey, qui m’a raconté sa rencontre avec le Père de Foucauld à peu près dans ces termes :

« Nous avons dîné ensemble, avec les officiers, le samedi, dans la redoute. Il y eut, après dîner, un phonographe qui débita des chansons montmartroises. Je regardais Foucauld, me disant : « Il va sortir. » Il ne sortit pas, il riait même. Le lendemain dimanche, à 7 heures, les officiers et moi, nous assistions à la messe dans l’ermitage. Une masure, cet ermitage. Sa chapelle, un misérable couloir à colonnes, couvert en roseaux. Pour autel, une planche. Pour décoration, un panneau de calicot avec une image du Christ, des flambeaux en fer blanc. Nous avions les pieds dans le sable. Eh bien, je n’ai jamais vu dire la messe comme la disait le Père de Foucauld. Je me croyais dans la Thébaïde. C’est une des plus grandes impressions de ma vie. »

La cloche de l’ermitage a recommencé à sonner, à minuit, sur le plateau désert. Les indigènes ont recommencé à mendier les sous, les dattes, l’orge du marabout, et à lui raconter interminablement leurs affaires compliquées.

Mais c’est pour peu de temps, car au début d’avril 1905, le lieutenant-colonel Laperrine propose au Père de Foucauld d’aller passer l’été au Hoggar avec le capitaine Dinaux, commandant la compagnie saharienne du Tidikelt.

Conformément à la discipline à laquelle il s’était soumis, il consulte l’abbé Huvelin et le Père Guérin. Sur leur conseil, il accepte, et retrouve le 8 juin, près d’un puits du Tout, le capitaine Finaux, qui a pour compagnons quatre civils français : M. E. Gautier, géographe, M. Chudeau, géologue, M. Pierre Mille, écrivain, M. Etiennot, inspecteur des P.T.T. ; pour repartir avec eux vers le Sud.

Soldats, savants, artistes, religieux, ils vont chacun cherchant son bien, et tous veulent ainsi le bien de la France. Le 23 juin, lors de la halte du soir, près du puits d’In-Ouzel, un méhariste est signalé, qui vient, unique dans le tour d’horizon. C’est un courrier que le capitaine Dinaux a envoyé vers Moussa ag Amastane, chef des Touareg Hoggar. Le surlendemain, Moussa entre dans le camp :

« Il est très bien, écrit le Père de Foucauld, très intelligent, très ouvert, très pieux, musulman, aimant argent, plaisir, honneurs, ayant les idées et la vie, les qualités et les vices d’un musulman logique, et en même temps l’esprit aussi ouvert que possible… D’accord avec lui, mon installation au Hoggar est décidée. »

Un mois après, le lieu de sa résidence était fixé et atteint :

« Je choisis Tamanrasset, village de vingt feux, en pleine montagne, au cœur du Hoggar et des Dag-Rali, la tribu principale, à l’écart de tous les centres importants. »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XXV

ERMITE AU HOGGAR

Dès que la décision est prise, Charles de Foucauld se révèle colonisateur, il voudrait attirer et établir au Hoggar, — la liste est curieuse, et un économiste l’aurait peut-être moins bien faite, – un pépiniériste, un puisatier, un médecin, quelques femmes sachant tisser la laine, le coton et le poil de chameau ; puis un ou deux marchands de cotonnades, de quincaillerie, de sucre et de sel, mais de braves gens « qui nous fassent bénir et non maudire ».

Le seul défaut de Tamanrasset, pour l’ermite, c’est l’absence de tout prêtre dans le voisinage, ou simplement à distance raisonnable. « Il me faut, à vitesse moyenne, soixante jours pour arriver à Beni-Ounif, seul point où je puis commodément trouver un prêtre. Je ne crois pas que le précepte (de la confession) oblige dans de telles conditions. Malgré ma misère, je vis tranquille et en grande paix. »

Frère Charles, ainsi qu’il l’a fait à Beni-Abbès, commence par bâtir à Tamanrasset une « maison », ou pour mieux dire une sorte de couloir de 6 mètres de long sur 1 m. 75 de large, servant de chapelle et de sacristie. Lui, il aura d’abord une hutte de roseaux, pour travailler et dormir, à quelque distance ; puis il allongera le couloir, et séparera, par un rideau, la chapelle de la bibliothèque et de la chambre. Il célèbre la première messe au Hoggar le 7 septembre 1905. Il compte demeurer là jusqu’à l’automne de 1906, partir alors pour Beni-Abbès, où il passera l’automne et l’hiver, puis revenir à Tamanrasset au commencement de l’été 1907. Il se partagera ainsi entre les deux ermitages. Il sera le migrateur, le moine aux deux huttes, l’ami de deux peuples délaissés.

De la porte de sa cabane, il découvre le haut plateau de Tamanrasset à 1.494 mètres d’altitude, coupé par le lit sec d’un fleuve. Dans la dépression des terres, quelques essais de culture primitifs. Tout autour, un terrain ondulé, caillouteux, où pousse tous les dix mètres, une touffe d’herbes dures. La teinte fanée de leur feuillage ne repose pas la vue et n’a pas de joie en elle. La beauté de la vallée lui vient de son cadre de montagnes, car au nord, à 4 ou 5 kilomètres de l’ermitage, se lève le massif de la Koudia, dominé par le pic Ilaman, haut de 3.000 mètres et par des montagnes rocheuses, entassées, nues, que le soleil colore, et surtout vers le soir, de teintes de pourpre ardente ou de pourpre violette. A l’est c’est la petite chaîne de l’Hageran, A l’Ouest, les vallonnements par où s’engage la piste d’In-Salah.

A l’ombre d’un éthel isolé, sorte de tamaris énorme et rond, le Père de Foucauld a établi son ermitage. Aux environs, d’autres huttes de roseaux, où vivent des harratin. Dans l’étendue errent des pasteurs Touaregs, que l’été chassera jusque dans la région soudanaise. Des caravanes passent, se rendant avec des moutons et des chèvres vers les marchés de Tidikelt ou de Rhât, ou de Rhadamès, d’où ils rapporteront des cotonnades, des dattes, du miel.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN