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NOTRE DAME DE LUJAN et L’ÉVANGÉLISATION de la culture

« Toutes les générations me diront bienheureuse », c’est la prophétie de Marie qui s’étend non seulement dans le temps mais aussi dans toute la surface de la terre.

Notre amour pour notre Dame de Lujan n’a rien d’un sentiment nationaliste. C’est à cause du rôle qu’elle a exercé dans notre famille religieuse, un rôle très important depuis même ses origines. Comme notre fondateur l’a dit lui-même, il priait (lorsqu’il était séminariste) la Vierge dans son sanctuaire de Lujan demandant la grâce de pouvoir accompagner et guider beaucoup de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse.

Mais la Providence a voulu nous donner aussi en la Vierge de Lujan, un modèle pour ce qui constitue la finalité de notre famille religieuse, c’est-à-dire l’évangélisation de la Culture. Depuis la fondation de son sanctuaire, sa dévotion a attiré beaucoup de cultures et de races, s’unifiant dans une seule fin, la Gloire de Dieu.

Juste comme quelques exemples, la Vierge de Lujan est une petite statue de l’Immaculée Conception, haute de 58 cm. Elle a été faite au Brésil, d’où elle venait pour être vénérée dans une région du Nord de l’Argentine, mais elle a voulu rester par miracle dans cet endroit appelé Lujan. Celui qui a découvert que cela était la volonté de la Sainte Vierge, c’était un petit africain, Manuel, qui venait avec la caravane. Il était né au Sénégal, attrapé par les portugais et vendu comme esclave au Brésil où il avait reçu la foi et le baptême, il était au service d’un commerçant portugais, qui, à la vue du miracle, décida de lui donner la liberté et qu’il devienne le serviteur de la Vierge de Lujan. Ce miracle s’est fait en 1630, comme nous pouvons remarquer c’est le moment où l’œuvre l’évangélisation par l’Eglise et l’Espagne est dans toute sa force dans le continent américain. Avec des petits signes mais clairs, Dieu voulait montrer que l’amour de sa Mère ne fait pas exclusion de nation.

Avec le temps la dévotion s’est propagée et le sanctuaire fut confié à l’attention des pères Lazaristes, une communauté de pères français. Et nous avons là, l’histoire d’un grand apôtre, le P. Salvaire, suite à un vœu qu’il avait fait, il décide de construire une grande Basilique, de style gothique, similaire à celles d’Europe, avec la finalité d’accueillir beaucoup de pèlerins mais surtout pour pouvoir promouvoir dans les cœurs à travers cette merveille de l’architecture, l’amour à la très Sainte Vierge. Et nous voyons encore une fois, comment l’homme peut se servir de sa culture pour l’honneur et la gloire de Dieu.

Si nous disons que notre finalité dans l’Eglise est celle d’évangéliser les cultures, nous devons suivre donc ce que l’Eglise a accompli dans son œuvre deux fois millénaire. Elle est bien décrite par le Concile Vatican II : « Son activité fait que tout ce qu’il y a de germe de bien dans le cœur et la pensée des hommes ou de leurs rites propres et leur culture ; mais de le guérir, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme. ».

Mais, aujourd’hui on pourrait se demander : l’Eglise a déjà accompli sa mission d’Evangélisation, faire connaître le Christ, proclamer l’Evangile c’est du passé. Ce serait vraiment une pensée profondément inexacte ! Beaucoup de cultures ignorent le Christ et l’Evangile qui rend libre, ignorent la Vérité qui rend libre ; beaucoup de cultures ont besoin de redécouvrir l’évangile parce qu’il est devenu malheureusement étranger.

Comment le faire ? Nous avons toujours l’exemple de Marie. Nous savons que l’Evangile peut être proclamé par les paroles et par les œuvres. Evangéliser c’est tout effort que l’Eglise fait pour que la lumière de l’Evangile commence à pénétrer dans la vie des hommes.

Ainsi comme la Vierge Marie est devenue une partie de la culture dans les différentes nations, elle la première à accomplir l’œuvre de l’Eglise : « Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ »  (Gaudium et Spes 58)

Nous l’avons écouté dans l’évangile de ce jour, dans ce moment suprême de la Croix, Jésus la proclame Mère de toute âme chrétienne, et le disciple doit l’accueillir chez lui, accueillir comme partie de sa famille.

Ainsi, la Vierge avec son cœur de Mère doit conduire tous les disciples vers le Père, pour qu’ils deviennent des véritables enfants de Dieu, elle devient aussi le chemin de la grâce, des enfants qui s’approchent d’elle pour revenir à Dieu, pour devenir des hommes nouveaux dans le Christ ; mais elle nous prépare aussi pour être des instruments de l’Evangile et collaborateurs de Dieu, d’œuvre de salut.

Marie nous apprend aussi que l’évangélisation de la culture ne se fait pas seulement avec des grands gestes mais aussi des petits.

Comme disait le Pape Saint Jean Paul II :«l’histoire de l’Eglise est également de façon inséparable l’histoire de la culture et de l’art. Des œuvres telles que la Summa theologiae de saint Thomas d’Aquin, la Divine Comédie, la Cathédrale de Chartres, la Chapelle Sixtine, ou les cantates de Jean-Sébastien Bach constituent à leur façon des synthèses incomparables entre foi chrétienne et expression humaine. Mais si ces œuvres sont, pour ainsi dire, le sommet de cette synthèse entre foi et culture, la rencontre entre foi et culture se réalise de façon quotidienne dans la vie et dans le travail de tous les baptisés, dans l’œuvre d’art cachée qu’est l’histoire d’amour de chacun avec le Dieu vivant et avec nos frères, dans la joie et dans les difficultés de suivre Jésus Christ dans l’existence quotidienne ».  

« L’amour, écrivait aussi Saint Jean Paul II, est comme une grande force cachée au cœur des cultures, pour les aider à dépasser leur irrémédiable finitude, en s’ouvrant vers Celui qui en est la Source et le Terme, et leur donner, quand elles s’ouvrent à la grâce, un surcroît de plénitude ».

Notre Dame est allée dans le monde entier, en entrant dans le cœur de chaque culture, elle devenue un chemin sûr pour que les hommes de toute race, langue, peuple et nation découvrent par elle l’Auteur de la Grâce, l’unique Rédempteur de notre humanité.

P. Luis Martinez IVE.

Marie est « la terre dans laquelle a été semée l’Église »

L’Annonciation du Seigneur

Nous avons la joie de célébrer cette solennité de l’Annonciation et notre réflexion est dirigée vers celle qui est aussi protagoniste de ce mystère avec la très Sainte Trinité, notre Dame, la très sainte Vierge Marie.

Ainsi comme elle a un rôle dans cet événement, elle l’a aussi dans notre spiritualité. L’amour que par notre fondateur Dieu nous a inspiré pour Marie et qui se reflète essentiellement dans notre quatrième vœu de consécration totale à la Vierge Marie, selon la méthode de saint Louis Marie Grignion de Montfort, est traduit dans toute notre façon de vivre la vie religieuse ou la vie chrétienne.

« En elle, dit notre directoire de spiritualité, Dieu prenait une forme humaine, c’est pourquoi Saint Augustin appelle la Vierge  » forma Dei « , et à l’image de Jésus nous nous consacrons comme les esclaves de la Sainte Vierge, désirant « entrer dans le sein de notre Mère et naître de nouveau ». Se consacrer à Jésus par Marie, c’est suivre le chemin qu’Il a suivi pour venir au monde, qu’Il continue d’utiliser et qu’Il utilisera toujours.

Le directoire nous rappelle que notre spiritualité devrait être celle des prières de l’Angelus, celle de la salutation à la Vierge, comme nous l’appelons : Je vous salue Marie, la spiritualité aussi du Magnificat, c’est-à-dire, les prières qui décrivent l’âme de Marie, sa disponibilité pour accomplir le dessein de Dieu.

Dans son acceptation libre, dans son Fiat de l’Incarnation, Marie nous apprend comment nous devons nous aussi nous rendre participant de l’œuvre de Dieu dans ce monde. Marie, est loin d’être un simple instrument passif aux mains de Dieu, mais elle apporte la coopération de sa libre foi et de son obéissance au salut des hommes.

Dans l’Incarnation, nous devons aussi suivre l’exemple de la Sainte Vierge. En premier lieu, de sa foi : Heureuse celle qui a cru … (Lc 1,45); nous devons vivre de la foi et avoir une foi vivante, ferme, intrépide, éminente et héroïque; une foi convaincue et résolue à refuser toute erreur. 

Comme Marie, une foi pénétrante qui voit toutes choses à la lumière de la révélation, « sub specie aeternitatis », élevant l’âme aux plans surnaturels de Dieu, qui bâtit des grandes choses, une foi qui illumine la vie et lui donne un sens, qui donne force, anime et réconforte, une foi qui exclut la peur.

Nous devons également regarder la sainte Vierge dans son humilité : elle fut toute bouleversée d’entendre les paroles de l’ange (Lc 1,29); dans sa prudence: elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation (Lc 1,29); de sa pureté: « Comment cela va-t-il se faire,
puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1,34); de son abandon en Dieu: « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc. 1,38). Elle est exemple encore de magnanimité car réfléchissant sur l’Incarnation, elle chantera : le Puissant a fait de grandes choses pour moi (Lc 1,49).

Il est bien pour nous de faire souvenir des paroles de notre Père Spirituel, saint Jean Paul II. Dans une méditation très riche sur le mystère de l’Incarnation, il réfléchissait ainsi :

« Une question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi le Verbe a-t-il préféré naître d’une femme (cf. Ga 4, 4), plutôt que de descendre du ciel avec un corps déjà adulte, formé de la main de Dieu (cf. Gn 2, 7) ? Est-ce que cela n’aurait pas été plus digne de lui ? Plus adéquat à sa mission de maître et de sauveur de l’humanité ? Nous savons que dans les premiers siècles surtout, beaucoup de chrétiens (les docètes, les gnostiques, etc.) auraient préféré que les choses fussent ainsi. Le Verbe, au contraire, prit l’autre chemin. Pourquoi ? »

« La réponse nous arrive avec la simplicité transparente et convaincante des œuvres de Dieu. Le Christ voulait être un véritable rejeton (cf. Is 11, 1) de la souche qu’il venait sauver. Il voulait que la rédemption jaillisse pour ainsi dire de l’intérieur de l’humanité, comme quelque chose d’elle-même. Le Christ voulait secourir l’homme, non comme un étranger, mais comme un frère, en se faisant en tout semblable à lui excepté le péché (cf. He 4, 15). C’est pourquoi il voulut une mère et la trouva en la personne de Marie. La mission fondamentale de la jeune fille de Nazareth fut donc celle d’être le trait d’union entre le Sauveur et le genre humain ».

« Cependant, dans l’histoire du salut, l’action de Dieu ne se déroule pas sans faire appel à la collaboration des hommes : Dieu n’impose pas le salut. Il ne l’a pas imposé non plus à Marie. Dans l’événement de l’Annonciation, il se tourne vers elle d’une manière personnelle, sollicite sa volonté et attend une réponse qui jaillisse de sa foi. Les Pères ont très bien approfondi cet aspect, en faisant ressortir que « la bienheureuse Marie, en croyant à Celui qu’elle engendra, le conçut aussi dans un acte de foi « (saint Augustin, Sermo 215, 4 cf. saint Léon, Sermo I in Nativitate, 1 ; etc.). Le récent Concile Vatican II a souligné la même chose, en affirmant que la Vierge « à l’annonce de l’Ange accueillit dans son cœur et dans son corps le Verbe de Dieu » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 58) ».

« Le consentement total et inconditionnel de la « servante du Seigneur » ne fut point un simple consentement à la naissance de Jésus, mais bien une acceptation responsable de participer à l’œuvre de salut qu’il venait réaliser. Les paroles du Magnificat offrent une confirmation très nette de cette conscience lucide : « Il a secouru Israël son serviteur — dit Marie —, se souvenant de sa miséricorde, comme il l’avait promis à nos pères, à Abraham et à sa descendance à jamais. » (Lc 1, 54-55.) »

« En prononçant son « fiat », Marie ne devient pas seulement Mère du Christ historique ; son geste la pose comme Mère du Christ total, comme « Mère de l’Église ». « Dès l’instant du « fiat » — remarque saint Anselme — Marie commença à nous porter tous dans son sein » ; c’est pourquoi « la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps », proclame saint Léon-le-Grand. De son côté, saint Éphrem a aussi une très belle expression à ce sujet : Marie, dit-il, est « la terre dans laquelle a été semée l’Église ». 

Toute mère transmet à ses enfants sa propre ressemblance, continue après le pape saint Jean Paul II ; c’est ainsi qu’entre Marie et l’Église il existe un rapport de profonde ressemblance. Marie est la figure idéale, la personnification, l’archétype de l’Église. En elle s’effectue le passage de l’ancien au nouveau Peuple de Dieu, d’Israël à l’Église. « 

« Marie est le premier fruit et l’image la plus parfaite de l’Église : « Une part très noble, une part excellente, une part remarquable, une part tout à fait choisie. » (Rupert, In Apoc., 1, VII, 12.) « Unie à tous les hommes qui ont besoin du salut », proclame encore Vatican II, elle a été rachetée « d’une manière très sublime en considération des mérites de son Fils » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 53). Aussi Marie demeure-t-elle, aux yeux de tous les croyants, comme la créature toute pure, toute belle, toute sainte, capable « d’être Église » comme aucune autre créature ne le sera jamais ici-bas. »

« Nous aussi, aujourd’hui, nous la contemplons pour apprendre, à partir de son exemple, à construire l’Église. Et pour cela, nous savons qu’il nous faut avant tout progresser sous sa direction dans l’exercice de la foi. Marie a vécu sa foi dans une attitude d’approfondissement continuel et de découverte progressive, en traversant des moments difficiles de ténèbres, à commencer par les premiers jours de sa maternité (cf. Mt 1, 18 et ss.) : moments qu’elle a surmontés grâce à une attitude responsable d’écoute et d’obéissance à l’égard de la Parole de Dieu. Nous aussi, nous devons nous efforcer d’approfondir et de consolider notre foi par l’écoute, l’accueil, la proclamation, la vénération de la Parole de Dieu, par l’examen attentif des signes des temps à sa lumière, par l’interprétation et l’accomplissement des événements de l’histoire (cf. Paul VI, Exh. ap. Marialis cultus, n. 17). » (Messe à Éphèse, Turquie. 30/11/1979)

Dans cette solennité demandons la grâce à notre Dame, de l’imiter, d’imiter son Fils, pour devenir dans ce monde, selon les belles paroles de sainte Elisabeth de la Trinité, une nouvelle incarnation du Verbe.

P. Luis Martinez IVE.