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“Que l’âme de Marie soit en chacun pour magnifier le Seigneur”

Sermon pour l’Assomption de la Vierge Marie

Dans cette belle solennité de l’Eglise, la liturgie de la Parole nous aide à contempler ce mystère de manière mystique et théologique.

Bien que le livre de l’Apocalypse, le psaume et saint Paul n’évoquent pas directement  Marie, les trois lui font référence et nous aident à voir l’image de Marie, exaltée dans la gloire.

« Le sanctuaire de Dieu qui est dans le ciel, s’ouvrit, nous dit le livre de l’Apocalypse, et l’Arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. » L’Arche dans l’Ancien Testament signifiait la présence de Dieu parmi les hommes et elle était la préfiguration de la Maternité Divine, Marie a réellement porté le Christ dans ce monde. Désormais celle qui a été la demeure de Dieu dans ce monde, demeure pour l’éternité en Dieu. « Debout, à la droite du Seigneur, se tient la reine, toute parée d’or », chante aussi le psaume, car elle, pleine de gloire, est prête à aider ses enfants dans ce monde.

Mais, il y a l’autre image de l’Apocalypse, ce grand signe. Marie est ce grand “signe” qui, selon les paroles de saint Jean, est apparu dans le ciel (cf. Ap 12, 1).

Ce signe est en même temps étroitement lié à la terre. C’est avant tout le signe de la lutte « contre le dragon » (cf. Ap 12, 4), et dans cette lutte nous relisons toute l’histoire de l’Église sur terre : la lutte contre Satan, la lutte contre les forces des ténèbres, qui ne cesse de lancer ses attaques contre le Royaume de Dieu.

C’est en même temps le signe d’une victoire définitive ; dans son Assomption, Marie est le signe de cette victoire définitive, dont parle l’auteur de l’Apocalypse : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12, 10).

Prenant cette belle icône de la femme au Ciel, le Concile Vatican II affirme avec certitude que la Vierge Marie “brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage” (Lumen gentium, n. 68).

Mais nous sommes tellement pris par les événements de tous les jours que nous oublions parfois cette réalité spirituelle réconfortante, qui constitue une importante vérité de foi : Marie est au Ciel pour assurer notre espérance.

Aujourd’hui, certaines personnes vivent comme si elles ne devaient jamais mourir ou comme si tout devait finir avec la mort ; certains agissent en pensant que l’homme est l’unique artisan de son destin, comme si Dieu n’existait pas, en arrivant parfois même à nier qu’il y ait une place pour Lui dans notre monde. Les grandes victoires de la technique et de la science, qui ont considérablement amélioré la condition de l’humanité, laissent toutefois sans solution les questions les plus profondes de l’âme humaine (le mal, la souffrance, la mort). Seule l’ouverture au mystère de Dieu, qui est Amour, peut étancher la soif de vérité et de bonheur de notre cœur ; seule la perspective de l’éternité peut conférer une valeur authentique aux événements historiques et surtout au mystère de la fragilité humaine, de la souffrance et de la mort.

En contemplant Marie dans la gloire céleste, nous comprenons que pour nous aussi, la terre n’est pas la patrie définitive et que si nous vivons tournés vers les biens éternels, nous partagerons un jour sa gloire et la terre également deviendra plus belle. C’est pour cela que, même parmi les mille difficultés quotidiennes, nous ne devons pas perdre la sérénité, ni la paix. Nous en sommes certains: d’en haut, Marie suit nos pas avec une douce inquiétude, elle nous réconforte à l’heure des ténèbres et de la tempête, elle nous rassure de sa main maternelle.

L’Apôtre Paul nous livre l’aspect théologique de cette solennité dans la Lettre aux Corinthiens, la deuxième lecture qui a été donnée.  Christ est vainqueur de la mort, Il triomphe dans la Gloire, associant à Lui ceux qui sont plus proches et personne n’est plus proche de Jésus que la Vierge, elle appartient totalement à Dieu : « c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite ceux qui lui appartiennent ».

En troisième lieu, nous avons proclamé ce jour de l’Assomption, le passage évangélique de la Visitation. Bien que l’un et l’autre se trouvent dans chaque extrême de la vie de Marie, l’évangile de la Visitation est intimement lié au mystère que nous célébrons dans ce jour, Marie se dirige après l’Incarnation de son Fils vers un lieu élevé, elle monte vers les montagnes de Judée.

Dans les paroles du « Magnificat », tout le cœur de notre Mère se manifeste. Elles sont aujourd’hui son testament spirituel.

D’après la salutation d’Elisabeth et l’exaltation de la Vierge, Marie renvoie toute la Gloire à Dieu, rappelant que sa plénitude de grâce et tous les dons sont aussi un acte de miséricorde de la part de Dieu vers elle.

Ecoutant ce chant, chacun de nous doit regarder, d’une certaine manière, avec les yeux de Marie, sa propre vie et l’histoire de l’homme. A cet égard, les paroles de saint Ambroise sont très belles : « Que l’âme de Marie soit en chacun pour magnifier le Seigneur, que l’esprit de Marie soit en chacun pour exulter en Dieu; si, selon la chair, la Mère du Christ est une, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ : en effet, chacune accueille la Parole de Dieu » (Exp. ev. sec. Lucam II, 26) .

En Marie Jésus a habité à travers le mystère de l’Incarnation comme Fils dans le sein de la Mère, mais Il a d’abord habité par la grâce. Et le Christ veut aussi habiter en nous par la grâce.  Nous devons travailler en vivant ici-bas pour que Dieu habite « en nous » !

Si, comme Marie, nous voulons demeurer éternellement en Dieu, il faut qu’ici-bas Dieu trouve sa demeure dans notre âme.

Comme la Mère du Christ, nous devons être une demeure de Dieu afin que nous aussi nous habitions « en Dieu » pour toujours.

P. Luis Martinez IVE.

La vocation de Marie au moment de l’Annontiation

Dimanche IV du temps de l’Avent, année B (Lc. 1, 26-38).

Dans ce dernier dimanche du temps de l’Avent, la liturgie de la Parole de cette année nous invite à méditer l’annonce de l’Ange à Marie et la conception de Jésus.

C’est un texte très beau, qu’il faut lire avec la profondeur théologique donnée par son auteur, l’Esprit Saint; le moment est décrit par saint Luc, mais Dieu a voulu qu’il choisisse les paroles exactes afin de nous dévoiler quelques traces de ce grand mystère : l’Incarnation du Verbe et la Maternité divine de Marie avec sa participation dans le plan du salut.

Commençons donc par la première parole adressée à Marie : « Je te salue ». Mais la parole grecque qui est traduite, “Kaire”, signifie en soi “réjouis-toi”, “sois contente”. Et il y a là un premier élément qui surprend:  la salutation entre les juifs était “Shalom”, “paix”, alors que dans le monde grec le mot : “Kaire”, “réjouis-toi” était habituel. Il est surprenant que l’Ange, en entrant dans la maison de Marie, salue avec le salut des grecs :  “Kaire”, “réjouis-toi, sois contente”. Et les Grecs, lorsqu’ils lurent cet Evangile quarante ans plus tard, ont pu voir ici un message important:  ils ont pu comprendre qu’avec le début du Nouveau Testament avait également eu lieu l’ouverture au monde des peuples, à l’universalité du Peuple de Dieu.

Mais il est aussi important de noter, affirme le pape Benoît (homélie 18/12/2005), que les paroles de l’Ange sont la reprise d’une promesse prophétique tirée du Livre du prophète Sophonie. Le prophète, inspiré par Dieu, dit à Israël:  “Réjouis-toi, fille de Sion; le Seigneur est avec toi et prend en toi sa demeure”. Nous savons que Marie connaissait bien les Saintes Ecritures. Son Magnificat est une étoffe tissée des fils de l’Ancien Testament. Nous pouvons donc être certains que la Sainte Vierge comprit immédiatement qu’il s’agissait des paroles du Prophète Sophonie adressées à Israël, à la “fille de Sion”, considérée comme demeure de Dieu. A présent, la chose surprenante qui fait réfléchir Marie est que ces paroles, adressées à tout Israël, sont adressées de manière particulière à Elle, Marie. Elle est appelée à être la véritable demeure de Dieu, une demeure qui n’est pas faite de pierres, mais de chair vivante, d’un cœur vivant ; que Dieu entend en réalité la prendre précisément elle, la Vierge, comme son véritable temple. Nous pouvons alors comprendre que Marie commence à réfléchir avec une intensité particulière sur ce que signifie cette salutation.

L’ange Gabriel s’adresse à Marie, avec un nom nouveau, Pleine de Grâce, Comblée-de-grâce, cela montre qu’elle reçoit un nom « nouveau » à cause d’une mission nouvelle donnée par Dieu, comme c’est le cas d’Abraham ou bien de saint Pierre dans le Nouveau Testament. La mission de Marie ou plutôt sa vocation a besoin pour ainsi dire, de la joie, de la grâce et de l’assistance et de la compagnie de Dieu, tous ces éléments sont réunis dans les premiers mots de l’ange.

Alors, bien que l’ange lui commande la joie, se réjouir, parmi les réactions de Marie devant ces paroles (elle est bouleversée, elle se demandait le sens de cette salutation et l’explication, et finira par accepter) l’évangile ne dit pas qu’elle s’était réjouie. C’est après, lors de la visite à sa cousine Elisabeth que Marie dira que son esprit exulte de joie en Dieu. Mais nous avons la certitude que dans toute vocation et mission donnée par Dieu se trouvent toujours le défi et le sacrifice.

Tout laisser pour le Christ ne provoque pas nécessairement une joie sensible et immédiate, mais dans la fidélité quotidienne à cette vocation, on trouve une joie complète. La joie est ce qui rend l’appel de Dieu reconnaissable, c’est l’un des signes qui garantit que cette vocation vient de Dieu. Cette «joie» que l’Ange dit à Marie est un impératif qui préserve sa nature malgré la douleur.

« Le Seigneur est avec toi »: Il ne s’agit pas ici d’une présence générique de Dieu, mais de son aide réelle et efficace. Cette assurance n’est pas donnée dans la Bible à n’importe quelle personne, mais uniquement aux grands appels de l’histoire du peuple de Dieu (Jacob, Moïse, Josué, Gédéon et David). Dans le développement de la mission, ils ne dépendent pas uniquement de nos propres forces humaines. Dieu ne se limite pas à appeler, pour abandonner ceux qu’Il a appelés à leur sort, mais il les accompagne et leur permet d’accomplir leur mission. Il est attentif et reste fidèle. Il leur assure sa constante assistance.

Et Marie réagira à ces paroles de l’ange sur un plan émotionnel et rationnel, de toute sa personne. Sur le plan émotionnel, elle réagit par le bouleversement (comme celui qui reçoit beaucoup de bonnes idées mais ne sait pas par où commencer et se sent en plus, dépassé). Sur un plan rationnel, elle réagit en délibérant et en réfléchissant (en grec: dielogídseto, « elle dialoguait avec elle-même »). Elle demeure ouverte au message et travaille pour le comprendre plus profondément.

Bien comprendre sa vocation, c’est aussi comprendre sa propre insuffisance pour l’accomplir. L’accomplissement de sa vocation ne peut jamais être basé sur une tranquille confiance en ses propres forces. Il est tout à fait normal et légitime que les appelés reconnaissent leurs propres limites, leur petitesse, leurs péchés (pas dans le cas de Marie) et qu’ils attendent tout de l’aide de Dieu. C’est pourquoi l’ange dit aussi à Marie: «ne crains pas». Si Dieu a jugé qu’il fallait dire «ne crains pas» à la Vierge Marie, à plus forte raison il n’est pas anormal que nous éprouvions en nous un certain frémissement devant une vocation et à une mission. La force de l’Esprit se trouve dans l’appel devant l’expression de ses limites et de sa petitesse.

Marie est étonnée et demande: “Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais aucun homme?” C’est une parole étrange sûrement, car elle était fiancée à un homme, Joseph, de la maison de David, d’où viendra le Messie comme l’ange venait de lui annoncer. Marie voulait dire que, étant vierge, comme l’ange le savait, elle voulait rester dans cette condition ; ou bien, comme les théologiens l’ont interprété, elle avait fait un vœu de virginité et espérait le garder. Elle n’osait cependant pas contredire les volontés de Dieu, qui avait déjà commencé à communiquer avec elle. «Je ne connais pas d’homme» signifie dans sa pensée: «Je ne veux pas le connaître». Mais elle ne dit pas «je ne le connaîtrai jamais » parce qu’elle ne s’oppose pas aux desseins de Dieu et elle attend la solution de cette énigme.

Dieu répond par la force du Saint-Esprit pour dévoiler enfin la mission à laquelle Marie est appelée: “Le Saint Esprit descendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre.” Ce que Marie ne peut pas faire avec sa propre force, la puissance et la force de Dieu le feront. C’est ainsi que Dieu avait agi dans la création, faisant tout sortir du rien. Et ainsi qu’Il fera par la résurrection des morts. Et c’est pourquoi il rend possible l’accomplissement de chaque vocation.

A la fin du ce dialogue rempli de mystère, une fois que tout le plan de Dieu est révélé, Marie répond à l’Ange:  “Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole”. Marie anticipe ainsi la troisième invocation du Notre Père:  “Que ta volonté soit faite”. Elle dit “oui” à la grande volonté de Dieu, une volonté apparemment trop grande pour un être humain; Marie dit “oui” à cette volonté divine, elle se place dans cette volonté, elle insère toute son existence à travers un grand “oui” dans la volonté de Dieu et ouvre ainsi la porte du monde à Dieu. Adam et Eve, avec leur “non” à la volonté de Dieu, avaient fermé cette porte. “Que la volonté de Dieu soit faite”:  Marie nous invite nous aussi à prononcer ce “oui” qui apparaît parfois si difficile. Nous sommes tentés de préférer notre volonté, mais Elle nous dit:  “Sois courageux, dis-toi aussi:  “Que ta volonté soit faite”, car cette volonté est bonne”. Tout d’abord elle peut apparaître comme un poids presque insupportable, un joug qu’il n’est pas possible de porter; mais en réalité, la volonté de Dieu n’est pas un poids, la volonté de Dieu nous donne des ailes pour voler haut, et nous pouvons ainsi aussi oser, avec Marie, ouvrir à Dieu la porte de notre vie, les portes de ce monde, en disant “oui” à sa volonté, en ayant conscience que cette volonté est le vrai bien et nous guide vers le vrai bonheur. 

Pour conclure cette méditation, l’Évangile de Saint Luc dit immédiatement après ce récit: «Marie se leva (anastâsa) et se rendit rapidement (metaspoudês) dans la région montagneuse, dans une ville de Juda; elle entra dans la maison de Zacharie et  salua Elisabeth ». « Marie se leva », c’est le même verbe pour dire « ressusciter » en grec, car accomplir la mission que Dieu nous a donnée signifie vivre déjà comme ressuscités dans ce monde. Et Elle a commencé à accomplir sa vocation « rapidement». Nous devons donc, nous aussi, accepter l’appel de Dieu et entrer « promptement » à son service. Les apôtres, lorsqu’ils ont été appelés, ont aussi répondu « immédiatement»: «Ils ont immédiatement laissé les filets et l’ont suivi» (Mc 1,18; grec: euthéos, immédiatement, instantanément).

Que la très Sainte Vierge Marie prépare nos cœurs pour recevoir son Fils, l’Emmanuel dans quelques jours.

P. Luis Martinez IVE.