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Marie est « la terre dans laquelle a été semée l’Église »

L’Annonciation du Seigneur

Nous avons la joie de célébrer cette solennité de l’Annonciation et notre réflexion est dirigée vers celle qui est aussi protagoniste de ce mystère avec la très Sainte Trinité, notre Dame, la très sainte Vierge Marie.

Ainsi comme elle a un rôle dans cet événement, elle l’a aussi dans notre spiritualité. L’amour que par notre fondateur Dieu nous a inspiré pour Marie et qui se reflète essentiellement dans notre quatrième vœu de consécration totale à la Vierge Marie, selon la méthode de saint Louis Marie Grignion de Montfort, est traduit dans toute notre façon de vivre la vie religieuse ou la vie chrétienne.

« En elle, dit notre directoire de spiritualité, Dieu prenait une forme humaine, c’est pourquoi Saint Augustin appelle la Vierge  » forma Dei « , et à l’image de Jésus nous nous consacrons comme les esclaves de la Sainte Vierge, désirant « entrer dans le sein de notre Mère et naître de nouveau ». Se consacrer à Jésus par Marie, c’est suivre le chemin qu’Il a suivi pour venir au monde, qu’Il continue d’utiliser et qu’Il utilisera toujours.

Le directoire nous rappelle que notre spiritualité devrait être celle des prières de l’Angelus, celle de la salutation à la Vierge, comme nous l’appelons : Je vous salue Marie, la spiritualité aussi du Magnificat, c’est-à-dire, les prières qui décrivent l’âme de Marie, sa disponibilité pour accomplir le dessein de Dieu.

Dans son acceptation libre, dans son Fiat de l’Incarnation, Marie nous apprend comment nous devons nous aussi nous rendre participant de l’œuvre de Dieu dans ce monde. Marie, est loin d’être un simple instrument passif aux mains de Dieu, mais elle apporte la coopération de sa libre foi et de son obéissance au salut des hommes.

Dans l’Incarnation, nous devons aussi suivre l’exemple de la Sainte Vierge. En premier lieu, de sa foi : Heureuse celle qui a cru … (Lc 1,45); nous devons vivre de la foi et avoir une foi vivante, ferme, intrépide, éminente et héroïque; une foi convaincue et résolue à refuser toute erreur. 

Comme Marie, une foi pénétrante qui voit toutes choses à la lumière de la révélation, « sub specie aeternitatis », élevant l’âme aux plans surnaturels de Dieu, qui bâtit des grandes choses, une foi qui illumine la vie et lui donne un sens, qui donne force, anime et réconforte, une foi qui exclut la peur.

Nous devons également regarder la sainte Vierge dans son humilité : elle fut toute bouleversée d’entendre les paroles de l’ange (Lc 1,29); dans sa prudence: elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation (Lc 1,29); de sa pureté: « Comment cela va-t-il se faire,
puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1,34); de son abandon en Dieu: « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc. 1,38). Elle est exemple encore de magnanimité car réfléchissant sur l’Incarnation, elle chantera : le Puissant a fait de grandes choses pour moi (Lc 1,49).

Il est bien pour nous de faire souvenir des paroles de notre Père Spirituel, saint Jean Paul II. Dans une méditation très riche sur le mystère de l’Incarnation, il réfléchissait ainsi :

« Une question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi le Verbe a-t-il préféré naître d’une femme (cf. Ga 4, 4), plutôt que de descendre du ciel avec un corps déjà adulte, formé de la main de Dieu (cf. Gn 2, 7) ? Est-ce que cela n’aurait pas été plus digne de lui ? Plus adéquat à sa mission de maître et de sauveur de l’humanité ? Nous savons que dans les premiers siècles surtout, beaucoup de chrétiens (les docètes, les gnostiques, etc.) auraient préféré que les choses fussent ainsi. Le Verbe, au contraire, prit l’autre chemin. Pourquoi ? »

« La réponse nous arrive avec la simplicité transparente et convaincante des œuvres de Dieu. Le Christ voulait être un véritable rejeton (cf. Is 11, 1) de la souche qu’il venait sauver. Il voulait que la rédemption jaillisse pour ainsi dire de l’intérieur de l’humanité, comme quelque chose d’elle-même. Le Christ voulait secourir l’homme, non comme un étranger, mais comme un frère, en se faisant en tout semblable à lui excepté le péché (cf. He 4, 15). C’est pourquoi il voulut une mère et la trouva en la personne de Marie. La mission fondamentale de la jeune fille de Nazareth fut donc celle d’être le trait d’union entre le Sauveur et le genre humain ».

« Cependant, dans l’histoire du salut, l’action de Dieu ne se déroule pas sans faire appel à la collaboration des hommes : Dieu n’impose pas le salut. Il ne l’a pas imposé non plus à Marie. Dans l’événement de l’Annonciation, il se tourne vers elle d’une manière personnelle, sollicite sa volonté et attend une réponse qui jaillisse de sa foi. Les Pères ont très bien approfondi cet aspect, en faisant ressortir que « la bienheureuse Marie, en croyant à Celui qu’elle engendra, le conçut aussi dans un acte de foi « (saint Augustin, Sermo 215, 4 cf. saint Léon, Sermo I in Nativitate, 1 ; etc.). Le récent Concile Vatican II a souligné la même chose, en affirmant que la Vierge « à l’annonce de l’Ange accueillit dans son cœur et dans son corps le Verbe de Dieu » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 58) ».

« Le consentement total et inconditionnel de la « servante du Seigneur » ne fut point un simple consentement à la naissance de Jésus, mais bien une acceptation responsable de participer à l’œuvre de salut qu’il venait réaliser. Les paroles du Magnificat offrent une confirmation très nette de cette conscience lucide : « Il a secouru Israël son serviteur — dit Marie —, se souvenant de sa miséricorde, comme il l’avait promis à nos pères, à Abraham et à sa descendance à jamais. » (Lc 1, 54-55.) »

« En prononçant son « fiat », Marie ne devient pas seulement Mère du Christ historique ; son geste la pose comme Mère du Christ total, comme « Mère de l’Église ». « Dès l’instant du « fiat » — remarque saint Anselme — Marie commença à nous porter tous dans son sein » ; c’est pourquoi « la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps », proclame saint Léon-le-Grand. De son côté, saint Éphrem a aussi une très belle expression à ce sujet : Marie, dit-il, est « la terre dans laquelle a été semée l’Église ». 

Toute mère transmet à ses enfants sa propre ressemblance, continue après le pape saint Jean Paul II ; c’est ainsi qu’entre Marie et l’Église il existe un rapport de profonde ressemblance. Marie est la figure idéale, la personnification, l’archétype de l’Église. En elle s’effectue le passage de l’ancien au nouveau Peuple de Dieu, d’Israël à l’Église. « 

« Marie est le premier fruit et l’image la plus parfaite de l’Église : « Une part très noble, une part excellente, une part remarquable, une part tout à fait choisie. » (Rupert, In Apoc., 1, VII, 12.) « Unie à tous les hommes qui ont besoin du salut », proclame encore Vatican II, elle a été rachetée « d’une manière très sublime en considération des mérites de son Fils » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 53). Aussi Marie demeure-t-elle, aux yeux de tous les croyants, comme la créature toute pure, toute belle, toute sainte, capable « d’être Église » comme aucune autre créature ne le sera jamais ici-bas. »

« Nous aussi, aujourd’hui, nous la contemplons pour apprendre, à partir de son exemple, à construire l’Église. Et pour cela, nous savons qu’il nous faut avant tout progresser sous sa direction dans l’exercice de la foi. Marie a vécu sa foi dans une attitude d’approfondissement continuel et de découverte progressive, en traversant des moments difficiles de ténèbres, à commencer par les premiers jours de sa maternité (cf. Mt 1, 18 et ss.) : moments qu’elle a surmontés grâce à une attitude responsable d’écoute et d’obéissance à l’égard de la Parole de Dieu. Nous aussi, nous devons nous efforcer d’approfondir et de consolider notre foi par l’écoute, l’accueil, la proclamation, la vénération de la Parole de Dieu, par l’examen attentif des signes des temps à sa lumière, par l’interprétation et l’accomplissement des événements de l’histoire (cf. Paul VI, Exh. ap. Marialis cultus, n. 17). » (Messe à Éphèse, Turquie. 30/11/1979)

Dans cette solennité demandons la grâce à notre Dame, de l’imiter, d’imiter son Fils, pour devenir dans ce monde, selon les belles paroles de sainte Elisabeth de la Trinité, une nouvelle incarnation du Verbe.

P. Luis Martinez IVE.

Et parce que Joseph était un homme juste…

Lire l’évangile du quatrième dimanche du temps de l’Avent  (Mt 1, 18-24)

Ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, prêts à célébrer la Solennité de la Nativité, la liturgie nous présente l’annonce faite par l’Ange Gabriel à saint Joseph. Tout près de Noël, l’Eglise nous fait méditer les évènements qui ont précédé la naissance de Jésus.

Marie était déjà mariée avec Joseph et pas accordée en Mariage. Il faut connaître la façon dont le peuple d’Israël du temps de notre Seigneur célébrait les mariages. Dans une cérémonie, les fiancés devenaient légalement mariés, mais pour un temps (à peu près un an) les époux demeuraient chacun dans la maison des parents. Cela explique la phrase de saint Mathieu : « Marie avait été accordée en mariage à Joseph ; mais avant qu’ils aient habité ensemble » et ce qui suit.

Par rapport à tout cet épisode de l’évangile, son interprétation est parfois un peu difficile ; parce que certains ont tendance à penser que saint Joseph a douté de la fidélité de Marie, une pensée qui était déjà présente en quelques pères de l’Eglise. Aujourd’hui, dans un monde où souvent l’honneur et la vérité n’ont pas de valeur, la pensée de plusieurs commentateurs se dirige aussi vers ce type de commentaires qui affirment que saint Joseph a mis en doute –l’innocence de la Vierge, et ils arrivent même parfois à employer un langage qui n’est pas du tout correct en parlant de choses de Dieu et de son Mystère.

L’autre interprétation dit simplement que Joseph, connaissant le mystère auquel il allait participer, avait décidé de s’éloigner de Marie. Et nous pouvons faire une petite explication de cette deuxième interprétation.

L’évangile nous dit que « Joseph, l’époux de Marie, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement et décida de la renvoyer en secret.»

La première chose à signaler c’est le fait de qualifier saint Joseph comme « homme juste ».

Qu’est-ce qu’un homme juste dans la Bible et selon le langage biblique ?

Un homme juste, c’est un homme qui connaît Dieu, qui l’aime de tout son cœur, et qui s’applique à faire sa volonté ; c’est un homme « ajusté » à Dieu, à sa sainte Volonté, c’est-à-dire c’est celui qui règle son action en référence à la Parole de Dieu, à ses commandements et à ses lois.

Alors, s’il s’agit d’un homme juste, dans le doute d’infidélité, il aurait dû chercher à prouver cela pour après accomplir ce que la loi juive prévoit pour les femmes infidèles, c’est-à-dire d’être lapidée.

Pourtant, cet homme juste décide d’agir d’une façon différente ; ni il ne la dénonce ; ni il ne décide de la renvoyer, ou de la laisser.

Alors, on pourrait dire que saint Joseph a fait cela parce qu’il aimait beaucoup Marie ? Ce n’est pas celle- la, la raison principale et la plus importante, la raison donnée par l’évangile c’est que « Joseph était un homme juste » (comme dire : parce qu’il était un homme juste). En ayant cette attitude, Joseph nous montre qu’il considère en fait que son épouse n’est pas coupable d’un péché.

Alors… pourquoi donc  prend-il cette décision de rompre le lien avec Marie si elle n’est pas coupable ?

Ecoutons d’abord ce qui dit saint Jérôme :

« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il (perçoit le grand) mystère. » (St Jérôme, sur Mt 1. 1, PL 26, 24).

Saint Bernard nous dit aussi : « Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement. » (St Bernard, Hom 2 sur le Missus est, PL 183, 68).

Saint Joseph est devant un grand mystère, qu’il apprend peut-être par Marie qui lui communique ce fait prodigieux , c’est-à-dire qu’elle va concevoir cet enfant par l’œuvre de l’Esprit Saint. Il rentre dans ce moment que la spiritualité appelle la nuit obscure, c’est le moment où Dieu veut nous faire grandir dans la foi et notre nature souffre parce qu’elle doit s’adapter à cette nouvelle vie que l’Esprit lui propose.

Alors, contrairement à ce que la traduction semble dire, l’Ange n’apprend pas à Joseph que l’enfant conçu dans le sein de Marie vient de l’Esprit Saint, ce que l’Ange vient plutôt apprendre à Joseph, c’est que Dieu a besoin de lui pour accomplir pleinement son dessein.

Non seulement Dieu ne demande pas à Joseph de s’éloigner, mais il lui demande tout au contraire de rester et de prendre Marie pour son épouse (et comme conséquence d’introduire l’enfant dans sa « maison », dans sa famille) ; puis de donner son nom à l’enfant – ce qui revient, selon la coutume sémitique, à assumer la paternité légale de l’enfant. C’est la raison pour laquelle l’Ange interpelle Joseph par l’expression « Fils de David » : pour lui rappeler que le Messie doit s’inscrire, selon le Plan de Dieu annoncé par les prophètes, dans la descendance de David. Et que c’est par Saint Joseph que Jésus deviendra Fils de David, et accomplira en sa personne les promesses de Dieu. C’est Joseph qui est chargé de donner le nom à l’enfant. Et dans la Bible, donner le nom, c’est vraiment lui donner existence, la mission, la vocation.

Si Jésus n’est pas Fils de David, il ne pourra être reconnu par son peuple comme le Messie. C’est par Joseph que Jésus va pouvoir être reconnu comme le Messie annoncé. Cela est très bien exprimé dans la généalogie de Jésus qui ouvre l’Evangile de Saint Matthieu quelques versets avant le texte évangélique de ce dimanche, où l’on voit bien que Jésus est Fils de David par Joseph, et non par Marie.

Faisant une traduction plus directe du grec, nous devons lire le texte de Matthieu (1, 21-22) comme suit : « Certes, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; mais toutefois, elle mettra au monde un fils auquel TU (il s’agit de Joseph, évidement) donneras le nom de Jésus. »

Le mystère s’éclaircit maintenant et Joseph, c’est Dieu qui envoie son Ange pour confirmer et pour lui demander son consentement, et ainsi avec toute sa liberté, comme Marie avait donné son Fiat, lui aussi doit donner le sien, son « Oui » pour que l’œuvre de l’Incarnation se réalise dans le monde ; la participation de saint Joseph ne sera pas simplement celle d’un simple père pour assurer la dignité de Marie. Sa vocation dépasse aussi largement celle de simple « père nourricier » de l’Enfant-Jésus et d’époux de Marie. Dans ce dessein de Dieu saint Joseph participe au mystère de Dieu « incarné et fait homme » et à la Maternité divine de son Epouse, saint Joseph c’est le premier grand contemplatif des grands mystères de Dieu.

Saint Jean Paul II a dit : « Pour saisir la signification et le don de grâce de Noël, désormais imminent, nous devons donc nous mettre à l’école de la Mère de Dieu et de son époux Joseph, que nous contemplerons dans la crèche en adoration pleine d’extase du Messie nouveau-né ».

A l’exemple de saint Joseph demandons la grâce d’une foi ferme : « croire signifie vivre dans l’histoire en étant ouverts à l’initiative de Dieu, à la force créatrice de sa Parole, qui s’est faite chair dans le Christ, s’unissant pour toujours à notre humanité ». Pensons que le plan de Dieu touche toujours aussi notre vocation, parents, époux, épouses, enfants, jeunes, laïcs, religieux et prêtres. Pensons aussi que nous pouvons interférer ce plan de Dieu avec nos péchés mais aussi avec nos critères et nos jugements trop humains. Nous pouvons aider ou parfois, empêcher que les desseins de Dieu se réalisent dans nos vies et dans la vie des autres. Cherchons à accomplir ce que Dieu veut de nous, ne soyons pas un obstacle à l’œuvre de Dieu qui se manifeste dans des grands et de petits signes.

Apprenons l’essentiel de la personnalité de saint Joseph: c’est un homme ouvert à l’écoute de Dieu dans la prière.  On peut définir Joseph comme un authentique homme de foi, comme son épouse Marie. La foi conjugue justice et prière, et telle est l’attitude la plus adaptée pour rencontrer l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous.

Que la très sainte Vierge Marie et saint Joseph nous donnent cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné