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« Heureusement que le Seigneur accueille toujours les pécheurs !»

Lire l’évangile du Dimanche XXIV (Lc 15, 1-32)

bon_pasteur_institut_du_verbe_incarneNous venons d’entendre le récit considéré comme le plus beau de toute l’Ecriture Sainte, la Bible. C’est la parabole du Fils Prodigue, ou bien comme le pape Benoît XVI a dit une fois, il voudrait mieux l’appeler du Père miséricordieux. Ensemble aux autres deux paraboles, celle de la brebis et de la monnaie perdues, elle sert comme réponse de Notre Seigneur à ceux qui critiquaient son attitude de recevoir et manger avec les pécheurs, la fausse sainteté repousse les pécheurs, tandis que la Véritable les attire vers elle, dit saint Augustin. Pour les pharisiens ce qui comptait le plus c’était les péchés que tout le monde pouvait voir, on peut dire « les péchés publics » ; tandis que les autres péchés, ceux « de cœur » ne comptaient pas vraiment dans leur interprétation de la loi, tellement vidée de sens par ces « docteurs ». misericorde_institut_du_verbe_incarneNous devons donc faire attention de ne pas tomber aussi dans cette mauvaise interprétation, pensons plutôt que ces péchés cachés dans notre cœur peuvent nous faire plus de mal que ceux que les autres peuvent voir.

Le texte de l’Evangile commence avec les mots par lesquels les pharisiens critiquaient le Seigneur : Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux, deux mille ans après sa venue, nous disons : « heureusement que le Seigneur accueille toujours les pécheurs ! », cela nous rassure chaque fois que nous revenons à la confession chargés de nos péchés et que nous retrouvons le prêtre, pécheur lui aussi, mais agissant IN PERSONA CHRISTI pour nous réconcilier avec le Père ; « heureusement que le Seigneur accueille toujours les pécheurs » disait un père de l’Eglise.

Notre Seigneur fait trois comparaisons, trois paraboles : dans les deux premières, Dieu va à la recherche soit comme un berger soit comme une femme, dans la troisième, Il attend le retour du fils, comme un Père. Les trois images ne sont pas difficiles à imaginer, un berger, un père ; même aussi Dieu n’a pas de problème de jouer le rôle d’une mère de maison, parce qu’à la fin le plus important c’est de montrer que l’homme, le pécheur a une valeur aux yeux de Dieu qu’Il ne veut pas l’abandonner. Dans les trois paraboles il y a toujours la joie soit pour retrouver, soit pour le retour.

misericorde_iii_institut_du_verbe_incarneEn fait, chaque parabole montre un aspect diffèrent de la Miséricorde de Dieu, la brebis perdu s’en va même sans l’apercevoir, elle se sépare du troupeau et fini blessée c’est pourquoi elle cesse de marcher et reste étendue par terre, raison pour laquelle le berger la prend sur ses épaules (Dieu nous aide, seuls, nous ne serons jamais revenu à la vie de la grâce). Notre berger laisse les autres 99 brebis, ce n’est pas qu’il ne les aime pas, mais Il n’est pas indifférent pour celle qui est partie, comme on vient de dire, devant Dieu nous avons une valeur, « notre âme, disait saint Thomas d’Aquin vaut plus que tout l’ensemble de l’univers créé ».

La deuxième parabole c’est une image domestique. Qui sait si Jésus racontant cette histoire ne pensait pas en son enfance à Nazareth, si cette femme n’était pas sa Sainte Mère ? misericorde_ii_institut_du_verbe_incarneUne pièce d’argent signifiait une journée de travail, de là le souci pour la retrouver ; d’autres disent que ces monnaies faisaient partie des souvenir qu’une femme gardait de son mariage, on mettait la pièce d’argent sur le voile et les habits qu’elle portait lors de ses noces, comme la bague de noces de nos jours.

 En tout cas, l’objet est si important qu’elle nettoie toute la maison, ces maisons qui n’étaient qu’un grand salon où les gens avaient un peu tout, la plus part comptaient avec la lumière qui venait de la porte, elles étaient donc plutôt sombres. Faire un bon nettoyage signifiait un grand effort. Voilà l’image de la miséricorde, Dieu ne se fatigue pas de nous chercher, Il insiste, Il nous appelle à plusieurs reprises, Il insiste par amour pour nous.

Dans la troisième parabole, ce n’est plus un objet ni même un animal ; il s’agit maintenant d’un être humain qui s’égare et qui le fait en toute conscience. L’optique est donc différente, l’image est plus proche de nous. C’est lui-même, par sa propre volonté qui s’en va.

misericorde_iv_institut_du_verbe_incarneCette année, nous avons déjà médité sur cette parabole, le 4ème dimanche de carême.

Nous pouvons dire qu’au centre de l’histoire, le Seigneur dit que le jeune loin de son père et dans la misère, il rentre en soi-même,  comme dit saint Augustin: «Ne sortez pas dehors, allez à l’intérieur de vous-même, au cœur de l’homme habite la vérité. « , il fait référence à la conscience, là, devant notre conscience, si elle est droite, nous ne pouvons pas nous confondre.

Il décide de retourner à la maison et son Père le voit de loin, voilà un autre détail, Dieu nous attend toujours, comme ce père qui semblerait l’attendre tous les jours, il désirait à chaque moment voir son fils revenir par le chemin où il était parti une fois.

misericorde_v_institut_du_verbe_incarneComme dit le Seigneur par le prophète Jérémie : Vous m’appellerez, et vous viendrez, et vous me prierez, et je vous écouterai. Vous me chercherez et vous me trouverez, parce que vous me chercherez de tout votre cœur (Jr. 29,12).

Mais nous ne devons pas tomber dans l’erreur de croire que parce que Dieu est miséricordieux, le châtiment éternel n’existe pas. Ou bien comme certains disent si Dieu est Père, comment peut-Il condamner ? Un prédicateur disait : « Ce n’est pas Lui qui condamne si tu ne retournes pas, mais plutôt toi-même. Il partira à ta recherche, il va t’amener sur ses épaules mais si tu ne résistes pas ; par contre, jamais Dieu ne forcera ta volonté. Il ne peut pas forcer la volonté, aucun père ne le fait par rapport à ses enfants, Dieu est un père et Il n’exerce pas une tyrannie.  Celui qui n’est pas pardonné ce n’est pas parce que Dieu refuse de lui donner le pardon, c’est parce que lui-même ne veut pas abandonner sa vie de péché. Saint Jean Chrysostome disait une chose pareille : c’est ne pas la multitude de péchés la cause de désespoir, mais plutôt le fait d’être accroché à eux.

Dieu ira toujours à la recherche du pécheur qui se repenti, Dieu insiste pour qu’il revienne, Dieu attend, en son amour Dieu n’oublie jamais.

Un jour un homme un peu âgé arrive chez une infermière pour se faire soigner d’une blessure dans sa main. Il était un peu pressé, c’était le matin. L’infirmière lui demande la raison, et il répond qu’il devait aller prendre le petit déjeuner avec son épouse comme d’habitude, elle était résidente dans une maison des personnes âgées. Elle était là, il y avait quelques années à cause de la maladie d’Alzheimer, très avancée. L’infirmière, lorsqu’elle eut presque fini son travail demande à cet homme si son épouse allait s’inquiéter de son retard, le monsieur avec un simple sourire lui dit : » Il y a 5 ans que ma femme ne me reconnait plus. »L’infermière continue : « Si elle ne vous reconnait pas pourquoi donc venir tous les jours ? »misericorde_vii_institut_du_verbe_incarne

« Elle, a répondu le monsieur, ne sait plus que je suis son mari, moi pourtant, je sais très bien qu’elle est mon épouse. »

Belle image de Dieu, même si par la maladie du péché nos oublions Dieu, Lui, il ne peut jamais nous oublier dans sa Miséricorde.

Que la Vierge Marie nous donne la grâce de revenir toujours au sacrement de la Miséricorde.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »

Pardonnez nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé (Deuxième partie)

Cette demande : Remettez-nous nos dettes, est-elle exaucée ?

Pour répondre à cette question, il faut avoir présent à l’esprit les deux éléments contenus en tout péché, à savoir la faute ou l’offense faite à Dieu, et le châtiment mérité par la faute.

Or la faute est remise par la contrition, si la contrition est accompagnée du propos de se confesser et de satisfaireJ’ai dit, déclare le Psalmiste (Ps 31, 5), je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur, et vous nous avez pardonné l’impiété de mon péché.

Si donc, comme nous venons de le dire, la contrition des péchés avec le propos de les confesser, suffit à en obtenir la remise, le pécheur ne doit pas désespérer.

 Mais peut-être quelqu’un peut dire: Puisque le péché est remis par la contrition, à quoi sert le prêtre ?

Pardon. Monastère Bx Charles de Foucauld. Institut du Verbe IncarnéA cette question, il faut répondre : Dieu, par la contrition, remet la faute et change la peine éternelle en peine temporelle ; le pécheur contrit reste donc soumis à une peine temporelle. C’est pourquoi, s’il mourrait sans s’être confessé, non parce qu’il aurait méprisé la confession, mais parce que la mort arrive avant qu’il se confesse, il irait au purgatoire y souffrir, et, d’après saint Augustin, y souffrir extrêmement.

Mais si vous vous confessez, vous vous soumettez au pouvoir des clefs et en vertu de ce pouvoir, le prêtre vous pardonne de la peine temporelle due à vos fautes ; le Christ a dit aux Apôtres (Jn 20, 22-23) : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils sont retenus à ceux à qui vous les retiendrez.

Les successeurs des Apôtres trouvèrent un autre moyen de remettre la peine temporelle, à savoir le bienfait des indulgences.

Beaucoup de saints firent un grand nombre de bonnes œuvres, sans pécher du moins mortellement ; ils firent ces œuvres pour l’utilité de l’Eglise. De même, les mérites du Christ et de la bienheureuse Vierge sont réunis comme en un trésor. Le Souverain Pontife et ceux à qui il en a confié le soin, peuvent dispenser ces mérites, là où il y a nécessité.

Ainsi donc, les péchés sont remis, quant à la faute, par la contrition, et, quant à la peine, par la confession et par les indulgences.

Que devons-nous accomplir pour que le Seigneur exauce cette demande : « Pardonnes-nous nos offenses » ?

Il faut répondre : Dieu réclame de notre part, que nous pardonnions à notre prochain les offenses qu’il nous fait. C’est pourquoi il nous demande de dire :« comme nous, nous remettons leurs dettes à nos débiteurs ». Si nous agissions autrement, Dieu ne nous pardonnerait pas.

Il est dit de même dans l’Ecclésiastique (28, 2-5) :Pardonne au prochain son injustice, et alors, à ta prière, tes péchés seront remis. L’homme conserve de la colère contre un autre homme, et il demande à Dieu sa guérison ! Il n’a pas pitié de son semblable, et il supplie pour ses propres fautes! Lui, qui n’est que chair, garde rancune ; qui donc lui obtiendra le pardon de ses péchés ? Et aussi:  Pardonnez donc, dit Jésus (Luc 6, 37), et il vous sera pardonné.

Et c’est pourquoi dans cette cinquième demande du « Notre Père » le Seigneur pose cette seule condition : pardonner à autrui. Si nous ne la réalisons pas, à nous non plus, il ne nous sera pas pardonné.

Notre cœur doit donc ratifier cette demande, quand nos lèvres la prononcent.

Alors on se demande aussi si quelqu’un qui n’a pas le propos intérieur de pardonner son prochain doit dire encore : comme nous, nous remettons à nos débiteurs.

Il semble que non, car alors il mentirait. Mais il faut répondre qu’il n’est pas pourtant dispensé de le dire.

En fait, il ne ment pas, parce qu’il ne prie pas en son nom, mais au nom de l’Eglise qui, elle, ne s’y trompe pas ; c’est pourquoi d’ailleurs cette demande est exprimée au pluriel.

Pardon. Monastère Bx Charles de Foucauld Institut du Verbe Incarné
Saint Jean Paul II rend visite à celui qui avait commis l’attentat contre sa vie en 1981.

Il est bon de le savoir ; il y a deux manières de pardonner au prochain.

  • La première est la manière des parfaits ; elle pousse l’offensé à aller au-devant de l’offenseur, pour lui pardonner, conformément à ce que dit le Psalmiste (Ps 33, 15) : Recherche la paix.
  • La deuxième manière de pardonner est commune à tous et obligatoire pour tous ; elle consiste à accorder le pardon à qui le sollicite. Pardonne au prochain son injustice, dit l’Ecclésiastique (28, 2), alors à ta prière, tes péchés te seront remis.

A cette cinquième demande de l’oraison dominicale se rattache la béatitude : Bienheureux les miséricordieuxLa miséricorde, en effet, nous porte à avoir pitié de notre prochain.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin