Archives par mot-clé : mort chrétienne

Comment la mort de saint Joseph fut belle, douce et édifiante

Le paisible bonheur de cette vie à Nazareth fut interrompu par le trépas de saint Joseph. Nous ne savons rien de certain sur les circonstances de cette mort. Il semble que Joseph avait déjà quitté cette terre lorsque le Sauveur, vers l’âge de trente ans environ, commença sa vie publique. Nous ne le trouvons point parmi les invités des noces de Cana : c’est donc, probablement, qu’il était mort, sans quoi il serait fait mention de lui avec Jésus et Marie. Il n’est pas parmi ceux qui, au Calvaire, entourent le Sauveur crucifié : sans quoi Jésus n’eût point confié Marie à la garde de saint Jean. On peut admettre que Joseph mourut quand le Sauveur, parvenu à l’âge d’homme, fut en état de veiller par lui-même au soin de sa Mère.

Notre saint n’a donc pas été le témoin des merveilles de la vie publique de Jésus. Il ne put que la représenter à son esprit d’après les prophéties ou, peut-être aussi, d’après les révélations qu’il plut au Sauveur de lui en faire. Comme autrefois Moïse, sur la montagne, salua de loin la Terre Promise sans pouvoir y entrer, ainsi Joseph entrevit dans l’avenir les gloires de Jésus. De même que, plus tard, saint Jean-Baptiste le Précurseur devait disparaître devant le Messie, ainsi Joseph, dans le plan de Dieu, devait se retirer après avoir rempli sa mission de père nourricier du Sauveur, de protecteur de la Sainte Enfance. Combien, d’autre part, après les gloires de l’apostolat de son bien-aimé Jésus, son cœur eût souffert des persécutions suscitées par les Juifs, de la haine des Pharisiens, de la sanglante tragédie du Calvaire !

Ainsi nous ignorons et l’époque et le lieu de la mort de saint Joseph, et les circonstances qui l’accompagnèrent. Eut-il, comme Jésus et Marie, le privilège d’être exempt des incommodités de la maladie, d’être soumis seulement aux maux de l’humaine nature pris en général, comme la fatigue, la mort, etc. ? Qui le dira ? D’ordinaire on admet que sa mort fut amenée par la maladie, mais surtout par l’ardeur de son amour pour Jésus, pour son Dieu. Nous l’avons vu : les liens qui unissaient Joseph au Verbe Incarné étaient d’une nature spéciale ; l’intimité qui en résultait permettait à ce cœur innocent, fidèle et généreux de comprendre des leçons dont il profitait si bien pour progresser merveilleusement dans toutes les vertus et, particulièrement, dans la charité. Pour nous servir de comparaisons employées par la Sainte Écriture, saint Joseph était, en vérité, le palmier planté dans les parvis du Seigneur, le cyprès qui grandit sur le mont de Sion, l’arbre qui croit au bord des eaux de la vie éternelle et puise la vie à la source divine elle-même.

Dieu, d’ailleurs, est reconnaissant. Si le Sauveur a récompensé magnifiquement les bergers, les Mages, Siméon, Anne et d’autres encore parce qu’ils ont su l’honorer lorsque, durant quelques instants trop rapides, il les a favorisés de sa présence, comment récompensera-t-il saint Joseph qui, durant tant d’années, a vécu dans son intimité ? Quand le Seigneur regarde comme fait à lui-même la moindre des choses que nous faisons par un sentiment de charité pour le prochain, s’il donne son ciel pour un verre d’eau, qu’en sera-t-il de saint Joseph qui, en toute vérité, a donné un asile au Sauveur, qui l’a nourri, vêtu et consolé, qui a mis à son service toutes ses forces physiques et tout le dévouement de son cœur, qui lui a sacrifié son repos, et lui a, au milieu des difficultés et au prix de tant de privations, témoigné un amour incomparable? Dieu a contracté une dette en quelque sorte personnelle envers saint Joseph, et l’on comprend, dès lors, qu’il l’ait acquittée en accordant à notre saint des grâces toujours plus grandes et, surtout un progrès continuel dans la charité qui est le meilleur de ses dons et le plus parfait. Grandissant sans cesse dans le cœur de Joseph, cette charité, par son ardeur, brisa les liens d’un corps mortel, impuissant à contenir ses aspirations. L’amour de cet Enfant, de son Dieu consuma sa vie. A mesure qu’en Jésus la gravité et la majesté de l’homme succédaient aux grâces charmantes de l’enfant, le tendre amour de Joseph se recueillait, pour ainsi dire, au plus profond de son cœur, absorbant ses forces, jusqu’à ce qu’enfin l’âme, rompant ses derniers liens, s’exhala dans un suprême élan de charité.

L’amour et la reconnaissance d’un Fils si tendrement aimé devaient, certes, se montrer magnifiquement à cette heure dernière, et faire de la mort de saint Joseph la mort la plus belle, la plus édifiante, la plus consolante. Il en fut ainsi. Le Maître de la vie, Celui qui tient entre ses mains et notre corps et notre âme, Celui qui sait par l’onction de sa grâce faire des affres de la mort et de la mort elle-même une joie et une consolation – Jésus, aux côtés de Marie, qui est « l’espoir et la douceur » de tous les enfants d’Adam, assista Joseph mourant. L’unique chose que notre saint pouvait regretter en quittant ce monde, c’était la présence personnelle de Jésus ; mais au regret de la séparation succéderait bientôt la joie du revoir dans la gloire du jour de la résurrection. L’arrêt qui marqua le terme de sa vie fut un nouveau témoignage de l’amour et de la reconnaissance du Sauveur : c’est dans le baiser de cet amour que Joseph expira. « Courage, bon et fidèle serviteur ! Entrez dans la joie de votre maitre ! » « Aujourd’hui, vous serez avec moi dans le paradis ! » Cette parole du Seigneur à tous les fidèles serviteurs, cette promesse que, sur la croix, Jésus devait faire au larron pénitent – n’est-ce point la promesse que Joseph, le père de Jésus, entendit alors de la bouche de son Fils ?

Et l’âme de notre saint descendit dans les limbes. Et, pour les patriarches et les prophètes, pour tous les justes qui y attendaient que le ciel s’ouvrît, ce fut comme l’aurore d’un beau jour, puisque c’était l’annonce de l’avènement du Sauveur.

On ignore où fut enseveli le corps de saint Joseph : à Nazareth ou bien à Jérusalem, dans cette ville où, plus tard, Jésus et, d’après une tradition, Marie trouvèrent leur tombeau ? Dans cette dernière hypothèse, ces trois cœurs, qui s’étaient si saintement aimés sur cette terre, auraient encore été rapprochés jusque dans la sépulture.

La vie de saint Joseph sur cette terre était terminée ; c’était la fin de son ministère auprès de la Personne divine du Verbe Incarné. Mais notre saint patriarche se survit, même ici-bas, dans l’Eglise qui est le corps mystique de Jésus-Christ, son rôle se poursuit et son action s’exerce par l’honneur dont on l’entoure, par les vertus dont il nous a donné l’exemple, par l’efficacité de son intercession, par la puissance de son patronage. C’est là, pour les âmes, une force, une leçon, une consolation ; ce sont là, pour les fidèles, autant de motifs d’honorer notre saint et de travailler à imiter ses vertus.

La gloire de Joseph, dans le ciel, est grande assurément : elle est en rapport avec sa dignité et avec ses mérites, comme avec la reconnaissance et la libéralité du Sauveur. Sur cette terre il a donné sans mesure, car la charité la plus ardente l’inspirait ; et le Seigneur, à son tour, lui donne dans la gloire « une bonne mesure, pressée et entassée » (Luc. VI, 38) ; pour récompenser ce serviteur bon et fidèle, il l’a établi « sur tous ses biens » (Matth. XXIV, 47) ; il a placé le trône de son père nourricier auprès du trône de sa Mère très pure. Tant de gloire dépasse ce que nous pouvons comprendre : un jour, dans l’éternité, elle fera notre joie. Mais, déjà ici-bas, il nous est donné d’en contempler en quelque sorte le reflet dans l’Église, dans le royaume terrestre de Jésus-Christ.

Étudions cette action de saint Joseph dans l’Église ; voyons par quel tribut d’honneur et de reconnaissance les fidèles s’efforcent d’acquitter leur dette envers lui. L’ordre à suivre est tout indiqué : étudions d’abord les honneurs et les privilèges fondés sur les liens qui unissent saint Joseph à la Personne du Sauveur, car ils projettent une vive lumière sur l’excellence de ses vertus, ils lui assurent l’hommage et la vénération des fidèles et stimulent les âmes à l’imitation de ses vertus.

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.

“Je crois à la vie éternelle”

Homélie pour le Dimanche XXXIII, année C (Lc 21, 5-19)

Aujourd’hui c’est l’avant dernier dimanche du temps ordinaire, qui se clôt avec la solennité du Christ Roi, la semaine prochaine. Et le texte de l’évangile que nous venons d’entendre nous fait méditer sur une grande réalité, le temps passe dans ce monde, ce monde passe et il doit passer ; en même temps Notre Seigneur nous apprend à lire les signes du temps, pour savoir nous préparer pour son retour.

Comme l’évangile nous le fait comprendre, le Seigneur et ses disciples se trouvaient près du temple de Jérusalem, qui était le symbole de la religion et la fierté pour les juifs. Imaginons cet immense édifice qui mesurait 13 mètres de hauteur, dont les grandes portes étaient revêtues d’ or, tout comme était aussi en or une grande vigne qui représentait le peuple d’Israël, chaque grappe que possédait cette vigne avait la taille d’une personne. Les colonnes du portique et de l’intérieur de la cour étaient un seul bloc en marbre blanc de 12 mètres de hauteur.

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »  Les questions posées ensuite par ses disciples sont donc des questions d’angoisse, car ils ne pouvaient pas croire que ce temple serait réduit à rien. Cette prophétie du Seigneur s’est pourtant accomplie 40 ans après, et jusqu’aujourd’hui, du temple de Jérusalem il ne reste que les pierres de fondation.

Mais le Seigneur ouvre aussi sa prophétie à toute l’histoire de son Eglise. Beaucoup viendront sous son nom ou bien annonçant sans raison que la fin est proche : « Ne marchez pas derrière eux ! » discernez s’ils viennent vraiment de la part de Dieu.

Il y aura des guerres, des phénomènes extraordinaires de la nature, des famines et des épidémies mais cela ne signifiera pas la fin de l’histoire, « il faut que cela arrive d’abord (comme plusieurs de ces choses-là sont déjà arrivées), mais ce ne sera pas aussitôt la fin ».

La vie de ses disciples dans toute l’histoire de l’humanité ne sera pas facile non plus, car Jésus prophétise les persécutions : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom », il nous commande pourtant de ne pas abandonner notre foi, nous avons l’assurance que Dieu est avec nous pour nous soutenir dans notre foi, de nous dépend seulement le fait de ne pas abandonner la foi, avec l’aide de Dieu :  « c’est par votre persévérance que vous garderez votre âme », que vous sauverez votre âme.

C’est le grand enseignement de ce dimanche, la vie de ce monde doit passer et nous devons nous préparer par notre persévérance dans la foi et dans l’amour à la vie éternelle, la vie qui ne finit jamais.

Lorsque nous faisons notre profession de foi, c’est en effet le dernier article à confesser :  “Je crois à la vie éternelle”, et c’est parce que la vie éternelle est la fin et doit être le terme de tous nos désirs.

Suivant saint Thomas d’Aquin, réfléchissons aujourd’hui sur la vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Comment est cette vie éternelle ?  Quel genre de vie est la vie éternelle ? (cf. Commentaire au Symbole de la Foi)

  • Nous devons savoir, qu’elle consiste, en premier lieu, dans l’union de l’homme avec Dieu. Dieu lui-même, en effet, est la récompense et la fin de tous nos labeurs, comme il le dit un jour à Abraham, (Gen. 15, 1): « Moi le Seigneur, je suis ton protecteur, et ta récompense infini­ment grande. »

Cette union de l’homme à Dieu consiste dans une parfaite vision. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens (1° ép. 13, 12): « Nous ne voyons main­tenant que comme en un miroir, et en énigme; mais alors nous verrons Dieu face à face. »

Cette union consiste également dans la louange la plus grande que l’homme puisse adresser à Dieu. Saint Augustin écrit au livre 22 de la Cité de Dieu que nous verrons, aimerons et louerons Dieu; et Isaïe écrit au sujet de Sion ces paroles (51, 3), que l’on peut appliquer à la vie des élus au ciel: « On y trouvera la joie et l’allégresse, les actions de grâces et des chants de louange. »

  • La vie éternelle consiste, en second lieu, dans le parfait rassasiement des désirs de l’homme. Chacun des bienheureux, en effet, pos­sédera au ciel bien au-delà de ce qu’il aura désiré et espéré ici-bas.

La raison en est, que personne ne peut, en cette vie, satisfaire pleinement ses désirs ; jamais aucune chose créée ne les comble. Dieu seul en effet peut les rassasier totalement et même il les surpasse infiniment. C’est pourquoi l’homme ne trouve de repos qu’en Dieu conformément à ces paroles de saint Augustin (Conf. liv. 1): “Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, et notre coeur est inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en vous”. Les saints dans la patrie possèderont Dieu parfaitement, aussi leurs désirs seront-ils entièrement rassasiés et leur gloire même sur­passera toutes leurs aspirations. Le Seigneur dit (Mt 25, 21): « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître. » Et saint Augustin explique ainsi cette parole du Seigneur: “Toute la joie du Seigneur n’entrera pas dans ceux qui se réjoui­ront, mais eux entreront tout entiers dans la joie”. Ce qui fait dire au Psalmiste (Ps. 16, 15): Je serai rassasié, lorsque apparaîtra votre gloire.

  •  En troisième lieu, la vie éternelle consiste dans une sécurité parfaite. Dans ce monde, en effet, il n’y a pas de par­faite sécurité, car plus on possède de richesses et plus on est élevé en dignité, plus on a de sujets de crainte, plus aussi on éprouve de besoins.

Mais, dans la vie éternelle, il n’y aura ni tris­tesse, ni labeur, ni crainte. Ce que les Prover­bes, en effet, (1, 33) disent de celui qui écoute la Sagesse : « Celui qui m’écoute demeure en sécurité, à l’abri, sans malheur à redouter ».

  •  En quatrième lieu, la vie éternelle consiste dans la société pleine de charmes de tous les bienheureux. Il n’y a pas d’égoïsme, ni de jalousie, ni d’envie.

Les délices du Ciel seront extrêmes. Chaque élu, en effet, possédera, avec les autres bienheureux, tous les biens ; car il aimera cha­cun des bienheureux comme lui-même ; c’est pourquoi il se réjouira du bien des autres comme de son bien propre. Aussi l’allégresse et la joie de tous les élus s’augmenteront-elles de la joie et de l’allégresse de chacun d’entre eux. « O Sion, c’est une grande joie pour tous d’habiter en toi » (Ps. 86, 7).

Comme disait un saint chilien, saint Alberto Hurtado : « Pour le chrétien, la fin de la vie n’est pas une défaite, tout au contraire, c’est une victoire. Ce sera le moment de voir Dieu, pour le trouver et l’éternité pour le posséder. La fin de la vie terrestre n’est pas une crainte pour le chrétien, mais au contraire, quelque chose à espérer ».

Que Marie nous donne la grâce de recevoir la vie éternelle en héritage.

P. Luis Martinez IVE.