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« Je crois à la vie éternelle »

Homélie pour le Dimanche XXXIII, année C (Lc 21, 5-19)

Aujourd’hui c’est l’avant dernier dimanche du temps ordinaire, qui se clôt avec la solennité du Christ Roi, la semaine prochaine. Et le texte de l’évangile que nous venons d’entendre nous fait méditer sur une grande réalité, le temps passe dans ce monde, ce monde passe et il doit passer ; en même temps Notre Seigneur nous apprend à lire les signes du temps, pour savoir nous préparer pour son retour.

Comme l’évangile nous le fait comprendre, le Seigneur et ses disciples se trouvaient près du temple de Jérusalem, qui était le symbole de la religion et la fierté pour les juifs. Imaginons cet immense édifice qui mesurait 13 mètres de hauteur, dont les grandes portes étaient revêtues d’ or, tout comme était aussi en or une grande vigne qui représentait le peuple d’Israël, chaque grappe que possédait cette vigne avait la taille d’une personne. Les colonnes du portique et de l’intérieur de la cour étaient un seul bloc en marbre blanc de 12 mètres de hauteur.

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »  Les questions posées ensuite par ses disciples sont donc des questions d’angoisse, car ils ne pouvaient pas croire que ce temple serait réduit à rien. Cette prophétie du Seigneur s’est pourtant accomplie 40 ans après, et jusqu’aujourd’hui, du temple de Jérusalem il ne reste que les pierres de fondation.

Mais le Seigneur ouvre aussi sa prophétie à toute l’histoire de son Eglise. Beaucoup viendront sous son nom ou bien annonçant sans raison que la fin est proche : « Ne marchez pas derrière eux ! » discernez s’ils viennent vraiment de la part de Dieu.

Il y aura des guerres, des phénomènes extraordinaires de la nature, des famines et des épidémies mais cela ne signifiera pas la fin de l’histoire, « il faut que cela arrive d’abord (comme plusieurs de ces choses-là sont déjà arrivées), mais ce ne sera pas aussitôt la fin ».

La vie de ses disciples dans toute l’histoire de l’humanité ne sera pas facile non plus, car Jésus prophétise les persécutions : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom », il nous commande pourtant de ne pas abandonner notre foi, nous avons l’assurance que Dieu est avec nous pour nous soutenir dans notre foi, de nous dépend seulement le fait de ne pas abandonner la foi, avec l’aide de Dieu :  « c’est par votre persévérance que vous garderez votre âme », que vous sauverez votre âme.

C’est le grand enseignement de ce dimanche, la vie de ce monde doit passer et nous devons nous préparer par notre persévérance dans la foi et dans l’amour à la vie éternelle, la vie qui ne finit jamais.

Lorsque nous faisons notre profession de foi, c’est en effet le dernier article à confesser :  « Je crois à la vie éternelle », et c’est parce que la vie éternelle est la fin et doit être le terme de tous nos désirs.

Suivant saint Thomas d’Aquin, réfléchissons aujourd’hui sur la vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. Comment est cette vie éternelle ?  Quel genre de vie est la vie éternelle ? (cf. Commentaire au Symbole de la Foi)

  • Nous devons savoir, qu’elle consiste, en premier lieu, dans l’union de l’homme avec Dieu. Dieu lui-même, en effet, est la récompense et la fin de tous nos labeurs, comme il le dit un jour à Abraham, (Gen. 15, 1): « Moi le Seigneur, je suis ton protecteur, et ta récompense infini­ment grande. »

Cette union de l’homme à Dieu consiste dans une parfaite vision. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens (1° ép. 13, 12): « Nous ne voyons main­tenant que comme en un miroir, et en énigme; mais alors nous verrons Dieu face à face. »

Cette union consiste également dans la louange la plus grande que l’homme puisse adresser à Dieu. Saint Augustin écrit au livre 22 de la Cité de Dieu que nous verrons, aimerons et louerons Dieu; et Isaïe écrit au sujet de Sion ces paroles (51, 3), que l’on peut appliquer à la vie des élus au ciel: « On y trouvera la joie et l’allégresse, les actions de grâces et des chants de louange. »

  • La vie éternelle consiste, en second lieu, dans le parfait rassasiement des désirs de l’homme. Chacun des bienheureux, en effet, pos­sédera au ciel bien au-delà de ce qu’il aura désiré et espéré ici-bas.

La raison en est, que personne ne peut, en cette vie, satisfaire pleinement ses désirs ; jamais aucune chose créée ne les comble. Dieu seul en effet peut les rassasier totalement et même il les surpasse infiniment. C’est pourquoi l’homme ne trouve de repos qu’en Dieu conformément à ces paroles de saint Augustin (Conf. liv. 1): « Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, et notre coeur est inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en vous ». Les saints dans la patrie possèderont Dieu parfaitement, aussi leurs désirs seront-ils entièrement rassasiés et leur gloire même sur­passera toutes leurs aspirations. Le Seigneur dit (Mt 25, 21): « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître. » Et saint Augustin explique ainsi cette parole du Seigneur: « Toute la joie du Seigneur n’entrera pas dans ceux qui se réjoui­ront, mais eux entreront tout entiers dans la joie ». Ce qui fait dire au Psalmiste (Ps. 16, 15): Je serai rassasié, lorsque apparaîtra votre gloire.

  •  En troisième lieu, la vie éternelle consiste dans une sécurité parfaite. Dans ce monde, en effet, il n’y a pas de par­faite sécurité, car plus on possède de richesses et plus on est élevé en dignité, plus on a de sujets de crainte, plus aussi on éprouve de besoins.

Mais, dans la vie éternelle, il n’y aura ni tris­tesse, ni labeur, ni crainte. Ce que les Prover­bes, en effet, (1, 33) disent de celui qui écoute la Sagesse : « Celui qui m’écoute demeure en sécurité, à l’abri, sans malheur à redouter ».

  •  En quatrième lieu, la vie éternelle consiste dans la société pleine de charmes de tous les bienheureux. Il n’y a pas d’égoïsme, ni de jalousie, ni d’envie.

Les délices du Ciel seront extrêmes. Chaque élu, en effet, possédera, avec les autres bienheureux, tous les biens ; car il aimera cha­cun des bienheureux comme lui-même ; c’est pourquoi il se réjouira du bien des autres comme de son bien propre. Aussi l’allégresse et la joie de tous les élus s’augmenteront-elles de la joie et de l’allégresse de chacun d’entre eux. « O Sion, c’est une grande joie pour tous d’habiter en toi » (Ps. 86, 7).

Comme disait un saint chilien, saint Alberto Hurtado : « Pour le chrétien, la fin de la vie n’est pas une défaite une victoire. Ce sera le moment de voir Dieu, pour le trouver et l’éternité pour le posséder. La fin de la vie terrestre n’est pas une crainte pour le chrétien, mais au contraire, quelque chose à espérer ».

Que Marie nous donne la grâce de recevoir la vie éternelle en héritage.

P. Luis Martinez IVE.

« La mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons »

Lire l’évangile de Dixième Dimanche C (Lc. 7,11-17)

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L’Evangile de ce dimanche nous met devant une réalité que nous ne considérons pas toujours : c’est la mort ; réalité qu’il est même difficile à accueillir (concevoir) dans nos vies, de même qu’il est difficile de parler de notre propre mort.

Les pères de l’Eglise ont vu dans ce passage évangélique une sorte d’image de ce que le Seigneur a accompli dans le monde. La foule, l’humanité qui sort sans aucune espérance vers le destin commun, le tombeau, la sépulture. Mais le Seigneur arrête cette triste procession pour rendre la vie. Avec son triomphe le Seigneur a donné un nouveau sens à notre destin.

Dans ce passage ce qui est étonnant c’est que personne ne demande au Seigneur de faire le miracle. Jésus prend l’initiative, on dirait qu’Il le fait à cause de la douleur de cette mère pour qui l’enfant était tout ce qu’elle avait dans la vie, le texte nous dit : En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, « Ne pleure pas. » ce sont les mots qu’Il lui adresse pour la consoler.

Naïm est un petit village, aujourd’hui il appartient à l’Etat Israélien, c’est un village de population pourtant totalement musulmane. Sortant du village, les pères franciscains de la custodie de la Terre Sainte ont édifié une petite chapelle, en face d’une mosquée bâtie sur les ruines d’une église byzantine des premiers siècles qui honorait ce miracle du Seigneur.

Alors, nous pouvons nous demander : Si les pères de l’Eglise ont vu dans ce miracle de Naïm l’image du triomphe du Seigneur sur la mort, même si nous confessons qu’Il a vraiment vaincu la mort comme nous le chantons dans la nuit de Pâques, pourquoi donc continuons-nous à mourir ? Pourquoi ne nous est-il pas possible de ressusciter, ou bien de ne pas mourir ?

Ce que nous devons nous répondre et répondre à ceux qui nous posent cette question c’est que Notre Seigneur a vraiment vaincu la mort, il a détruit la mort ressuscitant le troisième jour après sa mort sur la croix. Mais ce qu’Il a fait par rapport à notre mort, c’est qu’Il l’a renouvelée, c’est-à-dire qu’Il a changé le but et la finalité, Il lui a donné un nouveau sens.

Avant le péché originel, l’homme aussi devait finir son existence dans ce monde, pour passer après à la vie céleste, c’était aussi la mort mais sans souffrance et sans douleur, c’était un passage à l’autre vie. Après la chute, et hors de la grâce, la mort est marquée par la douleur, et notre nature refuse la douleur et la souffrance, aucun de nous ne veut souffrir.

Avec la Rédemption le Seigneur donne à la mort un sens nouveau, il est vrai, nous souffrons de voir mourir les gens que nous aimons, nous séparer d’eux c’est une souffrance, comme il est vrai aussi que notre nature refuse de mourir, et parfois on a une certaine peur de mourir, et cela s’explique sachant que nous n’avons pas été faits pour la mort.

Avec sa mort et sa résurrection, le Seigneur nous fait par sa grâce voir le moment de la mort, qui est toujours difficile et douloureux, comme le triomphe d’une guerre, comme la Pâque nécessaire à passer pour la rencontre avec le Père, pour arriver au Ciel. Rien n’est gagné gratuitement, sans notre participation, c’est un prix pour nous. C’est pour cela que l’Apocalypses dit : Heureux dès maintenant les morts qui meurent dans le Seigneur!  »  » Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. « MORT_II_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNE

Dans cet évangile le Seigneur demande à la mère de ne pas pleurer, et nous avons dit la raison dans ce nouveau sens de la mort ; mais pourtant quelques temps après, Jésus, lui-même va pleurer au moment de la mort de son ami, Lazare. Cela semblerait contradictoire.

Il faut dire que ce que le Seigneur avait fait devant la mort de son ami, nous sert encore pour voir que la mort implique une véritable souffrance, une croix, qu’elle produit en nous la douleur et que c’est légitime de pleurer ceux qui ne sont plus avec nous. Mais, elle doit être une souffrance pleine d’espérance et de confiance en Dieu, en sa Divine Miséricorde à laquelle nous recommandons nos défunts.

La position morale de l’Eglise face à la mort

Le fait d’accompagner nos êtres aimés et de vivre aussi la préparation pour affronter notre propre mort nous met devant une question très actuelle et parfois mal comprise par beaucoup de chrétiens. D’un côté, nous avons par nature même, un refus de mourir et de voir mourir les autres ; et pour cela, il est légitime de prendre soin et de tout faire de notre part pour conserver la vie.

Mais, on voit parfois que cela implique pour les malades des grandes souffrances, d’agonies difficiles et longues et on se pose la question : jusqu’où aller avec les soins ? Est-il légitime d’abandonner à la mort un être humain, soit par sa décision personnelle ou soit par la nôtre ? Suivons l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise (cf. 2076-2079):

Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

L’Eglise condamne donc ce qu’on appelle de nos jours « l’Euthanasie ». Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe qui consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes, est moralement inacceptable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, et cela est toujours à proscrire et à exclure.

EUTHANASIE_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNEC’est le contraire lorsque les procédures médicales deviennent onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus. Alors, cesser de donner ces procédures « extraordinaires » peut être légitime. C’est le refus de  » l’acharnement thérapeutique « . On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l’empêcher.

Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent pas être interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

Une autre question : et notre mort ? Comment nous attendons notre mort ?

Comme disait un poète : en nous habituant chaque jour à mourir un peu c’est la façon de vivre. Enfin en nous préparant à la rencontre avec le Christ, en essayant de vivre une vie de justes, de bons chrétiens, mourir à ce qui n’est pas Dieu, de façon que lorsque la mort arrivera, elle n’aura pas grand-chose à faire, car tout ce qui nous empêchait de nous unir à Dieu, nous l’avons déjà enlevé auparavant.

Saint Augustin disait en fait « que la mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons ».

Et un écrivain chrétien disait : la vie nous a été donnée pour chercher Dieu, la mort pour le trouver, l’éternité pour le posséder.

Un dernier exemple de comment vivre ce passage de cette vie à la vie éternelle. C’est l’exemple de l’enfant qui est dans le sein de sa mère. Il ne connait pas l’autre vie, la vie d’après, il se sent bien dans son petit monde, protégé, là il a tout et il n’aimerait pas partir parce qu’il a peur de ce qui vient. Mais le moment de passer arrive. Mais une fois qu’il est né à ce nouveau monde, il ne veut plus retourner où il était avant. Parce que cette nouvelle vie est beaucoup plus belle que celle qu’on a laissée. Mais dans cette nouvelle vie qui nous vivrons après la mort, il n’y aura rien qui nuise à notre joie.

A la Vierge Marie, à qui nous demandons chaque jour de prier à l’heure de notre mort, nous demandons encore une fois, la grâce d’une bonne et sainte mort.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

Institut du Verbe Incarné