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Jésus a pris notre faiblesse pour que nous ne doutions jamais de sa force

Homélie du 24 décembre 2019

Vigile de Noël

« Il est très intéressant de constater » – dit le père Carlos Buela, fondateur du notre Institut du Verbe Incarné– « comment en ce temps d’athées militants, de sécularistes archaïques, d’éclipses morales, d’apostasies secrètes ou publiques, de médias antichrétiennes, etc., ce qui est le plus actuel, cependant, est le fait que le Verbe se fait chair » (El Arte del Padre, 317).

En effet, ce qui est le plus actuel pour nous aujourd’hui, le plus réelle, le plus transcendant, le plus décisif dans notre vie, c’est que Jésus Christ s’est fait chair, pour nous racheter et faire de nous des enfants de Dieu. Et pourquoi disons-nous cela ? Je vais vous l’expliquer.

La tradition de l’Eglise a toujours considéré le mystère de l’Incarnation de Jésus comme une sorte d’échange entre la nature divine et humaine. Et dans cet échange, le Christ, qui est l’acteur principal, donne à la nature humaine des privilèges, mais en même temps il reçoit quelque chose de notre nature.  Quels sont les « privilèges » qu’Il nous donne ?

Il nous donne la grâce, comme participation à l’héritage divin !

Mais pour cela le Verbe de Dieu prend pour ainsi dire volontairement ce que notre pauvre nature humaine peut lui offrir comme moyen justement d’accomplir cette grâce.

Ecoutons à ce propos ce que dit Saint Paul. Dans sa lettre aux Philippiens, il dit que Jésus Christ « … s’est anéanti lui-même, ayant pris la forme de serviteur, fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même » (2, 7-8). Et saint Thomas d’Aquin, en commentant ce texte, affirme : « L’Apôtre s’est servi avec beauté de cette expression : il s’est anéanti [Pulchre autem dixit exinanivit], car le vide est opposé à la plénitude, or la nature divine possède la plénitude, puisqu’elle renferme toute la perfection de la bonté. La nature humaine et l’âme de l’homme ne possèdent pas la plénitude, elles n’ont que la capacité d’y parvenir, car cette âme est comme une table rase; la nature humaine n’a donc que le vide. Ainsi l’Apôtre dit-il : Il s’est anéanti, parce Jésus-Christ s’est uni la nature humaine » (Commentaire de l’épître de saint Paul aux Philippiens, ch. 2, l. 2).

Le Christ a assumé notre nature, devenant un homme comme nous, en tout sauf le péché. Il voulait donc assumer certaines déficiences de notre nature. Saint Thomas affirme encore : « il y a certaines déficiences qui se trouvent communément chez tous les hommes, du fait du péché de notre premier père […] Toutes ces déficiences, le Christ les a prises à son compte » (Somme théologique, III, 14, 4). Ce sont donc des déficiences qui viennent du péché commun à toute la nature, mais qui ne sont pas un péché. Ainsi par exemple dans l’âme : la tristesse, la peur, l’angoisse, la solitude, l’abandon ; ou bien dans le corps : le froid et la chaleur, la faim, la soif, la souffrance, la mort.

La naissance du Christ est un exemple très concret de la façon dont le Christ assume les déficiences de notre nature humaine. Il se manifeste faible : il a froid, il a faim, il a besoin d’être soigné et pris en charge par sa mère et son père adoptif, d’être réchauffé par les animaux, d’être accompagné et protégé par les bergers.

Voilà pourquoi cet Enfant-Dieu, que nous adorons aujourd’hui, avec toute sa fragilité, doit nous faire penser à l’amour éternel du Christ, qu’a choisi de devenir fragile, afin que nous ne doutions jamais de l’amour qu’il a pour nous. Qu’il a pris notre faiblesse pour que nous ne doutions jamais de la force qu’il est venu nous donner, c’est-à-dire la puissance d’être des enfants de Dieu.

D’où notre joie immense. Car nous savons que, comme le dit saint Paul, « nous n’avons pas un grand-prêtre [ceci se réfère au Christ] qui serait incapable de se sentir touché par nos faiblesses. Au contraire, il a été tenté en tous points comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc du trône du Dieu de grâce avec une pleine assurance. Là, Dieu nous accordera sa bonté et nous donnera sa grâce pour que nous soyons secourus au bon moment » (Héb 4, 15-16). Le Christ connaît nos faiblesses. Le Christ a vécu ce que nous vivons, et partage avec nous les douleurs, les tribulations, la solitude, les tentations, les échecs, les déceptions, les trahisons… Il est toujours à nos côtés, comprenant parfaitement ce qui nous arrive, ayant compassion de nous et donnant sens à toutes nos souffrances.

C’est la victoire sur le péché, qu’est le fruit de la naissance du Christ. Et comme ce fruit nous est venu par la Vierge sainte, nous le demandons à Elle de le refaire, et que par Elle, le Christ naisse dans nos cœurs et que Il remplisse toute notre vie.

P. Juan Manuel Rossi. IVE.