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« Va et reviens ». la conversion de la samaritaine.

Homélie du Troisième Dimanche de temps de Carême (Jn 4, 5-42)

Puits de Jacob, Samarie.

En ce troisième dimanche de carême nous méditons ce bel épisode de la vie de Notre Seigneur, près de Sykar, un village de Samarie. Entre Galilée et Judée (dont la capitale était Jérusalem) existait cette région appelée Samarie. Les samaritains était détestés par les juifs, parce qu’ils étaient aussi des juifs mais qui avaient métissé la race, c’est-à-dire qu’ils s’étaient mélangés avec des gens venus de la Syrie, et en plus ils avaient dans le passé adopté aussi les idoles syriennes, bien qu’ils les aient, peu à peu abandonnées, et au lieu de revenir au culte à Dieu dans le temple de Jérusalem, ils ont bâtit un autre temple sur le mont Garizim, comme le dira cette femme samaritaine dans l’évangile.

Marchant de Galilée à Jérusalem, Jésus envoie ses disciples acheter quelque chose pour continuer le chemin, pendant qu’Il se repose un peu de sa fatigue en vrai homme qu’Il était. Et là, il rencontre cette femme, évidemment, non pas par hasard car Il était venu dans ce monde non pour chercher les justes mais pour les pécheurs, Il est venu à Samarie chercher la brebis perdue.

Par contre cette femme, ne vient pas pour chercher Dieu et ici s’accomplit ce que dit la prophétie d’Isaïe : « Je me laissais trouver de qui ne me recherchait pas. »

Normalement un chrétien doit savoir ce que veut dire le mot « conversion », c’est une grâce si nous le comprenons bien. Des grandes conversions, nous connaissons celle de saint Paul, peut être aussi celle de saint Augustin et notre patron, le Bx. Charles de Foucauld. Pour les deux derniers cela s’est passé avec un torrent de larmes, voyant la vie qu’ils menaient loin de Dieu.

Mais, il n’y a pas de larmes dans la conversion de cette samaritaine, du moins l’évangile n’en parle pas. Mais il y a, oui, ce processus, ce chemin propre des âmes qui reviennent vers Dieu.

Le Seigneur était assis à cause de la fatigue et voilà qu’Il fera là, l’une des conversions les plus remarquables des évangiles. Et c’est parce que le Seigneur et les grandes âmes aussi savent profiter des circonstances que la vie leur impose pour y rendre gloire à Dieu.

Cette femme arrive au puits à une heure de la journée où les autres femmes n’y venaient pas à cause de la chaleur de midi ; peut-être aussi, à cause de sa vie, elle ne voulait pas croiser le regard judicieux des autres. C’était donc une occasion providentielle, prévue par Dieu. Cette femme ignorait ce grand don qui se préparait là, secrètement pour elle. Comme nous ignorons parfois la force que la grâce de Dieu peut faire dans notre âme lorsque nous rencontrons Jésus.

Mais la samaritaine a certainement évité Jésus, le sachant juif, donc ennemi. Elle est donc surprise de que le Seigneur lui dise : « Donne-moi à boire. ».

Alors, plusieurs fois dans les évangiles, chaque fois que le Seigneur veut accorder une faveur, Il commence par une demande : « donne ». Cela signifie pour nous qu’il y a toujours un dépouillement à faire de notre côté à faire pour qu’il puisse y avoir un revêtement du divin. L’eau deviendra donc le lien entre Celui qui était sans péché et la pécheresse. En fait, dans les premiers temps la méditation de cet évangile faisait partie de la préparation pour le baptême. L’image de l’eau servait aussi pour bien montrer la réalité de ce sacrement.

Il y aura, au long de ce dialogue entre le Seigneur et la samaritaine tout un développement spirituel. Elle se trompait en pensant que c’était Lui qui avait besoin d’elle, alors qu’en réalité c’était elle qui avait besoin de Lui, et c’est là que vient la première grande révélation de Notre Seigneur :  « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

Mais la femme continuait à ne voir en Jésus qu’un homme, c’est le grand châtiment de ceux qui sont trop éloignés de Dieu par les plaisirs, ils n’arrivent pas à comprendre les choses spirituelles, ou bien ils y arrivent parfois durement.

Et pour cela, Jésus fait la deuxième grande révélation : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »

Nous le savons : Les eaux de ce monde retombent toujours sur la terre, impossible d’éviter la force de gravité sur notre planète. Comment cet homme-là pouvait-il donner une eau qui ne tombe pas, de plus qui jaillit jusqu’à la vie éternelle ?

Le puits de Jacob avait plus de trente mètres de profondeur. Dans leurs rêves, les habitants de cette ville avaient peut-être imaginé que l’eau remontait pour pouvoir ainsi retirer de l’eau sans besoin de la fatigue de tirer au moyen d’une corde, une misérable cruche ; mais les paroles de cet homme, ce juif, ce « Seigneur » (comme elle dira la dernière fois) vont au-delà, la source jaillira sans jamais retomber dans la terre.

Mais l’Esprit de Dieu a déjà touché le cœur de la femme, elle ne doute pas de ce que le Seigneur dit, elle supplie maintenant à son tour, « Donne-moi de cette eau ». Bien qu’elle ne s’éloigne pas encore de sa réalité de venir pour ses besoins vers les eaux du puits de Jacob. En quelque sorte, cela représentait sa vie, elle revenait toujours aux amours de ce monde, car elle n’avait jamais trouvé le vrai et unique amour, l’amour de Dieu.

Et c’est à ce moment que le Christ lui fait voir sa vie, « Va, appelle ton mari, et reviens. », il y a ces deux mots essentiels pour notre conversion : va et reviens. Va, mets-toi en face de ta vie et viens ensuite vers les eaux qui donnent la vraie vie.

La femme commence donc par répondre ce qui était vrai : « Je n’ai pas de mari », mais qui lui donnait la possibilité d’échapper aussi à la honte de sa faute. Alors, nous pouvons voir comment le Seigneur au lieu de l’accuser durement, la conduit vers la réalité : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »

Combien de fois cette femme a cherché l’eau d’un véritable amour, mais elle a eu tort cherchant un amour qui ne peut pas remplir l’âme! Combien de fois pour elle comme aussi pour nous-mêmes a retenti la voix du prophète Jérémie : Mon peuple a commis un double péché, déclare le Seigneur : ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes : des citernes fissurées, qui ne retiennent pas l’eau ! (2,13)!

Devant la dure réalité de sa vie, cette femme fait ce que beaucoup de gens font lorsque la religion leur demande de changer leur conduite : elle a changé de conversation. La Samaritaine reconnaît que cet homme avec qui elle parle est du moins un prophète et elle ose lui poser une question référente au vrai culte de Dieu.

Dans sa réponse, le Seigneur souligne que l’unique culte authentique est celui qu’on donne du fond du cœur, en Esprit et en Vérité.  

Doucement Jésus a conduit cette femme vers la grande révélation et l’Esprit Saint augmente en son âme la soif d’un Messie, dont elle savait qu’Il viendrait pour les instruire de tout.

Et c’est là qu’elle reçoit la réponse définitive du Seigneur : le Messie, « Je le suis, moi qui te parle. »

Et la femme nous dit l’évangile laissant là sa cruche, revint à la ville, et sa façon de prêcher la venue du Seigneur était sa propre conversion « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? ».

La samaritaine donnait un nouveau titre au Seigneur, Il est maintenant le Christ.

Cette femme qui venait puiser de l’eau lorsqu’elle a trouvé la véritable source, n’a désormais plus besoin de remplir la cruche d’un amour qui allait l’assoiffer encore. Elle oublie même la simple raison que la Providence avait utilisée pour l’amener à ce puits. Comme les apôtres qui ont abandonné leurs filets pour suivre le Christ.

Et comme le feu brûle dès qu’il est allumé, de même la grâce agit dans l’âme dès que celle-ci la reçoit. La samaritaine sera une des premières missionnaires dans l’histoire du Christianisme.

Aujourd’hui prenant l’exemple de cette conversion, réfléchissons sur notre propre conversion, la conversion de chaque jour, de vouloir aimer et servir d’avantage le Seigneur en faisant sa volonté, étant dociles à sa grâce. Prions pour notre conversion, la conversion de pécheurs et pour ceux qui n’ont pas découvert Jésus-Christ. Que la très Sainte Vierge Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

Jésus a pris notre faiblesse pour que nous ne doutions jamais de sa force

Homélie du 24 décembre 2019

Vigile de Noël

« Il est très intéressant de constater » – dit le père Carlos Buela, fondateur du notre Institut du Verbe Incarné– « comment en ce temps d’athées militants, de sécularistes archaïques, d’éclipses morales, d’apostasies secrètes ou publiques, de médias antichrétiennes, etc., ce qui est le plus actuel, cependant, est le fait que le Verbe se fait chair » (El Arte del Padre, 317).

En effet, ce qui est le plus actuel pour nous aujourd’hui, le plus réelle, le plus transcendant, le plus décisif dans notre vie, c’est que Jésus Christ s’est fait chair, pour nous racheter et faire de nous des enfants de Dieu. Et pourquoi disons-nous cela ? Je vais vous l’expliquer.

La tradition de l’Eglise a toujours considéré le mystère de l’Incarnation de Jésus comme une sorte d’échange entre la nature divine et humaine. Et dans cet échange, le Christ, qui est l’acteur principal, donne à la nature humaine des privilèges, mais en même temps il reçoit quelque chose de notre nature.  Quels sont les « privilèges » qu’Il nous donne ?

Il nous donne la grâce, comme participation à l’héritage divin !

Mais pour cela le Verbe de Dieu prend pour ainsi dire volontairement ce que notre pauvre nature humaine peut lui offrir comme moyen justement d’accomplir cette grâce.

Ecoutons à ce propos ce que dit Saint Paul. Dans sa lettre aux Philippiens, il dit que Jésus Christ « … s’est anéanti lui-même, ayant pris la forme de serviteur, fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même » (2, 7-8). Et saint Thomas d’Aquin, en commentant ce texte, affirme : « L’Apôtre s’est servi avec beauté de cette expression : il s’est anéanti [Pulchre autem dixit exinanivit], car le vide est opposé à la plénitude, or la nature divine possède la plénitude, puisqu’elle renferme toute la perfection de la bonté. La nature humaine et l’âme de l’homme ne possèdent pas la plénitude, elles n’ont que la capacité d’y parvenir, car cette âme est comme une table rase; la nature humaine n’a donc que le vide. Ainsi l’Apôtre dit-il : Il s’est anéanti, parce Jésus-Christ s’est uni la nature humaine » (Commentaire de l’épître de saint Paul aux Philippiens, ch. 2, l. 2).

Le Christ a assumé notre nature, devenant un homme comme nous, en tout sauf le péché. Il voulait donc assumer certaines déficiences de notre nature. Saint Thomas affirme encore : « il y a certaines déficiences qui se trouvent communément chez tous les hommes, du fait du péché de notre premier père […] Toutes ces déficiences, le Christ les a prises à son compte » (Somme théologique, III, 14, 4). Ce sont donc des déficiences qui viennent du péché commun à toute la nature, mais qui ne sont pas un péché. Ainsi par exemple dans l’âme : la tristesse, la peur, l’angoisse, la solitude, l’abandon ; ou bien dans le corps : le froid et la chaleur, la faim, la soif, la souffrance, la mort.

La naissance du Christ est un exemple très concret de la façon dont le Christ assume les déficiences de notre nature humaine. Il se manifeste faible : il a froid, il a faim, il a besoin d’être soigné et pris en charge par sa mère et son père adoptif, d’être réchauffé par les animaux, d’être accompagné et protégé par les bergers.

Voilà pourquoi cet Enfant-Dieu, que nous adorons aujourd’hui, avec toute sa fragilité, doit nous faire penser à l’amour éternel du Christ, qu’a choisi de devenir fragile, afin que nous ne doutions jamais de l’amour qu’il a pour nous. Qu’il a pris notre faiblesse pour que nous ne doutions jamais de la force qu’il est venu nous donner, c’est-à-dire la puissance d’être des enfants de Dieu.

D’où notre joie immense. Car nous savons que, comme le dit saint Paul, « nous n’avons pas un grand-prêtre [ceci se réfère au Christ] qui serait incapable de se sentir touché par nos faiblesses. Au contraire, il a été tenté en tous points comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc du trône du Dieu de grâce avec une pleine assurance. Là, Dieu nous accordera sa bonté et nous donnera sa grâce pour que nous soyons secourus au bon moment » (Héb 4, 15-16). Le Christ connaît nos faiblesses. Le Christ a vécu ce que nous vivons, et partage avec nous les douleurs, les tribulations, la solitude, les tentations, les échecs, les déceptions, les trahisons… Il est toujours à nos côtés, comprenant parfaitement ce qui nous arrive, ayant compassion de nous et donnant sens à toutes nos souffrances.

C’est la victoire sur le péché, qu’est le fruit de la naissance du Christ. Et comme ce fruit nous est venu par la Vierge sainte, nous le demandons à Elle de le refaire, et que par Elle, le Christ naisse dans nos cœurs et que Il remplisse toute notre vie.

P. Juan Manuel Rossi. IVE.