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“Il vaut mieux pour vous que je m’en aille”

Ascension du Seigneur, année C

Nous célébrons aujourd’hui le mystère de l’Ascension du Seigneur et parmi les motifs que nous trouvons pour nous réjouir dans cette fête, il y en a essentiellement trois.

Tout d’abord, par l’Ascension et par le Christ, la nature humaine rentre au Ciel, c’est-à-dire que l’homme peut désormais participer avec son Corps et son Ame de la vision de Dieu. La deuxième grâce c’est la nouvelle présence du Christ dans ce monde, car jusqu’à l’Ascension, elle n’était que physique, déterminée par un espace et un temps ; une fois entré au Ciel le Seigneur est spirituellement parmi nous, mystérieusement présent dans son Eglise et dans ses sacrements. Le troisième aspect est lié aux précédents, car le départ de Jésus au Ciel inaugure le temps de l’Eglise, l’Eglise qui sera illuminée et fortifiée par l’Esprit Saint quelques jours après, le temps de la prédication, celui d’être témoins comme le dit le Seigneur dans l’évangile et dans la première lecture.

Nous allons méditer ces trois aspects de la main des saints ; le premier, d’après saint Léon, le grand, docteur de l’Eglise :

« Le mystère de notre salut, ce salut que le Créateur de l’univers a estimé (a payé) au prix de son sang, depuis le jour de sa naissance corporelle jusqu’à l’issue de sa Passion, ce mystère s’est accompli marqué par l’humilité.

Et bien que, même à travers la condition de serviteur, les signes de la divinité du Christ aient rayonné (pensons aux miracles, à la Transfiguration), toute l’action de cette période a consisté essentiellement à démontrer la vérité de l’Incarnation ( Dieu avait pris avec la nature humaine, l’humiliation que cela impliquait).

Mais après la Passion, une fois rompus les liens de la mort (…), la faiblesse se changea en force, la mortalité en éternité, et l’opprobre en cette gloire que le Seigneur Jésus fit voir à beaucoup, par des preuves nombreuses et manifestes, jusqu’à ce qu’il conduisît aux cieux ce triomphe de la victoire qu’il avait rapportée du séjour des morts.

Dans la solennité pascale, dit toujours saint Léon, la résurrection du Seigneur était la cause de notre joie; de même sa montée au ciel nous donne lieu de nous réjouir, puisque nous commémorons et vénérons ce grand jour où notre pauvre nature, en la personne du Christ, a été élevée plus haut que toute l’armée des cieux, plus haut que tous les chœurs des anges, plus haut que toutes les puissances du ciel, jusqu’à s’asseoir auprès de Dieu le Père.

C’est sur cette disposition des œuvres divines que l’édifice de notre foi est bien fondé et construit. »

Comme on l’avait dit, le deuxième aspect à méditer c’est la nouvelle présence du Christ parmi nous.

Dans l’ascension, les disciples reconnaissent en Jésus le Seigneur vainqueur de la mort et, en même temps, comprennent le sens profond de sa mission.

Le cœur des disciples est submergé d’émerveillement et de louanges ; ce n’est pas la mélancolie d’un « adieu », mais la joie de la certitude d’une présence renouvelée. Jésus se cache aux yeux physiques de ses disciples, pour se rendre présent aux yeux de leur cœur ; il s’affranchit des limites de l’espace et du temps, pour se rendre présent à l’homme de tous les temps et de tous les lieux, et pour offrir à tous le don du salut.

En réalité, Jésus ressuscité ne quitte pas définitivement ses disciples ; Il commence plutôt une nouvelle forme de relation avec eux. Bien que du point de vue physique et terrestre il ne soit plus présent comme avant, en réalité sa présence invisible s’intensifie, atteignant une profondeur et une étendue entièrement nouvelles. Grâce à l’action de l’Esprit Saint promis, Jésus sera présent là où il a appris à ses disciples à le reconnaître : dans la parole de l’Évangile, dans les sacrements (spécialement dans l’Eucharistie) et dans l’Église comme communauté de tous ceux qui croiront en lui, appelés à remplir une mission incessante d’évangélisation tout au long des siècles.

En reprenant encore les paroles de saint Léon (Sermon pour l’Ascension) : « ce qui était visible chez notre Rédempteur est passé dans les mystères sacramentels (dans ses sacrements). Et pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l’enseignement (et pour cela nous disons que nous retrouvons le Seigneur dans le magistère et la tradition de l’Eglise) : c’est à l’autorité de celui-ci que devaient obéir les cœurs des croyants, éclairés par les rayons du ciel.

Et voici la troisième grande raison de l’Ascension du Seigneur :  avec elle, un nouveau temps est inauguré pour l’Eglise, un temps qui durera jusqu’au retour du Christ. Et nous laissons maintenant le pape saint Jean Paul II nous l’expliquer par ces paroles :

« L’Ascension, telle que racontée dans le livre des Actes des Apôtres, marque le moment de transition entre le temps de Jésus de Nazareth et le temps des Apôtres et de l’Église. Avec la montée au ciel se termine la présence visible du Seigneur parmi les hommes et commence la mission des Apôtres qui, guidés et fortifiés par l’Esprit, sont appelés à être témoins de la résurrection, dépositaires de la Parole et de la promesse de Jésus, pour faire résonner l’annonce solennelle du Royaume de Dieu dans le monde entier. »

La solennité que nous célébrons aujourd’hui invite le chrétien à une attitude de maturation dans la foi, car avec la venue de l’Esprit, que le Seigneur promet, s’ouvre pour nous le chemin de la plénitude future. « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. … Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 5.13). Nous, qui faisons partie de l’Église et avons reçu le don de l’Esprit Saint, sommes appelés aujourd’hui à poursuivre la tâche que le Seigneur a confiée aux Apôtres, nous sommes aussi appelés à devenir témoins du Christ dans notre monde». (28/05/92)

Souvenons-nous des paroles de saint Paul VI : « Le monde a plus besoin de témoins que de maîtres ». Il est relativement facile d’être maître, encore moins d’être témoin. En fait, le monde est rempli de maîtres, vrais ou faux, mais il y a peu de témoins. Entre les deux rôles il y a la même différence qui existe, selon le proverbe, entre dire et faire… Les faits, dit un proverbe anglais, parlent plus fort que les mots. Le témoin est celui qui parle avec la vie (P. Raniero Cantalamessa).

Dans cette fête demandons au Seigneur la grâce d’accomplir ce qu’il nous a demandé le jour glorieux de l’Ascension, d’être de vrais témoins, d’abord avec la vie, tout en sachant qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps. Que la Sainte Vierge Marie nous obtienne ces grâces.

P. Luis Martinez IVE.

“Da tuis fidelibus In te confidentibus Sacrum septenarium”

Homélie de la Pentecôte

Avec la solennité de la Pentecôte finit le temps de Pâques. Et Jésus nous laisse, comme Il l’a fait pour ses disciples, le meilleur des cadeaux de Dieu, c’est-à-dire Lui-même, Dieu se donne en cadeau.

L’Esprit Saint est ce don descendu du Ciel pour nous conduire au Ciel, pour nous aider dans notre chemin, nous devons nous laisser conduire par l’Esprit, c’est cela que les saints ont fait dans l’histoire.

Nous devons demander continuellement à Dieu qu’Il nous donne son Esprit, qu’Il envoie son Esprit pour nous renouveler, comme nous l’avons chanté. Dans l’évangile de saint Luc (11,11-13), le Seigneur nous dit : “Si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !”

Dans la deuxième lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit que « personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint (de confesser le Seigneur). Il nous dit aussi que « les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur ».

Ainsi comme chaque âme est différente d’une autre, ainsi la façon de travailler de l’Esprit est différente dans chaque âme : l’Esprit Saint vient pour former le Christ dans notre âme, mais respecte notre liberté, il obtient le meilleur de nous l’élevant par ses dons pour nous rendre semblables au Christ et par là nous donner la vie éternelle.

Nous avons chanté le Séquence, avant l’évangile, un hymne qui supplie la venue du Saint Esprit dans notre âme, qu’il fasse une nouvelle Pentecôte. Dans cette hymne on a demandé cela : « À tous ceux qui ont la foi (les fidèles) et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. »

Nous lui demandons en effet que l’Esprit Saint vienne nous aider avec ses 7 dons.

Quels sont -ils ? Quelle est leur utilité pour nous ?

La vie morale des chrétiens est soutenue par les dons du Saint-Esprit. Ceux-ci sont des dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions de l’Esprit Saint.

Les sept dons du Saint-Esprit sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu. Ils appartiennent en leur plénitude au Christ, Fils de David (cf. Is 11, 1-2). Ils complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent. Ils rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines.

Nous ne pouvons pas entrer au Ciel avec nos seules forces humaines, les forces de nos vertus.  Les forces de l’homme ne sont pas suffisantes si l’instinct et l’impulsion supérieure de l’Esprit Saint n’interviennent pas, selon S. Paul (Rm 8,14.17) : “ Ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils et donc héritiers de Dieu. ” Et l’on dit dans le Psaume (143,10) : “ Que ton Esprit bon me conduise sur un pays de plaines. ” C’est-à-dire que nul ne peut parvenir à hériter de cette terre des bienheureux s’il n’est mû et conduit par l’Esprit Saint. Et voilà pourquoi il est nécessaire à l’homme, pour atteindre cette fin, d’avoir le don du Saint-Esprit.

Et pour cela, ceux qui dans ce monde avancent fermement sur le chemin de la sainteté resplendissent de ses dons, comme on les constate dans les cas des saints de l’Eglise.

Les dons sont effectivement un cadeau de Dieu, mais c’est une réponse à notre travail personnel dans la vertu, Dieu nous aide si nous faisons de notre mieux, travaillant dans les vertus. Les dons nous sont révélés non pas sous le nom de dons mais plutôt sous celui d’esprits. C’est ainsi qu’il est dit en Isaïe (11,2) : “ Sur lui reposera l’esprit de sagesse et d’intelligence, etc. ”. De telles paroles donnent manifestement à entendre que ces sept dons sont énumérées là en tant qu’ils sont en nous par inspiration divine.

Et ces perfections sont appelées des dons, non seulement parce qu’elles sont infusées par Dieu, mais aussi parce que, grâce à elles l’homme est disposé à recevoir promptement l’impulsion de l’inspiration divine. C’est ce qui est écrit en Isaïe (50,5) : “ Le Seigneur m’a ouvert l’oreille ; et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé. ”

Comment ils agissent en nous ? Nous les verrons avec une petite explication sur chacun et un exemple dans la vie des saints, de quelle façon en eux se sont révélés ces dons :

Le don de Sagesse par lequel nous considérons comme Dieu est présent et manifesté dans la création, nous jugeons donc, toutes les choses à sa lumière ; et pour cela ce don nous concède un goût spécial pour les choses de Dieu et de sa Parole et fait que nous soyons attirés à connaître de plus en plus Dieu et à l’aimer davantage.  Dans la vie de saint Louis Gonzague nous trouvons un grand exemple de comment chercher toujours un sens divin à nos actions, les peser en vue de l’Eternité, comme il se demandait devant une situation, un acte : « que vaut cela par rapport à la vie éternelle ? »   

Le don d’Intelligence qui vient aider notre âme qui nous fait voir la profondeur des vérités de la foi et les aimer ; par ce don, l’Esprit Saint nous permet de découvrir la profondeur de Dieu, il donne à nos cœur une participation dans la connaissance de Dieu, les secrets de la création et une grande intimité avec notre Créateur. Il est clair aussi que ce don nous permet de voir avec facilité où Dieu n’est pas présent et ce qui peut nous faire tomber dans le péché. Il agit dans les âmes faisant qu’elles soient dociles à croire.  Dans la vie du saint Curé d’Ars, il est raconté qu’un campagnard venait prier habituellement à l’Eglise et ne faisait que regarder le tabernacle en silence. « Le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint Sacrement. J’aimais bien ça. Je lui ai demandé une fois ce qu’il disait à Notre Seigneur pendant les longues visites qu’il lui faisait. Savez-vous ce qu’il m’a répondu ? « Monsieur le Curé, je ne lui dis rien. Je l’avise et il m’avise. Je le regarde, il me regarde. » »

Grâce au don du Conseil nous pouvons examiner correctement chaque situation concrète et voir comment elle me met par rapport à la vie éternelle. Il faut reconnaître son action dans la vie de saint Jean Marie Vianney, au moment où il confessait il savait donner de sages conseils au pénitent, bien que le curé d’Ars ait eu beaucoup de mal dans ses études vers le sacerdoce.

Le don de Force affermit notre esprit afin de pouvoir pratiquer les vertus héroïques avec une invincible confiance pour surmonter tous les dangers contre notre foi. On voit resplendir ce don dans la vie de Saint Louis roi de la France (ce qui lui donnait une force spéciale contre tous les ennemis de la foi et au regard de tous les périls à assumer) et de sainte Jeanne d’Arc (cette jeune fille qui a su conduire une armée et qui a été capable de tenir jusqu’à donner sa vie pour sa patrie).

Le don de Science, qui vient avec la vertu de la foi, nous apprenons à bien utiliser les créatures pour qu’elles nous élèvent à Dieu. Sainte Thérèse d’Avila utilisait ce don lorsqu’elle devait expliquer les choses de Dieu en utilisant des images et des comparaisons de la vie quotidienne.

Le don de Piété nous permet de découvrir Dieu comme un Père, d’être devant lui comme un enfant et non pas comme un esclave ou comme un étranger et aimer tous les hommes comme enfants de Dieu, appelés tous au même bonheur. Il nous donne une affection filiale et spirituelle vers Dieu.

On raconte que dans la vie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une des novices du Carmel la surprend dans sa cellule totalement compénétrée dans la prière : « A quoi pensez‑vous ? lui demanda la jeune sœur. —Je médite le Pater, répondit‑elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père!… » et des larmes brillaient dans ses yeux.

La « Crainte de Dieu » est cette inspiration qui nous pousse à nous soumettre à la volonté de Dieu par révérence à la grandeur et à la majesté divine. Par ce don, l’Esprit Saint nous donne une grande connaissance de la majesté de Dieu et en même temps une crainte de l’offenser à cause de cela. Comme il est arrivé à Saint Louis de Gonzague au moment où il confessait deux fautes vénielles qui lui firent évanouir par la honte que cela lui causait devant Dieu.

Demandons à Notre Dame, qui a été toujours fidèle à la voix de l’Esprit Saint, de nous accorder à nous aussi cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.