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Ne cherchez jamais Jésus-Christ sans la croix

Lire l’évangile du dimanche XXII du temps ordinaire (Mt 16, 21-27)

Seigneur, tu as voulu me séduire, et je me suis laissé séduire. Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir (Jr 20, 7-9). Ce sont les mots du prophète Jérémie dans la première lecture de ce dimanche. Comme la liturgie fait habituellement cette lecture prépare notre esprit pour l’évangile. Le prophète se voit devant une mission à accomplir, il a été conquis par l’appel de Dieu ; mais dans un certain moment sa prédication n’est pas écoutée et elle est même refusée jusqu’à ce qu’il devienne un homme persécuté pour le fait de prophétiser ; il veut arrêter de parler de Dieu, même de penser à Lui, pourtant l’appel de Dieu devient un feu impossible d’apaiser dans son cœur.

Revenons maintenant à l’évangile, suivant ce que nous avons entendu la semaine dernière après cette profession de foi, le Seigneur dévoile à ses apôtres la mission de ce Messie. Mais c’est Pierre qui tombe maintenant dans le messianisme de chair, glorieux et politique, maintenant ce n’est pas l’Esprit Saint qui révèle cela sinon c’est le sentiment, la mentalité du monde qui pousse à Pierre à éviter ce destin tragique pour son Seigneur. La correction qu’il reçoit du Christ va lui faire comprendre que Dieu a des chemins différents de ceux que les hommes voudraient accomplir dans leur vie : Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! (Ro. 11,33).

Juste après cela, le Seigneur donnera les conditions pour Le suivre dans le chemin qu’Il commence à parcourir vers Jérusalem et vers la croix. D’abord c’est un appel libre : Si quelqu’un veut marcher derrière moi ; après, il y a le renoncement : qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix (pas celle du Seigneur, plutôt la croix que chacun de nous doit porter) et qu’il me suive.

Alors, soit la première lecture comme l’évangile nous offrent un enseignement très fort sur la totalité de l’amour que Dieu nous demande.  Le prophète Jérémie s’accroche à sa vocation, malgré son sort. Et le Fils de Dieu nous demande de perdre notre vie pour la garder.

Ces paroles difficiles pour nous, nous pouvons seulement les accomplir en vivant l’amour, en donnant l’amour pour l’amour que le Seigneur nous a donné : Il nous a aimé le premier, pour notre amour, Il marche vers la Passion (dans l’évangile de saint Mathieu c’est pour la première fois qu’Il annonce sa Passion), Il donne tous les détailles douloureux de sa mort et s’oppose aux conseils de la prudence humaine. Voilà comment Jésus-Christ nous a aimés, au prix de son sang, dans l’obéissance offerte au Père, sans rien demander pour Lui.

Et nous? Le langage de la croix est toujours difficile, si nous le regardons avec les yeux de la chair.

Avec la pensée du monde, il est impossible de comprendre la croix : le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu ( 1 Co.1,18).

Mais, il faut le dire, même parmi nous, les chrétiens ce langage n’est pas parfois totalement accepté.

ll y en a qui veulent transformer notre religion chrétienne en une sorte « hédonisme baptisé », une religion sans exigences, sans les exigences de la croix, un phénomène très ancien dans l’Eglise, apparu déjà au temps de saint Paul, et pour cela il avait des dures reproches pour ces chrétiens qui au nom d’un évangile adapté au besoin des fidèles, diminuaient la valeur des paroles de notre Seigneur : si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème !

Mais pour suivre le Seigneur nous devons aimer la croix et la porter derrière Lui, Saint Jean de la Croix conseillait aux religieux :  « Si vous avez un vrai désir de trouver et de posséder Jésus-Christ, ne le cherchez jamais sans la croix » ( Avis, 9), et dans une lettre il ajoutait cela : « Si quelqu’un arrive à vous convaincre d’une doctrine plus facile et légère, ne lui croyez pas et ne l’embrassez pas non plus ; même s’il le confirme avec des miracles, sinon pénitence et plus pénitence et détachement de toutes choses »,  et bien que ce soit des conseils pour un religieux, ce n’est pas loin de ce que nous devons chercher tous comme chrétiens.

A chacun de nous, le Seigneur nous demande la totalité du don de soi : Il nous demande de le suivre dans notre chemin de croix quotidien, de lui offrir nos triomphes sur le péché par fois à cause des actes héroïques dans le travail spirituel ; le Seigneur exige notre fidélité, nous accrochant à Lui pour ne pas tomber dans la méfiance de nos forces et dans la lassitude.

Nous avons un très bon plan dans la lettre de saint Paul aux romains que nous avons entendue dans la deuxième lecture : Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Mais le premier pas à donner c’est dans une liberté totale : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, Le Seigneur n’impose cela à personne, mais on serait insensé de ne pas répondre à cet appel.

Suivre le Christ veut dire renoncer à la façon de regarder les choses avec les yeux de la chair, les critères mondains, sinon avec les critères de la vie de Dieu, penser selon l’évangile, penser avec la foi qui nous fait regarder vers les réalités du ciel, nous abandonner entre les mains de Dieu chaque jour.

Et demander la grâce d’accepter et de porter nos croix, des plus petites aux plus grandes, renonçant à nous-mêmes, renonçant à ce qui nous éloigne de faire la volonté de Dieu.

Voilà la façon de vivre déjà dans ce monde la vie éternelle, vivant la vie de Christ en plénitude, sachant que cela est la volonté de Dieu, tout en arrivant à une profonde paix de l’âme, la paix de celui qui accomplit la mission donnée par Dieu, mère, père, époux, épouse, enfant, ami, travailleur, consacré, moine, prêtre.

Faisons nôtres les paroles du psaume 62:Dieu, tu es mon Dieu,
je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Notre verre d’eau…

Lire l’évangile du treizième dimanche du temps ordinaire (Mt 10, 37-42)

Dans l’évangile de ce dimanche, nous contemplons Notre Seigneur qui s’adresse à ses apôtres, ce n’est pas un discours ou un sermon dirigé vers la foule, mais orienté plutôt aux apôtres.

Le Seigneur décrit quelles sont les conditions pour se considérer un véritable apôtre et disciple du Seigneur.

De fait, ce sont trois regards de foi qui sont présentés par le Seigneur sur l’apostolat.

  • Le premier, c’est la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde, cet amour qui donne l’ordre aux autres amours.

Comme disciples du Christ l’amour pour Dieu doit occuper le sommet de tous les amours authentiques et il doit les ordonner comme but.

  • Le deuxième regard de foi est celui que nous devons avoir devant les épreuves, la croix. Comme disciples du Christ nous devons accepter et embrasser la croix du Christ dans nos vies.
  • Le troisième regard de foi est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde. Pour être un prophète, pour être juste c’est Dieu qui donne la vocation comme tel.

Nous allons donc parler de ces trois regards aujourd’hui.

Tout d’abord, la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde. Celui qui aime son père ou sa mère son fils ou sa fille plus que Moi n’est pas digne de Moi.

Cette expression pourrait nous effrayer, parce que parmi les amours de ce monde, le plus sublime, celui qui nous rend le plus semblable à Dieu est celui de la famille. Vaut ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Nous devons savoir que cela implique la grâce d’aimer toutes les créatures en Dieu et par l’amour de Dieu, aimer Dieu en toute créature et aimer toute créature en Dieu. Cela signifie que si nous aimons notre famille et nos amis en Dieu, nous voudrions qu’ils accomplissent pleinement la volonté de Dieu, que Dieu guide leur vie vers la vie éternelle. Et que les autres (les amis, la famille) ne soient pas un obstacle pour que la volonté de Dieu se réalise dans nos vies.  Nous pouvons nous rappeler le grand enseignement de Saint Ignace de Loyola : « si une créature dans ce monde me conduit à Dieu, elle est bonne pour ma sanctification, mais si une créature m’éloigne de Dieu ou me détourne de Lui, je dois m’en dégager, c’est dire m’éloigner d’elle. »

Et c’est pour cela qu’il est très utile de nous demander s’il existe en nous un amour désordonné ou bien si l’amour de Dieu n’est pas au sommet de tous nos amours, mais aussi de faire un bon examen de conscience et voir si nous ne sommes pas parfois un obstacle à ce que les autres aiment véritablement Dieu et accomplissent pleinement et parfaitement la volonté de Dieu dans leurs vies.

Le deuxième regard de foi, comme on l’a déjà dit plus haut, est celui que nous devons avoir devant la croix. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La croix se présente dans nos vies de différentes manières et le disciple du Christ se révèle dans la façon dont il accueille et embrasse cette croix. Elle peut se présenter comme une maladie, comme des problèmes d’ordre familial, des incompréhensions, des tribulations, des tentations.

Laissons ce grand saint crucifié qu’était le Padre Pio (à qui Jésus avait fait participer de manière visible sa Passion, lui donnant les stigmates) nous apprendre un peu la valeur de la croix dans nos vies. Il écrivait à l’une de ses dirigées spirituelles : « Prends patience et sois assurée que ces difficultés et ces souffrances ne sont pas un châtiment à causes de tes iniquités, tu n’es pas une impie et tu n’es pas aveuglée par la malice non plus ; tu fais partie de ses âmes élues que Dieu éprouve comme l’or dans le feu. Celle-là est la vérité et si je disais le contraire, je ne serais pas sincère avec toi et en plus, un menteur. »

Et dans une vision c’est le même Jésus qui a dit au père Pio : « Combien de fois tu m’aurais abandonné, mon fils, si je ne t’avais pas crucifié » et aussi dans une autre révélation : « Sous la croix on apprend à aimer et je ne la donne pas à tous, sinon seulement aux âmes que j’aime le plus »

Alors, nous parlerons maintenant du troisième regard de foi, qui est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde.

La première pensée qui peut se présenter à nous c’est de dire que malheureusement aujourd’hui certains de ceux qui doivent représenter Dieu dans ce monde ne le font pas bien. Alors, il serait injuste de considérer que ces « certains » sont « beaucoup » ou bien « tous », et qu’ils constituent la plus grande partie des représentants de Dieu dans ce monde. Comme on dit chez nous, il n’est pas bien de les mettre tous dans le même sac.

D’abord, on ne peut pas cacher qu’il y a dans notre monde des gens qui appartiennent physiquement et nominalement à l’Eglise, mais qui sont infidèles à ce que Jésus leur a commandé et ils sont loin d’être des modèles et des guides pour les autres chrétiens. Cela est plus grave encore, si à la place de faire du bien, ils ont fait du mal aux âmes, suscitant le scandale et même que des gens de foi simple s’éloignent de l’Eglise Catholique.

Quel doit être notre regard de foi sur ce problème ? D’abord, comme on a dit, Jésus parle dans cet évangile aux apôtres, et pensons que parmi les apôtres, il y en avait un qui allait le trahir, le vendre quelques années après. L’évangile nous dit qu’au moment où le Seigneur avait choisi les douze apôtres, Il avait passé tout une nuit sur la montagne, en prière. Mais malgré cela et tout ce que le Seigneur a fait pour lui, Judas Iscariote a mal utilisé sa liberté pour permettre que le diable rentre chez lui et qu’il finisse par livrer le Seigneur aux mains de ses ennemis. Parfois, les élus de Dieu, ceux que Dieu a choisis peuvent Le trahir.

Mais, nous, les chrétiens, nous devons reconnaître qu’on ne juge pas quelque chose par ceux qui ne le vivent pas, mais bien par ceux qui le vivent. A la place de se concentrer sur le cas de Judas, les premiers chrétiens se sont concentrés sur les onze autres apôtres, dont dix avaient aussi abandonné le Seigneur dans la Passion mais qui étaient revenus pour continuer son œuvre, l’Eglise. Et grâce à la prédication, au travail, aux miracles, aux souffrances et à l’amour de ces onze qui sont restés fidèles à l’Evangile, le Christ a été annoncé dans le monde entier.

Mais, les médias ne vont jamais prêter attention à ces onze « bons apôtres » que Jésus a choisis et qui sont demeurés fidèles, qui ont vécu une vie silencieuse et de sainteté, des prophètes et des justes.

De mauvais chrétiens parlent de la fin de l’Eglise à cause de tout ce que les médias montrent aujourd’hui, voire de trop exagérer les scandales. Ils oublient qu’au long de l’histoire l’Eglise a souffert bien pire, malheureusement le scandale n’est pas quelque chose de nouveau parmi les membres de l’Eglise. Mais, quand elle sombrait au milieu des plus grandes tempêtes, Dieu a envoyé de grands saints qui ont su reconduire l’Eglise vers sa véritable mission. C’est comme si dans ce moment d’obscurité, la lumière du Christ avait brillé plus intensément.

Un grand saint, qui a vécu dans ce moment le plus difficile dans l’histoire de l’Eglise, à cause de ceux qui de par leur vie faisaient un contre témoignage de l’évangile, Saint François de Sales disait : « Ceux qui commentent ce type de scandale sont coupables d’un meurtre spirituel (ils sont des homicides spirituels), détruisant la foi en Dieu des autres personnes avec leur très mauvais exemple ». Et le saint avertissait après ses fidèles : « mais moi qui suis parmi vous aujourd’hui, je vais vous éviter un mal encore pire, si eux sont coupables de meurtre spirituel, ceux qui se laissent entrainer par leurs mauvais exemples et permettent que cela détruise leur foi, ils sont coupables d’un suicide spirituel, car ils se coupent de la vie de Christ qui vient par les Sacrement, spécialement par l’Eucharistie ».

La meilleure façon de combattre les scandales, de défendre l’image de notre Eglise, c’est de lui rester fidèles, de travailler sérieusement pour notre sanctification.

Voilà le verre d’eau que Dieu nous commande de donner, c’est notre prière sincère pour l’Eglise et pour les membres de l’Eglise, pour que le prophète soit toujours prophète, et pour que le juste soit toujours juste.

Que la Vierge Marie donne cette grâce à l’Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné