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Les Clés

Dédié à S.E. Monseigneur Angelo Comastri, gardien et défenseur du plus grand trésor architectural de l’humanité : la Basilique Saint-Pierre au Vatican.

Sermon prêché à l’autel de la Chaire de la Basilique Saint-Pierre au Vatican, le 8 juillet 2007, lors du V Chapitre général de l’IVE.

  • Nous entrons sur la place Saint-Pierre et remarquons que, vue d’en haut, elle a la forme d’un trou de serrure : cela demande une clé ! Sur la colonnade se trouvent 6 armoiries d’Alexandre VII avec les clés croisées au-dessus.
  • Dans les fontaines à trois coupes superposées : Dans celle de droite de Carlo Maderno il y a 3 jeux de clés et dans celle de gauche de Carlo Fontana il y a 2 jeux de clés.
  • Nous continuons d’avancer et voyons à gauche une statue colossale de Saint Pierre, de 4 m. de haut, sculptée par le vénitien José De Fabris en 1838, avec deux clés dans sa main droite, et dans sa gauche un parchemin écrit avec les paroles de Jésus adressées à Pierre, qui sont la raison des clés : “Je te donnerai les clés du Royaume des cieux” (Mt 16, 19). A droite se trouve la statue jumelle de Saint Paul réalisée par le bolognaisAdamo Tadolini. Tous deux portent les armoiries de Pie IX avec des clés croisées à la base.

Pierre, qui puissant, détiens les clés du ciel,

entends les supplications de ceux qui prient.

Lorsque tu seras assis comme arbitre des douze tribus,

montre-toi indulgent, juge-les avec miséricorde,

et à ceux qui avec le temps vous demandent de mériter

Fais-leur vœu de miséricorde, pour toujours.[1]

  • Sur la façade, sous le balcon des bénédictions, “La Remise des Clés”, bas-relief en marbre du milanais Ambrogio Buonvicino, de 1614.
  • Sur le tympan de la façade, au-dessus des armoiries de Paul V, les clefs entrelacées.
  • Couronnant les extrêmes de l’attique se trouvent deux horloges de 4 m. de diamètre, avec des quadrants en mosaïque, conçus par Joseph Valadier. Celui qui est situé au-dessus de l’arc des cloches – à gauche du spectateur – marque les heures «all’italiana», basées sur la division du jour du coucher du soleil au coucher du soleil, continuant l’heure suivie par l’Église primitive et la Synagogue. Celle de droite, avec une seule aiguille, marque les heures «all’ultramontana», qui suit le système français, l’heure gallicane, qui s’inspire de la journée civile des anciens Romains, qui durait de minuit à minuit. Tous deux couronnés par deux clés tridimensionnelles !
  • Sur les portails à barreaux, au centre un jeu de clés, au milieu à gauche trois jeux de clés et au-dessus sur le mur un autre jeu et dans le portail à gauche du précédent un autre. À droite du portail central, il y a trois jeux de clés sur la porte à barreaux, et un jeu sur la suivante.
  • Sur tout le flanc des terrasses, au Nord, à l’Ouest et au Sud, on trouve 52 clés sur les panneaux décoratifs. Sur le mur au-dessus de la fenêtre, au-dessus de la connexion de la chapelle du Saint-Sacrement avec les palais du Vatican, un jeu de clés. Un autre au-dessus d’une fenêtre du flanc sud au-dessus de la première connexion de la sacristie avec la basilique. Au-dessus du bouclier de Pie IX sur le flanc nord, un jeu de clés.
  • Dans le Dôme, 96 clés dans le couvercle de protection en plomb sur les petites fenêtres.[2]
  • Sur la Porte Sainte : les clés ! et dans la même porte 72 clés. À la Porte de Filarete, Saint Pierre remet les clés au pape Eugène IV.

Parce que le Donneur de grâce

a donné les clés de la miséricorde

à Pierre et à son Église.[3]

  • Au plafond et au sol du grand atrium de la Basilique, dans les médaillons avec la vie de Saint Pierre et dans les armoiries des Papes, on trouve environ 32 jeux de doubles clés.
  • Et à l’intérieur de la Porte Sainte, ci-dessus : Mosaïque de Saint Pierre avec les clés.
  • Décorant les piliers de la nef centrale, dans les médaillons des petits anges, avec la tiare et les clés, réalisées par l’atelier de Gian Lorenzo Bernini, plus de 50 clés portées par les petits anges dans quatre poses différentes. De nombreuses grilles de ventilation des grottes sont équipées de jeux de clés.
  • Sur le premier arc du mur sud de la nef centrale, sur l’un de ses panaches, se trouve une représentation de l’« Autorité Ecclésiastique », figure moulée par Andrés Bolgi en 1648, recouverte de la couronne papale en arc brisé, qui tient les clés dans sa main gauche et agite un éclair dans sa main droite.
  • La statue en bronze de Saint Pierre, avec les clés dans sa main gauche, probablement d’Arnolfo di Cambio, du XIIIe siècle, que tous les pèlerins baisent sur le pied.
  • Dans la Confession de Saint Pierre, dans la Niche des Pallia, à l’intérieur à gauche, une mosaïque de Saint Pierre avec les clés, du IXe siècle (refaite en 1625 et restaurée en 1864) et dans la grata (d’Innocent X) qui ferme l’ouverture dans le sol et communique avec le tombeau de Saint Pierre, on trouve également les clés. Et à côté de la niche, une statue de Saint Pierre avec les clés dans la main droite, d’Ambrosio Buonvicino, également avec les clés dans le cadre, tout comme dans le cadre de la statue de Saint Paul. Au sommet de la porte qui ferme la Niche, un buste en bronze de Saint Pierre avec les clés. Sur le mur sud, deux clés aux armes de Paul V, et la porte d’entrée des Grottes avec deux clés croisées en partie supérieure. Deux tableaux de Saint Pierre avec des clés, au plafond.
  • Au dessus de la Confession, le majestueux Baldaquin du Bernin sur les quatre bases, 8 jeux de clefs croisées. Ci-dessus, à l’est et à l’ouest, des anges avec deux jeux de clés.
  • Au dessus du Baldaquin, la Coupole 4 jeux de clés monumentales dans les panaches du tambour sous le tondo des 4 évangélistes. A côté de la porte d’accès au premier rebord, deux clés. Dans le décor des mosaïques, Saint Pierre avec les clés.
  • Dans le panache sud-est de la chapelle de la Vierge de la Colonne, saint Thomas d’Aquin apparaît parlant avec saint Pierre, les clés en main, et avec saint Paul. (Ce doit être en souvenir de l’apparition des Princes des Apôtres à l’Angélique alors qu’il écrivait le Commentaire sur Isaïe à Paris)[4].
  • Dans le Ciboire des Apôtres, également appelé Ciboire de Sixte IV (1471-1484), bien qu’il ait été construit pour la première fois sous Pie II (1458-1464), se trouve une « Remise des Clés ». C’était le Ciboire qui couronnait l’autel de Saint-Pierre dans l’ancienne basilique constantinienne. Un ciboire est un baldaquin qui couronne un autel ou un tabernacle. (baldaquin vient de Baldac, nom donné au Moyen Âge à Bagdad, d’où provenait un tissu de ce nom qui servait à fabriquer une sorte de toit de tente ou dais. Là, le Christ, assis sur un faldistoire à l’extrême droite d’un panneau du ciboire quadrangulaire, se tourne vers Pierre agenouillé, tandis que les onze autres apôtres assistent à l’événement. Il est désormais situé dans l’Octogone de Simon le Mage.
  •  Pierre est appelé « celui qui porte les clefs », claviger, avec différents attributs : aetherus, Coelorum, In aula regia, Paradisi, Prapotens coelorum, Protus aulae coelicae, Regni popolorum et caelestis curiae :

Et avec cette clé céleste

qui délie les chaînes du péché

Là, il emmène les pénitents

où brille l’illustre portier.[5]

  • Dans la sacristie d’Ottoboni, un tissu avec Saint Pierre avec les clés et Théodore allumant un cierge.
  • Sur le monument à Alexandre VIII, « Religion » tient les clés dans sa main gauche. Ci-dessus, armoiries d’Alexandre VIII avec clés croisées. Également, sur l’orgue.
  • Un autre jeu de clés sur le monument de Paul III

Dans la Chaire de Saint Pierre :

  • En bas, les quatre armoiries d’Alexandre VII portent leurs clés respectives cruciales ;
  • Sur la base sud de la Chaire, en bronze, Jésus remet les clés à Pierre ;
  • Au dos, deux anges portent chacun une clé en or ;
  • Au-dessus de la Chaire, deux anges sans ailes, en bronze noir, tenant chacun une grande clé d’or dans leur main gauche, et tenant de leur main droite la tiare papale ou trirègne.

Tu fermes et tu ouvres le royaume des cieux

avec les clés du même royaume.[6]

  • Au-dessus de la tribune de la Chaire, dans la vasque de l’abside, en marbre, deux énormes clés au milieu de deux anges aux armes de Pie XII (1957).
  • Ci-dessus, trois médaillons en stuc (1749-1750) de Luis Vanvitelli, à gauche « La Crucifixion de Saint Pierre », à droite « La Décollation de Saint Paul » et au centre « La Remise des Clés à Saint Pierre ». Ci-dessus, des anges avec des clés.
  • Sur le monument de Clément X un jeu et sur l’orgue un autre.
  • Dans les Grottes (dans la chapelle ottonienne) se trouve une mosaïque représentant le Christ assis sur un trône avec saint Pierre et saint Paul. Saint Pierre, dont le Christ passe le bras autour du dos dans un geste très affectueux, porte dans ses mains trois clés, qui indiqueraient le pouvoir du Pape non seulement sur la terre et au ciel, mais aussi sur le purgatoire. Dans la Salle VII des Grottes (à côté de la Chapelle Hongroise), au fond à droite, se trouvent sept fragments d’un cadre de porte appelé « Cornice de sant’ Apollinare», avec trois bustes : à gauche Saint Apollinaire, au centre le Christ et à droite Saint Pierre, avec deux clés dans la main gauche et, à droite, la crosse avec un geste solennel et presque menaçant. Il y a plus de 20 clés en pair dans les grottes.

De l’Eglise militante

Le Christ vous a donné les clés,

et aussi de Celle qui est triomphante :

ce que tu as déclaré comme délié

reste délié et reste lié

ce que toi seul auras lié.[7]

Mais pourquoi n’y a-t-il presque toujours que deux clés ? Tout d’abord, dans le Nouveau Testament, elles sont toujours plurielles, aussi bien en grec qu’en latin « claves » : «  Tibi dabo claves regni caelorum » (Mt 16,19). Deuxièmement, il y a deux clés car elles indiquent le double pouvoir du Pape, sur terre et au ciel : « tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux…» Les clés sont souvent décorées, parfois l’une en or et l’autre en argent, et sont le signe spécifique du pouvoir papal que Jésus a donné à saint Pierre, et qui passe aux successeurs de saint Pierre.

Et en haut, à la base du Dôme, avec des lettres onciales de 1,41 m., sur un fond d’or de deux mètres, en latin : « Tu es Pierre ; et sur cette pierre je bâtirai mon Église et je te donnerai les clés du Royaume des cieux. (Mt 16,18-19).

Les clés des portes éternelles

À toi, Pierre, ont été données,

Et tes lois terrestres

Atteignent les ciel.[8]

  • A l’endroit où nous nous trouvons, il y a une prière à Pierre en latin et en grec : O pasteur de l’Église ! Qui nourrit toutes les brebis et tous les agneaux du Christ[9]. Qui est ce berger ? C’est Pierre qui survit dans le Pape et la légende en grec et en latin nous rappelle que l’Église respire avec deux poumons, l’oriental et l’occidental, sur lesquels s’exerce le pouvoir des clés.

Ouvrir la porte du paradis

et le droit de lier et de délier sur terre,

avec les clés qu’il t’a données.[10]

  • Une cascade de clés apparaît dans la Basilique Saint-Pierre et nous n’en avons même pas fait une mention exhaustive ! Et pourquoi une telle quantité

Tout d’abord, parce que c’est une des métaphores utilisées par Quelqu’un qui dit un jour à celui dont le tombeau est ici : “…je te donnerai les clés…”, signifiant le pouvoir d’ouvrir et de fermer, de lier et de délier qu’Il a donné à Pierre et à ses successeurs.

Deuxièmement, parce que les clés expriment pour nous la défense la plus profonde et la plus importante de notre vie : « Confirme tes frères dans la foi » (Lc 22, 32), que nous défendons par l’instinct surnaturel de la grâce.

Troisièmement, parce que les clés ne sont pas quelque chose d’inerte, de statique, de vide, mais au contraire quelque chose de vivant, de dynamique et de plein, qui exprime une vérité de foi et qui exprime chacun de nous, parce que la vitalité inépuisable de l’Église catholique a sa source dans la foi de Pierre en notre Seigneur Jésus-Christ, comme l’enseigne saint Léon le Grand[11], lui aussi enterré ici : « Tout cela, chers frères, est le résultat de cette profession de foi inspirée par le Père dans le cœur de l’apôtre, [qui] a surmonté les incertitudes des opinions humaines et a obtenu la fermeté d’une pierre, capable de résister à n’importe quel coup ». C’est quelque chose qui se produit tous les jours et qui touche toute l’Église, qui reconnaît que Jésus est le Seigneur, car quiconque reconnaît cette vérité est immergé dans l’enseignement de saint Pierre et est, dans une certaine mesure, comme une extension de celui-ci : « De même que dans toute l’Église, Pierre affirme chaque jour : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant”, chaque langue qui reconnaît le Seigneur est imprégnée du magistère de cette voix », poursuit saint Léon le Grand. Tout frère et toute sœur, où qu’ils se trouvent dans le monde, qui confessent que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, sont inculqués, inspirés, influencés et persuadés par la confession de Pierre, par le magistère de sa voix, la voix de celui à qui les clés ont été données. C’est pourquoi saint Augustin enseigne : « …ces clés n’ont pas été reçues par un seul homme, mais par l’unique Église. D’où l’excellence de la personne de Pierre, dans la mesure où il représentait l’universalité et l’unité de l’Église…”[12]

Grâce au pouvoir des clés, l’Église catholique survivra jusqu’à la fin des temps, infaillible dans sa hiérarchie in docendo et en nous in credendo, et indéfectible, sans pouvoir être détruite par les persécutions, les tempêtes, la cruauté des tyrans ou des lobbies ennemis !

Grâce aux clés, la table de Son Corps et de Son Sang nous parvient !

Grâce aux clés la douceur de la Vierge Marie nous parvient !

Grâce aux clés, nous avons la certitude que la vie éternelle existe et que « ce qu’il a promis ne peut manquer de s’accomplir : “Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux” »[13]!

Grâce aux clés, nous pouvons profiter d’une paix et d’une joie que le monde ne peut pas donner !

Grâce aux clés, l’Église est le défenseur invaincu de toute vie humaine !

Grâce aux clés, si l’Antéchrist venait à piétiner nos têtes avec son dernier souffle, imprégnés du magistère de Pierre, par la grâce de Dieu, nous confesserions : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » !

 Non! Nos pères ne se sont pas trompés dans la foi lorsqu’ils ont orné la basilique Saint-Pierre de multiples clés !

+ P. Carlos Miguel Buela. IVE

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné.

Nous joignons le texte de la lettre envoyée Par H.E.R. Monseigneur Angelo Comastri,

Fabbrica di S. Pietro

In Vaticano

Vatican, le 4 août 2007.

 Très Révérend Père Buela :

C’est pour moi un plaisir de me référer à votre aimable lettre du 31 juillet, dans laquelle vous m’envoyez le merveilleux sermon prêché au cours de la Sainte Messe célébrée ici à Saint-Pierre, le 8 juillet dernier.

Veuillez accepter mes plus sincères remerciements pour les belles paroles contenues dans ce document. Je vous transmets également ma profonde reconnaissance pour cette homélie, si profonde et en même temps suggestive, qui témoigne de l’empreinte spirituelle de votre Famille religieuse.

Les clés de Saint Pierre seront à votre disposition quand vous le souhaitez ! Je vous souhaite sincèrement, ainsi qu’à l’Institut du Verbe Incarné, tout le meilleur de la part de Jésus, par Marie.

† Ángelo Comastri

Archiprêtre de la Basilique Patriarcale Saint-Pierre.


[1] Hymne très ancien, au moins du s. V, cfr. D. Rezza (ed.), Beatus Petrus. Inni medievali latini (Rome 2003) 17:

«Petre, tu praepotens caelorum claviger,

vota precantium exaudi iugiter;

cum bis sex tribuum sederis arbiter,

factus placabilis iudica leniter

teque petentibus nunc temporaliter

ferto suffragia misericorditer».

[2]  ‘…la cuffie protettive in piombo degli abbaini’.

[3] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus, 93:   «Quia dator gratiae

Petro et ecclesiae

dedit claves veniae».

[4] Guillaume de Tocco et d’autres biographes racontent que Thomas, alors qu’il écrivait le commentaire d’Isaïe, avait trouvé dans le texte un point particulièrement obscur qui l’avait laissé un peu perplexe. On aurait dit qu’il parlait à d’autres personnes dans sa cellule. Peu de temps après, Thomas appela son secrétaire Reginald de Priverno et lui demanda d’écrire ce qu’il allait lui dicter. Après une heure de dictée ininterrompue comme s’il lisait un livre, il dit au revoir à Reginald et l’invita à dormir pour le peu de temps qui restait jusqu’à l’aube. Mais Reginald ne voulut pas partir avant de lui avoir dit à qui il avait parlé. Après beaucoup d’insistance, il lui répondit qu’il avait parlé avec les saints Pierre et Paul, qui lui avaient expliqué tout ce qu’il voulait savoir, et que Reginald ne devait le dire à personne tant que Thomas serait vivant. (Cf. James A. Weisheipl, Tommaso D’Aquino, Milan 1994, 124-125).

[5] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus,  Attribuée à Paulin d’Aquilée, 107:

«Et clave illa caelica

solvens catenas criminum,

illic reos inducito,

quo clarus extat ianitor».

[6] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus, Atribuée a Conrrado de Hirsau, s. XI,149:

«Claudis aperis coelorum

regnum regni clavibus».

[7] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus, 162: «Tibi Christus militantis

claves nec non triumphantis

contulit ecclesiae,

ut quod solieres, solutum,

quod ligares, insolutum

ejus esset requie».

[8] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus, 183: «Supernae claves ianuae

tibi, Petre, sun traditae,

tuisque patent legibus

terrena cum caolestibus».

[9] « Il (Pierre) continue à vivre et à juger dans ses successeurs » déclarait le légat Philippe au concile d’Ephèse.

[10] D. Rezza (ed.), Beatus Petrus, 188: «Claves coeli reserandi

et in terra ius ligandi

solvendique tribuit».

[11] Sermon 3, À l’occasion de l’anniversaire de son intronisation, 2-3 : PL 54, 145-146 ; cf. Liturgie des Heures, vol. III, 1720.

[12] Sermon 295.

[13] Saint Léon le Grand, Sermon 15, Sur la Passion du Seigneur, 4 : PL 54,367.

« Tu as des paroles de Vie Eternelle », seulement Toi, Seigneur !

Chers frères, ce dimanche nous nous retrouvons avec un vraiment très bel Évangile de Notre Seigneur. C’est à la fin du célèbre sermon sur le Pain de Vie. Là, Notre Seigneur enseigne pour la première fois la réalité de l’Eucharistie qu’Il allait instituer, le jour du Jeudi Saint, en leur disant en toute clarté que Sa Chair allait être mangée et Son Sang allait être bu, et que cette Chair et ce Sang seraient « pour la vie du monde » (Jn 6, 52). En entendant cela, beaucoup de ses disciples dirent : « Ce langage est dur. Qui peut l’entendre ? (Jn 6, 60). Et alors Notre Seigneur, qui connaissait leurs pensées, va leur donner la clé de l’interprétation du sermon sur le pain de vie.

La clé n’était pas dans une interprétation matérielle des paroles, mais dans une interprétation surnaturelle qui jaillit de la foi et qui dit : « c’est l’Esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jn 6, 63). Ceux qui étaient là, qui étaient scandalisés, ont compris de manière charnelle ce qui doit être compris de manière surnaturelle : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie» (Jn 6,63), comme cela arrive dans toutes les communautés, à tout moment. Il y a toujours des gens qui, apparemment, font partie de la communauté, mais il leur manque l’essentiel : une foi vivante et intrépide en Notre Seigneur. Et là, Jean fait une remarque assez importante : « Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait » (Jn 6, 64). Et ces deux faits sont liés. Celui qui ne croit pas livrera Jésus. Peut-être que ce ne sera pas aujourd’hui, ni demain, mais ce sera la semaine prochaine ou l’année prochaine… pourquoi ? Parce qu’il l’a déjà livré dans son cœur. En ne croyant pas et en n’ayant pas la foi, il l’a déjà trahi, et c’est pourquoi il va le livrer.

À ce moment crucial de la prédication de Notre Seigneur, surtout parce qu’il s’agissait de l’enseignement du mystère qui « fait » l’Église et qui allait « être fait » par l’Église, le mystère de l’Eucharistie, beaucoup de ses disciples se sont éloignés de Lui et ont cessé de l’accompagner. Jésus, comme nous, a connu ce qu’est l’échec apostolique et pastoral. On s’efforce de faire toutes choses le mieux possible, et on n’obtient pas la réponse attendue, parce qu’on rencontre souvent la dureté des cœurs, qui ne veulent pas faire le pas de croire ; ou la dureté des consciences, qui ne veulent pas faire le pas de se convertir et continuent par contre à affirmer leur propre jugement, même contre les paroles de Jésus-Christ. Et c’est alors que Jésus va poser une question aux Apôtres, question à laquelle Pierre répondra.

«Jésus dit alors aux Douze: «Voulez-vous aussi partir?»» (Jn. 6, 67). Jésus n’enlève la liberté à personne. Il ne l’a pas enlevée aux apôtres. La même chose se produit chez nous. Cela ne nous enlève pas notre liberté lorsque nous décidons de notre vocation, ni lorsque nous entrons au noviciat ou au séminaire ; pas même quand nous sommes prêtres. Jésus ne nous enlève jamais notre liberté. Et c’est pourquoi Il veut et attend que notre réponse soit libre, parce qu’Il ​​veut que ce soit une réponse responsable et consciente ; une réponse amoureuse ; et s’il n’y a pas de liberté, il n’y a pas d’amour.

Et là Simon Pierre lui répondit : « « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » » (Jn 6, 68). De très belles paroles, où sous forme d’adage, s’exprime la réalité de Jésus, et ce qui devrait être le centre de notre foi.

Saint Pierre s’adresse à lui personnellement, tout comme Jésus s’était adressé à eux personnellement. “Tu…” dit-il.  Il utilise un pronom personnel. Il s’adresse à sa personne, ce n’est pas une théorie, ni une spéculation de laboratoire. Ce n’est pas une croyance, c’est une personne : “Tu…” Et ce “Tu…”, à ce moment-là et sur les lèvres de Pierre, a une résonance toute particulière car un instant auparavant il l’avait appelé “Seigneur… à qui irions-nous ?…”. Ce « tu… » est le Seigneur ! Qui est « Kyrios » en grec, et que la version LXX[1] avait déjà utilisé, lorsqu’on avait traduit la Bible de l’hébreu au grec un siècle avant la venue de Notre Seigneur, parce que le grec était la lingua franca ; chaque fois que le tétragramme sacré « Yahweh » apparaissait en hébreu, on l’avait traduit par « Kyrios ». Kyrios est Seigneur. Kyrios est Yahvé. Kyrios est Dieu. Un argument que Pierre renforce même quelques instants plus tard lorsqu’il dit : « et nous croyons et savons que tu es le Saint de Dieu ». Le Saint, Qadosh, est Dieu lui-même.

“Tu as…” : Non pas comme quelque chose d’accidentel, de parvenu ou d’occasionnel, mais comme quelque chose de constitutif, d’essentiel et de caractéristique. Qu’est-ce que Jésus-Christ a comme caractéristique et substantiel ? Il a des « Paroles de vie éternelle ». C’est-à-dire des paroles qui donnent la vie et sont vie. Et elles ne donnent pas n’importe quelle vie, mais elles donnent la vie éternelle ! De telle sorte qu’elles ne sont pas des paroles qui passent et meurent, ni changent, mais qu’elles restent et resteront à travers les siècles et les siècles : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt. 24,35). Nous sommes maintenant submergés par toute une avalanche de cette culture de la mort, par exemple du New Age, qui se manifeste encore malheureusement chez certains membres de l’Église catholique. Et cela donne l’impression que nous sommes démodés, en dehors de l’actualité… mais ce sont eux qui sont démodés ! Parce que cela ( leur pensée) va passer comme tant de choses sont passées. Cependant, les paroles du Christ ne passeront pas, car elles sont des « paroles de vie éternelle ». Et ce sont des paroles qui ne sont pas faibles, comme celles des hommes qui disent aujourd’hui une chose et demain en disent une autre ; ils jouent avec les mots… Ce sont les ménestrels des idées. Dans ses paroles c’est comme si Pierre disait : – « Tu as des paroles qui ne passeront jamais. »

De plus, dire « Tu as des paroles de vie éternelle » revient à dire : – « Tu es le seul à avoir des paroles de vie éternelle ». Et « toutes tes paroles sont seulement paroles de vie éternelle » dans le sens qu’aucune parole de Jésus ne cesse d’être une parole de vie éternelle, même lorsqu’il enseigne l’existence de l’enfer et de la damnation éternelle ; aussi quand il parle du caractère sacré du mariage ; aussi quand il parle de la primauté de la charité ; aussi lorsqu’il parle du jugement final… Toutes les paroles de Jésus sont des paroles de vie éternelle. Et c’est pourquoi nous devons faire chair en nous toutes les paroles de Jésus, car ce ne sont que des paroles de vie éternelle. Aucune parole de Jésus n’est éphémère, changeante, triviale, superflue.

Et c’est aussi comme s’il disait : – « Tu es le seul à avoir des paroles de vie éternelle. » Personne d’autre ne les possède. Aucun autre, parce qu’aucun autre n’est Dieu, et aucun autre n’a enseigné cette admirable doctrine comme Notre-Seigneur l’a enseignée, et il n’a pas non plus accompli de miracles et de prophéties pour montrer la vérité de ce qu’il a enseigné, comme il l’a fait. Tous les grands hommes de l’histoire du monde et de notre pays n’ont pas, même tous ensemble, des paroles de vie éternelle. Le seul est Jésus !

Et en plus nous pouvons et devons comprendre : – « Tu as toujours des paroles de vie éternelle. » De la même force avec laquelle ces paroles résonnaient dans ce merveilleux dialogue entre Jésus et les apôtres, en particulier saint Pierre. De la même force originelle avec laquelle ces paroles ont été entendues pour la première fois, ces paroles continuent à être entendues à travers les siècles et continueront à être entendues, car ce sont des paroles qui ne meurent pas, qui ne perdent pas de force, elles n’ont pas besoin de quelqu’un pour leur donner de la force… car elles sont des paroles de vie éternelle !

Et cela doit être notre conviction la plus profonde. Dans le cas contraire, nous mériterons le reproche qu’a fait, en son siècle, le grand théologien Melchor Cano, qui se plaignait de l’attitude de certains évêques, prêtres, religieux et laïcs responsables à l’époque, comme ils le sont aujourd’hui, du relâchement de la vie chrétienne, de la perte d’identité, d’aller chercher ailleurs ce qui ne se trouve qu’en Jésus. Il a dit de ces hommes, que ce sont des hommes qui, au fond, ne croient pas, et donc qui, au fond, trahissent : « Une des raisons qui me poussent à être mécontent de ces pères… c’est que ces messieurs qu’ils prennent entre leurs mains, au lieu d’en faire des lions, ils en font des poules, et s’ils trouvent des poules, ils en font des poulets. Parce que ce sont précisément eux qui, en raison de la position qu’ils occupent, font baisser la garde et les mettent dans ce marécage de la « pâtisserie spirituelle[2] », où ils commencent à essayer de dire que tout va bien, que rien ne va pas, de faire des accommodements, et de détruire la seule vérité qui sauve et qui est la vérité de Jésus-Christ. Et c’est ce que nous constatons, même ici. Une dame m’a raconté qu’elle avait entendu à la radio que quelqu’un avait demandé une faveur à Judas Iscariote !!!… et il doit déjà y en avoir beaucoup qui ont demandé des grâces à des faux saints créés par la fantaisie populaire. C’est la confusion et l’ignorance ; c’est l’utilisation commerciale de la crédulité de beaucoup, par ceux qui n’ont pas la foi et ceux qui livrent Jésus et le trahissent.

Décidons donc de mettre en pratique ce que nous disons dans nos Constitutions : « Nous voulons être fondés sur Jésus-Christ, venu dans la chair (1 Jn 4, 2), et sur le Christ seul, et sur le Christ toujours, et le Christ en tout, et le Christ en tous, et le Christ Tout»[3].

La Sainte Vierge a compris comme personne et plus que quiconque que les paroles de son Fils unique étaient toutes des paroles de vie éternelle, qu’elles le seraient toujours pour toutes les générations d’hommes, que Lui seul les avait, les enseignait et les partageait à ses disciples, qu’elles ne seraient pas soumises aux aléas des temps et des modes, qu’elles ne vieilliraient jamais et qu’ elles ne seraient jamais dépassées, que beaucoup donneraient leur vie pour elles, qu’elles ne décevraient jamais personne. Que celle qui a gardé ces Paroles dans son cœur nous rappelle cette vérité.

+ P. Carlos Miguel Buela IVE

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1] La Septante (LXX, latin : Septuaginta) est l’ensemble des plus anciennes traductions de l’intégralité de la Bible hébraïque d’alors en grec de la koinè aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ. Cette édition tire son nom du récit légendaire rapportant la traduction du Pentateuque au IIIe siècle avant Jésus-Christ, à Alexandrie.

[2] Pâtisserie spirituelle: nous avons traduit avec ces deux mots, une expression courante chez le p. Buela pour designer tout ce qui fait référence à une spiritualité trop encline à ce qui est délicat, faible et facile à obtenir; appuyée seulement sur les sentiments et sans transcendance au surnaturel, excluant la nécessité de l’effort, du sacrifice et de la réalité de la croix pour atteindre la parfaite ressemblance de Jésus-Christ.  

[3] Constitutions de l’Institut du Verbe Incarné, 7.