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Saint Jean de la Croix, Maître de Contemplatifs

Homélie du 14 décembre 2019

À la mémoire de saint Jean de la Croix

Saint Jean Paul II, en 1982, est allé en pèlerinage devant la tombe de saint Jean de la Croix à Segovie, et l’a reconnu comme « le grand maître des sentiers qui conduisent à la union à Dieu ».

Et c’est vrai que saint Jean de la Croix est un guide sûr, même des plus sûrs (comme saint et comme docteur de l’Eglise) dans notre effort à atteindre ce qui est réellement le but de notre vie spirituelle, de toute notre vie intérieure, c’est-à-dire, l’union de notre âme à Dieu, la perfection chrétienne, ou encore la sainteté qui, d’après Saint Thomas d’Aquin, « en ceci consiste : que l’homme aille vers Dieu » (Commentaire de l’Evangile de st. Jean, ch. 13).

Et nous l’appelons « grand maître » des chemins qui nous emmènent à l’union à Dieu, parce que comme peu de saints et comme peu de maîtres, saint Jean de la Croix l’a souligné par sa doctrine, et l’a montré par l’exemple de sa vie,

– quelle est cette union, qui est la fin de notre vie,

– et quelle voie emprunter pour y arriver.

Connu est le schéma de perfection que saint Jean de la Croix tracé sur le dessin de une montagne, le Monte Carmel, qui nous devons monter tout droit, sans hésiter, par un sentier caillouteux, pavé d’une seule parole répétée aussi souvent que nécessaire : rien. Il veut nous montrer par là qu’il n’y a pas d’autre chemin qui conduise à Dieu à part celui-ci : se défaire de tout ce qui n’est pas Dieu pour amour de Lui : « Celui qui veut être mon disciple, doit s’oublier, prendre la croix et me suivre » (Mt, 16, 24).

C’est seulement par la croix portée pour le Christ et avec le Christ, que nous devenons « aptes » ­­–pour ainsi dire– à l’union avec Dieu. « L’union » –d’après st. Jean de la Croix– « ne consiste donc point dans les jouissances, dans les consolations, dans les sentiments spirituels, mais dans la mort réelle de la Croix au point de vue sensitif et spirituel, intérieur et extérieur » (La Montée du Carmel, liv. II, ch. VI). Et la raison la plus profonde est que cette union telle que Saint Jean de la Croix nous l’enseigne si bien, est une union de deux volontés, de deux amours, de charité. Et la volonté ne peut pas avoir deux maîtres à la fois (cf. Mt 6, 24). Ecrit saint Jean de la Croix : « Deux contraires ne peuvent pas exister à la fois dans le même sujet ; or l’amour de Dieu et l’amour de la créature sont deux contraires ; ils ne peuvent exister en même temps dans une âme. Quel rapport y a-t-il entre la créature et le Créateur ? entre le sensible et le spirituel ? entre le visible et l’invisible ? entre le temporel et l’éternel ? entre l’aliment céleste, pur et spirituel, et la nourriture grossière de sens ? entre le dénûment du Christ et l’attachement à un objet quelconque ? » (La Montée du Carmel, l. I, ch. VI).

L’union en amour avec Dieu est la seule finalité de notre vie, et c’est déjà là le ciel. Mais pour y arriver il faut se battre pour ne pas être comme ceux qui « ne veulent pas que Dieu leur coûte plus cher que de parler, et même cela est mauvais ; et pour Lui ils ne veulent pas faire presque tout ce qui leur coûte quelque chose […] pour aller à la recherche du Bien-Aimé, l’âme doit s’exercer à pratiquer les vertus et les mortifications propres à la vie contemplative et à la vie active ; dans ce but elle renoncera à tous les biens et à tous les plaisirs » (Cantique B, str. 3).

En effet, de manière particulière, nous, des religieux et des contemplatifs, que devons-nous efforcer, nous dépêcher, pour terminer le mouvement du retour de toute la création au Créateur, « en renonçant à tout et en visant uniquement cette fin » (Directoire de vie contemplative, 3) ; nous devons prendre cette voie crucifiée. Nous devons commencer par nous-mêmes, avec la hâte ceux qui aiment, en gardant toute notre force pour Dieu et en oubliant tout autre amour.

« La force de l’âme se trouve dans ses puissances, dans ses passions et dans ses tendances, qui toutes sont gouvernées par la volonté. Or quand la volonté les détourne de ce qui n’est pas Dieu et les dirige vers Dieu, elle garde alors la force de son âme pour Dieu ; c’est ainsi qu’elle parvient à aimer Dieu de toutes ses forces. Pour que l’âme atteigne ce but, nous nous occuperons ici de purifier la volonté de toutes ses affections désordonnées, qui sont la source d’où procèdent ses tendances, ses attaches et ses ouvres désordonnées, et d’où vient également qu’elle ne garde pas toute sa force pour Dieu.

Christ Crucifié dessiné par saint Jean de la Croix

Ces affections ou passions sont au nombre de quatre, à savoir : la joie, l’espérance, la douleur et la crainte. Quand on les applique à Dieu par un exercice raisonnable, de telle sorte que l’âme ne se réjouisse que de ce qui intéresse purement l’honneur et la gloire de Dieu Notre-Seigneur, ne mette qu’en lui son espérance, ne s’afflige que de ce qui le blesse, ne craigne que lui, il est claire que l’on dispose et que l’on garde toutes les forces de l’âme et toute son habileté pour Dieu. Au contraire, plus l’âme se réjouirait en quelque autre chose, et moins de force elle conserverait pour mettre sa joie en Dieu ; plus elle mettrait sa confiance dans quelque chose de créé, moins elle en mettrait en Dieu ; et ainsi des autres passions » (La Montée du Carmel, l. III, ch. 15).

Que la sainte Vierge Marie nous aide à atteindre et à vivre cet amour unique, en union du Christ crucifié, qui nous amène à Dieu, notre Père, la Fin de notre vie.

P. Juan Manuel del Corazon de Jesus Rossi

“Si vous voulez parvenir à posséder le Christ, ne le cherchez jamais sans la croix ” Saint Jean de lA Croix

Homélie pour le dimanche XXIII, année C (Lc 14, 25-33)

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? C’est la question posée par l’auteur du livre de la Sagesse dans la première lecture de ce dimanche. L’auteur sacré montre après quel est le chemin par lequel Dieu peut révéler ses volontés : qui aurait connu ta volonté si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?  Cette lecture est notre guide pour la méditation de l’évangile de ce dimanche.

La Sagesse de Dieu avec majuscule s’est révélée en Jésus- Christ, le Christ Jésus est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption (1 Co. 1,30).

L’évangile de ce dimanche commence en disant que les foules faisaient route avec le Seigneur et que, à un moment donné, Il se retourne vers elles. Peut-être que ces gens le suivaient à cause des miracles, des signes qu’Il avait faits. Le Seigneur veut leur déclarer quelles sont les conditions nécessaires pour devenir ses véritables disciples, et comme nous le constatons, le chemin vers la croix se fait encore plus exigent. C’est que notre Seigneur demande maintenant l’authenticité du disciple.

Si le Seigneur est notre sagesse, Il est devenu aussi la mesure de tout ce qui conforme notre vie. Jésus-Christ est donc le centre de l’existence, de la vie de tout chrétien. Cela est reflété dans les trois idées principales de l’évangile :

  1. Le Seigneur est au-dessus des êtres qui nous sont les plus chers.
  2. Il faut que nous soyons disposés à voir nos croix à la lumière de la Croix du Christ.
  3. Il est nécessaire d’avoir du réalisme dans la vie de tout chrétien.

Si ces trois idées ne sont pas claires dans notre tête, nous ne pouvons pas nous considérer des vrais chrétiens, parce qu’on n’est pas de vrais disciples. Et pour cela, le Seigneur nous impose l’exigence de la réflexion, de la profonde considération dans notre vie.

Comme on peut voir dans l’évangile, le passage est suivi de deux petites paraboles, celle de la tour à bâtir et celle du roi qui se prépare pour une bataille. Dans ces deux histoires l’enseignement est surtout axé sur la magnitude du chemin commencé.

En effet, ce que nous devons saisir de ces deux paraboles c’est que les hommes de ce monde font plus attention à leurs projets pour cette vie, ils réfléchissent beaucoup plus et gardent une grande prudence humaine (et nous aussi d’ailleurs) que lorsqu’ils réfléchissent aux exigences de la vie chrétienne, ou de la vie spirituelle. Comme le Seigneur dit aussi dans l’évangile : « les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière », et nous-mêmes, nous agissons beaucoup plus comme fils de ce monde (dont la pensée est mise dans les affaires d’ici-bas) que comme enfants de la lumière. 

Le vrai disciple de Jésus est celui qui considère les exigences et qui suit son Maître, convaincu que ce chemin implique le renoncement, le détachement et la croix.

En fait, pour devenir ses disciples, le Christ nous demande d’être prêts à renoncer aux choses que nous sont les plus chères à nous, Il nous demande d’avoir la disposition de cœur de renoncer à tout pour Lui.

Comme on a déjà dit (plus haut) Jésus demande trois choses pour devenir son disciple :

  1. Se détacher des êtres chers et de soi-même.
  2. Charger sa propre croix et le suivre.
  3. Le parfait détachement de tout ce qu’on possède.

D’abord, on doit renoncer aux nôtres lorsqu’ils s’opposent ou constituent un obstacle en quelque sorte pour pouvoir suivre et imiter Notre Seigneur, c’est-à-dire pour accomplir la volonté de Dieu (« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, etc… »).  

Et de cela, Il nous a donné lui-même l’exemple ; lorsqu’Il avait 12 ans, Jésus enfant dit à sa Mère qu’Il devait s’occuper des choses de son Père. L’évangile nous dit que Jésus avait aussi corrigé saint Pierre lorsque celui-ci a voulu l’éloigner du chemin de la croix, Jésus n’hésite pas à donner le nom de Satan à celui qui est son disciple et ami.

L’amour pour le Christ n’exclut pas les autres amours mais les ordonne ; et si un amour de ce monde s’oppose à Sa volonté, il est évident que cet amour n’est pas voulu par Dieu, qu’il n’est pas un amour béni et saint.

Nous devons renoncer à nous-mêmes et à ce qui nous fait plaisir lorsque cela est en contradiction avec l’évangile. Le monde « se colle » comme la poussière aux pieds, ses maximes envahissent très facilement nos pensées, mais tout ce qui est mondain doit disparaître si nous voulons devenir ses vrais disciples.

Le Christ nous demande de renoncer de cœur à tout ce qui nous appartient. Avoir des biens, mais sans leur attacher le cœur , que notre âme ne soit pas dominée par les biens de ce monde afin d’obéir plus facilement à Jésus. L’évangile nous montre le triste exemple de ce jeune riche, qui n’a pas accepté de suivre le Christ à cause de ses richesses. Mais, nous ne devons pas penser que ce sont seulement les grandes richesses qui peuvent nous faire obstacle dans l’imitation du Seigneur ; il peut y avoir de petites choses qui nous empêchent de le suivre, saint Jean de la croix disait que « pour fin que soit le fil, l’oiseau y demeurera attaché comme à la grosse corde, tant qu’il ne le brisera pas pour voler ».

Et finalement, comme nous l’avons dit : il faut aussi que nous soyons disposés à voir nos croix à la lumière de la Croix du Christ. Savoir nous charger de notre croix, parce qu’elle est une participation à celle du Christ, avec nos croix Jésus nous associe à la sienne et à son œuvre de Rédemption.

La tentation d’abandonner la croix, de pouvoir nous en débarrasser est toujours présente en nous. Mais celui qui se rebelle contre sa croix risque de vivre une vie triste, et de trouver une croix plus lourde que celle qu’il a refusée, la croix que lui-même a fabriquée en laissant de côté celle que Dieu lui donne.

Par contre, le chrétien qui accepte la croix que Dieu lui envoie dans sa providence, y trouve la vraie joie dans le service de Jésus, il est joyeux de suivre le Christ, d’être pleinement son disciple.

Il n’existe pas un christianisme authentique, sans contempler la croix, sans les épreuves nécessaires de ce monde, ce sont de menteurs ceux qui prêchent que la véritable vie est sans souffrance, avec tous les bonheurs de ce monde. Écoutons encore saint Jean de la Croix qui nous parle : « S’il venait un temps où quelqu’un — prélat ou non — voulût vous persuader de suivre une doctrine de facilité et de plus grand soulagement n’y croyez pas, ni ne l’embrassez pas, la confirmât-il par des miracles… Si vous voulez parvenir à posséder le Christ, ne le cherchez jamais sans la croix ».

« Celui qui ne cherche pas la croix de Jésus, ne cherche pas vraiment non plus la gloire de Jésus. »

Nous sommes les disciples du Seigneur par vocation, alors : le suivons-nous par intérêt ? Acceptons-nous tout ce qu’Il demande dans l’évangile ? Car les conditions sont très claires dans l’évangile de ce dimanche.

Le Christ n’est pas venu pour nous faire la vie facile, Il est venu pour faire de nous de saints. Mais, il est évident que dans cette mission, Il ne nous laisse pas seuls, Il vient avec le secours de sa grâce.

Nous concluons avec une pensée de saint Louis Marie Grignion de Montfort aux amis de la Croix : «  Je crois qu’une personne qui veut être dévote et vivre pieusement en Jésus-Christ, et par conséquent souffrir persécution et porter tous les jours sa croix, ne portera jamais de grandes croix, ou ne les portera pas joyeusement ni jusqu’à la fin sans une tendre dévotion à la Sainte Vierge ».

P. Luis Martinez. IVE.