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Chemin de Croix classique

Introduction

La passion de Jésus est le plus grand drame amoureux de l’histoire. Le Christ ne pouvait pas faire plus pour nous montrer combien Il nous aime. C’est pourquoi le chemin de croix est toujours une école de miséricorde, d’humilité, de charité et de silence.

Prière d’ouverture

Père saint et miséricordieux, donne-nous la grâce de t’accompagner avec foi et amour sur le chemin de croix, afin que, participants à la passion du Christ, nous puissions attendre avec Lui la gloire de ton Royaume. Par le Christ Notre Seigneur. Amen.

1. Première station : Jésus est condamné à mort.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. (Jn 19, 14-16).

Jésus, le Fils de Dieu fait homme, est venu pour sauver et donner sa grâce à chaque homme. Quel mal a-t-il fait ? Pilate lui-même, l’homme qui doit le juger, ne le sait pas et n’arrive pas non plus à le savoir.

Seigneur Jésus, tu es l’innocent injustement condamné. Donne-nous la grâce de reconnaître notre mal, le péché qui réside en nous, afin qu’avec les yeux de nos cœurs purifiés, nous puissions te connaître, le seul pur et saint, et recevoir le don de ton salut.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

2. Deuxième station : Jésus porte la Croix.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. ​​​​(Jn 19, 17).

Jésus embrasse la Croix. La Croix, qui était jusqu’alors instrument de mort, devient quelque chose de beau et donneur de salut, digne de tout honneur et capable d’adoucir toutes les douleurs… La croix est devant nous chaque jour, dès le début de chaque journée. La croix vient à notre rencontre que ce soit sous forme de douleur physique ou spirituelle, d’une déception… C’est la croix de Jésus !

Accorde-nous, Jésus, une vie juste et forte, afin que nous n’ayons pas honte de te reconnaître devant les autres comme Seigneur et Sauveur ; N’ayons pas non plus honte de porter notre croix, la croix que tu nous donnes chaque jour.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

3. Troisième station : Jésus tombe pour la première fois.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. (Is 53, 4-5).

Avec un esprit généreux, Jésus marche vers le Calvaire, mais ses membres ne peuvent supporter trop longtemps le poids de la croix et il tombe à terre. L’agonie au Jardin des Oliviers, les souffrances de la nuit, la flagellation et le couronnement d’épines l’ont épuisé et affaibli. Nous contemplons le Divin Maître sous le poids de la croix, le visage contre le sol dur, entouré de soldats cruels.

Hélas, ce sont nos chutes dans le péché, nos infidélités, celles qui font tomber le Sauveur… Mais Jésus se relève et avec un effort renouvelé, monte avec fatigue vers le Calvaire…

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

4. Quatrième station : Jésus rencontre sa Mère.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre.» (Lc 2, 34-35).

Marie voit Jésus profondément courbé sous le poids de la Croix : la tête couronnée d’épines et le visage couvert de sang. En le voyant ainsi, Marie désirait ardemment prendre sur elle toutes les douleurs de son Fils, et dans son cœur elle souffrait les mêmes douleurs que souffrait son Fils.

Marie, qui as vécu dans une fidélité absolue au Verbe, la Parole de Dieu, qui en toi s’est fait homme, nous te demandons d’intercéder afin de nous obtenir la grâce de lui être pleinement fidèles.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

5. Cinquième station : Simon de Cyrène aide à porter la croix.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. » (Luc 23,26).

Lequel d’entre nous, si nous nous étions retrouvés ce jour-là sur le chemin du Calvaire, n’aurait pas aidé le Divin Maître ? Qui ne lui aurait pas proposé de porter sa croix ?

Seigneur, donne-nous la force de te suivre quand viendra le temps pour nous de parcourir le chemin de la croix. Aide-nous à être de bons Cyrénéens pour ceux qui souffrent à nos côtés.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

6. Sixième station : Véronique essuie le visage de Jésus.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. » (Is 53, 2-5).

Une femme a de la compassion pour Jésus. Malgré la présence des soldats hostiles, elle ose s’approcher de Lui, se sépare de la foule des curieux et entre dans le drame de l’Homme-Dieu. La femme essuie le visage du Fils de Dieu fait homme, visage couvert de sang, de sueur, visage défiguré…

Seigneur, Toi qui nous as créés à ton image et ressemblance ; imprime dans nos cœurs les traits du visage de ton Fils.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

7. Septième station : Jésus tombe pour la deuxième fois.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Philip 2,5-8).

Sur le chemin, Jésus retombe encore à terre, pour tous les désespérés et les faibles qui retombent dans la tentation… Jésus se lève, Il est le Prêtre fidèle à sa mission. Il se lève, pour que chacun de nous, se relevant de ses chutes, marche dans la fidélité à sa propre vocation et continue avec le Christ le chemin de sa vie.

Seigneur, dans ta toute-puissance, tu as voulu vaincre le mal en t’abaissant pour assumer notre humanité et nous relever de nos péchés, donne-nous la grâce d’être libres en Toi pour toujours.

Jésus, sois pour nous la force qui nous soutient dans la tentation, la main qui nous relève de nos chutes, le baume qui adoucit nos blessures.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

8. Huitième station : Jésus réconforte les femmes de Jérusalem.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : ‘Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants !’ » (Lc. 23, 27-28).

Les filles de Jérusalem ont pitié de la Mère et du Fils, mais elles ne comprennent pas le sens profond de cet événement : la raison pour laquelle Il souffrait.

Qui est vraiment digne de compassion ? Ceux qui suivent le même chemin que Jésus ne reconnaissent pas le Sauveur en lui. Les bourreaux impassibles, les spectateurs curieux, les chefs de la ville qui se moquent de lui après l’avoir condamné, ce sont eux dignes de compassion. Qui sont ceux pour qui nous devons vraiment avoir compassion ? Ceux qui ne croient pas aujourd’hui et ne trouvent pas Dieu ; ils ont des oreilles et n’entendent pas, ils ont des yeux et ne voient pas. Et ils ont laissé passer la grâce.

Seigneur Jésus, éveille en nous le désir sincère et constant de te reconnaître comme notre unique Sauveur et la grâce de nous convertir à Toi.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

9. Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête : ‘Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami !’ » (Ps 22, 7-9).

Jésus tombe encore une fois, encore une fois il se relève, poussé non par les cruels bourreaux ou par les cris de la foule, mais par l’amour infini qu’Il a pour nous.

Seigneur, tombé à terre, épuisé et humilié, sois pour toujours notre Maître de force, de ténacité, d’amour. Apprends-nous à souffrir sans nous plaindre, à nous relever sans tarder, à rechercher sincèrement la gloire de ton Père et le salut des hommes.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

10. Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : ‘Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura.’ Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. » (Jn. 19, 23-24).

Les vêtements de Jésus ne faisaient plus qu’un avec son corps ensanglanté. Les bourreaux l’arrachent sans pitié…

Jésus nous montre ce que signifie profaner notre corps – un membre de son Corps, l’Église – par le péché. Jésus nous donne la force et le courage de lutter rapidement et généreusement, afin que nous puissions persévérer en bons chrétiens dans un monde plein de tromperies et de tentations.

Seigneur, qui t’es laissé dépouiller de tes vêtements, apprends-nous aussi à nous libérer de tout ce qui n’est pas selon ta volonté.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

11. Onzième station : Jésus est cloué sur la Croix.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. » (Luc 23,33).

De son vivant, la multitude l’avait proclamé prophète, fils de David. Quelques jours auparavant, beaucoup l’avaient salué comme le roi tant attendu, celui qui venait au nom du Seigneur. Et maintenant Il est condamné à mourir d’une mort infâme, comme un blasphémateur, un voleur, entre deux malfaiteurs, comme s’Il était leur chef. Sa puissance est moquée, ses miracles attribués à Satan…

Seigneur, qui as accepté de mourir pour la cruauté humaine, dans l’humiliation et l’abandon, éclaire nos esprits pour que nous puissions voir dans ta Croix la grande œuvre de notre rédemption.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…        

12. Douzième station : Jésus meurt sur la Croix.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : ‘Éli, Éli, lema sabactani ?’ , ce qui veut dire : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. » (Mt 27, 45-46.50).

La croix est la chaire de notre Divin Maître, le trône de notre Roi, l’autel de notre Souverain Prêtre.

Jésus crucifié, vrai Dieu et vrai homme, aie pitié de nous et reçois notre supplication. Jésus crucifié seul Seigneur et Sauveur, aie pitié de nous. Jésus crucifié Prêtre éternel et Roi universel, aie pitié de nous. Jésus crucifié, Bon Pasteur et juste Juge, aie pitié de nous.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

13. Treizième station : Jésus est descendu de la Croix et déposé dans les bras de sa Mère.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé… » (Mt 27, 57-58).

Joseph d’Arimathie et Nicodème descendent Jésus de la croix. Marie le tient dans ses bras comme Elle faisait un jour dans la grotte de Bethléem et dans la maison de Nazareth, lorsque Jésus était enfant. Marie contemple une à une les blessures de Son corps sacré, tandis qu’une épée de douleur transperce son âme.

Le jour de l’Annonciation, l’Ange lui avait annoncé un mystère : de son sein virginal naîtrait un fils qui serait appelé Fils de Dieu… Avec le Fils de Dieu, son Fils, mort dans ses bras, retenue par la puissance de l’Esprit, Marie renouvelle son « fiat » : qu’il me soit fait selon ta parole. Elle connaît le sens le plus profond de cet événement : la volonté du Père qui veut que tous les hommes soient sauvés est en train de s’accomplir.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

14. Quatorzième station : Jésus est placé au tombeau.

– Nous t’adorons Christ et nous te bénissons.

– Parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. » (Marc 15, 45-46).

Les apôtres, les disciples et les amis de Jésus sont totalement désespérés. Tout est fini, répètent-ils dans leur cœur… Tous… sauf Marie, celle qui a cru et qui croit encore. Et Elle n’a pas tort, une nouvelle vie surgira de ce tombeau, la mort sera complètement vaincue avec la résurrection.

Le Seigneur Jésus, déposé dans un tombeau nouveau, vainqueur du diable et du péché, descend aux enfers et réveille à la vie immortelle tous ceux qui reposent dans l’ombre de la mort. A Toi, Jésus, Rédempteur de l’homme : tout honneur et toute gloire, pour toujours et à jamais.

Notre Père… Je vous salue Marie… Gloire…

Prière finale

Que ta bénédiction descende sur nous, Seigneur, qui avons rappelé la mort de ton Fils dans l’espérance de ressusciter un jour avec Lui. Que le pardon et la consolation descendent sur nous ; augmente notre foi et fortifie notre certitude dans la rédemption éternelle que ton Fils nous a obtenue sur la Croix. Par le Christ notre Seigneur.

(Un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire pour les intentions du Souverain Pontife, pour obtenir des indulgences [le chemin de croix bénéficie d’« indulgence plénière » s’il est prié devant des stations légitimement érigées]).

Extrait du livre “Sígueme ” du p. Marcelo Lattanzio IVE.

« Je le veux, sois purifié »

Homélie pour le VIème Dimanche du Temps Ordinaire, année B. (Mc. 1,40-45)

L’évangile de ce dimanche présente un miracle accompli par le Seigneur sur un lépreux. A la différence d’autres guérisons opérées par le Christ, celle-là est racontée avec un peu plus de détails, c’est-à-dire avec une description, et surtout un dialogue. 

Du  nom de lèpre, dans la mentalité de gens de l’époque du Seigneur et encore, même dans l’ancien testament, on désignait presque toute maladie de la peau. Pourtant dans son cas extrême, qui semble être celui de l’évangile, la lèpre est une maladie consistant en des éruptions cutanées infectieuses, des lésions sur le corps et des troubles nerveux et musculaires. Cela conduit souvent à la perte de membres (nez, oreilles, lèvres, mains et pieds). C’est profondément contagieux. Cette maladie est si terrible que les rabbins juifs considéraient le lépreux comme un mort vivant.

Ainsi, pour la loi de Moïse, la lèpre avait deux dimensions: l’une corporelle et l’autre spirituelle. Concernant la dimension spirituelle, la lèpre était un signe et presque une preuve que l’homme infecté avait commis des péchés très graves. Pour la loi de Moïse, la lèpre était le châtiment par lequel Dieu punissait le pécheur, c’est-à-dire celui qui avait abandonné sa loi. Il ne pouvait donc pas adorer Dieu dans l’assemblée liturgique, la synagogue. Cette excommunication s’exprime par la déclaration qu’il était «impur».

Dans le miracle décrit par saint Marc, nous pouvons apercevoir la foi de ce lépreux, il supplie Jésus et tombe à ses genoux, saint Mathieu racontant le même moment dit que le malade donne à Jésus le titre de Seigneur : Kyrie et qu’il l’adore avant de lui demander la guérison, comme le traduira saint Jérôme, le lépreux adorait Jésus.

Bien  que la loi eut interdit à tout homme de s’approcher et de toucher quelqu’un atteint de la lèpre, nous ne pouvons pas oublier que Jésus est Dieu, et Dieu n’est pas enfermé dans notre loi humaine : pour cela, le Seigneur le touche et donne ce que le malade lui demande, la guérison.

Comme le lépreux devait se réinsérer dans la communauté religieuse, Jésus lui demande d’aller accomplir ce que la religion juive prescrivait pour ceux qui obtenaient la guérison, la certification d’un prêtre, l’offrande pour un sacrifice ; ce serait la façon de montrer l’évidence du miracle accompli en lui. 

Cette dimension religieuse de la guérison de la lèpre est renforcée par le fait que le lépreux s’exprime de telle manière qu’il montre un plus grand intérêt à être à nouveau apte à participer à l’adoration de Dieu qu’à être physiquement guéri. En effet, le lépreux ne dit pas au Seigneur: «Si tu veux, tu peux me guérir», mais: «Si tu veux, tu peux me purifier» (verbe grec katharídso). Et Jésus-Christ répond avec le même verbe: «Je le veux, sois purifié» (verbe katharídso).

Saint Thomas nous explique dans son commentaire de ce miracle – mais chez saint Mathieu – que le Seigneur a touché ce lépreux afin d’enseigner la puissance qui se trouve dans les sacrements, car ce ne sont pas seulement le contact, mais les paroles qui sont nécessaires. En effet, lorsque la parole est jointe à l’élément, le sacrement est réalisé ; c’est-à-dire, comme nous le voyons dans tous les sacrements, qu’il y a une action ou un geste et les paroles prononcées pour faire le sacrement, comme dans le baptême, il y a l’eau versée sur le corps et les paroles prononcées par le ministre. Par chaque sacrement, nous pouvons dire que c’est comme si le Christ touchait aussi notre corps, nous donnant la grâce dans notre âme.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous apprend que : « Les sacrements sont des ” Forces qui sortent ” du Corps du Christ (cf. Lc 5, 17 ; 6, 19 ; 8, 46), toujours vivant et vivifiant ; ils sont des actions de l’Esprit Saint à l’œuvre dans son Corps qui est l’Église. Les sacrements sont “les chefs-d’œuvre de Dieu” dans la nouvelle et éternelle Alliance.

Célébrés dignement dans la foi, les sacrements confèrent la grâce qu’ils signifient (cf. Cc. Trente : DS 1605 et 1606). Ils sont efficaces parce qu’en eux le Christ lui-même est à l’œuvre : c’est Lui qui baptise, c’est Lui qui agit dans ses sacrements afin de communiquer la grâce que le sacrement signifie. Les sacrements agissent ex opere operato (littéralement : ” par le fait même que l’action est accomplie “), c’est-à-dire en vertu de l’œuvre salvifique du Christ, accomplie une fois pour toutes. Il s’en suit que ” le sacrement n’est pas réalisé par la justice de l’homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu “ (S. Thomas d’A., s. th. 3, 68, 8). Dès lors qu’un sacrement est célébré conformément à l’intention de l’Église, la puissance du Christ et de son Esprit agit en lui et par lui, indépendamment de la sainteté personnelle du ministre. Cependant, les fruits des sacrements dépendent aussi des dispositions de celui qui les reçoit. » (C. E. C. 1116.1127)

En  d’autres mots, les sacrements sont efficaces en eux-mêmes (ex opere operato), mais ils sont féconds dans la mesure où ceux qui les reçoivent ne mettent pas d’obstacles (non ponentibis obicem).

Parmi les sacrements, ils en sont deux, le baptême et la pénitence, destinés à pardonner les péchés. En eux, les dispositions exigées par la loi divine sont la repentance pour les péchés commis, qui doit être authentique et aussi accompagnée du désir de réparer le mal et de l’abandonner.

Les autres sacrements demandent tous à être reçus dans la grâce de Dieu, c’est-à-dire, après le baptême et la confession (au cas de se retrouver dans l’état de péché mortel, péché grave contre la loi de l’Eglise).

Si cela n’est pas fait, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce sacrement reçu sans les dispositions nécessaires serait stérile, sans fécondité ; et encore que sa réception serait sacrilège quand la personne qui le reçoit est consciente qu’elle n’est pas apte à s’en approcher.

On peut donc en déduire qu’aucun sacrement ne peut être reçu de manière fructueuse s’il existe en même temps une volonté de demeurer dans une situation qui est objectivement une situation de péché grave.

Pour cela, nous disons en conclusion, que l’Eglise nous demande de faire ce qu’a fait le lépreux de l’évangile : il a demandé avec l’humilité qu’implique un cœur repenti du péché et l’esprit de conversion et avec foi, car en tout sacrement nous devons être conscients que nous nous approchons de Dieu.

Il est bon aujourd’hui de parler de la conversion de saint François d’Assise, lorsque l’on parle de ce miracle du Christ avec le désir de passer vraiment d’une vie de péché à une conversion authentique, en profitant que nous soyons à quelques jours du temps du carême.

Il était jeune ; il cherchait la joie, le bonheur, la gloire; et en même temps il voulait donner un sens total et définitif à sa propre existence. Parmi toutes les horreurs de la misère humaine, François avait un dégoût instinctif pour les lépreux. Mais un jour qu’il faisait le tour d’Assise à cheval, il rencontre précisément l’un d’eux. Il ressentit une forte répulsion ; mais pour ne pas contredire son désir de devenir «chevalier du Christ», il sauta de sa selle, et tandis que le lépreux lui tendait la main pour lui demander l’aumône, François lui tendit l’argent et l’embrassa.

La célèbre expérience de saint François d’Assise, qu’il résume au début de son Testament, constitue un commentaire existentiel splendide de cet Évangile : « Le Seigneur m’a dit, à moi, frère François, de commencer à faire ainsi pénitence : quand j’étais dans le péché, voir des lépreux me semblait chose trop amère ; et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur faisais preuve de miséricorde. Et, m’éloignant d’eux, ce qui m’avait semblé amer se transforma en douceur dans mon âme et dans mon corps. Et ensuite, j’attendis un peu, puis je sortis du monde » (Sources franciscaines, 110). Chez ces lépreux, que François rencontra alors qu’il était encore « dans le péché » — comme il le dit — Jésus était présent ; et lorsque François s’approcha de l’un d’entre eux et, surmontant sa répugnance, l’embrassa, Jésus le guérit de sa lèpre, c’est-à-dire de son orgueil, et il le convertit à l’amour de Dieu. Voilà la victoire du Christ, qui est notre guérison profonde, et notre résurrection à une vie nouvelle !

Que Marie nous donne cette grâce !

P. Luis Martinez IVE.