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Sans Jésus nous ne pouvons rien faire

Lire l’évangile du cinquième dimanche de Pâques (Jn 15, 1-8)

L’évangile de ce dimanche est tiré du long discours du Seigneur  lors de la dernière Cène,  un grand sermon du Seigneur où Il révèle beaucoup de belles vérités, alors qu’Il laisse à ses apôtres le don de l’Eucharistie. Les derniers gestes et les dernières paroles de ceux qui quittent ce monde restent toujours bien gravés dans la mémoire et le cœur des personnes qui les accompagnent et qui les entourent.

Notre Seigneur fait une belle allégorie, une comparaison (certains disent que c’est une parabole). Il se compare à une vigne, une « véritable » vigne, soit parce qu’Il utilise cet adjectif en rapport à ce qui est faux, soit en ce que ce mot « vrai » peut être aussi compris dans le sens d’excellent, supérieur.

Souvenons nous qu’il s’agit du discours de la dernière Cène où le Seigneur a créé le sacrement de l’Eucharistie, prenant du pain et du vin, et que juste après la consécration du vin, Il dit : « je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » (Mc. 14,25)

En se donnant donc le nom de « vraie vigne », le Seigneur veut peut-être faire allusion à cette vigne pervertie, sans fruit et amère qui est l’image souvent utilisée par les prophètes pour montrer l’infidélité du peuple d’Israël à son Dieu et Seigneur. Nous pouvons le voir dans les mots avec lesquels le prophète Ezékiel menaçait les habitants de Jérusalem : « Fils d’homme, pour quelle raison le bois de la vigne vaudrait-il mieux que tous les autres bois ? Pourquoi ses branches seraient-elles meilleures que celles des arbres de la forêt ? En tire-t-on du bois pour en faire un ouvrage ? En tire-t-on une cheville pour y suspendre un objet ? Voilà qu’on le jette au feu pour le consumer : le feu consume ses deux extrémités, le milieu est brûlé ; peut-il servir à quelque ouvrage ? » Ez 15,2-4.

Mais, bien que le Christ se révèle comme la véritable vigne, l’image est encore plus élargie, parce qu’Il veut inclure ses disciples « je suis la vigne et vous les sarments »

En effet, le sujet central de ce texte, l’idée du Seigneur qui sert de fil dans cette partie du discours c’est que nous avons besoin d’être unis à Lui. Nous savons que nous chrétiens, c’est par la foi reçue au baptême que nous sommes unis à Lui.  Concrètement, il y a deux façons pour les disciples d’être unis au Christ, une façon juste « matérielle » et une autre façon que l’on peut appeler « vivante », « vitale ».

Alors, par rapport à la première façon, nous savons que la foi reçue au moment du baptême peut mourir quand il lui manque les œuvres, comme le dit l’apôtre Jacques (2,17) : « la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte ». La foi agit par la charité, nous dit aussi saint Paul (Ga.5,4), essentiellement lorsqu’on vit la vie chrétienne à travers les œuvres qui disposent nos âmes à recevoir la grâce de Dieu. C’est donc le Père qui séparera le sarment qui par sa faute, a cessé de vivre de la vie de la Vraie Vigne.

Mais, il y a une a utre manière de vivre unis au Christ, et c’est par la foi reçue dans le baptême et qui se fructifie dans les bonnes œuvres. A ce type de sarment correspond un nettoyage, selon le mot de l’évangile ; c’est-à-dire, enlever le reste de feuilles qui privent le sarment de la vitalité et de la force pour donner des fruits en qualité et en abondance : tout sarment qui porte du fruit, le Père le purifie en le taillant, pour qu’il en porte d’avantage.

Ce qui suit c’est une exhortation du Seigneur vers nous, ses disciples : « demeurez en Moi ». Ce verbe est utilisé à plusieurs reprises par saint Jean : 40 fois dans les évangiles et 23 dans sa première lettre. Par ce verbe, l’évangéliste veut signifier l’union permanente et vitale des fidèles au Christ.

Et,  qu’est-ce que cela veut- il dire pour le Seigneur ? Ou plutôt, pour quoi nous devons « demeurer en Lui » ?

Le Seigneur explique cela à travers quelques vérités qu’Il annonce, comme des conséquences du fait de demeurer en Lui.

  • La première grande vérité c’est que « sans Lui nous ne pouvons rien faire ».

C’est-à-dire que dans l’ordre surnaturel (la vie de la grâce, la prière et la charité) nous dépendons totalement de Notre Seigneur. Ainsi, contre ceux qui disaient que l’homme peut faire au moins un acte surnaturel sans l’aide de Dieu, les évêques réunis en concile célébré à Carthage dans l’année 418 avaient affirmé : « Le Seigneur ne dit pas ‘sans Moi vous pouvez faire certains choses mais avec plus de difficulté, Il a dit plutôt : « sans Moi, vous ne pouvez rien faire ». Et saint Augustin, qui avait aussi participé à ce Concile écrivait :

« Certes nous travaillons nous aussi, mais nous ne faisons que travailler avec Dieu qui travaille. Car sa miséricorde nous a devancés pour que nous soyons guéris, car elle nous suit encore pour qu’une fois guéris, nous soyons vivifiés ; elle nous devance pour que nous soyons appelés, elle nous suit pour que nous soyons glorifiés ; elle nous devance pour que nous vivions selon la piété, elle nous suit pour que nous vivions à jamais avec Dieu, car sans lui nous ne pouvons rien faire (S. Augustin, nat. et grat. 31 : PL 44, 264). (Catéchisme de l’Eglise Catholique 2001)

  • Deuxième vérité : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit ».

La grâce du Christ agit comme la sève dans la vigne, lorsque le chrétien ne met pas d’obstacle, il reçoit la grâce qui fructifiera en lui, et si Dieu la nettoie avec la purification elle en donnera d’avantage.

  • Troisième vérité : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Il est évident que celui qui est uni au Christ a la même pensée et le même vouloir que Lui, sa volonté est toujours en accord avec celle du Seigneur, rien ne demandera qui soit contraire à la volonté de Dieu. Un saint disait : « le chrétien doit faire ce que Dieu aime et aimer ce que Dieu fait ».

  • Quatrième et dernière vérité : « ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit que vous soyez pour Moi des disciples ».

Nous pouvons résumer tous les fruits en celui qui les contient tous : la sainteté de vie, proclamer dans notre vie et avec elle que le Christ vit en nous. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1996-1997) définit précisément la grâce comme une participation à la vie de Dieu : « La grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel : devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 12-18), fils adoptifs (cf. Rm 8, 14-17), participants de la divine nature (cf. 2 P 1, 3-4), de la vie éternelle (cf. Jn 17, 3). La grâce est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l’intimité de la vie trinitaire ».

Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il fait le commentaire de cet évangile, fait une référence explicite à ce que le Seigneur avait annoncé au moment où il a donné le discours de l’Eucharistie (Jn. 6,56) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui », ce qui est évident parce que le Seigneur revient à cette idée au moment de la dernière Cène.

La véritable façon de demeurer en Lui c’est à travers l’Eucharistie, et à travers les autres sacrements ; car c’est par eux que la grâce descend chez les chrétiens.

Cela nous fait penser que parfois nous, les chrétiens catholiques, donnons parfois plus d’importance à notre participation physique à l’Eglise (« on participe à la vie de l’Eglise avec tel ou tel groupe ou association, ou mouvement), comme si l’Eglise n’existait que pour accueillir en elle ces différents groupes .

Sans vouloir faire une mauvaise dialectique, pensons plutôt que c’est à travers la vie sacramentelle que les chrétiens participent pleinement à la vie de l’Eglise.

L’Eglise a été créée pour transmettre la vérité et la vie du Christ à travers les sacrements. Toute activité doit donc prendre son origine et fondement et avoir son but dans la participation aux sacrements surtout de ceux que nous pouvons recevoir les plus souvent, nous guérissant du péché (la confession) et nous faisant grandir dans l’union avec le Christ (l’Eucharistie).

Si un groupe, une association ou un mouvement ne met pas son but ou sa  finalité à mieux participer à l’Eucharistie, elle risque de devenir un groupe humanitaire, une ONG comme dit souvent le Pape François, mais sans aucune autre finalité que de nous faire grandir comme personnes, mais non comme chrétiens.

Terminons avec cette petite poésie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus : « Vigne sainte et sacrée, Tu le sais, ô mon divin Roi, je suis une grappe dorée qui doit disparaître pour Toi. Sous le pressoir de la souffrance, je Te prouverai mon amour ».

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

    

« Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère »

Le pape Benoît XVI, dans son message pour le Carême nous disait : « Le Carême nous offre une fois encore l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale. »[1]

Ce petit texte du Pape Benoît nous fait remarquer la finalité du carême, c’est-à-dire « Réfléchir sur la charité et renouveler notre foi dans l’attente de vivre la joie pascale » et ce texte nous fait aussi voir les moyens pour y arriver : « Le silence, la prière et la Parole de Dieu. »  « Les Sacrements »« Le partage et le jeûne. »« Pour dire un seul mot : la conversion. »

  1. «Silence et Prière»

Tout d’abord, le silence et la prière, l’écoute de la Parole de Dieu.  en ayant toujours présent le désir de grandir en la charité et en la foi en attendant la joie de Pâque.

Le carême est un temps liturgique pour améliorer notre façon de prier, la lecture de la bible, en particulier le livre de l’exode : Le livre de l’Exode est le livre pascal par excellence[2] :

La première partie de ce livre nous rappelle, la situation misérable du peuple esclave, image de la captivité du péché, qui nous rend vraiment esclave. Dieu se révèle, Dieu se fait connaître, et dans la même scène du buisson ardent, inaugure l’œuvre du salut, la rédemption. Il en est l’image de notre rencontre personnelle avec Dieu, qui nous révèle toujours son désir de nous sauver.

  1. « Les Sacrements »

En premier lieu, le baptême : Par le sacrement du baptême nous nous sommes unis à la passion, à la mort et à la résurrection du Christ. Le carême nous prépare à renouveler les engagements du baptême au cours de la nuit pascale.

Dans la célébration de notre baptême le prêtre nous a demandé : Renoncez-vous à Satan, à ses œuvres et à ses séductions ? Et nous avons renoncé. Le prêtre nous a ensuite demandé : Croyez-vous en Dieu le Père, Son Fils, mort et ressuscité pour nous, en l’Esprit Saint ? Et nous avons répondu : Nous croyons. Ce temps nous appelle à renouveler ces engagements.

L’Eucharistie : Le peuple d’Israël pendant son cheminement au désert mangeait de la Manne. Nous avons l’eucharistie pour refaire nos forces.

On considère l’effet de ce sacrement à partir de la façon dans laquelle ce sacrement nous est donné ; il nous est donné à la manière de nourriture et de boisson. Pour cela comme tout l’effet que la nourriture et la boisson matérielle produisent à l’égard de la vie matérielle  à savoir- sustenter, accroître, réparer et délecter – tout cela, ce sacrement le fait à l’égard de la vie spirituelle.[3]

La Confession ou le sacrement de la Pénitence :Au désert, le peuple de Dieu a été plusieurs fois faible. Nous aussi, nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Le sacrement de la réconciliation n’est pas un sacrement réservé pour le temps de carême ou pour l’avent, mais l’Eglise nous conseille de nous y approcher avec plus de ferveur et plus de dévotion. En effet le carême est en temps de pénitence, et justement le sacrement de la confession est appelé aussi, sacrement de la pénitence.

  1. « Le partage et le jeûne. »

Le partage et le jeûne sont deux éléments de la vie spirituelle qui nous aident à soumettre notre orgueil et notre chair. Ces derniers sont deux ennemis qui se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes.

Par les privations volontaires nous maîtriserons notre chair. Mais Jésus nous conseille aussi comment nous devons faire le jeûne : Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites…  Mais toi, quand tu jeûnes, parfumes-toi la tête et laves-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » (D’âpres l’évangile du Jour.)

Par le partage et par la charité, nous soumettrons notre orgueil. L’office de lecture d’aujourd’hui nous rappelle : « Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère. Et quand le Fils de l’homme viendra, il te dira : J’avais faim et tu m’as donné à manger. »

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Message du Pape Benoit XVI pour le carême 2012.

[2] Liturgie des heures. Introduction au texte de l’Exode.

[3]Cf. Summe théologique III 79 art 1.