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Montre-moi comment garder ta loi!

Lire l’évangile du dimanche VI du temps ordinaire  (Mt 5, 17-37)

Le texte de l’évangile de ce dimanche reprend le sermon sur la  montagne  que le Seigneur avait commencé avec les béatitudes, ce sermon va nous accompagner encore deux dimanches, jusqu’au temps de carême.


On peut diviser l’évangile de ce dimanche en trois parties. Dans la première, le Seigneur établit ce lien qui existe entre l’Ancien Testament et le nouveau, l’Evangile. Le Seigneur n’est pas venu abolir la loi, mais lui donner son accomplissement, sa perfection la plus haute. La loi restera essentiellement la même.

Dans la deuxième partie, le Seigneur nous donne le principe qui doit guider l’interprétation de la loi nouvelle, du Nouveau Testament. Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Les scribes et les pharisiens ne pouvaient pas être considérés comme guides ou interprètes de la nouvelle loi.
A cause de deux raisons : d’abord, ils n’ont pas compris la finalité que Dieu avait donnée à l’Ancien Testament (c’est-à-dire, préparer les cœurs à la Venue de Notre Seigneur) et ensuite ils avaient corrompu l’esprit de la loi, par leur doctrine (en ajoutant des commandements inventés par eux-mêmes) et par leur mauvais exemple.

Il y a aussi une troisième partie de l’évangile, où Notre Seigneur présente des exemples concrets, de comment nous devons interpréter la nouvelle loi, par rapport à l’ancienne.

Ainsi, voilà ici quelque chose de totalement nouveau pour le temps de notre Seigneur, quelque chose que l’humanité n’avait jamais aperçu en toute sa profondeur. L’enseignement de Jésus disait qu’il n’était pas suffisant de ne pas tuer, Il disait que le fait même de désirer le faire constituait déjà un crime, principe qu’Il applique aussi à tout ce qui touche à la justice, à la charité, et la chasteté ; et que le péché ne consistait pas seulement dans l’acte, suffirait aussi le désir de vouloir le commettre. L’enseignement de Jésus tournait donc autour du fait de que Dieu n’allait pas juger quelqu’un seulement par ses œuvres, mais aussi par les désirs qui n’allaient jamais se matérialiser dans les œuvres. Selon les principes du monde une personne est bonne lorsqu’elle ne fait jamais ce qui est interdit, pour le monde les pensées ne comptent donc pas. Mais, le Seigneur dit le contraire, si quelqu’un veut être juste et saint, il est nécessaire qu’il ne désire même pas faire ce qui est interdit.

Alors, aujourd’hui la « liberté » est trop exaltée par les gens, mais sans donner sa véritable définition ou signification, comme on parle aussi de « loi » mais dans un sens appauvri. Beaucoup se font une idée de ces deux mots opposés : je veux être libre mais la loi m’est un frein ; ou bien le contraire, si je désire imposer une loi, la liberté se voit donc prisonnière, ou annulée.

Mais, en vérité ce que nous devons savoir pour ne pas tomber dans cette fausse conception de la liberté, c’est que Dieu nous a donné une loi qui au lieu de nous faire ses esclaves, nous libère au moment où nous nous décidons à l’accomplir avec tout notre cœur.

Cette loi que Dieu nous a donnée s’appelle loi naturelle, et elle est écrite, gravée dans notre cœur, depuis le moment même de notre création et tous les êtres portent cette loi écrite. Cette loi a été transcrite dans le Décalogue (les dix paroles), ces dix commandements que Dieu a donnés à Moïse sur le mont Sinaï, mais Dieu l’a encore fait rappeler à plusieurs reprises dans l’histoire ; plus de fois  encore, le Seigneur la répète aussi dans les évangiles.

Dieu a dû rappeler cette loi parce que l’homme à cause de ses péchés avait toujours tendance à oublier, et à corrompre cette loi. Saint Augustin dira que Dieu a écrit dans les tables de la loi ce que les hommes ne lisaient pas dans leurs cœurs (Commentaire au Ps. 57).

Si nous reconnaissons que Dieu existe et qu’Il est le créateur de toute chose, nous devons admettre aussi qu’Il a  un plan depuis l’éternité pour la création et pour son bien. Toutes les créatures participent de ce plan, beaucoup d’entre elles, sauf l’homme, l’accomplissent sans pourtant le savoir.

L’homme porte aussi dans son âme ce plan de Dieu, mais il compte sur la lumière de la raison pour le découvrir et le lire , et lorsqu’il le connaît , il l’aime et  possède alors la liberté pour l’exécuter : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera » (Gaudium et Spes 16).

Cette loi est aussi appelée naturelle parce que toutes les choses qu’elle commande sont accessibles à la nature humaine, et sont bonnes en elles-mêmes ( la Vérité, l’amour de Dieu) ou bien elles sont interdites parce que mauvaises en elles-mêmes (le blasphème, le mensonge). On lui donne aussi le nom de « loi naturelle » parce qu’elle peut être connue par la lumière de notre raison, même si Dieu a voulu après nous la révéler à travers les 10 commandements.

Dans la première lecture de ce dimanche, le livre de Ben Sira le sage nous rappelle cela : Dieu n’a commandé à personne d’être impie (à travers cette loi), il n’a donné à personne la permission de pécher.

On avait dit que la loi divine est une loi que nous rend libre. Mais malheureusement beaucoup de chrétiens pensent que les 10 commandements sont comme une limitation à leur vie, à  leur façon de se conduire. Ou bien qu’ils nous indiquent le « minimum tolérable », et cela on le voit par exemple dans les questions qu’ils posent : « jusqu’où  suis-je obligé de déclarer à l’état pour ne pas payer trop d’impôts ou de taxes ? » « Jusqu’à quel moment puis-je arriver à la messe pour qu’elle soit valide ? Jusqu’au Credo ? » En fait nous voudrions qu’on nous indique le minimum de la morale, que Dieu nous fasse le prix dans sa loi. C’est aussi le cas de chrétiens qui disent « mon père, je ne suis pas une mauvaise personne, je ne peux pas dire que j’accomplis tous les commandements, mais j’en accomplis au moins la plus grande part.

Le fait de considérer que la loi de Dieu vienne dans notre vie comme un guide signifie de reconnaître la vérité de ce qu’elle est en train de m’indiquer le chemin de ces biens qui me sont déterminés , parce qu’ils sont les plus adaptés pour ma nature, comme une porte que je dois ouvrir et j’ai une clé pour cela, je ne peux pas l’ouvrir avec n’importe quelle clé parce que si met dans sa serrure une clé différente, je casserai cette serrure. Pour l’homme aussi, les biens montrés par les 10 commandements ne sont pas une obligation à accomplir, c’est le désir, une tendance de notre nature, une « vocation » : nous sommes appelés à marcher sur ce chemin.

Mais, bien que cette loi ait été écrite dans le cœur de l’homme, le péché l’a éloigné d’elle, et pour cela Dieu l’a révélé, Moïse emmenait la miséricorde de Dieu écrite en deux tables.

Et notre Seigneur, comme on le voit dans l’évangile de ce dimanche, ne fait que renouveler cette loi, la faisant plus intérieure, plus du cœur et Il l’a élevée par la grâce. Jésus révèle le sens originel  des 10 commandements, Il donne l’esprit pour l’accomplir qui était trop loin de la matérialité de la loi.

Tous tes commandements sont vérité dit le psaume (Ps. 118, 86), c’est précisément la vérité sur l’homme.

Le Seigneur nous dit de connaître sa loi, mais que cela signifie-t’il pour nous ? D’abord savoir de quoi elle parle, mais aussi la connaître intérieurement et finalement reconnaître qu’il y a parmi ses commandements une étroite connexion. Lorsqu’on dit « connaître intérieurement », cela signifie que nous devons être conscients de tout ce que la loi contient en elle. Il y a un aspect positif, un bien qu’elle protège (la vie, la vérité, le respect pour les autres, pour moi-même), et il y a un aspect négatif ( ce sont de choses qu’elle interdit parce que cela signifie un danger pour les biens qu’elle protège).

Comme nous avons chanté aujourd’hui dans le psaume : « Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi. Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur ».

Mais nous avons dit que la loi a une étroite connexion. Cela veut dire que les commandements doivent être vécus tous ensemble, notre esprit – est comme un bâtiment fondé sur dix  fondations, si l’une d’elles a un défaut, bientôt tout l’édifice tombera. Il y a des gens qui disent qu’ils sont bien parce qu’ils ne tuent pas, ni ne volent non plus. A ceux-là nous devons dire : d’accord courage, donc, parce qu’il y a encore 8 lois qu’il te reste à accomplir !

« Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement. Puissent mes voies s’affermir à observer tes commandements !

Transgresser un seul commandement signifie désobéir à tous les autres. On ne peut honorer notre prochain sans bénir Dieu. On ne peut pas vraiment aimer Dieu et détruire sa création, déshonorer ses créatures.

Les 10 commandements sont une loi de liberté, revenons pour cela à ce que dit le Sage (dans la première lecture) : Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.

Que la Vierge Marie nous donne la grâce que nous avons demandée à Dieu dans la prière d’ouverture : Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce ; alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

“J’ai prié mon Dieu, et Il m’a entendue”

10 février- Sainte Scholastique

Scholastique, sœur de saint Benoît, consacrée à Dieu tout-puissant dès son enfance, venait voir son frère une fois par an. L’homme de Dieu se rendait vers elle dans le domaine du monastère, sans dépasser beaucoup la porte.

Un jour, elle vint comme d’habitude, et son vénérable frère se rendit vers elle avec ses disciples. Ils passèrent toute la journée dans les louanges de Dieu et de saints entretiens. Quand la nuit tomba, ils mangèrent ensemble. Comme il se faisait tard, avec ces saints entretiens, la moniale lui fit cette demande: «Je t’en prie, ne me quitte pas cette nuit; parlons jusqu’au matin des joies de la vie céleste. » Il lui répondit: « Que dis-tu là, ma sœur ? Je ne puis aucunement demeurer hors du monastère.»

La moniale, lorsqu’elle entendit le refus de son frère, posa ses mains, les doigts joints, sur la table, et inclina la tête sur ses mains pour prier Dieu, le Tout-Puissant. Quand elle releva la tête au-dessus de la table, les éclairs et le tonnerre éclatèrent avec une telle force, un tel déluge se mit à tomber, que ni le vénérable Benoît ni les frères qui l’accompagnaient ne purent faire un pas hors de l’endroit où ils étaient réunis.

Alors l’homme de Dieu, tout triste, se mit à se plaindre : « Que Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur. Qu’est-ce que tu as fait ? » Elle lui répondit : « Je t’ai prié, et tu n’as pas voulu m’entendre; j’ai prié mon Dieu, et il m’a entendue. Maintenant, sors, si tu peux, quitte-moi et retourne au monastère. »

Lui, qui n’avait pas voulu rester, demeura là malgré lui, et c’est ainsi qu’ils passèrent toute la nuit à veiller, et ils se rassasièrent de leurs entretiens et de leurs échanges sur la vie spirituelle.

Il n’est pas étonnant qu’une femme l’ait emporté sur lui car, selon la parole de saint Jean, Dieu est amour, et par un juste jugement, celle qui a aimé davantage a été la plus puissante.

Trois jours après, l’homme de Dieu, qui se tenait dans le monastère, leva les yeux en l’air et vit l’âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer dans le sanctuaire du ciel sous la forme d’une colombe. Se réjouissant qu’elle ait obtenu une si grande gloire, il rendit grâce par des hymnes et des chants de louange, et il envoya des frères rapporter le corps au monastère pour le déposer dans le tombeau qu’il avait préparé pour lui-même.

Il arriva ainsi que la sépulture ne sépara pas les corps de ceux dont l’esprit, dans leur union à Dieu, n’avait jamais fait qu’un.

Dialogues de saint Grégoire. Liturgie des Heures

Source: AELF