« Elle s’abandonne entre les mains de Dieu »

Lire le texte évangélique de ce dimanche: Mc 12, 38-44

Veuve_Institut_du_Verbe_IncarnéL’Evangile de ce dimanche nous met devant ce que l’on peut appeler une parabole vivante : cette veuve probablement âgée, qui en est la protagoniste, a été guidée par l’Esprit Saint pour que le Seigneur puisse donner une leçon pratique à ses disciples.

Le majestueux temple de Jérusalem était divisé en différentes parties et le passage de l’Evangile de ce dimanche se passe sur le parvis ou dans la cour des femmes, là où étaient déposés treize troncs qui avaient la forme de grandes trompettes destinés à recevoir les offrandes en argent. Mais l’argent que les gens déposaient dans chacun de ces troncs avait une fin commune, l’assistance du culte. En effet, même si chacun de ces troncs correspondait au secteur du temple auquel était destiné l’argent déposé, la finalité restait le culte de Dieu. Les offrandes pour les pauvres étaient, quant à elles, déposées dans un autre endroit du temple, ce qui signifie que cette femme donnait ce qu’elle avait directement pour le culte à Dieu.

Encore une fois, le Seigneur dénonce la vanité et l’hypocrisie des pharisiens, ce qui peut aussi nous arriver à nous les chrétiens. Et Il donne en exemple l’attitude sublime de cette veuve qui a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre.

Avec le mot du pape Benoît XVI « A nous aussi, comme ce jour-là aux disciples, Jésus dit: Faites attention! Regardez bien ce que fait cette veuve, parce que son action renferme un grand enseignement; celui-ci en effet, exprime la « caractéristique » fondamentale de ceux qui sont les « pierres vivantes » de ce nouveau Temple, c’est-à-dire le don total de soi au Seigneur et à son prochain; la veuve de l’Evangile, comme celle de l’Ancien Testament, offre tout, s’offre elle-même, et se met entre les mains de Dieu. Telle est la signification éternelle de l’offrande de la veuve pauvre, que Jésus exalte parce qu’elle a offert davantage que les riches, qui n’ont donné qu’une partie de leur superflu, tandis qu’elle a offert tout ce qu’elle avait pour vivre (cf. Mt 12, 44), et s’est ainsi donnée elle-même. »

L’Eglise nous fait comparer le geste de la veuve dans l’Evangile, à celui du livre des Rois.  Tous les deux nous parlent de la confiance en Dieu, et l’on voit aussi un message clair en faisant la comparaison entre les deux femmes : celle de l’ancien testament se présente comme un peu fataliste par rapport à son destin, tandis que la veuve de l’Evangile donne tout ce qu’elle a, faisant un acte de foi, se confiant totalement à la Providence de Dieu.

Qu’est ce que la Providence Divine ?Providence_28_Institut_du_Verbe_Incarné

Le mot providence vient du latin et signifie « prévision, prévoyance ». Alors, pour ce qui concerne Dieu, on ne peut pas dire qu’Il prévoit les choses, mais qu’Il guide la création à chaque instant de notre vie. Dieu garde et gouverne par sa Providence tout ce qu’Il a créé,  » atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur  » (Sg 8, 1).

Le témoignage de l’Écriture est unanime : la sollicitude de la divine Providence est concrète et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, la Bible affirme la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements :  » Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait «  (Ps 115, 3) aussi le livre de proverbes dit   » Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, (pourtant) seul le dessein de Dieu se réalisera  » (Pr 19, 21).

Lorsque dans la profession de foi, le Credo, nous disons « je crois en Dieu Créateur du Ciel et de la terre», nous sommes en train d’affirmer aussi que Dieu continue à s’occuper de la création, surtout du roi de la création, l’homme. Cela signifie que Dieu s’occupe de nous, plus que nous-mêmes. Comme on nous l’apprenait au catéchisme, si jamais Dieu cessait de penser à nous, nous cesserions d’exister à cet instant même.

Le fait de considérer que Dieu est notre Créateur et Père providentiel – au premier sens du mot – nous amène à faire de belles réflexions inspirées par Saint Thomas d’ Aquin.

D’abord, regardant la perfection et la beauté de la création, notre esprit doit s’élever vers Dieu qui a transmis sa perfection en elle. Un jour, au Ciel, nous contemplerons cette beauté dont les créatures de ce monde sont un pâle reflet.

Deuxièmement : la considération de Dieu, créateur de toutes choses, porte l’homme à lui rendre grâce. Car si Dieu est créateur de toutes choses, sans aucun doute, tout ce que nous sommes, et tout ce que nous possédons, vient de Dieu.

En troisième lieu : si nous contemplons Dieu comme le Créateur de tous les êtres, nous sommes amenés à pratiquer la patience dans l’adversité.  Dieu a tout préparé pour nous, tout est inscrit dans le plan de Dieu, même les souffrances et la douleur sont permises par Dieu, parce que dans sa Providence elles ont tout un sens, elles participent à notre rédemption. Les peines en effet nous purifient des péchés, elles humilient les coupables et poussent les bons à aimer Dieu. Si nous avons reçu des biens de la main de Dieu, disait Job (2, 10) pourquoi n’accepterions-nous pas également des maux?

En quatrième lieu : contempler Dieu comme Créateur de tout, nous incite à utiliser sagement des créatures. Nous devons en effet utiliser les créatures pour les fins pour lesquelles Dieu les a faites. Or Dieu les a créées dans un double but : d’abord pour sa gloire et après pour notre utilité. Nous devons donc faire usage de ces choses pour la gloire de Dieu, c’est-à-dire pour que, dans l’usage que nous en faisons nous soyons agréables à Dieu, et nous devons nous en servir également pour notre utilité, en sorte qu’en les employant nous ne commettions pas de péché. Toutes choses sont à Toi, disait le roi David au Seigneur (I. Par. 29, 14) et nous te donnons ce que nous avons reçu de ta main.

La considération de Dieu, Créateur de tout, nous amène finalement à la connaissance de la dignité de l’homme. Dieu en effet a créé toutes choses pour l’homme, comme il est dit au Psaume 8, 8 : Tu as mis toutes choses sous ses pieds. L’homme a été créé pour une finalité plus haute que de rester immergé dans les vices et les péchés. Nous avons été créés pour contempler son visage.

Il nous faut méditer plus souvent sur cet amour providentiel de Dieu, qui nous a créés et qui nous garde à chaque moment de notre vie, et demander la grâce d’avoir un jour cette pleine confiance en lui pour nous jeter entre ses bras comme ses vrais enfants. Comme dit saint Paul,  » Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu  » (Rm 8, 28).

Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité : c’est ainsi que S. Catherine de Sienne dit à  » ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive  » :  » Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but  » (dial. 4, 138). Que la Vierge Marie nous protège et nous garde.Providence_28_Institut_du_Verbe_Incarné

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »

 

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