Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia!

Homélie pour la Veillée Pascale

La liturgie dans cette nuit de Pâques est très riches en signes, nous le constatons dans tous ces éléments qu’au long de l’histoire, l’Eglise a incorporés à cette célébration.

Elle veut comme arrêter le temps, l’histoire. C’est comme le fait résumer l’histoire et de la concentrer dans un seul moment, mais c’est parce que cela s’est vraiment produit la nuit de Pâques de l’année trente-trois : l’histoire s’est arrêtée, le temps n’a pas eu plus de sens. En fait, le temps marque la succession des jours qui nous approchent de notre mort, et c’est la mort que le Christ a vaincu. Il n’est plus sous le pouvoir ni de la mort ni du temps, l’histoire de sa vie est devenue éternité de joie et de vie.

Nous avons entendu pour cela au moment de la préparation du cierge que Lui appartiennent le temps et l’éternité, parce qu’Il est le principe et la fin, l’Alpha et l’Oméga. Les huit lectures de la bible nous ont fait aussi voyager à travers l’histoire dont la résurrection vient comme la conclusion et le sommet, l’histoire tourne autour de ce miracle.  

Le livre de l’Apocalypse qui est aussi un résumé de l’histoire de l’humanité nous montre à la fin, cet Agneau sacrifié mais toujours vivant comme on l’a médité le Jeudi Saint. Cet Agneau, Notre Seigneur Jésus-Christ qui est devenu la lumière pour la nouvelle Jérusalem, la cité de Dieu, l’Eglise du Ciel dont nous sommes l’image dans ce monde : «L’ange m’emporta, dit saint Jean, en esprit sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau ». Notre Cierge veut aussi être une représentation de ce symbole, il éclaire l’Eglise, mais il nous a fait participer de sa lumière au moment où nous avons allumé nos cierges à partir de sa flamme. Alors, les lumières de cette nuit sont là, comme une image de la joie de cette Sainte Veillée.

C’est en effet, la joie que nous recevons grâce à la Résurrection du Seigneur, joie qui entraîne la paix dans nos vies (la véritable joie donne la paix) : comme le Seigneur ressuscité donne la paix à ses disciples au moment où Il se montre après le dimanche de sa résurrection.

Joie qui chasse la peur de nos cœurs, comme l’ange dit aux femmes, leur annonçant que le Seigneur n’est plus dans le tombeau : « n’ayez pas peur ». C’est la joie que Dieu crée en nous, lorsqu’Il ne respecte pas la logique de notre temps, ni les règles physiques. Il semblerait que le Seigneur Ressuscité se réjouisse des réactions des disciples quand Il se présente vivant devant eux, on dirait qu’Il aime les surprendre, bouleverser leurs esprits.

En fait, dans les récits des jours de Pâques nous trouvons une sainte bonne humeur de Dieu, parce que l’on voit les disciples qui courent avec les nouvelles, qui parlent agités entre eux des visions des anges, qui font rouler des pierres énormes, qui apparaissent dans le sépulcre vide ;  d’un Seigneur qui se montre habillé en pèlerin ou comme dans le cas de Marie Magdeleine comme le gardien du jardin. Ils restent stupéfaits, mais ce n’est pas la peur car il y a quelque chose dans leur cœur qui dit que Jésus n’est pas un fantôme. Il est vivant d’une vie nouvelle, une vie éternelle !

C’est la joie de cette nuit spéciale pour nous. « Qu’éclate dans le ciel la joie des anges, qu’éclate de partout la joie du monde » comme nous l’avons proclamé dans ce bel hymne très ancien.

« Bienheureuse faute d’Adam ‘Felix culpa’, qui valut au monde pêcheur le Rédempteur ! » C’est une phrase attribuée à saint Augustin. Oui, notre Rédempteur vient au monde pour le libérer de ce péché et du mal auquel ce péché nous a entraînés ; nous avons connu ce Rédempteur, Il a partagé notre souffrance et notre mort, mais à travers son triomphe, Il nous annonce le nôtre.

Aujourd’hui résonne de nouveau après les jours de carême, le chant de l’Alléluia, ce mot hébreu qui veut dire « louez le Seigneur », une expression d’action de grâces dans la joie. Certainement, il a surgi des cœurs des premiers disciples de Jésus le matin de Pâques.

De cette joie de Pâque naît aussi la prière que nous récitons en ce jour et chaque jour du temps pascal : le Regina Coeli qui remplace durant ces semaines l’Angélus, c’est une prière brève et elle a la forme directe d’une annonce : c’est comme une nouvelle “annonciation” à Marie, faite cette fois non par un ange, mais par nous chrétiens qui invitons la Mère à se réjouir : Reine du ciel, réjouis-toi, alléluia. Car Celui que tu as mérité de porter dans ton sein, alléluia est ressuscité comme Il l’a dit, alléluia.

“Réjouis-toi” c’est la première parole de l’ange à la Vierge à Nazareth. Mais maintenant, après le drame de la Passion, une nouvelle invitation à la joie retentit : “Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia, quia  surrexit  Dominus vere, alleluia – Réjouis-toi,  Vierge  Marie, alleluia,  parce  que  le  Seigneur est vraiment ressuscité, alleluia !”.

Et pourquoi dire à Marie quelque chose qu’Elle connaît déjà ? Parce que c’est nous qui devons nous rappeler. Et nous faisons comme les petits enfants qui courent raconter à leurs mères les nouvelles, les joies ; et elles, même si elles les connaissent, elles aiment les entendre de nouveau et se réjouissent de la joie de leurs enfants. Notre Mère aime que nous chantions la joie de la Résurrection.

N’oublions pas que nous avons besoin de cette joie authentique de la Pâque. N’allons pas la chercher dans les choses de ce monde, cherchons la dans le Christ Ressuscité, Lui seul peut nous donner la joie, la paix et l’amour éternel. Regina Coeli ora pro nobis Deum. Reine du Ciel prie Dieu pour nous, alléluia.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

“Passion” veut dire …

« Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. Comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus ».

On vient de proclamer la Passion de Notre Seigneur, elle finit avec les paroles que je viens de répéter. C’est comme si, une fois tout le drame de la croix terminé, la paix revenait sur le Corps de Jésus. Après toutes les souffrances infligées sur lui, son Corps Divin reçoit la douceur et la révérence de ceux qui l’aiment. Pensons aussi à l’amour de sa Sainte Mère.

L’image d’un jardin, proche du tombeau, nous fait penser au Jardin de l’Eden, où le premier homme se reposait aussi. L’Homme nouveau, Dieu fait homme, se repose maintenant de son œuvre, la nouvelle création. Il est déposé dans un sépulcre neuf, comme il y a trente-trois ans, Son Corps reposait aussi dans un lieu destiné seulement pour Lui, le sein de Marie.

Il y a deux mystères qui font la réalité de l’homme dans ce monde et se fusionnent dans le silence du tombeau, ce sont les mystères de l’amour et la douleur. Pour nous, c’est le mystère du la croix, du Calvaire ; le mystère de la Passion et la Mort de Jésus.

Alors, comment la Passion a été vécue dans la vie des saints de l’Eglise ? Nous devons dire d’abord que tous les saints et saintes de l’histoire s’y sont tous associés d’une manière ou d’autre, beaucoup en devenant participants de la croix, imitant leur Maître à travers le don total de leur vie, c’est-à-dire les martyrs. Ainsi Saint Ignace d’Antioche, mort au début du deuxième siècle ; il s’adressait aux chrétiens qui voulaient faire quelque chose pour éviter son martyre, disant : « permettez-moi d’imiter la Passion de mon Dieu ».

La première vérité à nous rappeler c’est que Jésus a souffert la passion pour nous ; non pour nous en générale, mais pour chacun de nous ; de façon « personnelle » parce que c’est de cette façon qu’il nous connaît.

Nous pouvons dire avec tous les saints, Jésus a souffert pour moi !

Sainte Thérèse d’Avila raconte dans sa biographie que malgré ses 20 années dans un couvent, elle ne vivait pas pourtant comme une véritable religieuse, son âme était soumise dans une grande tiédeur. Jusqu’au moment où il lui sera révélé l’amour du Christ, et qu’elle le dit avec ces paroles : « il arriva un jour qu’entrant dans un oratoire, j’aperçus une image de Jésus-Christ couvert de plaies, qui se trouvait là pour être exposée dans une fête prochaine. Elle était si touchante, c’était une représentation si vive de ce que Notre-Seigneur endura pour nous, qu’en voyant le divin Maître dans cet état, je me sentis profondément bouleversée. Au souvenir de l’ingratitude dont j’avais payé tant d’amour, je fus saisie d’une si grande douleur qu’il me semblait sentir mon cœur se fendre. Je tombai à genoux près de mon Sauveur, en versant un torrent de larmes, et je le suppliai de me fortifier enfin de telle sorte que je ne l’offense plus désormais » (Vie 9,1). Ce moment de contemplation du Seigneur souffrant a été le point de départ d’un grand chemin vers la sainteté.

Un autre saint, quelqu’un qui a participé, une grande partie de sa vie, de façon visible de la Passion du Christ, le padre Pio de Pietrelcina écrivait dans une lettre à son directeur spirituel: « Lorsque Jésus veut me faire savoir qu’Il m’aime, Il me fait goûter les plaies de sa Passion, ses épines, ses angoisses… Quand il veut me donner de la joie, il me remplit le cœur de cet Esprit qui n’est que feu et il me parle de ses délices ; mais quand il veut être aimé, lui, c’est de ses douleurs qu’il me parle, et il m’invite, sur un ton qui tient à la fois de la prière et de l’ordre, à lui offrir mon corps pour soulager ses souffrances. Qui lui résistera?… Je ne veux rien d’autre que Jésus, je ne désire rien d’autre que ses souffrances. (Au père Agostino 1er février 1913).

Une deuxième vérité à méditer dans ce jour : le Christ a voulu accepter toutes les souffrances, sans rien refuser pour nous sauver.

En effet, Il nous montre par-là que lorsqu’un amour est vrai, il est disposé à tout sacrifier, à tout donner et tout perdre dans ce monde pour la Gloire de Dieu et le salut des âmes.

Cela était la cause d’admiration des saints : comment Jésus a été capable de souffrir tout cela, quelle était la grandeur de l’amour qui le poussait à donner jusqu’à la dernière goutte de Son Sang.

« Jésus brûle d’amour pour nous… regarde sa Face adorable ! -ce sont les paroles de la petite Thérèse de l’Enfant Jésus-… Regarde ces yeux éteints et baissés ! Regarde ces plaies !… Regarde Jésus dans sa Face… Là, tu verras comme il nous aime. » 

Troisième vérité : Par sa croix et sa mort, Jésus nous a appris quel était le chemin le plus efficace pour arriver au Ciel, mais non pas le plus facile (dans le sens qu’il ne comprend pas d’effort). C’est le chemin qu’Il nous a tracé, la voie vers le Ciel :

« Jésus qui était sans péché, a été crucifié pour toi ; et toi, tu ne seras pas crucifié pour celui qui a été crucifié par amour à toi ? » dit Saint Cyrille de Jérusalem.

Pour la même raison, la Passion est aussi le résumé de la façon dont nous devons vivre comme chrétiens dans ce monde, comme l’affirme saint Thomas d’Aquin prenant les paroles de saint Augustin : « La passion du Christ suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’il a désiré ».

Saint Paul de la Croix, un autre saint passionné de la croix dit encore : « Dans cette grande mer de la Passion, l’âme pêche les perles des vertus et fait siennes les souffrances de Jésus-Christ ».

« La Croix a été la chaire d’où le Christ a enseigné, l’autel où Il s’est immolé, le temple de Sa prière, l’arène où Il a combattu, et la forge d’où sont sorties tant de merveilles » (Saint Robert Bellarmin. Livre de sept paroles).

En définitive, tout est dans la Passion, c’est là où nous apprenons la science des saints.

Méditons, contemplons donc le mystère du Calvaire, faisons nôtre la Croix et les souffrances du Seigneur, suivons le conseil de saint Augustin : « Une seule larme sur la Passion de Jésus-Christ vaut plus qu’un pèlerinage à Jérusalem et qu’une année de jeûne au pain et à l’eau. ».

Laissons maintenant les dernières paroles à Saint Jean Paul II, un saint très proche dans le temps. Mais avant de les lire, une petite anecdote qui nous parle de la manière dont le pape était conscient de cette participation à la croix : à la fin de sa vie, lorsqu’on le voyait déjà marqué par les souffrances, on lui posait la question sur la possibilité de renoncer et se retirer, à cela le grand pape répondait : « Si le Christ n’est pas descendu de la Croix, moi non plus, je ne renoncerai pas à ma mission »  

Dans l’année 1999, Il prêchait cela aux jeunes : « “Passion” veut dire amour passionnel, sans calcul dans la donation : la passion du Christ est le sommet de toute son existence “donnée” à ses frères pour révéler le cœur du Père. La Croix, qui semble se lever de terre, en réalité elle pend du ciel, comme le geste divin d’embrasser l’univers. Elle ‘se révèle comme le centre, le sens et la fin de toute l’histoire et de toute vie humaine’ ».

Que Notre Dame, qui était là, souffrant avec son Fils, nous donne la grâce d’aimer la croix et son Fils Crucifié pour notre salut.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné