« Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier »

Lire l’évangile du dimanche XVI du temps ordinaire  (Mc 6, 30-34)

L’évangile de ce dimanche est la continuation historique de celui de la semaine dernière, les disciples reviennent de la première mission. Le Seigneur veut qu’ils se reposent, Il veut aussi passer un moment avec eux pour les former, mais les gens cherchent Jésus, ils parcourent une bonne distance à pied contournant le lac de Galilée, pendant que Jésus arrive avec ses apôtres en barque. C’est pour cela que le Seigneur « fut saisi de compassion envers eux » nous dit l’évangile, la grande foule Le cherche pour l’écouter, pour lui présenter ses problèmes, pour se faire guérir… Ces brebis avaient besoin des vrais bergers et pour cela « Jésus se met à les enseigner longuement ».

Cet événement est suivi d’un grand miracle, parce que Jésus fera une multiplication de pains et de poissons, nous écouterons le récit de ce même miracle la semaine prochaine d’après saint Jean.

Nous pouvons donc dire que Jésus enseigne pour ensuite donner à manger, et ces deux actions du Seigneur vont aussi se répéter dans la dernière Cène, et finalement, parce que c’est-là l’intention de l’Esprit Saint, ces deux moments : enseigner et nourrir se répètent dans la commémoration de cette dernière Cène que nous faisons chaque fois que nous célébrons ou participons à la sainte Messe.

Alors, la foule cherchait Jésus aussi parce qu’elle voulait l’écouter, s’instruire. Comme à chaque moment  où nous lisons les Saintes Écritures c’est Dieu nous parle.  En effet, le Catéchisme de l’Eglise dit qu’« a travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier (cf. He 1, 1-3), c’est saint Augustin qui nous le dit aussi : « Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés. »

Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force (cf. DV 24) (pour cela nous disons qu’à la messe nous nous nourrissons de Parole et du Corps du Christ). Dans la Bible, l’Eglise n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement : la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13).  » Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux  » (DV 21).

Si nous disons que la Bible est parole de Dieu, nous le reconnaissons donc comme son Auteur, mais nous disons aussi que les livres de la Bible ont été écrits par des personnes humaines, par exemple saint Marc, Saint Jean, Moise. On peut dire alors que la Bible a comme auteur à la fois Dieu et les hommes ?

Suivons encore le Catéchisme : « C’est Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés.  » En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement  » (DV 11). Alors, comme c’est l’Esprit Saint qui inspirait les écrivains, Il a le pouvoir de ce que les Ecritures Saintes enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu nous communiquer pour notre salut.

C’est aussi l’Esprit Saint qui a donné à l’Eglise, déjà dans le temps apostolique, la certitude que ces tous ces livres qui sont contenus dans une bible catholique, ont été inspirés par Lui-même, et qu’ils doivent être considérés comme Parole de Dieu. L’Eglise a déterminé une liste intégrale de livres de la Bible qui est appelée  » Canon  » des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 écrits (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) et 27 écrits pour le Nouveau (cf. DS 179 ; 1334-1336 ; 1501-1504). C’est pour cette raison que Saint Augustin a écrit une fois : « Je ne croirais pas à l’Evangile, si l’autorité de l’Eglise catholique ne m’y poussait pas »  (S. Augustin, fund. 5, 6 : PL 42, 176).

Un  de grands défis pour les esprits chrétiens c’est alors de bien interpréter la parole de Dieu. Et pour cela l’Eglise nous rappelle quelques principes  à appliquer chaque fois que je m’approche de la Parole de Dieu.

Tout d’abord, le magistère nous dit que « dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12, § 1). Nous devons nous souvenir que l’auteur humain garde toute sa liberté et l’usage de ses facultés (intelligence, mémoire), il n’écrit pas pour ainsi dire, comme un robot.

Pour découvrir donc l’intention des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des  » genres littéraires  » en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter qui étaient courantes en ce temps-là (les expressions, les habitudes).  » Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression  » (DV 12, § 2).

Mais, nous devons savoir que la bible est toujours la Parole de Dieu, inspirée.  La Sainte Écriture doit être lue et interprétée donc à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger  » (DV 12, § 3).

Le Concile Vatican II indique pour cela, trois critères pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée (cf. DV 12, § 3) :

  • Porter une grande attention  » au contenu et à l’unité de toute l’Écriture « . En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24, 25-27. 44-46). Toute l’histoire de l’humanité et du peuple de Dieu, tous les enseignements, les lois et les prophéties de l’Ancien Testament ont préparé la venue du Seigneur, ainsi comme dans le Nouveau Testament, Notre Seigneur est toujours le Centre.

« La Sainte Écriture fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion (comme le Cœur de Jésus a été ouvert par la lance), car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées » (cf. S. Thomas d’A., Psal. 21, 11).

  • Lire ensuite l’Écriture dans  » la Tradition vivante de toute l’Église « . Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression. En effet, c’est l’Esprit Saint qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture. Notre foi nous invite à nous demander comment les Pères de l’Eglise, les saints dans ces deux millénaires d’histoire ont interprété les différents livres et textes de la Bible, comment ils les ont appliqués ou utilisés dans la liturgie, la célébration du mystère de la foi.
  • Troisième élément : Être attentif  » à l’analogie de la foi « (cf. Rm 12, 6). Par  » analogie de la foi  » nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation. Dans d’autres mots, je ne peux pas faire sortir d’un paragraphe, d’un livre de la bible, une conclusion qui soit contre – ce qu’on entend d’une lecture complète et totale de la Bible et de la Tradition de l’Eglise.

Il y a encore un aspect à connaître lorsque je lis la Bible. On peut distinguer deux sens de l’Écriture (cela est présent depuis les origines de l’Eglise) : le sens littéral et le sens spirituel qui sont toujours évidement en concordance et ils offrent ensemble une grande richesse spirituelle à la bible :

Le sens littéral: C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture. Cela ne signifie pas interpréter mot à mot (lorsque le Seigneur dit « si ton œil est occasion de péché, arrache-le », il est évident qu’il ne commande pas une mutilation mais plutôt un travail dans la vertu, un effort pour éviter le péché et les occasions). Le sens littéral c’est précisément le sens que le même auteur humain a donné au texte, son intention lorsqu’il raconte un fait historique, les gens vers qui sont d’abord dirigées ces paroles, le contexte en son temps, etc.

Le sens spirituelGrâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités et les événements dont il parle peuvent être des signes, ils nous donnent un enseignement plus profond. Le sens spirituel se divise en 3 composants:

  1. Le sens allégorique.Il y a des événements qui portent à une signification totale dans le Christ; ainsi, la traversée de la Mer Rouge est un signe de la victoire du Christ, et ainsi du Baptême (cf. 1 Co 10, 2).
  2. Le sens moral. Certains événements rapportés dans l’Écriture peuvent nous conduire à « un agir juste ». Elles ont été écrites  » pour notre instruction  » (1 Co 10, 11 ; cf. He 3 – 4, 11).
  3. Le sens anagogique. Nous pouvons voir des réalités et des événements dans leur signification éternelle, nous conduisant (en grec : anagoge) vers notre Patrie.

Un petit exemple c’est l’application du mot Jérusalem dans la bible. Dans le sens littéral Jérusalem est la capitale du peuple d’Israël dans l’histoire sainte. Dans le sens allégorique c’est image de l’Eglise dans ce monde, ville fondée par le Christ et où Il est le chef. Dans le sens moral, Jérusalem est l’âme de chaque personne, nous avons le sanctuaire de Dieu. Et finalement par le sens anagogique  elle représente le Ciel, l’apocalypse parle de la Jérusalem du Ciel où habitent les saints.

Pour conclure, il nous reste à dire que dans la Bible nous trouvons deux parties bien définies, l’Ancien et le Nouveau Testament : L’Ancien Testament qui avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde.  » Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire « , les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique de Dieu qui préparait les cœurs pour recevoir le Christ. Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau :  » Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile  » (S. Augustin, Hept. 2, 73 : PL 34, 623 ; cf. DV 16).

 L’objet central du Nouveau Testament est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint (cf. DV 20).

Il est évident que les Évangiles sont le cœur de toutes les Écritures, qui nous font connaître directement les actes et les paroles du Seigneur, pour cela sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait :

« C’est par-dessus tout l’Évangile qui m’entretient pendant mes oraisons ; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux » (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. A 83v).

A la très Sainte Vierge Marie demandons la grâce de garder la Parole de Dieu dans nos cœur, de la méditer et de l’aimer.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Nous avons suivi l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise Catholique nn. 110-133. 

 

Une réflexion sur « « Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier » »

  1. Une belle homelie pour nous dévoiler les Écritures et La façon de,les recevoir en notre coeur et en notre âme. Merci.

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