Pourtant, ils murmuraient…

Lire lévangile du dimanche XXXI ( Lc 19, 1-10)

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Le passage de l’évangile de ce dimanche nous décrit la rencontre de Zachée avec Notre Seigneur à Jéricho, une ville de frontière comme elle l’est encore aujourd’hui ; au temps de Jésus elle séparait la province de Judée avec la province de l’Arabie (la Jordanie de nos jours). Cela donnait à Jéricho la particularité d’être une ville « douane », où les romains avaient évidement mis des postes pour percevoir leurs impôts. Comme nous l’avons déjà dit la semaine dernière, un publicain était considéré « pécheur » par les juifs, non seulement pour travailler avec l’argent et avec cela commettre des injustices (ce qui n’était pas quelque chose de trop scandaleux pour les juifs), mais surtout parce qu’ils le considéraient comme un traitre, un publicain était un traitre de la nation juive, car ils prenaient leurs biens pour en donner aux Romains, les envahisseurs.

Et voilà que nous trouvons – notre personnage Zachée, publicain de Jéricho, son nom -est une abréviation de Zacharie (« Dieu s’est rappelé », « Il s’est souvenu »), et vraiment Dieu s’est souvenu de lui, on peut dire un cas très difficile, un pécheur publique qui est en plus le chef d’autres pécheurs,  riche aussi, on peut le dire : il s’agit un double défi et pour le Seigneur de le sauver et pour lui d’être sauvé.

zachee_institut_du_verbe_incarneEt voici encore un autre obstacle, parfois infranchissable, Zachée était de petite taille. Mais le désir de voir le Seigneur, de qui il avait beaucoup entendu parler, fait que Zachée grimpe au  sycomore, cet arbre aux grandes racines qui sortent du sol et dont les branches se déploient de façon horizontale. Zachée monte donc sur cet arbre et part vers le haut.

Alors, ce riche qui avait le travail d’humilier les gens de sa race leur rappelant la domination étrangère, – fait un grand acte d’humilité (grâce bien sûr à une motion de l’Esprit Saint, une grâce actuelle) sans se soucier de ce que les gens pouvaient rire de lui.

Il veut voir Jésus et Jésus donne à Zachée encore la grâce venir chez lui ; on dirait que d’abord le Seigneur entre dans son cœur, pour venir après dans sa maison.

La grâce de la conversion va au-delà de toute justice, il ouvre son cœur à la générosité. Aujourd’hui c’est comme Noël pour Zachée, Dieu est né dans son cœur, comme dit le Seigneur : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison »           

Pourtant, ils murmuraient…

On pourrait méditer et avec beaucoup de fruit cette belle conversion. Mais l’évangéliste fait noter qu’au milieu de toute cette joie, il y a quelque chose d’amer ; en vérité, tous n’étaient pas joyeux avec Zachée, saint Luc souligne encore : Voyant cela, tous récriminaient (murmuraient, peut-être par jalousie) : « Il est allé loger chez un pécheur. »

murmuratio_institut_du_verbe_incarnePar fois dans notre vie, nous ne sommes pas du coté de Zachée, pour nous réjouir avec les autres, tout au contraire, le manque d’amour, nous fait penser et parler mal des autres, ce que nous appelons le fait de « murmurer ».

Saint Thomas d’Aquin explique que le fait de murmurer des autres implique l’action d’amoindrir la gloire d’autrui, soit qu’on le fasse secrètement et c’est alors le « chuchotement malveillant » ; soit qu’on le fasse ouvertement, et c’est la « diffamation », ces deux actions sont des filles de la jalousie.

Alors il faut encore préciser : si nous voulons affaiblir la gloire de quelqu’un en publiant un défaut ou bien un péché qu’il a vraiment commis, il s’agit donc de la diffamation ; si par contre ce que nous disons de lui est faux, donc pas vrai (ce que nous disons c’est une invention pour lui faire du mal), là nous sommes devant une « calomnie ». Dans le domaine de la théologie on retrouve aussi d’autres distinctions, mais nous donnons ici celles qui sont les plus importantes.

murmuration_institut_du_verbe_incarneDans Le livre de l’Ecclésiastique, il y a un dicton qui dit : “ Le serpent mord sans faire de bruit et celui qui diffame en secret ne fait pas autre chose. ” Nous pouvons aussi ajouter que diffamer c’est le fait de déchirer en secret la réputation de quelqu’un.

Alors, si nous relisons tout l’évangile, il revient à chaque fois que « les juifs murmuraient » de ce que le Seigneur faisait, à leurs yeux les actions accomplies par Lui étaient contre la loi (plutôt contre l’interprétation qu’ils faisaient de la loi), comme c’est le cas – aujourd’hui. On peut penser combien d’âmes auraient été éloignés du Seigneur à cause de gens qui parlaient contre lui.

La plaie qui détruit les groupes

murmuration_institut_du_verbe_incarneMais, comme nous le savons, ce défaut n’appartenait pas seulement aux gens du temps de Jésus, sinon qu’on le trouve au long de l’histoire et répandu partout.  Le « chuchotement malveillant, la diffamation et la calomnie » sont comme la plaie des groupes ; c’est-à-dire ils attaquent les familles, les groupes de travail, les amitiés, et même les gens d’Eglise. Et pour cela, il faut beaucoup s’examiner.

Saint Basile comparait les calomnies à une flèche qui blessait trois personnes en même temps, d’abord celui qui est calomnié, celui qui écoute la calomnie et celui qui la profère.

L’Apôtre Saint Jaques qui trouvait déjà ce problème chez les premiers chrétiens, écrit dans sa lettre : « notre langue, qui est une si petite partie de notre corps : elle peut se vanter de faire de grandes choses. Voyez encore : une toute petite flamme peut mettre le feu à une grande forêt. 
murmuration_institut_du_verbe_incarneLa langue aussi est un feu, elle est « le monde de la méchanceté » ; cette langue est une partie de nous-mêmes, et c’est elle qui contamine le corps tout entier, elle met le feu à toute notre existence, un feu qu’elle tient de l’enfer. (3, 5-6)

Il faut se rappeler souvent de ce que le Seigneur a dit dans l’évangile : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement.  D’après tes paroles, en effet, tu seras reconnu juste ; d’après tes paroles tu seras condamné. (Mt. 12, 36-37)

Alors, quelqu’un peut se plaindre et dire : « Mais, mon père, si ce que je dis de tel ou tel est toujours vrai !». Et c’est Saint Jean Chrysostome répond : « Que personne ne me dise qu’il ne murmure que ce qui est vrai ; parce que, même si cette mauvaise action qu’il découvre du prochain existe, c’est toujours un péché que de le communiquer aux autres. »

Faisons un examen de conscience, et si nous avons commis ce péché, la justice de Dieu nous demande de faire restitution de l’honneur que nous avons blessé chez quelqu’un. Examinons nous pour l’avenir, que ce défaut ne nous rende pas triste, au contraire, demandons la grâce de travailler pour l’enlever de notre vie spirituelle.

Nous allons finir avec cette recommandation de saint Anselme à ses fidèles :

« Ne déchirez pas la réputation du prochain, ne tachez pas votre bouche divulguant les péchés des autres. Ayez de la compassion pour le mal que le pécheur s’est fait lui-même, à la place de publier sa honte. Craignez qu’il ne nous arrive ce que si légèrement vous dites des autres. murmuration_institut_du_verbe_incarneLa calomnie est encore un plus grand péché que ce qu’on pense, elle entraine à la condamnation la plus horrible.

Il n’y a pas de chose plus indigne et honteuse que ce vice. Ce des chiens que de mordre et arracher avec rage et de tacher leur langue avec l’ordure la plus ignoble ».

Que la vierge Marie nous donne la grâce à nous tous, de marcher par la voie droite de l’Evangile.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »

 

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