« Je suis la voix qui crie »

Lire l’évangile du troisième dimanche  (Jn 1, 6-8.19-28)

Nous célébrons ce dimanche, le dimanche de « Gaudete », « Réjouissez-vous » ; et pour cette raison l’Eglise a choisi comme deuxième lecture, la lettre de saint Paul aux chrétiens de la ville de Thessalonique, l’apôtre leur recommande ce qui est essentiel dans la vie de tout chrétien : «  soyez toujours dans la joie, priez sans relâche ; discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal ». Ce dimanche vient marquer une halte dans le temps de pénitence, pour prendre de la force et anticiper la joie de Noël.

La liturgie de la parole de ce dimanche nous présente ce qu’on appelle le témoignage de Jean Baptiste, le témoignage qu’il donne sur lui-même.

Il est intéressant de voir la réponse de saint Jean Baptiste à ceux qui viennent le questionner sur sa personne et sur sa mission. D’abord il dit ce qu’il n’est pas : il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. ». Et après quelques réponses toujours négatives, il finit pour se donner un nom ou plutôt, donner sa mission : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert »

En fait, en son temps saint Jean Baptiste était tellement grand qu’on pouvait facilement le confondre avec le Christ, et certains le croyaient même le Messie parce qu’il était grand, qu’il attirait les cœurs et les dirigeait vers Dieu ; c’est pour cela que la première chose qu’il fait c’est de dire ce qu’il n’était pas, surtout le messie. Mais il ne veut pas non plus que les gens pensent qu’il est un prophète, même pas des plus grands comme Elie. Ce qu’on voit chez le Baptiste c’est un grand acte d’humilité, il vient préparer le chemin du Messie : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale.

Les pères de l’Eglise voient cela aussi dans les paroles mêmes qu’il utilise pour se définir : « je suis la voix qui crie ». Il se considère dans son humilité comme une voix, même pas une personne, mais une simple voix ; pas même une Parole, c’est la voix qui fera en fait connaître le Verbe, la Parole, le Fils de Dieu. Saint Jean montre avec toute sa vie comment il vivait cette grande vertu qui est l’humilité.

L’humilité

Jusqu’à que le Seigneur vienne dans le monde, la vertu de l’humilité était méconnue. C’est Notre Seigneur qui l’a prêchée, disant que ce sont les humbles ceux qui seront récompensés. Mais c’est surtout avec Sa vie qu’Il nous a appris à vivre cette vertu. Alors que le Seigneur pouvait nous indiquer beaucoup de Ses aspects  pour pouvoir l’imiter, Il a choisi pourtant, l’humilité et la douceur : apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur.

Saint Thomas d’Aquin, suivant les écritures et les grands saints qui l’ont précédé, nous donne quelques notes sur cette vertu :

Il la définit comme la vertu qui tempère et refrène l’esprit (l’âme) , pour qu’il ne tende pas de façon immodérée (désordonnée)  aux choses élevées. Voilà une grande définition.

Ensuite  il va préciser les caractéristiques et décrire aussi les actions qui ne constituent pas des actes d’humilité.

Selon Isidore  » humble (humilis) signifie pour ainsi dire appuyé à terre (humi) « , c’est-à-dire adhérant à ce qui est bas. Ce qui se réalise de deux façons.

1° En vertu d’un principe extérieur, lorsque par exemple un homme est abaissé par un autre. Et alors l’humilité a un caractère pénal, celui de l’humiliation.

2° En vertu d’un principe qui vient de l’intérieur. Cela peut parfois être bon, lorsque quelqu’un, par exemple, considérant « ce qui lui manque », s’abaisse selon sa condition, comme Abraham qui disait au Seigneur (Gn 18, 27) :  » Je parlerai à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre.  » De cette façon, l’humilité est donc une vertu. Il faut savoir aussi que parfois cela peut être mauvais, lorsque, par exemple,  » l’homme, oubliant sa dignité, se compare aux bêtes stupides, et devient semblable à elles  » (Ps 49, 13).

Ainsi, ce n’est pas tout abaissement que l’on peut appeler humilité. Parfois cela se fait seulement sur des signes extérieurs, selon les apparences. Il s’agit donc d’une « fausse humilité « , dont S. Augustin dit qu’elle est  » un grand orgueil « , car elle recherche une gloire supérieure. Il faut savoir que la vertu naît et agit principalement dans l’intérieur, dans le cœur de la personne et pour se projeter seulement après dans les gestes extérieurs.

L’humilité regarde essentiellement la subordination de l’homme à Dieu (notre relation avec Dieu), et c’est à cause de cette subordination à Dieu que l’homme se soumet aussi aux autres lorsqu’il s’humilie (je m’abaisse devant les autres à cause de Dieu).

Dieu aime les humbles, comme le dit la Bible, et c’est parce que Dieu est la Vérité que l’humilité c’est marcher dans la vérité, ou bien vivre dans la Vérité (qui est Dieu). Cela est une pensée de sainte Thérèse d’Avila : « L’humilité, c’est marcher dans la vérité ».

Il ne s’agit pas d’ignorer ou bien de cacher les dons et talents, l’humilité consiste au contraire en une connaissance plus parfaite de Dieu et de nous-mêmes.

Comment avoir une bonne connaissance de nous-mêmes ? Cela s’est fait dans l’ordre surnaturel : nous avons une nature blessée par le péché, incapable par elle-même de faire un acte surnaturel, saint Paul dira, même que chaque fois que nous disons Amen, c’est une grâce de l’Esprit Saint.

Alors, toute grâce, tout don vient de Dieu, et saint Augustin disait « il faut que l’homme le reconnaisse, en cas contraire Dieu peut lui enlever ce qu’Il a donné.

L’humilité chrétienne consiste donc à reconnaître que Dieu est auteur de tout, et que nous soyons au même temps, conscients de notre petitesse : Il s’est penché sur son humble servante. Sachant toujours que nous sommes des instruments de Dieu, de son œuvre : Le Puissant fit en moi des merveilles.

On peut énumérer quelques fruits de cette vertu dans notre vie :

D’abord, elle nous rend forts, mais forts en Dieu, cela veut dire qu’elle augmente notre confiance en Lui, donnant aussi la paix à notre âme, parce qu’on est convaincu que tout dépend finalement de Lui.

Elle nous assure d’une prédilection de Dieu, Dieu choisit les cœurs humbles pour y établir sa demeure, comme Marie, que le Seigneur a choisie pour s’incarner et venir dans ce monde.

Cette vertu nous apprend aussi à prier et que notre prière soit authentique et exaucée par Dieu ; parce que nous sommes tout à fait conscients que sans Lui nous ne pouvons rien faire ; et que c’est à Lui qu’il faut tout demander.

Elle nous fait toujours grandir dans la grâce, qui est comme l’eau de la pluie, elle va toujours remplir d’abord les vallées les plus profondes.

En fin, l’humilité nous permet de faire de grandes choses, des merveilles sans nous gonfler d’orgueil.

Nous allons finir avec un exemple, c’est une histoire qui s’est passée en Suède, il y a déjà quelque temps, le Roi Oscar Deux rendait alors visite  à une école de Filles ; Il passe dans une classe et après les salutations, le roi s’adressant aux enfants en leur demandant qui étaient les grands héros de la nation, tous les élèves commencent à donner- différents exemples.

 Un moment donné, une des filles dit de façon claire « notre Roi Oscar ». Le roi devient sérieux et dit à la fille de s’approcher : rouge à cause de la situation, l’enfant avance, et sa majesté lui demande : « Et pourriez-vous me dire quelles prouesses votre roi a t’il accomplies?». Et la petite, toujours pleine de honte commence à dire que son père lui avait raconté ce que les journaux avaient écrit, et finalement sans pouvoir continuer elle se met à pleurer. Le Roi, s’inclinant un peu, l’embrasse et avec un sourire, lui aussi ému de tendresse, lui dit :

« Ne pleure pas pour cela, mon enfant. Moi non plus, je n’en connais aucune ».

Nous nous préparons pour la grande solennité de la Nativité du Seigneur ; il serait bon de préparer nos cœurs, comme disait saint Ignace de Loyola, lors qu’on contemple la naissance « Je me tiendrai, dit il, en leur présence comme un petit mendiant et un petit esclave indigne de paraître devant eux. Je les considérerai, je les contemplerai, je les servirai dans leurs besoins avec tout l’empressement et tout le respect dont je suis capable, comme si je me trouvais présent. »

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

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