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“Une lampe fut allumée pour que les hommes trouvent le Christ”

Homélie pour le Dimanche III Avent, année B (Jn 1, 6-8.19-28).

Ce troisième dimanche du temps de l’Avent est appelé Dimanche « Gaudete », « soyez dans la joie ». C’est la première parole qui ouvre la liturgie de la messe, l’antienne d’entrée, que nous remplaçons par un chant. L’expression est reprise dans la deuxième lecture : « soyez toujours dans la joie ». Dans ce texte de la lettre aux Thessaloniciens, saint Paul nous donne une série de conseils pour vivre en attente du retour du Seigneur. 

Le même apôtre exhortait souvent dans ses lettres aux chrétiens de ce premier temps de l’Eglise à être dans la joie car la venue de notre Seigneur est déjà certaine : “Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; car le Seigneur est proche” (Ph 4, 4-5) .

Mais que signifie : “le Seigneur est proche ?” Comment devons-nous comprendre cette “proximité” de Dieu ? Écrivant aux chrétiens de Philippes, l’apôtre Paul pense bien sûr au retour du Christ et il les invite à se réjouir car ce retour est certain. Cependant, dans sa Lettre aux Thessaloniciens, ce même saint Paul fait remarquer que personne ne peut connaître le moment de la venue du Seigneur (cf. 1 Th 5, 1-2) et met en garde contre tout alarmisme comme si le retour du Christ était imminent (cf. 2 Th 2, 1-2). Ainsi, déjà à cette époque, éclairée par l’Esprit Saint, l’Église comprenait toujours mieux que la “proximité” de Dieu n’est pas une question d’espace et de temps, mais une question d’amour : l’amour rapproche ! Le prochain Noël viendra nous rappeler cette vérité fondamentale de notre foi et, devant la crèche, nous pourrons goûter la joie chrétienne, en contemplant à travers Jésus nouveau-né, le visage du Dieu qui par amour s’est fait proche de nous. (Benoît XVI)

Ce dimanche nous méditons toujours sur la figure de saint Jean Baptiste. Pourquoi donc baptises-tu ? C’est la question posée par les chefs religieux. En effet, ce geste de baptiser bien qu’il fût connu par les gens religieux de ce peuple, n’était jamais pratiqué sur ceux qui appartenaient au peuple d’Israël, mais sur ceux qui venaient d’autres nations et d’autres peuples. Car les descendants d’Abraham selon le sang faisaient partie du peuple d’Israël par droit de naissance, tandis que les païens devaient être « lavés » et purifiés pour accéder au droit de la circoncision et appartenir définitivement à la religion juive.

Pourtant Jean pratiquait ce baptême de l’eau sur les juifs qui venaient confesser leurs péchés devant lui. Il était en train de suggérer que même son peuple devait aussi se purifier, que la sainteté n’est pas une raison de race, mais une grâce de Dieu qui a besoin d’un profond changement du cœur pour renoncer à ce qui n’est pas Dieu, pour renoncer à ce qui nous éloigne de Dieu qui est le péché.

Comme nous le voyons dans l’évangile, saint Jean est soumis à un interrogatoire pour déclarer ce qu’il était.

« ‘Que dis-tu de toi-même?’ Remarquons combien Jean est consacré, remarque saint Thomas d’Aquin. Il a déjà réalisé ces paroles de l’Apôtre : ‘Je vis, mais non pas moi, c’est le Christ qui vit en moi’. C’est pourquoi il ne répond pas : “Je suis le fils de Zacharie, ou tel et tel” : il dit uniquement sa dépendance à l’égard du Christ. Jean n’est qu’une voix qui prépare la venue du Seigneur.

« Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » Pourquoi crier et ne pas prêcher ?

Celui qui crie peut le faire pour quatre raisons, explique encore saint Thomas.

En effet, le cri implique d’abord une manifestation et c’est pourquoi Jean crie, pour montrer que le Christ parlait manifestement en lui, comme lorsque le Seigneur criera Lui-même : « Le dernier jour de la fête, le plus solennel, Jésus debout s’écriait : ‘Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive’ »; alors que, dans les prophéties, Il n’a pas crié, parce que les prophéties furent données de manière énigmatique et sous forme de figures.

Ensuite, le cri s’adresse à des personnes éloignées ; or les Juifs s’étaient éloignés de Dieu ; aussi fallait-il crier.

En troisième lieu, le cri s’adresse à des gens qui n’entendent pas bien, ceux qui se sont fermés à la parole de Dieu et qu’il fallait comme réveiller.

Enfin, le cri exprime qu’on parle avec indignation, parce que celui qui crie s’adresse à ceux qui ont mérité la colère de Dieu. Le cri sert aussi pour les convertir.

Mais remarquons qu’il crie dans le désert, car Le Seigneur fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. On peut trouver là un sens littéral et un sens mystique, suivant toujours saint Thomas d’Aquin.

Au sens littéral, Jean reste dans le désert pour être exempt de tout péché, afin d’être ainsi plus digne de porter témoignage pour le Christ et de rendre, par sa vie, son témoignage plus digne de foi auprès des hommes. Au désert on ne trouve pas les occasions de péché qui existent là où vivent les hommes. Et pour cela, les premiers moines se sont enfuis au désert pour s’éloigner du monde de péché.

Au sens mystique, le désert s’explique de deux façons. Le désert, en effet, représente d’abord les païens, conformément à cette parole d’Isaïe : « Les fils de la délaissée [du latin desertae] sont plus nombreux que les fils de celle qui avait un époux ». Ainsi, pour montrer que la connaissance de Dieu ne doit pas être prêchée seulement à Jérusalem, mais chez toutes les nations, il cria dans le désert. Le royaume de Dieu [dira le Christ aux Juifs] vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en produira les fruits.

Par désert, d’autre part, on entend la Judée, qui était alors déserte (abandonnée). Jean cria donc dans le désert, c’est-à-dire en Judée, pour faire comprendre que le peuple à qui il prêchait était alors déserté par Dieu.

« Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »

Jean n’aurait rien pu évoquer de plus servile : dénouer la courroie des sandales était l’obligation des esclaves. Il y avait un dicton rabbinique selon lequel un disciple devrait être prêt à faire n’importe quoi pour son maître, sauf simplement dénouer ses sandales. C’était un service trop humiliant même pour un disciple à rendre à son maître. Mais Jean avait dit qu’il y avait un de qui il ne méritait pas même d’être son esclave.

« Voix de celui qui crie dans le désert, voix de celui qui brise le silence», comme l’affirmait le grand Saint Augustin: « Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route. Que signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut ? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir.

S’il avait dit : Je suis le Messie, on l’aurait cru très facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est défini, il s’est abaissé.

Il a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était que la lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil. »

La mission de Jean consistait seulement à préparer le chemin. La grandeur qui lui correspondait provenait de la grandeur suprême de celui dont il annonçait la venue. C’est le grand exemple de tous ceux qui sont prêts à s’effacer pour que Jésus-Christ soit vu, soit connu et reconnu. Jean n’était qu’un doigt pointé vers le Christ. Que Dieu nous donne la grâce de nous oublier nous-mêmes et de ne nous souvenir que du Christ.

Comme dit encore saint Augustin : “une lampe, c’est-à-dire Jean, fut allumée pour que les hommes trouvent le Christ”. Que la Très sainte Vierge Marie nous donne la grâce d’être, nous aussi des lumières qui guident les hommes vers le Christ.

P. Luis Martinez IVE.

“Plus qu’un prophète”

Homélie pour II Dimanche du temps de l’Avent, année B.

L’évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent nous présente l’image de saint Jean Baptiste, un des grands personnages de ce temps liturgique.

De lui, disait Tertullien « La figure de saint Jean Baptiste est une figure unique dans l’histoire, ornée déjà dans sa vie d’un prestige surhumain, elle s’élève mystérieuse et solennelle sur les confins des deux testaments » ; saint Thomas d’Aquin avait encore ces paroles sur la figure de saint Jean : « Jean ne fut pas seulement un prophète mais, comme dit le Christ en S. Matthieu (11, 9), ” plus qu’un prophète “. Il fut en effet le terme de la loi et le commencement de l’Évangile. Il lui revenait donc d’amener les hommes, par sa parole et par ses actes, à la loi du Christ plutôt qu’à l’observance de l’ancienne loi. »

Ainsi, tout est singulier et presque unique dans la vie de saint Jean Baptiste :

Il est annoncé par une prophétie : « Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi »(Malachie 3.1).

Isaïe nous décrit aussi sa mission, comme nous l’avons entendu dans la première lecture de ce dimanche.

Il est justifié (sanctifié) dans le sein de sa mère et à sa naissance, qui comme celle du Messie est communiquée par un ange et sera toute entourée de miracles, son père Zacharie devient muet mais récupère sa voix en proférant pour lui un cantique aussi prophétique.

Il vit une vie extrêmement pauvre au désert, ne mangeant que des aliments de pénitence.

Mais son apostolat est intimement uni à celui du Christ, de façon qu’il ne l’annoncera pas à travers des prophéties entourées du mystère, il va le montrer de son doigt : « voici l’Agneau de Dieu »(Jn. 1.29).

Il faut aussi voir que Saint Jean n’apparait pas comme un disciple du Christ, il se montre plutôt collaborateur, et cela est révélé par les paroles du Seigneur : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (Mt. 3.15). Et finalement il est lui-même choisi par le Seigneur pour lui conférer le baptême.

Saint Jean avait un prestige hors du commun, constaté par les paroles des évangélistes : « Hérode cherchait à le faire mourir, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète » (Mt.14,5). « Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui », raconte saint Marc dans l’évangile de ce dimanche. 

Mais c’est le même Seigneur qui fait son éloge : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui » (Mt. 11,11). «Jean était la lampe qui brûle et qui brille » dit aussi le Seigneur dans l’évangile (Jn.5,35).

Ainsi le précurseur du Seigneur nous est proposé comme un modèle spécialement pendant ce temps.

Il est évident pourtant, qu’à la différence de chacun de nous, il a été « rempli de l’Esprit Saint » depuis le sein de sa mère et sa vie n’a été qu’une vie de sainteté.

Mais, dans certains aspects nous pouvons l’imiter, au-delà de la recherche constante de la sainteté et de la volonté de Dieu.

Par exemple, par rapport à la connaissance qu’il avait du Christ : il aimait le Messie car il le connaissait bien : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi » (Mc 1.7).

« Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » Ces dernières paroles nous dévoilent aussi son humilité, comme lorsqu’il a dit : « il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue », on peut dire qu’il se réjouissait de disparaître pour laisser sa place au Christ !

Saint Jean s’est éloigné du monde pour écouter dans le silence du désert la voix de Dieu.

Son esprit de pénitence nous est révélé par ce qu’il portait comme vêtements et sa nourriture : Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Bien qu’il se fût retiré au désert, son zèle pour le salut des âmes n’a jamais manqué en lui : il prêche dans le désert de Judée, c’est à lui qu’accourent les foules pour l’écouter, pour se faire baptiser, pour confesser leurs péchés. 

Une autre vertu admirable chez le baptiste c’est la force. Saint François de Sales nous dit qu’il a supporté l’épreuve la plus dure qu’aucun saint n’a pu souffrir : vivre corporellement loin du Christ, tout en sachant que le Christ était proche de Lui. Il n’est pas allé chercher le Christ, il a pourtant attendu que le Messie vienne à lui. Car c’est cela la façon d’accomplir sa mission.

Il continue même à prêcher après avoir baptisé le Christ. Il aurait pu se retirer encore au désert, car la manifestation du Christ comme Messie diminuait naturellement sa renommée, en effet on voit que ses disciples s’en vont auprès de Jésus. Son admirable abnégation et son dévouement pour la mission confiée par Dieu le poussaient à continuer la prédication et à ne pas retourner à la solitude qu’il aimait. 

Et nous pouvons aussi indiquer comme partie de ses grandes vertus, l’amour pour la vérité et la liberté de dénoncer les vices, une carence de cette vertu est un défaut malheureusement très répandu chez nous les chrétiens, qui pour éviter parfois tout ennui préfèrent regarder ailleurs avant de dénoncer le mal.

Saint Jean Baptiste déclarait et condamnait les vices du peuple, des soldats, des publicains, des scribes et des pharisiens et même il l’a fait avec le roi Hérode, cherchant la conversion de tous ; et comme nous le dit son histoire, le fait de dénoncer le mal et de dire la vérité a été la cause de son martyre.

Ces vertus du précurseur nous aident à préparer le cœur pour recevoir Notre Seigneur à Noël et pour le recevoir dans nos vies. Que saint Jean Baptiste et la très Sainte Vierge Marie nous obtiennent la grâce de grandir chaque jour dans la sainteté.

P. Luis Martinez IVE.