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« Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché »

Homélie pour le Dimanche XXVI , année C (Lc 16, 19-31)

Ce dimanche, l’Eglise nous invite à méditer la parabole du Riche et du Pauvre Lazare. Une belle page de l’évangile mais aussi  un enseignement très profond. La parabole fait partie du chapitre 16 de l’évangile de Luc, c’est le même chapitre que le texte que nous avons médité la semaine dernière. En effet la conclusion du texte évangélique était : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. ». Et l’évangile nous dit juste après : « Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision », c’est-à-dire qu’ils se moquaient de Notre Seigneur. Il leur dit alors : « Vous, vous êtes de ceux qui se font passer pour justes aux yeux des gens, mais Dieu connaît vos cœurs ; en effet, ce qui est prestigieux pour les gens est une chose abominable aux yeux de Dieu ». Et pour cela le texte de ce dimanche débute en indiquant que cette parabole est adressée aux pharisiens.

D’une première lecture, on peut penser que cet enseignement n’est adressé qu’à ceux qui ont des richesses et non aux pauvres, car Lazare représenterait tous les pauvres. Mais, ce serait une interprétation trop simple, car non tous les pauvres ne vivent selon la loi de Dieu. Comme dit saint Ambroise dans son commentaire de cet évangile : « En effet, de même que toute pauvreté n’est pas sainte, toute richesse n’est pas criminelle : c’est la jouissance effrénée qui entache la richesse, et c’est la sainteté qui relève la pauvreté » (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VIII 13).

« Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin » dit le Seigneur, il parle précisément des vêtements utilisés par les grands prêtres et qui étaient des pièces uniques. Aussi le mot utilisé en grec pour définir les « banquets » faisait référence aux banquets du vrai luxe, ceux d’un roi.

« Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare », c’est l’unique fois dans les évangiles où Notre Seigneur donne un nom à l’un des personnages, Lazare signifie « Dieu aide » ou bien « celui qui est aidé par Dieu ». « Habituellement, dit saint Grégoire, on connaît les noms des riches plutôt que les noms des pauvres ; le nom de ce pauvre nous a été conservé parce qu’il était connu de Dieu. Dieu connaît le pauvre humble, il ignore le riche orgueilleux » (saint Grégoire le Grand : homélie XL sur les péricopes évangéliques).

Il voulait manger les miettes qui tombaient de la table du riche, car à cette époque les gens mangeaient sans couverts et se nettoyaient les mains avec les miettes de pain sec, c’est de cela dont Lazare veut se rassasier, mais selon le sens du texte, ce sont les chiens qui en plus de manger ces miettes, lèchent les ulcères de sa misère.

Mais, la mort est arrivée pour les deux personnages. Le Seigneur semble dire que pour Lazare il n’y eut personne pour son enterrement, mais qu’après sa mort il était entouré et accompagné par les anges au Ciel. Du riche, il est dit qu’il fut enterré, on imagine, avec toutes les cérémonies d’un riche, pourtant après la mort, aucun ange ne vint l’accompagner.

Et après vient la réalité de l’autre vie après la mort.

Au soir de sa vie : aussitôt que le riche fut sorti du théâtre de la vie présente, il était en réalité si pauvre qu’il implorait une goutte d’eau et ne pouvait l’obtenir. Il put voir alors ce qu’il était en réalité, et quelle valeur avaient tous ces biens dont il avait été si fier, et dont il n’avait rien emporté ; et quand il se vit tout seul, abandonné de tous, de quel secours lui étaient ses parasites ? (saint Jean Chrysostome : deuxième sermon sur Lazare, 6).

Selon l’histoire de la parabole, le riche voudrait épargner ses frères de la même condamnation en demandant une action extraordinaire et la réponse d’Abraham sert pour les auditeurs de ce moment mais aussi pour chacun de nous : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! » ; si nous voulons sauver nos âmes, il faut écouter la Parole de Dieu.

Quel était alors le péché de ce riche ? On peut penser que le fait d’avoir tant de richesses et dans son orgueil ne pas les partager était peut-être son péché, mais saint Augustin va un peu plus loin : « Ce n’était pas à cause de sa pauvreté que ce pauvre fut honoré par les anges, ni à cause de ses richesses que ce riche fut condamné aux tourments : dans le pauvre, c’est l’humilité qui fut honorée, et dans le riche, c’est l’orgueil qui fut condamné (…) Vous tous, qui que vous soyez, riches ou pauvres, apprenez à être pauvres et humbles : car on trouve des mendiants qui sont orgueilleux et des riches qui sont humbles » (saint Augustin : commentaire du Psaume LXXXV, 3).

Mais, il y a encore un autre péché chez ce riche, qui peut être aussi notre péché. L’apôtre Saint Jacques nous dit (4,17) : « Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché ». Car il pouvait secourir Lazare dans sa misère et le riche ne le fait pas. Cela nous arrive à nous aussi, plusieurs fois nous ne faisons pas le mal (tuer, voler, mentir), mais lorsque nous voyons que quelqu’un a besoin d’un service (soit dans l’aspect matériel, soit spirituel) nous l’ignorons volontairement. Et pour cela l’Eglise dans la première prière de la messe, appelée Confiteor « je confesse » attribuée à Saint Augustin, nous fait demander pardon à Dieu pour les péché commis « en pensée, en parole, par action et par omission ».

Cette parabole doit nous faire penser aussi à la réalité de notre mort, qui est l’unique évènement sûr que nous connaissons de notre futur, un jour nous allons mourir. Notre foi chrétienne nous apprend qu’il y aura un jugement juste après le moment de la mort, il s’appelle Jugement Particulier : chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (le purgatoire), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours. Et à la fin de l’histoire de l’humanité, tous les hommes seront jugés encore une fois, et cela est appelé le Jugement Dernier.

Le jugement particulier se fera juste après notre mort devant Dieu et Il nous jugera sur nos actes externes, nos paroles, les sentiments les plus intimes de notre âme, ce que nous avons fait mais ce que nous avons omis de faire en en ayant la possibilité et aussi les péchés des autres auxquels nous avons coopéré.  

Préparons-nous bien pour le moment de la mort et du jugement de Dieu. Le moment est incertain mais la mort est certaine.

Rappelons-nous cette épitaphe sur un tombeau qui lisait : Hodie mihi, cras tibi (aujourd’hui c’est pour moi, demain c’est pour toi).

Apprenons des saints à nous préparer pour la mort avec une conscience pure, comme saint Paul qui voulait mourir pour être avec le Christ. Saint Thomas d’Aquin prêt pour la mort, avant de recevoir le viatique, la dernière communion de sa vie, avec les larmes aux yeux et à genoux, a dit cette belle prière :
«Mon Seigneur et mon Dieu pour qui j’ai travaillé, pour qui j’ai étudié, pour qui je me suis fatigué, pour qui j’ai écrit, pour qui j’ai prêché: viens dans mon pauvre cœur, qui te désire ardemment comme le cerf veut la source des eaux. Et dans quelques instants, lorsque mon âme apparaîtra devant vous, en tant que Juge divin des vivants et des morts, souvenez-vous que vous êtes le Bon Pasteur et accueillez cette pauvre petite brebis dans le bercail de votre gloire. ”

« Quelle joie de voir Dieu, s’écriait saint Thérèse de l’Enfant Jésus ; d’être jugée par celui que nous avons aimé par-dessus toutes choses ». 

Que Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE

Que notre temps devienne une heureuse éternité…

Sainte Marie Mère de Dieu

L’Eglise a voulu inaugurer l’année avec la protection de la très sainte Vierge, que nous vénérons dans cette fête avec le titre de Mère de Dieu.

Ce titre est le plus grand titre qu’on puisse donner à Marie, parce qu’il est l’origine et la source de tous les privilèges que Dieu a donnés à notre sainte Mère.

Saint Thomas d’Aquin écrit que l’on dit que la Vierge Marie est Mère de Dieu, non parce qu’elle est la mère de la divinité, chose impossible car la nature divine précède éternellement la Vierge mais parce qu’elle est mère d’une Personne qui a la divinité et l’humanité.

Il est tout à fait vrai qu’une mère n’est pas la cause de l’âme ou de la personnalité de son enfant, sinon dans le sens dont elle proportionne la matière. Il est évident donc que si la mère n’est pas la cause absolue de son enfant, elle l’est d’une partie comme le corps ( la chair) de la nature humaine, et pour cela qu’on peut dire qu’elle est une véritable mère, la mère de la personne de son enfant. Nous disons la mère de l’enfant tout entier, même si nous savons qu’elle n’a donné qu’une partie de l’être.

Marie a fait pour Jésus ce que toute mère humaine fait pour son enfant, lui a donné un corps. Le fait que Jésus n’ait pas un père humain, n’enlève pas, ne diminue pas la maternité de Marie.

La différence essentielle entre la maternité seulement humaine et la maternité divine se trouve dans le fait que simplement le Fils de Marie est une personne divine, tandis que le fils de toute autre femme est une personne humaine.

La maternité divine nous amène au cœur du mystère chrétien : l’insondable vérité que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, en qui la nature humaine reçue de sa Mère humaine et la nature divine, reçue de son Père Eternel s’unissent dans l’unique personne du Fils de Dieu.

Jésus est un vrai homme, Marie est donc une véritable mère. L’Enfant Jésus, né de la Vierge Marie est une personne divine et Dieu même, Marie peut être appelée avec toute certitude, la Mère de Dieu.

Le temps passe…

Avec cette célébration de Marie, nous commençons cette nouvelle année de l’histoire de l’homme. Alors, tout homme croyant au début de l’année, est invité à réfléchir sur l’année qui s’est écoulée et aussi sur l’année qui vient de démarrer.

Nous nous retrouvons souvent en face du mystère du temps. Du temps qui nous est divisé en années, de ce temps qui passe plus vite que ce que nous voudrions. Il est un temps grâce et miséricorde de Dieu, parce que le temps – nous est donné comme le plus grand des dons dans ce monde et selon l’usage, il nous servira pour l’éternité.

C’est pour nous un temps de miséricorde, pour cela nous devons travailler à notre salut avec crainte et tremblement ( Philip. 2,12).

Lorsqu’on est petit, on pense que le temps est long et lorsqu’on vieillit, on pense par contre, que le temps est plus court, c’est la conception psychologique du temps.

Mais qu’il soit court, ou qu’il est long, il doit finir, et si le temps est déjà passé nous devons l’accepter comme quelque chose qui n’existe plus.

Et cela c’est notre vie, une vie composée d’années qui passent et comme le démon est un falsificateur universel, c’est le singe de Dieu, il fait croire à l’homme que ce temps de la vie est éternel et que l’éternité après cette vie n’existe pas.

Mais nous savons comme chrétiens que par contre, ce temps passe et passe vite et que l’éternité existe.

De là, le besoin d’un bon examen de conscience, d’un examen de ce qui est passé.

Un examen de conscience pour connaître ce que nous devons amener à l’autre vie et ce que nous devons laisser dans cette vie.

Le but ultime de l’homme c’est Dieu, tout le reste est un moyen, tout le reste est relatif par rapport à mon salut éternel. Si une chose (une créature) nous approche de ce but, elle sera bonne, mais si elle m’éloigne de Dieu elle devient mauvaise dans ma vie.

Et nous avons tous besoin de corriger le chemin, parce que dans le cas contraire, plus on marche hors du chemin, plus on s’éloigne du bon chemin, plus on s’éloigne de Dieu.

Saint Augustin disait : « Marche par la pureté de la conduite et non par le mouvement des pieds. Il en est dont les pieds marchent très bien, mais dont la conduite va mal. Parfois, ils marchent bien, mais courent en dehors du chemin. Plus ils courent, plus ils s’écartent du chemin. Croyez-moi : mieux vaut avancer en boitant sur le bon chemin que marcher d’un pas ferme en dehors du chemin. »

C’est pour cela que nous devons réfléchir sur notre but ultime, sur notre marche vers lui et réfléchir aussi sur la façon dont nous utilisons cette créature qu’est le temps. Ce temps qui va finir, et nous ne savons pas quand, parce que le Seigneur vient comme un voleur, dit l’évangile.

On disait tout à l’heure qu’une créature est bonne dans la mesure dont elle m’aide à atteindre ce but, et elle est mauvaise tant qu’elle m’en éloigne. Les hommes temporels (ou plutôt du monde) qui croient que la vie de ce monde est éternelle, que cette vie ne passera pas, savent aussi faire leur examen, ils font un bilan comptable de combien ils ont perdu et ils combien ont gagné.

Le chrétien a l’obligation de faire aussi un bilan, un bilan différent. Cette année passée qui a été un instant au-dedans de cet instant qu’est la vie m’a été utile pour m’approcher de Dieu ou bien  m’en a t’elle éloigné ?

Il y a un autre mystère aussi dans cela, il est vrai, le temps passe, mais si nous l’utilisons bien, il a valeur d’éternité parce que ce monde sert pour gagner l’autre, celui que nous désirons. Mal utilisé, ce temps a aussi valeur d’éternité, mais d’une éternité malheureuse, pour toujours, une haine qui ne finira pas et c’est l’enfer.

Nous devons donc penser aujourd’hui, à ce que nous devons continuer à posséder, à porter dans cette vie, mais aussi méditer à ce que nous devons laisser, abandonner.

Qui connaît le temps qu’il lui reste ? Personne ne peut le savoir.

Le temps qui nous reste n’existe pas encore, il n’est pas parce qu’il est futur (disait saint Augustin). Et le temps passé n’est pas non plus parce qu’il est déjà passé, il n’existe plus.

Et qu’est-ce que j’ai entre mes mains ? Cet instant qui est un devenir du futur au passé.

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas » disait aussi saint Augustin dans ses confessions.

Ce que nous avons entre les mains c’est l’instant présent, le lendemain est incertain, le passé n’existe plus.

Pour cela, la prudence qui est une vertu surnaturelle lorsqu’un chrétien vit en grâce, cette prudence qui tient en compte ces trois temps de tout homme, mémoire du passé, vision du présent, prévision pour le futur, c’est elle que nous pousse à faire un bon examen de conscience, pour ne pas gaspiller notre instant présent parce que le lendemain est incertain pour chacun de nous.

Le Seigneur nous a déjà averti, Il viendra comme un larron, même lorsque beaucoup disent qu’Il ne viendra plus. Ce premier jour de l’année est un temps d’examen et temps de résolutions, les résolutions pour le temps qui nous reste.

Nous disons parfois, « j’ai 39 ans », lorsqu’en vérité nous devons dire, « j’ai eu 39 ans de vie », ils sont déjà passés ; ce que nous avons de vie est ce qui nous reste encore et pour cela nous devons considérer très attentivement le sort de notre âme, de son salut éternel, parce qu’à la fin de journée de la vie, celui qui se sauve sait, mais celui qui ne se sauve pas, il ne sait rien.

Il est entre nos mains le fait de convertir ce temps dans une éternité bienheureuse ou dans une éternité de souffrance.

Nous demandons à la très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu, de vivre ce temps tout en nous préparant pour la vie éternelle.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné