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L’Assomption de Notre Dame aux cieux

L’Apôtre Saint Paul donne aux Colossiens un conseil qui est d’une grande importance pour toute la vie spirituelle. Plus qu’un conseil, c’est un commandement : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 2). C’est un commandement d’une grande importance dans la vie spirituelle car, si nous voulons poursuivre avec persévérance et à la perfection la vie de grâce dans notre âme, alors nous devons avoir de grands désirs, qui poussent notre âme de la terre vers le ciel. Lorsque nous avons des grands désirs, nous élargissons la capacité d’amour de l’âme. Et la grandeur de l’amour de notre âme nous rend capables de surmonter toute difficulté, intérieure et extérieure. Désirer ardemment atteindre une grande perfection, une grande sainteté, est la première disposition pour y parvenir. Désirer ardemment le ciel est la première raison de mettre en place tous les moyens qui nous y conduisent.

La grande fête que nous célébrons aujourd’hui vise, en fait, à enflammer nos désirs du paradis. Elle nous met devant un grand objet à désirer. Parce que nous croyons que la Sainte Vierge est au ciel avec son corps et son âme, et donc, nous croyons que nous y serons avec elle. Et le désir d’être avec la Sainte Vierge Marie devrait nous pousser à vivre toujours plus chrétiennement et à être mieux dévoués à cette Sainte Dame qui attend notre compagnie au ciel.

Ces choses que nous aimons vraiment, nous essayons de les représenter devant nous, c’est-à-dire de les rendre présentes à notre cœur, qui se réjouit de leur présence. La plupart d’entre nous est loin de son pays, nous sommes loin de notre famille, de notre culture, et nous aimons ces choses. Et c’est pourquoi nous essayons de nous souvenir de ces choses, afin qu’elles nous soient présentes : nous gardons des photos, des lettres, des messages, des cadeaux, etc., nous communiquons avec ceux qui sont loin, nous nous informons et nous nous inquiétons de la situation dans nos pays, dans nos familles. Et tout cela nous fait souhaiter avec plus d’ardeur de les revoir un jour, d’être là avec eux, de les avoir vraiment présents à nouveau.

Car la distance est à l’amour ce que le vent est au feu : il éteint un petit amour, et vivifie un grand amour.

Et ce que nous disons des biens de la terre, où nous sommes comme des étrangers et des pèlerins à la recherche de notre véritable patrie, nous devrions l’appliquer avec beaucoup plus de force aux biens célestes, où le Christ est à la droite de Dieu.

C’est pourquoi saint Paul nous dit de chercher les biens qui sont en haut, d’aspirer aux biens qui sont en haut. Gardons les yeux sur le ciel, car c’est dans le ciel que se trouve notre mode de vie. Nous devons essayer de rendre présents devant notre âme les biens du ciel, pour augmenter nos désirs. Le bien essentiel du ciel est de voir Dieu, d’avoir Dieu, selon notre capacité, et cela nous rendra éternellement heureux. Mais il y a d’autres biens, qui sont accidentels dans le ciel mais qui sont aussi des objets de désir, parmi lesquels on trouve la compagnie des saints, et surtout la compagnie éternelle de la Vierge Marie. C’est une vraie raison de joie éternelle : être toujours avec elle, ne pas être séparé d’elle.

Et pour augmenter le désir de ce bien, nous devons apprendre à le représenter devant notre cœur. Nous pouvons penser à la Vierge Marie, et même l’imaginer, parce qu’il est tout à fait vrai et réel que nous allons la connaître : son visage, ses yeux, le timbre de sa voix, les caresses de ses mains. Plus profondément, nous pouvons (et nous devons) établir un contact personnel avec elle, par la prière. Et non seulement la prière vocale, exprimant par des mots notre affection filiale, mais aussi la méditation, la pensée de ses sentiments, de ses vertus, de ses sacrifices maternels…

Et surtout, pour rendre la Vierge présente dans notre vie, nous devons mettre toutes nos forces à l’imiter, parce que de cette façon les cœurs sont unis, aimant les mêmes choses. Nous devons apprendre à imiter ce que nous méditons sur Notre-Dame : ses vertus parfaites, la compagnie qu’elle a donnée à Jésus-Christ, son amour sacrificiel, sa soumission à la volonté de Dieu, le Père. Nous devons vouloir faire tout ce que nous faisons selon son modèle, en elle : parler comme la Vierge le ferait, s’habiller, marcher, rire, penser aux autres, tout selon son modèle.

La Vierge Marie était dans le monde, et elle connaît les besoins des hommes. Avec son cœur maternel, elle a rapproché tout le monde de Jésus au cours de sa vie, et elle le fait encore plus depuis le ciel. Nous lui demandons de nous ouvrir son cœur, et d’ouvrir le nôtre, de l’élargir, afin que notre désir de la voir soit si grand qu’il nous pousse à lui donner toute notre vie. Que la Vierge Marie nous obtienne cette grâce sur cette terre, et nous permette de vivre une éternité avec elle au ciel.

P. Juan Manuel Rossi IVE.

La perle de la vie éternelle, le trésor du Ciel

Homélie pour le Dimanche XVII, année C (Mt 13, 44-52)

L’évangile de ce dimanche conclut avec une série de paraboles que le Seigneur avait proclamées devant la foule, nous avons commencé par celle du Semeur, il y a deux dimanches, puis dimanche dernier nous avons poursuivi avec les paraboles de l’ivraie, ainsi que celle de la graine de moutarde et l’autre du levain ; et finalement les quatre d’aujourd’hui, celle du trésor, celle de la perle et l’avant dernière, la pêche pour finir avec une petite parabole qui parle de l’homme qui fait tout sortir « du neuf et du vieux » de son trésor.

Cette énumération n’est pas seulement pour nous faire un rappel, mais plutôt pour montrer la relation qui existe entre elles. Parce que toutes ces paraboles nous décrivent en quoi consiste le royaume des cieux : son origine divine et surnaturelle, sa condition dans ce monde, la guerre que le mal fait contre lui et aujourd’hui nous apprenons la valeur du royaume et son aboutissement, c’est-à-dire que le royaume finira dans ce monde pour continuer à exister pour l’éternité.

Revenant au passage de l’évangile de ce dimanche, nous nous centrons sur les deux premières paraboles qui évoquent la dignité du Royaume des cieux, qui est comme un trésor ou bien comme une perle.

D’abord, il est différence à remarquer : d’un côté, le trésor a été trouvé comme par accident, on dirait « gratuitement », tandis que la perle est recherchée par le négociant, jusqu’à ce qu’il trouve celle de grand prix. Un premier point donc de réflexion si l’on parle du royaume des cieux (qui commence déjà dans ce monde et c’est la vie divine en nous), c’est qu’en lui existe comme une double action : une de la part de Dieu, qui dans son amour se laisse trouver par nous, comme le dit de façon très belle le prophète Isaïe :  Je me suis laissé approcher par qui ne me demandait rien, je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas (Is. 65,1). Et voilà le cadeau sans prix offert par Dieu en nous invitant à participer de sa vie divine.

Mais l’autre parabole nous montre aussi la collaboration de l’homme, comme le marchand qui recherche sa perle, Dieu aussi est à l’origine de cela, car c’est Lui-même qui met dans notre cœur le désir de Le chercher. On ne peut pas oublier la belle pensée de saint Augustin : « Tu nous as fait pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il ne repose en Toi »

Dans les deux cas, il est question de travailler pour pouvoir trouver ce qu’ils ont trouvé : creuser le champ, rechercher la perle. Tous les deux, perle et trésor étaient des choses uniques, si bien que les acteurs de nos paraboles ne se souciaient pas de tout vendre, tout ce qu’ils avaient pour les acheter.

Imaginons qu’en écoutant cela, les gens aient été étonnés, comme nous-mêmes ! si nous devions vendre tous nos biens pour acheter quelque chose.

Voilà donc que ce que le Seigneur veut signifier : l’objet à acquérir vaut plus que toutes les autres choses que nous possédons. La vie éternelle, qui commence avec la foi et la vie de la grâce dans ce monde a une valeur infiniment plus grande que toutes les choses créées, visibles ou invisibles de ce monde.

Nous sommes habitués à parler de la vie éternelle, cette vérité fait partie de nos vérités de foi ; mais nous ne le faisons pas parfois avec la conscience que cette vie nous attend après si nous faisons la volonté de Dieu dans la vie présente et qu’en plus, nous devions constamment désirer atteindre cette vie éternelle. La mort, le jugement personnel et le jugement universel, le purgatoire, l’enfer et le Ciel reçoivent dans l’Eglise le nom de fins dernières et le livre de Ben Sira le sage nous enseigne: Quoi que tu fasses, souviens-toi de tes fins dernières et jamais tu ne pécheras pas (Ecclésiastique 7, 38).

Le Seigneur nous apprend aujourd’hui que cette vie éternelle, ce que nous appelons le Ciel, ou bien le Royaume des Cieux (utilisant les mots de la parabole) est un cadeau de Dieu que nous devons rechercher, et lorsque nous l’avons trouvé vendre tout pour l’acquérir. En définitive, Notre Seigneur proclame que rien ne vaut plus que le Ciel dans ce monde.

En définitive, depuis notre création Dieu désire nous communiquer la joie parfaite et totale qu’Il possède, et cela Dieu le fait en nous faisant participer de la gloire au Ciel.

Comment décrire le Ciel ?

Alors, avec nos catégories humaines de temps et espace toujours limitées, avec des idées et un vocabulaire limités, faire une description exacte de ce qu’est le Ciel est presque impossible. Nous savons par ses lettres que l’apôtre saint Paul a pu contempler une petite étincelle de toute la Gloire du Ciel et il se limite à dire qu’il a entendu des paroles ineffables, qu’un homme ne doit pas redire… ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé.  (2 Cor.12, 2-4 et 1 Cor. 2,9).

Voilà ce qu’est le Ciel : indescriptible, inimaginable, insondable à l’être humain parce qu’il est limité pour comprendre et décrire l’illimité de Dieu. En fin de compte, le Ciel c’est jouir de la présence de Dieu sans aucun voile, « car au Ciel, dit saint Jean, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’Il est » ( Jn. 3,2). Saint Jean Paul II ajoutait à cette vérité celle-ci : « au Ciel nous allons vivre dans une relation d’amour intime avec Dieu, là-bas c’est la plénitude de l’intimité avec Dieu« .

Selon le Catéchisme de l’Eglise catholique, «cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif» (n. 1024). 

Mais saint Augustin constate au terme d’une réflexion sur la vie éternelle qu’il est plus facile de définir ce qu’il n’y a pas dans le Ciel que de dire ce qu’il y a.  « Au Ciel, Dieu sera lui-même la fin de nos désirs, lui que nous contemplerons sans fin, aimerons sans satiété, louerons sans lassitude ».

Avons-nous encore besoin d’une autre description ? Le Ciel est la joie qui dépasse nos désirs, l’activité sans fatigue, le repos sans ennui, la connaissance sans voile, la grandeur sans excès, l’amour sans égoïsme, le pardon sans souvenir du mal, la gratitude sans dépendance, l’amitié sans jalousie, la compagnie sans trouble. Dans le Ciel Dieu nous donnera beaucoup plus que nous imaginons et même plus que ce que nous demandons sur cette terre.

Pensons un peu à ce qu’en arrivant à la patrie céleste, l’âme sentira instantanément une grande consolation de toutes les souffrances de ce monde : votre peine se changera en joie (Jn. 16, 20). Ce qui faisait dire à saint François d’Assise : « Le bien que j’attends est tellement grand que toute peine dans ce monde se change en joie pour moi ». Belles sont aussi les paroles de Saint Thomas More, martyr : « ce monde n’a aucune tristesse que le Ciel ne puisse guérir ».

Pour finir, l’écriture nous dit que la vie éternelle consiste essentiellement en la connaissance de Dieu (Jn. 17, 3 – Mt. 5,8), et le fait de jouir de son amour sans aucune limite, dans la perfection (Jn. 15, 11). C’est un océan de joie, qui remplit tout entier les profondeurs de notre âme et satisfait complètement toutes les aspirations de notre cœur, sans qu’on puisse désirer ou avoir besoin de rien de plus, on rentre totalement dans cet amour, là s’accomplissent les paroles du Seigneur dans la parabole : serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” (Mt. 25, 21). Regardons qu’Il ne dit pas « reçois », mais « rentre », parce que la joie nous envahira tout entiers au-dedans et dehors de notre esprit.

Nous comprenons maintenant pourquoi tant de saints voulaient passer vite ce monde à l’autre, voulaient mourir pour être dans cette joie totale du Ciel. Vivre dans ce monde représentait pour eux toujours un poids, une agonie. Cela a été le cas de sainte Thérèse d’Avila, vivant cette expérience elle a composé un très beau poème dont nous prenons quelques versets.

Je vis, mais sans vivre en moi,
Et mon espérance est telle
Que je meure de ne pas mourir.

C’est cette vie d’en haut
Qui est la vie véritable,
Mais jusqu’à la mort de cette vie terrestre,
On ne peut la posséder.

O mort, ne te dérobe plus.
Que je meure tout d’abord pour que je vive !
Que je meurs de ne pas mourir.

Demandons la grâce de toujours chercher dans notre vie cette perle, ce trésor ; et ainsi vivre pour toute l’éternité avec Dieu.

P. Luis Martinez IVE.