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 Homélie pour le dimanche IV Année C

Lire l’évangile: Lc 4, 21-30

L’évangile de ce dimanche est la continuation historique du texte que nous avons médité la semaine dernière. Le Seigneur prêchait dans la dans la synagogue de Nazareth, « tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. » Mais les auditeurs se posaient une question : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » c’est-à-dire, ils se laissent d’abord guider par les paroles, reconnaissant quelque chose de divin, de surnaturel en Jésus. Mais après, ils ne l’acceptent pas, impossible qu’un compatriote de leur village puisse parler au nom de Dieu. Et notre Seigneur voit cela dans les cœurs des nazaréens qui l’écoutaient. Ils désirent voir des miracles chez eux : « Pour quoi donc, est-il allé les faire ailleurs ? » En effet, la finalité que ces gens recherchaient était loin de celle que le Seigneur a toujours voulue à travers les miracles dans sa vie. Comme nous l’explique saint Ambroise : « Les œuvres que Notre-Seigneur faisait pendant sa vie mortelle, étaient des preuves de sa divinité, et ses perfections invisibles nous étaient manifestées par ce qui paraissait aux yeux. Voyez quel mal produit l’envie, la patrie de Jésus est jugée indigne, à cause de son envie, d’être témoin des œuvres du Sauveur, elle (Nazareth) qui avait été jugée digne d’être le lieu de sa conception divine. » Cette jalousie envers Jésus arrivera jusqu’à vouloir le faire mourir, mais Il fait un miracle de majesté, car les gens ne peuvent pas faire aboutir leur plan, la force de Dieu les en empêche et Notre Seigneur passant au milieu d’eux, allait son chemin.

Un danger…

Ce passage évangélique nous est utile pour parler au moins brièvement de la finalité des miracles. Dans quel sens ? Il faut dire que dans notre époque, l’humanité tout entière est soumise à une véritable crise spirituelle. Ce qui fait que beaucoup ont perdu le nord et vivent vraiment sans aucun repère par rapport à ce qui est religieux. Pourtant cette soif du surnaturel est toujours présente dans l’âme de chaque être humain, et cela pousse à rechercher un peu partout, « des fausses alternatives » qui puissent apaiser cette soif du vrai Dieu ; et ce sont alternatives qui font plutôt du mal, éloignant l’homme plus que l’approchant de la véritable source de Vie. Parmi ces « options » du religieux, on peut dire, nous trouvons les différents mouvements pseudo-chrétiens qui utilisant divers éléments de notre religion, promeuvent une félicité tout à fait de ce monde, un bonheur limité à ce monde à travers la réussite économique, la santé (et donc, les guérisons extraordinaires), etc. C’est comme ces nazaréens, l’on exige que Dieu fasse des miracles mais avec une finalité qui n’a rien de surnaturelle, qui n’aide pas l’âme à s’élever vers Dieu.

Comme vous le savez aussi, ce type de promesses ou d’annonces du bonheur et de guérisons constitue en général une source de revenus très efficace pour certains, et l’on voit de plus en plus apparaître des « guérisseurs », des « prophètes » et des « faux saints » un peu par tout dans le monde entier qui n’ont rien de divin mais tout de diabolique. Nous ne devons pas oublier que ce phénomène est très répandu aujourd’hui grâce aux médias, où nous trouvons tout et n’importe quoi et qui attrapent pas mal d’adeptes, proies d’une grande naïveté.

Mais le Seigneur faisait aussi des miracles !

Alors, par rapport aux miracles, nous voyons très bien que les évangiles recueillent beaucoup de guérisons et de faits extraordinaires. La compassion de Notre Seigneur envers ceux qui souffraient et les guérisons accomplies par Lui est un signe évident que Dieu avait visité son peuple (Lc. 7, 16) et que le Royaume de Dieu était proche, au milieu de ce peuple (Mt 10, 7; Lc 10, 9).

Les œuvres prodigieuses accomplies par Notre Seigneur n’étaient pas des simples miracles ; cela était sans exception en relation avec la foi soit de la personne bénéficière soit d’un groupe ou de la foule qui le suivait, et ces miracles devenaient pour eux une expérience messianique (ils reconnaissaient par là à Jésus comme le Messie) malgré que parfois il y avait ceux qui ne croyaient pas dans ce miracles et qui les attribuaient injustement à une œuvre du démon comme c’était le cas des pharisiens (cf. Mc 2, 4-9; Jn. 9, 13-40). En plus que cela constituait pour le Seigneur un motif de haine et de persécution. Nous ne pouvons pas oublier qu’un de ces derniers miracles a été la résurrection de Lazare, son ami, et que les ennemis avaient résolu non seulement de condamner Jésus à la mort, mais aussi le même Lazare, à cause du miracle.

Pourtant, dans le Nouveau Testament, ce n’est pas seulement Notre Seigneur qui fait des miracles, Il donne ce pouvoir à ses apôtres et à ses disciples et Il commande de les faire, et même pendant sa vie terrestre. Les disciples comme on voit dans les Actes des Apôtres, accomplissent ce mandat mais jamais comme une manifestation de leur propre pouvoir, ni pour des finalités personnelles, soit économiques, soit de prestige (cf. Actes 8, 13; 9, 36-43; 14, 8-11).

Saint Paul parle par exemple d’un charisme de guérison que l’Esprit Saint donne à certains croyants à fin que se manifeste la force de la grâce qui descend du Christ ressuscité (cf. 1 Co 12, 9. 28. 30).

Et nous, pouvons nous demander la santé, ou bien demander un miracle pour nous ou pour une autre personne ? Il faut dire tout d’abord, que demander la santé du corps et de l’âme est une pratique connue depuis toujours dans l’Eglise et même licite. Le Seigneur Jésus-Christ, médecin de nos âmes et de nos corps, Lui qui a remis les péchés au paralytique et lui a rendu la santé du corps (cf. Mc 2, 1-12), a voulu que son Église continue, dans la force de l’Esprit Saint, son œuvre de guérison et de salut, même auprès de ses propres membres (et non seulement comme une disposition à se convertir).

Pour un catholique, demander la guérison d’une maladie est tout à fait légitime. En effet, le sacrement de l’onction des malades sert aussi pour fortifier le corps et même donner la santé si cela est dans le plan de Dieu. Nous connaissons bien les saints thaumaturges (qui font des miracles), ceux qui intercèdent pour nous au Ciel mais il y en a un grand nombre qui dans leur vie terrestre accomplissaient des miracles.

Mais, pour eux cela signifie toujours une mission mystérieuse auprès du peuple de Dieu, qui constituait une authentique croix et qu’ils l’accomplissaient dans la plus grande simplicité possible, sans faire de cela un spectacle ; comme nous le voyons dans vie des saints très actuels comme le padre Pio. Nous ne pouvons pas oublier que Dieu a choisi des lieux dans ce monde pour montrer son pouvoir d’apaiser les souffrances, comme sont les sanctuaires de Lourdes et de Fatima, mais le miracle qui s’y produit plus souvent c’est la guérison spirituelle.

Le chrétien doit savoir avant tout que le mal le plus grand dans cette vie est le péché et que rien n’a des pires conséquences comme lui dans les mêmes pécheurs, dans l’Eglise et dans le monde. Retrouver la santé est importante pour aider à santé spirituelle, qui est encore plus importante.

La guérison est une grâce, mais la maladie n’est pas nécessairement une absence d’elle ou un malheur ! Tout au contraire, l’union du malade à la Passion du Christ est une source de grâces, s’il le vit chrétiennement, et pour lui et pour toute l’Eglise : « maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église » (cf. Col 1, 24). Et pour cela le pape saint Jean Paul II a écrit une lettre apostolique qui s’appelle « la douleur qui sauve », sur le mystère de la souffrance et comme il est un chemin de sainteté.

Alors la recherche de la guérison et de la santé ne doit pas être conçue comme une recherche du seul « bien-être », une tranquillité mondaine. La guérison est un signe du royaume et cela implique la personne dans sa totalité (c’est le corps et c’est aussi et premièrement l’âme).

Encore une fois, l’attente confiée de recevoir la grâce de guérison et de prier pour que cela advienne n’est pas contraire à la vie chrétienne, sachons toujours que c’est Notre Seigneur qui guérit. Et qu’encore aujourd’hui dans sa Providence Jésus fait entendre les sourds et parler les muets. Encore, Il donne à quelques croyants le charisme de guérisons. Mais, bien que nous reconnaissons la possibilité de la guérison, car nous sommes convaincus que pour Dieu rien n’est impossible, nous ne pouvons pas considérer les miracles de guérison comme une condition nécessaire pour croire : il n’est pas nécessaire de voir pour croire  (cf. Jn. 20, 24-29).

Le don le plus grand !

Et nous rejoignons ici la deuxième lecture de ce dimanche : le don le plus grand, qui surpasse celui de la guérison c’est la charité ; si nous cherchons un don, pratiquons la vertu de la charité, le véritable amour de Dieu et du prochain ;  « recherchez avec ardeur les dons les plus grands. S’il me manque l’amour, je ne suis rien. ».

Relisant les caractéristiques de l’amour, demandons-nous avec saint Paul comme un examen de conscience : et moi…

Je prends patience ? je rends service? je suis jaloux ? je me vante? je me gonfle d’orgueil ? je cherche mon intérêt ? je m’emporte ? j’entretiens de rancune? je me réjouis de ce qui est injuste? je supporte tout pour amour? je fais vraiment confiance en tout? j’espère tout de Dieu? et j’endure toutes les souffrances pour son amour?

Si j’accomplie vraiment cette loi, cela veut dire que je marche sûr sur le chemin de la sainteté. A Marie, Reine de la Charité, nous demandons cette grâce.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné