Archives par mot-clé : P. Carlos Miguel Buela

« Prenez l’épée de l’esprit, qui est la Parole de Dieu.»

Homélie du R. P. Carlos M. Buela prêchée le 21 juillet 2004, lors du II Chapitre Général Ordinaire des Soeurs “Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matara”.

Aujourd’hui, c’est la fête de saint Laurent de Brindisi, ce saint capucin qui se caractérisait entre autres par sa profonde connaissance des Saintes Écritures, pour lesquelles il s’est spécialisé dans les langues anciennes. Il l’était, outre le grec, de l’hébreu afin de pouvoir lire la Bible dans sa langue originale ; il connaissait également les langues du Moyen-Orient comme le sanskrit, le chaldéen, la langue de l’époque de Notre Seigneur, c’est-à-dire l’araméen, et d’autres langues ; il avait une grande capacité pour les langues, pour toutes, pour mieux connaître la parole de Dieu.

Aujourd’hui, le Pape[1] a expliqué dans sa catéchèse ce verset du Psaume 118 des premières vêpres du dimanche de la deuxième semaine : « Ta parole est une lampe sur mes pas, une lumière sur mon chemin ».

Et on vient de proclamer la parabole du semeur dans laquelle Notre Seigneur enseigne que le semeur sort pour semer et il disperse la semence de la Parole de Dieu, donc je vais prêcher sur la parole de Dieu.

La parole de Dieu doit être l’objet de notre amour le plus délicat. Nous devons être profondément amoureux de la parole de Dieu. Une connaissance superficielle de la parole de Dieu ne suffit pas, il faut une connaissance profonde et une connaissance amoureuse pour laquelle il faut consacrer du temps à la parole de Dieu. En particulier il faut lire le Nouveau Testament, les Évangiles surtout, mais aussi le reste du Nouveau Testament. Et connaître aussi l’Ancien Testament, mais pas avec l’importance qu’il est nécessaire de connaître le Nouveau Testament. D’une manière particulière, l’Ancien Testament doit être connu dans les livres sapientiaux et les livres prophétiques.

La parole de Dieu a de nombreuses caractéristiques. Tout d’abord, ce n’est pas un livre, même si elle se présente sous forme de livre. Si vous voyez les petites marques que la sœur à qui appartient cette Bible, a ici, vous réalisez qu’il ne s’agit pas d’un seul livre, mais de plusieurs livres. À la base, c’est une bibliothèque et, comme on dit d’un saint, « il a connu les Saintes Écritures avec tant d’amour qu’il a fait de son cœur une bibliothèque du Christ ».

En outre, l’Écriture Sainte, même si nous la voyons ainsi, nous la voyons comme inerte, comme si elle n’avait pas de vie, or c’est quelque chose de vivant. Comme dit l’apôtre saint Paul dans Hébreux 4, 12 : «La parole de Dieu est vivante. » Pourquoi est-elle vivante ? Parce qu’elle a été inspirée par le Saint-Esprit et c’est le même Saint-Esprit qui continue de donner vie à chacune des paroles de la Sainte Écriture. Et c’est pour cela que, parce que la Parole de Dieu est vivante, elle est efficace, c’est-à-dire qu’elle produit des effets bénéfiques pour l’âme. Comme cela arrive aujourd’hui, elle suscite des conversions, provoque des décisions vocationnelles, produit des vocations missionnaires, nous fait apprendre à aimer davantage Dieu et les choses de Dieu.

La parole de Dieu est vivante et efficace. Avec une telle efficacité que la parole de Dieu n’est pas quelque chose qui ne pénètre pas l’âme, on peut dire, comme la main ne peut pas pénétrer dans le mur, mais elle pénètre l’âme, et pas de n’importe quelle façon, elle pénètre dans l’âme comme une épée à double tranchant. L’épée à double tranchant pénètre dans le corps et l’ouvre d’un côté et peut l’ouvrir de l’autre. C’est ainsi avec la Parole de Dieu. Ce n’est pas quelque chose qui ne pénètre pas, c’est comme une épée. Nous venons de lire dans la lettre aux Hébreux « énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.»

Pour cette raison aussi, l’Apôtre dans la lettre aux Éphésiens 6 :17, parmi les armes spirituelles que le chrétien doit utiliser, place l’épée de la parole : « Prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’esprit, qui est la Parole de Dieu.» C’est pourquoi il faut apprendre à être un bon escrimeur, à savoir manier cette épée. C’est une épée à double tranchant, c’est une épée pénétrante, c’est une épée avec laquelle il faut encore livrer aujourd’hui les combats du Seigneur, et elle est si efficace qu’elle est capable de nous donner la victoire !

 La Parole de Dieu nourrit aussi. De même que nous nous nourrissons à la table de l’Eucharistie, en mangeant le Corps et le Sang du Seigneur, nous devons apprendre à nous nourrir à la table de la Parole, en faisant nôtre cette Parole qui est la Parole de Dieu. Et parce qu’elle nourrit – comme l’Eucharistie aussi – la Parole de Dieu fortifie et soutient. C’est pourquoi Notre Seigneur Jésus-Christ a dit, rejetant les tentations du diable : « L’homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4).

Il est certain que nous devons aujourd’hui éviter un très grand mal. Nous sommes aujourd’hui pleins d’exégètes bibliques, de professeurs de l’Écriture Sainte qui croient pouvoir interpréter l’Écriture sainte telle qu’ils l’imaginent. Ils tombent dans ce qui est et était, ce qu’on appelle le libre examen protestant. Chacun interprète la Bible comme il l’entend. C’est ce qui s’est produit une fois en Angleterre, quand ils avaient décidé que la Parole de Dieu, la Bible, devait être la norme de jugement pour les juges, et qu’ils devaient juger selon la Parole de Dieu. Cela s’est produit à l’époque du protestantisme. On avait condamné une fois un protestant, on l’avait fait prisonnier. Ils l’ont condamné pour avoir volé le manteau d’autrui. Alors cet homme s’est défendu devant le tribunal et a dit : « Non, je n’ai pas volé, mais ce que j’ai voulu, c’est accomplir la Parole de Dieu, car dans la Lettre aux Galates, Saint Paul dit : « Prenez sur vous le fardeau les uns les autres et vous accomplirez la loi du Christ » » Cfr. 6, 2). Il a interprété saint Paul comme essayant de justifier le vol par la parole de Dieu.

L’Apôtre Saint Pierre met déjà en garde dans la deuxième lettre lorsqu’il dit : « Gardez à l’esprit qu’aucune prophétie de l’Écriture ne peut être interprétée par elle-même » (1, 20). C’est pourquoi l’Écriture doit être lue dans l’Église. C’est-à-dire en tenant compte de ce que l’Église a dit au cours des siècles sur la Parole que je lis et sur l’interprétation qu’elle en a donnée. « Car aucune prophétie n’a jamais été faite par la volonté de l’homme, sans que des hommes poussés par le Saint-Esprit ne nous aient parlé de la part de Dieu » (1, 21).

L’Écriture est sacrée. Personne ici ne va mélanger les hosties non consacrées avec les hosties consacrées, car les hosties consacrées sont sacrées ! Eh bien, nous n’avons pas besoin, avec notre intelligence purement humaine, de mélanger notre interprétation avec le sens authentique de ce qui est sacré, de ce qu’est la Parole de Dieu.

C’est une Parole qui m’est supérieure, elle est au-dessus de moi. Jésus dit : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35).

Elle est avant moi : elle vient avant que j’existe et elle existera aussi après moi. Je mourrai, la Parole de Dieu vivra pour toujours.

Et en plus, la Parole de Dieu me transcende. Je peux l’interpréter, je peux prier avec elle, je peux vivre en la contemplant, cependant la Parole de Dieu sera toujours comme une source inépuisable, je ne pourrai jamais épuiser la source. Et j’en boirai et j’aurai envie d’en boire davantage. Et je boirai davantage et la fontaine ne tarira pas. Et comme la fontaine ne tarit pas, mon désir de boire sera plus grand et j’en bénéficierai davantage, et la Parole de Dieu continuera à me transcender. C’est pourquoi saint Thomas d’Aquin dit : « Le Saint-Esprit a fécondé la Sainte Écriture d’une vérité plus abondante que les hommes ne peuvent comprendre » (II Sent, 12, 1, 2, ad 7.)

Quelle est la singularité de la Parole de Dieu ? Qu’est-ce qui rend la Parole de Dieu absolument unique ? Elle a Dieu pour auteur principal. De telle sorte que l’auteur humain, ou les auteurs humains : Moïse, David, Isaïe, Matthieu, Jean, Paul, Pierre, ont écrit – il faut bien observer ces paroles – tout et seulement ce que Dieu a voulu. Elle contient ce que Dieu a voulu révéler, c’est pourquoi la Parole de Dieu doit d’abord être reçue avec foi. On vient de chanter le psaume responsorial, celui qui dit « Je dois ouvrir mon âme au Christ Roi ». Je dois toujours ouvrir mon âme lorsque j’ouvre les Saintes Écritures. Je dois ouvrir mon âme, mon cœur pour que ce que je lis soit gravé dans mon cœur, gravé dans mon esprit, dans mon âme. Quand on fait cela – il faut en faire l’expérience – la parole de Dieu devient plus douce que le miel. Comme dit l’Ecclésiastique, c. 24, faisant référence à la sagesse : « Ma mémoire est plus douce que le miel, mon héritage plus doux qu’un rayon de miel. » Certaines d’entre vous en auront eu l’occasion si vous étiez à la campagne quand vous étiez enfants, vous auriez peut-être trouvé une ruche accrochée à un arbre, vous chercheriez un moyen d’avoir le rayon de miel et que les abeilles ne vous piquent pas ; et on mangeait ce délicieux miel des abeilles. Eh bien, la Parole de Dieu est ainsi, plus douce que le miel.

C’est pour cela qu’elle est une lampe, comme l’a rappelé le Pape dans le verset du psaume qu’il a expliqué aujourd’hui. Comme dit un autre psaume, Psaume 18 :29 : « Tu es, Seigneur, ma lampe, mon Dieu qui éclaire mes ténèbres. » Et Il les éclaire par sa Parole. C’est pourquoi la Parole de Dieu réconforte aussi l’âme. L’âme triste, l’âme qui subit les tentations, l’âme qui ne sait pas où aller, « Lampe pour mes pas ».

« Des paroles de bonté, des paroles de consolation. », dit Zacharie 1,13. Afin qu’avec la patience et le réconfort que nous donnent les Écritures, nous puissions maintenir l’espoir. L’Écriture donne de l’espoir, du réconfort, de la patience.

On raconte l’histoire de ce grand saint, saint Dominique, qui aimait tellement la Parole de Dieu que, même s’il les connaissait par cœur, il portait toujours sur sa poitrine l’Évangile de saint Matthieu. Eh bien, maintenant, vous n’allez pas toutes accrocher la Bible à une chaîne! Ce que cela signifie, c’est que nous devons porter la Parole de Dieu dans nos cœurs. Plus tard, voyant l’amour que les saints ont eu pour la Sainte Écriture – les saints et saintes – nous devons apprendre à la connaître pour l’aimer toujours plus. Et ce sera une arme puissante pour notre sanctification et pour notre persévérance.

La Sainte Vierge connaissait tellement l’Écriture Sainte que lorsqu’elle commença comme une poétesse, à chanter le Magnificat, elle fit un beau fil de textes bibliques et de réminiscences bibliques, tant elle connaissait l’Écriture.

Je souhaite que cela se passera pour nous comme cela s’est passé pour Elle.

+ P. Carlos Miguel Buela

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1]A l’époque, Saint Jean Paul II.

Une Femme revêtue du soleil!

“Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête…” (Ap 12, 1-6).

Chers frères et sœurs, aujourd’hui nous sommes de nouveau réunis à l’autel du Seigneur, pour célébrer à cette occasion la fête du Cœur Immaculé de Marie. Et je ferai ce sermon de la manière suivante : deux références, l’une, à la Vierge de Lujan, l’autre, à la Vierge de Fatima ; un thème central, et une application aux 7 novices qui reçoivent aujourd’hui leur habit religieux.

I. Références

Je veux faire référence à cet aspect de la Vierge de Lujan, que l’on peut voir dans l’une des parures qui l’accompagnent, comme c’est le cas des rayons (en espagnol « rayera ») , que le père Jorge María Salvaire lui a fait placer pour se distinguer des autres images de la Vierge en Argentine, à la fin du XIXe siècle. Pourquoi ? Parce que l’Image de Lujan est une Immaculée, c’est la Conception Immaculé et Pure de la Sainte Vierge.

Et la « rayera » nous rappelle cette Femme de l’Apocalypse ; car comme nous avons entendu dans la première lecture de façon très claire, il s’agit d’une Femme vêtue de soleil. Marie est la femme vêtue du soleil. María de Lujan est la femme vêtue de soleil !

Et de plus, c’est le texte que le pape Jean-Paul II a voulu choisir pour être lu comme première lecture de la messe solennelle pour la béatification de François et Jacinthe à Fatima, célébrée il y a peu de temps. Dans le même sermon, le pape a donné quelques indications sur la Vierge de Fatima comme cette femme vêtue de lumière.

II. La robe de soleil

Le texte de l’Apocalypse, riche de contenu, indique le temps merveilleux de l’attente et de l’espérance, car cette Femme vêtue de lumière est celle qui enfante un Fils. Et une sorte de rencontre cosmique s’y produit, entre personnages qui dépassent le simple niveau humain. Ce sont : la Femme, exceptionnelle, vêtue de soleil ; le Fils que la Femme revêtue de soleil enfante ; et le dragon, qui représente le serpent infernal.

Ce passage de l’Apocalypse renvoie, selon les meilleurs exégètes, à divers textes de l’Ecriture Sainte :

– au Proto-évangile de la Genèse. Là, on parle déjà de la femme : Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta lignée et la sienne (3, 15) ;

– à la “Vierge Mère”, selon la prophétie du Messie en Isaïe 7,14.

– à la Nouvelle Jérusalem, mère du peuple messianique d’Isaïe 66, 7.

– à la vision du dragon du prophète Daniel 7,7.

C’est pourquoi pour déchiffrer ce que signifie cette Femme vêtue de soleil, les éléments descriptifs sont très utiles, qui montrent que cette Femme représente aussi la Fille de Sion, le peuple saint des temps messianiques, l’Église persécutée.

“Vêtue de soleil”, car c’est une figure céleste. La Sion eschatologique ne brille pas de sa propre lumière, mais de la gloire de Dieu. La Femme est toute lumière : il n’y a pas de tache en elle, il n’y a pas de ténèbres en elle. C’est l’Immaculée !

« Avec la lune sous ses pieds », c’est-à-dire toute l’histoire humaine, tous les siècles lunaires lui sont soumis. Aussi l’histoire du XXe siècle, et aussi l’histoire du XXIe siècle et des siècles à venir.

“Sur sa tête (de la femme vêtue du soleil) une couronne de douze étoiles.” Cette femme est une image de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ainsi, sur la tête couronnée sont représentés par les étoiles les 12 tribus d’Israël et les 12 apôtres ; de sorte que les astres désignent aussi les communautés chrétiennes car le nombre 12 revendique à la fois les 12 tribus d’Israël et le groupe des Douze Apôtres, colonnes de l’Église, et sa fondation.

De la combinaison des révélations que nous donne le livre de l’Apocalypse, nous obtenons que la femme représente l’Église, la communauté chrétienne : c’est Elle et elle seule qui peut engendrer le Fils et les autres enfants, c’est à dire , nous- mêmes [1] .

Mais ce qui est dit de l’Église peut s’appliquer, et doit s’appliquer à la Sainte Vierge et aussi dans le sens inverse : ce qui est dit de la Vierge peut et doit s’appliquer à l’Église, comme le suggérait un saint abbé du XIIe siècle : « Marie et l’Église sont une mère et plusieurs mères… Dans les Écritures divinement inspirées, ce qui est dit universellement de la Vierge Mère Église, s’entend d’une manière singulière de la Vierge Mère Marie, et ce qui est dit d’une manière spéciale, singulière, de Marie s’entend dans un sens général de la vierge Mère Église…» (Bienheureux Isaac de Stella).

Et c’est frappant, mais… nous vivons une époque curieuse ! La Vierge de Fatima apparaît aux trois petits bergers, dans les différentes visions, notamment le premier jour, le 13 mai 1917, sous la forme d’une Femme revêtue du soleil. Sœur Lucie, que j’ai eu le plaisir de saluer personnellement par la grâce de Dieu, dit :

«En jouant avec Jacinthe et François en haut de la pente de Cova de Iría, en faisant un mur autour d’un buisson, nous avons soudainement vu la foudre.

“C’est mieux de rentrer maintenant,” disais-je à mes cousins, “il y a des éclairs, un orage pourrait arriver.”

– Eh bien oui.

Et nous commençâmes à descendre la pente, guidant les moutons en direction de la route. Lorsque nous arrivâmes plus ou moins à mi-pente, tout près d’un gros chêne qui s’y trouvait, nous vîmes un autre éclair ; et, faisant quelques pas plus loin, nous vîmes une Dame sur un chêne, toute vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, rayonnant une lumière plus claire et plus intense qu’un vase de verre, rempli d’une eau cristalline, transpercée par les rayons du soleil le plus ardent. Nous nous sommes arrêtés surpris par l’apparition. Nous étions si proches que nous restions dans la lumière qui l’entourait, ou qu’elle rayonnait. Peut-être à cinq mètres environ.

Alors Notre-Dame nous a dit :

– N’ayez pas peur. Je ne vais pas vous faire de mal.

– D’où venez-vous ?

– Je viens du Ciel.

– Et que voulez vous?

(…)

– Voulez-vous vous offrir à Dieu pour endurer toutes les souffrances qu’Il veut vous envoyer, en acte de réparation des péchés dont Il est offensé et en supplication pour la conversion des pécheurs ?

– Oui.

– Vous aurez beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre force».

Il se produit chez des enfants de 10, 9 et 7 ans, une expérience certainement mystique, l’expérience de l’union avec Dieu, que Sœur Lucie décrit des années plus tard avec ces mots :

C’est en prononçant ces dernières paroles (la grâce de Dieu, etc.) qu’elle ouvrit pour la première fois les mains, et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs. Alors, par une impulsion intérieure qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement:

– Ô, Très Sainte Trinité, je vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le très Saint Sacrement.

Les premiers moments passés, Notre Dame ajouta:

– Récitez le chapelet tous les jours, afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.»

Aussitôt elle se mit à s’élever doucement, s’élevant vers l’ascendant, jusqu’à disparaître dans l’immensité du lointain. La lumière qui l’entourait se frayait un chemin à travers la voûte des étoiles, c’est pourquoi nous avons dit un jour que nous avions vu le Ciel s’ouvrir.

C’est une expérience mystique très élevée.

La Vierge de Fatima est aussi l’Immaculée, et c’est pourquoi l’ange de la troisième apparition, qui eut lieu entre juillet et août de l’année précédente, leur avait déjà dit qu’ils devaient prier le Cœur Immaculé de Marie.

A propos de la « Femme vêtue de soleil », Sa Sainteté Jean-Paul II en avait donné une interprétation très intéressante :

«“La femme revêtue de soleil” de l’Apocalypse de Jean est la femme qui, après le péché de l’homme, a été introduite au centre de la lutte contre l’Esprit des ténèbres».

Il y a donc un autre élément essentiel : non seulement la Femme est toute lumière, mais une Femme qui lutte ! C’est une femme qui est contre la force et la puissance du mal, comme Dieu l’avait annoncé dans le Proto-évangile. C’est une inimitié créée par Dieu, et peu importe combien les hommes chercheront à mélanger les choses, peu importe combien les hommes essaieront d’appeler le mal bien et le bien mal, il n’en sera pas ainsi et cela ne changera pas jusqu’à la fin des siècles, et Marie sera toujours du côté du bien.

Jean-Paul II poursuit en disant : « Le livre de la Genèse parle. Rappelons-nous les paroles de Dieu adressées au Tentateur : “Je mettrai inimitié entre toi et la femme” (Gn 3, 15). Et cela est confirmé dans l’Apocalypse : “Le dragon se tenait devant la femme qui allait accoucher pour dévorer l’enfant nouveau-né ” (12,4)».

Nous sommes au centre de la lutte qui se déroule sur terre depuis le début de l’histoire humaine[2].

Le serpent du livre de la Genèse, le dragon de l’Apocalypse, est le même Esprit des ténèbres, le Prince du Mensonge, qui, rejetant Dieu et tout ce qui est divin, est devenu la “négation incarnée” – la caricature diabolique de l’Incarnation-.

« L’histoire de l’homme, l’histoire du monde devient, sous la pression incessante de cette négation de Dieu originelle opérée par Satan, négation du Créateur par la créature. Dès le début, et dès le moment de la tentation de nos premiers parents, et plus tard pendant toutes les générations des fils et filles de la terre, il essaie d’introduire son « non serviam » dans l’âme de l’homme».

Qui est cette femme”? C’est celle qui avec tout son être humain dit : Voici la servante du Seigneur (Lc 1, 38), exactement le contraire ! «… Au centre même de la lutte entre l’esprit de reniement de Dieu et le service salvifique, le Fils de Dieu est devenu le Fils de Marie. C’est ainsi que s’accomplit la promesse de Dieu dans le livre de la Genèse: au milieu de l’histoire de l’homme se trouve le Fils de la femme, qui est le ministre du salut de l’homme et du monde»[3].

Et pourquoi Marie est-elle celle qui combat le diable ? Il en est ainsi par la volonté de Dieu. Dieu est celui qui a mis cette inimitié. De telle sorte que cette Femme qu’il a revêtue de sa lumière, c’est-à-dire l’a remplie de sa grâce sans que son Cœur connaisse le péché, est celle qui lui a donné un pouvoir énorme contre le pouvoir du mal, un pouvoir supérieur à celui de tous les anges et de tous les saints réunis. De telle sorte qu’un soupir de la Vierge a plus de pouvoir que tout ce que tous les démons tentent de faire ensemble !

Et quelles étaient ses armes ? Armes infaillibles, et armes invincibles : humilité, pureté, obéissance. C’est ainsi que Marie gagne et c’est ainsi que Marie enseigne ses enfants à gagner. Ainsi nous contemplons, dans le signe apparu au ciel, Celle que saint Bernard aimait appeler, « toute la raison de notre espérance ».

III. Les religieuses habillées au soleil, par participation

Et en ce jour où nos Sœurs recevront le saint habit, nous pouvons faire une application de ce que nous avons développé.

Les âmes consacrées, dans ce cas, les religieuses qui se consacrent à Dieu, ont Marie pour modèle, et sont aussi une participation analogue de la Femme revêtue du Soleil, c’est pourquoi la religieuse doit être une femme toute lumière et elle doit être aussi une femme toute lutte, d’autant plus en ces temps.

Et d’une manière toute particulière, la religieuse est par participation une femme toute éclairée par la virginité. Il faut toujours noter que l’essentiel de la doctrine sur la virginité a été reçu par l’Église de la bouche même de son divin Époux, Jésus-Christ [4].

Une fois lorsque les liens et les obligations du mariage semblaient très lourds aux disciples et que Notre-Seigneur leur avait manifesté : « que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni », ils lui dirent : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier. » (Mt 19,10) ; et alors Jésus profite de l’occasion pour enseigner d’une manière très claire, quoique parabolique, l’importance de la virginité. Jésus leur répondit que tout le monde n’était pas capable de comprendre cette parole, mais seulement ceux à qui elle était accordée ; parce que certains sont inaptes au mariage à cause d’une malformation physique congénitale, d’autres à cause de la violence et de la méchanceté des hommes ; d’autres, au contraire, s’en abstiennent, spontanément et de leur plein gré, et cela par amour du Royaume des Cieux. Et Notre-Seigneur concluait en disant d’une manière mystérieuse, car certes la virginité est toujours mystérieuse : Celui qui est capable d’une telle doctrine doit la suivre (Mt 19, 11-12).

D’autre part, les saints et les docteurs de l’Église de tous les temps enseignent que la virginité n’est une vertu chrétienne que lorsqu’elle est gardée par amour du Royaume des Cieux[5] , c’est-à-dire lorsque nous embrassons cet état de vie pour nous abandonner plus facilement aux choses divines, atteindre la béatitude éternelle avec plus de sécurité et, enfin, nous consacrer avec plus de liberté lorsqu’il s’agit de conduire les autres au Royaume des Cieux.

C’est pourquoi l’Apôtre Saint Paul, inspiré par l’Esprit Saint, avertit : Celui qui n’a pas de femme, marche avec sollicitude dans les choses du Seigneur, et dans ce qui doit plaire à Dieu… Et la femme célibataire et la vierge pensent aux choses du Seigneur pour être saintes de corps et d’âme (1Cor 7,32-34).

C’est donc la fin première et la principale raison de la virginité chrétienne. Ne tendre qu’aux choses divines, y mettre l’âme et le cœur, vouloir plaire à Dieu en toutes choses, ne penser qu’à lui, lui consacrer totalement corps et âme. Et cela a toujours été compris par l’Église. Qu’il suffise de citer en exemple saint Augustin, évêque d’Hippone : « la virginité n’est pas honorée pour elle-même, mais pour être consacrée à Dieu, et nous ne louons pas les vierges parce qu’elles le sont, mais pour être des vierges consacrées à Dieu par une pieuse continence »[6].

C’est pourquoi, de nos jours, toutes les attaques impitoyables qui sont faites contre la virginité ne sont pas seulement faites pour la virginité elle-même, mais parce que la virginité est une consécration à Dieu.

Il faut savoir que la lutte actuelle et toujours contre la virginité ne cesse d’être une chose satanique, car c’est la répétition du “non serviam”, du “je n’obéirai pas”. D’une manière ou d’une autre, ce n’est pas considérer Dieu comme “Celui qui est”, le Tout-Puissant, l’Être suprême, car Il est le Seigneur de la vie et de la mort.

Et c’est pourquoi il est important de comprendre ce qu’est la virginité : la virginité n’est pas se nier à un époux, mais se nier à un époux humain, afin d’avoir un Époux Divin. Comme le disait saint Ambroise, dans une phrase concise : « La Vierge est celle qui épouse le Christ »[7]. Pour cette raison, l’objet principal de ces femmes habillées au soleil par participation, est de toujours plaire au Divin Époux.

C’est ce que nous demandons dans cette Messe, pour ces sœurs qui reçoivent aujourd’hui leur saint habit, pour toutes les Sœurs de nos Instituts, et aussi pour toutes ces femmes, des milliers et des milliers, qui ont su vieillir dans leur virginité, qui ont été la gloire et la couronne de l’Église.

  Nous le demandons à la Vierge : La Femme vêtue de soleil !

+ P. Carlos Miguel Buela IVE.

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné.


[1] cf. Ap 12,17.

[2] cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui «Gaudium et spes», 24.

[3] Jean-Paul II, « Homélie lors de la messe célébrée dans la paroisse de Castelgandolfo », L’Osservatore Romano 35 (1984) 522.

[4] cf. Pie XII, Sacra Virginitas, passim.

[5] cf. Mt 19.12.

[6] Saint Augustin, De Sancta virginitate, 22; PL. XL, 407.

[7] Saint Ambroise, De virginibus, I, 8 ; Non. 52; PL. XVI, 202.