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Ubi ecclesia, ibi nulla mors sed vita aeterna!

Lire l’évangile du dimanche XXI du temps ordinaire (Mt 16, 13-20)

« Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir » c’était l’antienne avant l’évangile, elle serait une sorte de conclusion de la grande vérité que le Seigneur nous apprend dans cet évangile. Il parle en fait, de chacun de nous et de nous tous, de tous ceux qui appartiennent à l’Eglise, car c’est notre foi qui est fondée, bâtie, assurée sur la foi de Pierre et de ses successeurs.

Avant tout nous allons « situer » ce passage de l’évangile, il se passe environs deux ans après le baptême du Seigneur, le Seigneur était près de Césarée-de-Philippe, une ville au nord de la Galilée proche de la naissance du fleuve Jourdain.

Avant d’arriver à cette ville on pouvait voir un grand temple construit en l’honneur d’Auguste, en marbre blanc et bâti sur le roc. Des commentateurs disent que c’est peut être l’image que le Seigneur utilise pour expliquer ce que va être son Eglise.

La première question à comme sujet l’opinion des gens. Il est évident que le Seigneur connaissait déjà ce que les hommes disaient à son sujet, mais la question a plutôt comme finalité que ses disciples forment des pensées plus élevées que celles des gens, qu’ils ne restent pas avec la simple opinion populaire. Et pour cela il y a la deuxième question, celle dirigée vers eux-mêmes.

C’est là que saint Pierre prend la parole, il parle au nom de tous ; et si bien il avait déjà dans le cœur beaucoup d’indices pour dire que Jésus était le Messie et un homme qui avait des pouvoirs extraordinaires (souvenons nous qu’il l’avait vu marcher sur l’eaux, multiplier le pain et faire d’autres miracles), Pierre fait pourtant une profession de foi, il parle assuré proclamant que Jésus est le Messie, le Christ, et le Fils de Dieu ;  et la foi est un don de Dieu, comme nous l’avons vu il y a deux semaine, mais saint Pierre est « heureux » parce qu’il l’a reçue et n’a pas mis d’obstacle à cette grâce.

Et quelle est la récompense qui reçoit Simon bar Yonas? Expliquant le passage, le pape saint Léon met ces paroles aux lèvres du Seigneur dirigées à Pierre : « Ainsi comme mon Père t’a manifesté ma divinité, ainsi je te manifeste ta dignité ».

Mais voyons un peu quelle signification contient cette promesse : « Je te le déclare : Tu es Pierre »

Dans la langue araméenne, celle qui était parlée par Jésus et ses disciples, on utilise le mot Képhas, pour dire Pierre ou Roc, mais Képhas est toujours un nom masculin : Tu es Képhas, et sur ce Képhas je bâtirai mon Église. Le nom Képhas n’existait pas auparavant pour une personne, non plus le nom « Petros » dans le grec, c’est le Seigneur qui l’a créé dans l’histoire.

Alors, il faut savoir aussi qu’en suite le Seigneur a changé le nom de Simon pour celui de Pierre, le premier des deux n’est presque plus utilisé, comme nous pouvons voir dans les actes de Apôtres, aussi saint Paul qui préfère utiliser dans ses lettres le nom en araméen, Képhas.

Le Seigneur dit après : je bâtirai mon Église ; alors nous sommes habitués à dire « Église », mais ce n’était pas le cas des apôtres. D’abord, qu’est ce que cela veut dire le nom « Église » ? il dérive du latin Ecclésia, et celui-là dérive du grec Ekklesia, dont la traduction veut dire « Assemblée ». C’est le mot pour traduire l’expression « Qahal », la communauté du peuple élu, dans l’ancien testament c’est le peuple d’Israël. Le Seigneur dit qu’il y aura une communauté « Ekklesia », et que cette communauté lui appartient, « Mon Eglise » dit le Seigneur.  

Alors, pour quoi le Notre Seigneur ne dit pas : « sur toi, Pierre, je bâtirai mon Eglise » ? C’est parce que le Seigneur ne fait pas référence à la personne concrète de saint Pierre, mais plutôt à la confession, profession de foi qu’il vient de faire, c’est comme s’Il disait : « sur cette pierre inamovible et incorruptible de ta confession de foi je vais bâtir mon Eglise ». Mais le Seigneur parle aussi à tous les hommes, comme pour qu’ils comprennent où se trouve son Eglise, elle est fondée sur Pierre et ses successeurs. Comme dit le Catéchisme de l’Eglise : « Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32). »

Une autre question qui appelle une réponse c’est : sur quels aspects agissent ces privilèges que Jésus donne à saint Pierre ?

Pour les révéler, le Seigneur donne quelques images :

La première c’est l’image des clés, nous avons une référence dans la première lecture de ce dimanche : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David ». Dans le langage biblique, qui est passé à notre langage aussi, « avoir les clés » signifie avoir un certain pouvoir. Pour l’Eglise, les clés sont devenues le symbole de Pierre, tandis que pour les autres apôtres, chacun d’eux a eu comme symbole l’instrument de son martyre. Le  » pouvoir des clefs  » désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église (CEgC).

Alors, le pouvoir de  » lier et délier  » était utilisé dans un sens juridique. Ici, cette phrase signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église.

Mais, il y a encore une promesse « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle », dans d’autres versions plus proches du texte grec que celle de la liturgique, la phrase vient traduite comme : « les portes de l’Enfer ne prévaudront sur elle ». Les portes, c’est la façon d’exprimer le pouvoir, ou la puissance, la puissance donc de l’Enfer, du mal, ne pourront pas la détruire. Bâtie sur le roc, c’est la façon où une maison résiste aux forces qui veulent la faire écrouler (le Seigneur l’avait déjà dit dans une parabole), le Seigneur donne à l’Eglise bâtie sur Pierre la condition de l’indéfectibilité, elle ne peut pas échouer (faillir) dans sa mission.

Comme conclusion, l’Eglise nous commende de croire que « le Pape, évêque de Rome et successeur de S. Pierre, »  est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles  » (LG 23) »

Parfois, les membres de l’Eglise pensent que l’amour pour le pape vient à cause de ses qualité humaines (la spontanéité, la gaieté, la joie), mais il faut savoir qu’il réside surtout dans cette promesse du Seigneur et c’est sur elle où nous devons affermir notre foi et notre amour pour le pape. Et nous devons prier pour Lui, comme notre pape le demande souvent, et tous les autres papes l’ont fait aussi afin qu’il soit fidèle à la mission que Jésus leur a confiée.

Saint Ambroise nous a donné une très belle phrase dans son commentaire au Psaume 40 :
“Ubi Petrus ibi ecclesia; ubi ecclesia ibi nulla mors sed vita aeterna”, là où est Pierre, là est aussi l’Eglise ; et là où est l’Eglise il n’existe pas la mort, sinon la vie éternelle. Que la très sainte Vierge Marie protège le pape et notre Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné