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La Gloire de la Croix

L’Eglise nous invite à vivre les derniers jours de la vie mortelle de Notre Seigneur et à vivre aussi son grand triomphe sur la mort et à nous unir spirituellement à Lui dans ces heures suprêmes et pour Lui et pour l’humanité tout entière. Nous le faisons à travers ces gestes et ces actions qui rappellent ceux que notre Seigneur a accomplis au moment de sa Passion.

La procession des rameaux, le lavement des pieds à la messe de Jeudi Saint et le reposoir comme image de son agonie ; le chemin de croix et la cérémonie du Vendredi Saint, avec la prostration faite par les prêtres et la vénération de la Croix. La liturgie déploie toute sa richesse pour que nous, les chrétiens, revivions plus intiment et avec tout le réalisme des signes, ces moments sublimes de notre Maître et Seigneur Jésus-Christ.  Il est évident qu’à la considération de tous ces moments, notre âme s’enflamme d’amour pour le Christ et elle se dispose à imiter tout cet amour que Jésus a montré pour nous. Comme l’avait prêché saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il a fait le commentaire à la Profession de notre Foi : « La passion du Christ, dit saint Augus­tin, suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’il a désiré. Il n’est pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix. »

Nous avons donc inauguré cette Semaine Sainte avec la Procession des Rameaux, et dans les chants a résonné cette parole à laquelle nous sommes déjà habitués car nous la répétons chaque fois qu’on participe à la Messe : Hosanna, Benedictus qui venit in nomine Domini.

Imaginons juste un peu la situation de la ville sainte à ce moment-là. Jérusalem était la capitale religieuse des juifs, et la fête de la Pâque attirait un nombre colossal de pèlerins. On sait que pour cette fête, la quantité des pèlerins arrivait et dépassait même les deux millions et demi de personnes.

Le fait que Jésus soit reçu par une grande multitude comme nous disent les évangiles, est dû aussi au fait que le Seigneur avait ressuscité son ami Lazare, quelques jours avant et cette nouvelle s’est vite répandue parmi les juifs.

Alors, il est évident que chaque geste du Christ porte une signification, comme aussi les paroles et les gestes que Dieu a inspirés aux gens qui lui rendaient cet accueil. Il monte sur une ânesse et son petit, comme les rois de l’antiquité, c’était la façon d’indiquer une visite de paix, tandis que lorsqu’ils entraient montés sur un cheval cela indiquait qu’ils étaient vainqueurs de cette ville, ou qu’ils revenaient de la guerre.

Mont des Oliviers

La foule étendait les manteaux et secouait les feuilles de palmiers et d’oliviers, comme c’était l’usage à l’occasion de la bienvenue des rois (rappelons-nous qu’en plus d’être un symbole de la paix l’olivier abondait dans ce mont qui portait précisément son nom).

L’évangile nous parle aussi, comme nous l’avons dit, de ce chant avec lequel les gens saluaient le Christ. « Hosanna » à l’origine voulait dire : « sauve-nous maintenant », c’était plutôt un cri de détresse dirigé vers celui qui pouvait porter la libération, un roi, un héros. Au temps de Jésus, ce mot avait perdu son sens originel, mais gardait celui d’une salutation de bienvenue pour un roi ou un prophète : « Hosanna au plus des cieux ». Les derniers mots indiquaient que même les anges se faisaient participants de notre cri vers Dieu, comme pour redoubler la pétition. Ces paroles ne laissaient pas d’être une prophétie imminente de la Passion.

Revenons un peu sur l’autre symbole de ce dimanche, nous l’avons juste mentionné plus haut, il s’agit des feuilles de palmiers, les palmes (en Italie, c’est le nom que reçoit ce dimanche, « Dimanche des Palmes »). Nous sommes habitués au palmier dans ce pays méditerranéen et il n’est pas difficile d’orner nos églises avec les feuilles de cet arbre.

Un poète a dit du palmier qu’il est la Rose des vents de la gloire des hommes. Conscient de l’allégorie qu’il porte, le palmier s’ouvre comme en étoile sur une hauteur inaccessible, comme pour dire ironiquement que la gloire des hommes aujourd’hui souffle d’un côté et que demain elle soufflera de l’autre.

Un peu comme nous, les hommes, un jour nous suivons cette mode, demain une autre, aujourd’hui cette tendance, demain sera une autre. Comme certains de ceux qui recevaient le Seigneur ce jour-là. Leur louange finira ce dimanche, et le vent de la gloire se changera vers le Calvaire, mais ils n’auront pas le courage de suivre le Seigneur jusque là. A eux on peut appliquer ces dures phrases de l’Imitation de Jésus-Christ : « Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à porter sa Croix. Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances. Tous veulent partager sa joie ; mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui.
Plusieurs suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice de sa passion.
Plusieurs admirent ses miracles ; mais peu goûtent l’ignominie de sa Croix. » (L’Imitation de Jésus-Christ L II, ch. 11)

Mais ces feuilles de palmier ont servi le jour des rameaux aussi comme un tapis naturel sur lequel le Seigneur avançait vers Jérusalem. Et lorsque le Sauveur s’approchait de la Ville Sainte, il est presque évident que la pensée qui marquait son chemin c’était celle de la croix, Il était venu non pour écouter ses Hosanna, mais pour entendre l’autre cri : « Qu’il soit crucifié ! »  « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! ».

Mais les palmes recevront elles aussi un nouveau sens après la croix, elles ne serviront plus pour saluer la gloire passagère de ce monde. La culture chrétienne s’en servira pour marquer l’autre triomphe qui s’associe à celui du Christ, un triomphe mystérieux parce qu’aux yeux des hommes c’est une grande défaite, la palme sera désormais sur les mains des martyrs et des vierges. Pour les hommes, le martyrs est le vaincu, l’humilié, le perdant, et la vierge l’abandonnée, la silencieuse, la méprisée. Mais nous savons que les deux sont les plus grands triomphes et une grâce sublime que Dieu donne à ses disciples. Ils tiennent entre leurs mains ces palmes qui indiquent le véritable chemin, l’unique gloire qui ne passe pas, ne change pas, la Gloire de la Croix pour arriver la Gloire du Ciel. Comme disait une vierge aussi, sainte Rose de Lima : “la Croix est l’unique échelle pour monter au Ciel”.

Comprenons aujourd’hui que le Seigneur veut régner, mais Il règne depuis sa croix. Il règne non pas avec les armes qui tuent, mais avec la grâce qui donne la vie et la vie éternelle. Il règne non pas avec le pouvoir de faire des esclaves, dominés et soumis à travers la peur et les menaces, mais avec la loi de l’évangile qui fait de nous des enfant de Dieu et qui nous rend libres.

Jésus vient à Jérusalem en signe de paix, Il vient pour accomplir ce qu’Il avait promis au moment de son Incarnation et que répète le prophète Isaïe dans la première lecture : « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé ».

Depuis sa croix, le Seigneur nous offre la palme de la victoire du Chrétien, celle qui ne s’incline pas au souffle de la gloire de ce monde, Il nous appelle à choisir la loi de l’évangile, à choisir la palme de la croix pour l’imiter.

Nous méditons cette semaine la passion de notre Seigneur, faisons donc nôtres les paroles très profondes et réalistes d’un saint mystique espagnol, saint Rafael Arnaiz :

« A toi Seigneur, on a craché sur toi, on t’a insulté, fouetté, on t’a cloué sur un bois, et Toi, étant Dieu, tu pardonnais humblement, te taisait et plus encore tu t’offrais… Que pourrais-je dire moi de ta Passion !… Il vaut mieux que je ne dise rien et que dans le plus profond de mon cœur, je médite sur ces choses que l’homme ne pourra jamais comprendre ». Que la Vierge Marie nous donne cette grâce .

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Le Seigneur tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire!»

Lire l’évangile du premier dimanche du temps de Carême( Mt 4, 1-11)

Chaque année, dans ce premier dimanche de carême, la liturgie nous invite à contempler le mystère des tentations du Seigneur au désert. Alors que le deuxième dimanche est toujours consacré à méditer le moment de la transfiguration du Seigneur. Cette année nous le faisons d’après l’évangile de saint Luc. Pour quoi l’Eglise nous invite-t’elle à réfléchir sur ces deux mystères au début de ce temps ? C’est parce qu’elle veut que nous suivions les traces de notre Sauveur, notre Guide, et il est donc nécessaire de nous purifier du mal et des concupiscences (convoitises des choses qui nous éloignent de Dieu) : à cela nous aide le moment des tentations dans la vie du Seigneur afin de sortir à la rencontre du Christ Glorifié, dans la fête de Pâque et cela nous prépare donc au mystère de la Transfiguration (le deuxième dimanche de carême).

Comme on peut aussi le voir, les trois lectures gardent un fil conducteur, le mystère de la tentation diabolique, qui fait succomber nos premiers parents dans la Genèse, mais qui ne peut pas faire de même avec notre Seigneur, au contraire, nouvel Adam, Il remporte la victoire sur le diable. Et nous trouvons donc le magistère de Saint Paul dans la deuxième lecture : de même que par la désobéissance d’un seul être humain (Adam) la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul (Notre Seigneur) la multitude sera-t-elle rendue juste.

Les tentations

« En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ». Le récit de saint Matthieu commence avec ces paroles. C’est l’Esprit Saint qui le conduit, on peut dire que c’est par la Volonté de Dieu (que Jésus accomplie toujours) que notre Seigneur se rend au désert. Et l’évangéliste nous en révèle aussi la finalité, pour être tenté.

D’abord, pour quoi le Christ accepte-t-il de souffrir les tentations, étant donné qu’Il est le plus parfait de tous les hommes, et que sa nature humaine est unie à la nature divine ? D’abord on peut dire que le Seigneur veut nous montrer précisément qu’Il est vraiment humain comme nous (et que tous les hommes peuvent être tentés). Saint Thomas d’Aquin (suivant les pères de l’Eglise) nous donne plusieurs raisons, nous en prendrons quelques-unes :

Il l’a fait pour notre sauvegarde, afin que personne, si saint qu’il soit, ne se juge en sécurité et à l’abri de toute tentation. Plus, il a voulu être tenté après le baptême, parce que comme dit S. Hilaire. ” les tentations du diable s’acharnent surtout contre les sanctifiés, car c’est sur les saints que le diable désire le plus remporter la victoire “. D’où la parole de l’Ecclésiastique (2, 1). ” Mon fils, si tu entreprends de servir Dieu, demeure dans la justice et la crainte, et prépare ton âme à la tentation.”

Saint Jean Chrysostome est aussi très clair sur cette aspect : « Qui que vous soyez, ne vous troublez point si après le baptême vous vous trouvez exposés à de plus fortes tentations. Ce n’est pas pour rester oisif, mais pour combattre que Dieu nous a revêtus d’une armure divine. Il ne défend pas – la tentation d’approcher de vous, pour vous apprendre :  premièrement que vous êtes devenu beaucoup plus fort ; deuxièmement, que la grandeur des grâces que vous avez reçues n’est pas pour vous un principe d’orgueil ; troisièmement de faire connaître par expérience au démon que vous avez rompu entièrement avec lui ; quatrièmement à augmenter la force dont vous êtes revêtu ; cinquièmement à vous donner une juste idée du trésor qui vous est confié (cf. 2 Co 4, 7), car le démon ne viendrait pas pour vous tenter, s’il ne vous voyait élevé à une plus grande dignité. »

Nous devons savoir en plus, que la tentation n’implique pas nécessairement une imperfection morale (une faiblesse) de la part de la personne qui est tentée ; dans le cas contraire, le Seigneur n’aurait pas pu être tenté. En effet, la tentation peut avoir deux origines, la première, à cause de la perversion de nos appétits naturels (elle est interne à l’homme), mais il y a aussi une tentation qui vient du dehors, elle se fait par la suggestion de quelqu’un d’autre. Cette dernière est celle que le Christ a souffert, une suggestion qui cherchait essentiellement à lui faire abandonner sa mission divine et son œuvre messianique. Alors, cette tentation qui vient du dehors ne nous affaiblit pas nécessairement le caractère, au contraire, lorsque cette tentation est vaincue, elle nous procure une opportunité de grandir dans notre sainteté.

Par rapport aux tentations du Seigneur, il faut tout d’abord considérer trois points pour pouvoir comprendre la façon dont le démon fait son travail de tentateur :

  • Le diable ne savait pas avec exactitude que Jésus était le Fils de Dieu, parce c’est évident que si le démon le savait, jamais il n’aurait tenté le Christ.
  • Le Seigneur se laisse tenter comme homme, non comme Dieu. Et il va vaincre les tentations comme homme et non avec le pouvoir et l’autorité divine.
  • Le diable tente le Christ en tant qu’un homme spirituel, un homme avancé dans la vie spirituelle, parce que le démon voit en lui une perfection très élevé. Satan avait vu quelqu’un qui venait de finir un jeûne de quarante jours et qui brûlait d’amour dans ses dialogues de prières avec Dieu le Père. Le diable tente selon la hauteur spirituelle de cet homme religieux, et les trois suggestions seront surtout par rapport à l’orgueil et à la superbe.

Chaque tentation, nous pouvons le dire, se répète chez les disciples de Jésus et les trois reviennent d’une façon ou autre dans l’Eglise, pour bien comprendre, chez les membres de l’Eglise.

Mais, arrêtons-nous pour saisir le sens théologique de chaque tentation.

 La première des trois tentations a été celle de transformer les pierres en pain. Et qu’est-ce que le démon est en train d’y chercher ? Il cherche à faire de Jésus juste un réformateur social plutôt qu’un Rédempteur, un boulanger plutôt que le Sauveur de l’humanité. Combien de fois, nous avons vu et on voit encore des gens qui pensent que l’Eglise doit améliorer la situation sociale de l’homme mais sans parler de la régénération spirituelle par le baptême et la vie de la grâce, c’est-à-dire la conversion. Satan voulait convaincre le Seigneur d’abandonner la croix et de devenir un chef social du peuple, capable de remplir les ventres au lieu d’alimenter les âmes. Faire une religion qui supprime les souffrances mais qui laisse les hommes dans le péché, une religion facile sans sacrifice, sans renoncement, une religion adaptée à ce que le monde proclame dans ce dogme, une religion des sens, mais pas d’esprit. Et c’est cela la réponse de notre Seigneur. C’est aussi la tentation (très répandue dans certains milieux) de se procurer des choses matérielles à travers la religion (ceux qui font du sacerdoce une carrière, les prêtres guérisseurs pour l’argent).

Avec  la deuxième tentation le diable cherche à faire de Jésus un phénomène de spectacle. « Les gens sont toujours en train de chercher les nouveautés, ils détestent la monotonie des choses. Il faut -dit le diable- leur donner ce qui peut les entretenir (une messe show, une messe avec la musique-rock pour attirer les jeunes), mais il ne faut pas parler à leur conscience, qu’ils restent dans le péché c’est mieux pour moi ». Comme ces prêtres qui pensent parfois que faire des exorcismes et des guérisons est plus important que célébrer la messe et confesser les péchés. « Jette-toi en bas » dit Satan, mais le Seigneur nous dit de monter, monter sur la croix. Pendant que le diable nous propose la distraction mondaine, Dieu nous commande le sacrifice, l’abnégation. Observons  que pendant la Passion, le Seigneur ne fait aucun miracle pour se sauver.

Par rapport à la dernière tentation, le diable essaie d’éloigner le Seigneur de la croix tout en proposant la coexistence entre le bien et le mal. Il offre à notre Seigneur le monde avec une condition : l’adorer. Mais l’adoration implique évidemment un service : le service de faire que le monde soit toujours sous le règne du péché. Le royaume que le Seigneur venait établir ne serait qu’une continuation de l’ancien, où le diable commandait. En définitif, le diable propose à Jésus de dominer le monde avec la condition de ne pas le changer, de dominer les hommes sans qu’ils ne changent jamais ni se convertissent. Mais là, le Seigneur est plus fort dans sa réponse, parce que ce n’est pas Lui qui est le objet de la tentation, c’est la Gloire de son Père qui mérite que le diable soit définitivement chassé.

Pour finir, écoutons l’enseignement du grand saint Augustin qui prêchait ainsi à ses fidèles :

« Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut ; il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire. » (Sermon sur le ps. 60)

Si le Seigneur est le modèle, Il devait nous apprendre donc la façon d’arriver à la sainteté tout en triomphant de la tentation. Parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve (Heb 2,18).

« Heureux l’homme -nous dit saint Jacques- qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, sa valeur une fois vérifiée, il recevra la couronne de la vie promise à ceux qui aiment Dieu » (Jaques 1, 12).

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, de toujours vaincre la tentation avec l’aide de son Fils.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné